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dimanche 4 janvier 2026

LE CHÂTEAU DE CHÉRAUTE EN SOULE AU PAYS BASQUE EN 1912

 

LE CHÂTEAU DE CHÉRAUTE.


Ce château a été construit au 15ème siècle et a été une des propriétés de Diane de Poitiers.




château soule pays basque
CHÂTEAU DE CHERAUTE SOULE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet Jean de Jaurgain dans la revue hebdomadaire Pyrénoéa, le 2 août 

1912 :



"Châteaux et manoirs Basques.


Chéraute.



Chéraute est un grand et beau village de la vallée de Soule aux portes de Mauléon dont il n'est séparé que par le ruisseau Belzko qui donne son nom au quartier. Les autres hameaux sont Errupeira, également du côté de la ville, Basabazterra, qui joint Mendibieu, et Larréja, qui va jusqu'au haut du bourg de Barcus.



On y trouvait dès le XIIIe siècle — et beaucoup plus anciennement, sans doute, — trois maisons nobles ou gentillesses que le Censier de 1377 mentionne dans cet ordre : "L'ostau deu Domec Sorhoeta ou Sorhüta jauregia, le château actuel), es caber et gentiu, no deu res. — L'ostau de la Salle (Sorhüta Sala, démoli au XIVe siècle), es gentiu, no deu res. — L'ostau de Jaur_Goyen (Jaurigoyhen, appelé aussi le Domec-Suzan), es gentiu, no deu res. Une autre maison déjà franche, celle d'Arhets, fut anoblie, en 1690, en faveur de félïcian d'Arhets, syndic général des Etats de Navarre et procureur du roi au Sénéchal de Saint-Palais.



Les maisons de Domec et de la Salle, situées dans le voisinage de l'église, étaient copatronnes de la cure et percevaient, par moitié, la dîme de la paroisse. Celle de Jaurigoyhen, au quartier de Larréja, avait une chapelle dont elle nommait le bénéficier et touchait une part de dîme dans ce quartier.



Par lettres datées de Condom le 24 avril 1289, Edouard 1er, roi d'Angleterre, ordonna à Elie de Caupenne, chevalier, capitaine châtelain de Mauléon, de faire restituer à Géraude de la Salle de Chéraute la moitié des bois et terres incultes de Chéraute, moitié qui lui appartenait en propre et que son mari, Espagnol, seigneur et abbé laïque de Domezain, avait vendue à Robert de Sturni, chevalier, précédent châtelain de Mauléon. La Salle de Chéraute passa ensuite, par des héritières, d'abord aux seigneurs et protestats d'Olhaïby, puis, tout au commencement du XVIe siècle à l'illustre et puissante maison bas-navarraise de Gramont.



Le premier seigneur connu du Domec de Cheraute, Bernard, fut l'un des arbitres qui réglèrent, le 2 février 1298 (n. st.) une question de limites entre les habitants du pays de Soule et ceux de la vallée béarnaise de Josbaig. Sa postérité était représentée au XVIe siècle par Roger de Chéraute, fils d'un autre Bernard, homme d'armes des ordonnances du roi sous la charge d'Odet de Foix, comte de Comminges et vicomte de Lautrec, maréchal de France et gouverneur de Guyenne, mort au service, et de Gabrielle de Picassary, qui hérita le Domec de Chéraute de Pierris, son grand-père, potestat au pays de Soule, décédé le mercredi 10 juin 1535, à neuf heures du matin.



En 1545, poussé par la paillardise, selon Jacques de Béla, et aidé de Sémia de Vergogna, son serviteur, Roger, tua un habitant de Chéraute nommé Pierre d'Irigaray. Le parlement de Bordeaux le condamna par contumace "à être mis à quatre quartiers", à une amende de 600 livres envers le roi, à 100 livres pour son serviteur et à 300 livres destinées aux réparations de la Tournelle. Enfin, le seigneur du Domec et son serviteur furent condamnés à payer le premier 800 livres et le second 200 à Marianote de Lande, veuve de Pierre d'Irigaray, et à Marie d'Irigaray, leur fille, qui fut placée sous la tutelle de noble Pedro, seigneur de l'Abbadie d'Ithorrots.



Partis de Bordeaux le 25 décembre 1545, pour assurer l'exécution de l'arrêt, Jean Degan, huissier en la Cour du Parlement, et Jean de Fleix, receveur des amendes, arrivèrent le 29 au Domec de Chéraute et interpellèrent la femme de Roger, qui leur répondit que son mari était en Navarre. Le château et ses appartenances furent décrétés et adjugés au receveur des amendés, à la charge de payer les 1 000 livres de dommages-intérêts à la veuve et à la fille de Pierre d'Irigaray.



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CHÂTEAU DE CHERAUTE SOULE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Roger de Chéraute s'était enfui en Basse-Navarre où il possédait, du chef de sa mère, la gentillesse de Picassarry de Larribar que le manque d'argent le força bientôt d'aliéner. Le préambule de l'acte de vente porte que "noble Rodger deu Domec de Chéraute, senher propriétary de la maison noble de Picassarry, assize en la parropie de Larribar", se trouvant en nécessité, prit le parti de vendre à trac ladite  maison de Picassarry, avec ses appartenances, et que, par le moyen de certains personnages, ses parents, il convint avec "noble Bertrand de Harambure, escuder d'escuderie deu Rey tres Chrestian, cappitaine et governador per Sa Magestat en son pays et vicomté de Soule", de lui faire ladite vendication à prix raisonnable, sur l'avis et délibération de leurs parents qui, auxdites fins, se réuniront en l'église paroissiale de Larribar. Ceux-ci, après plusieurs altercations (sic) fixèrent le prix à 6 200 francs, que Bertrand d'Haramburu offrit, et ils se séparèrent après avoir traité, mais sans signer le contrat qu'ils remirent à quelques jours plus tard. Ce contrat fut passé à Larribar, au-devant de la maison de Picassarry, le 30 septembre 1553, et retenu par Me Arnaud de Gensanne, notaire royal et secrétaire ordinaire du roi de Navarre, noble Jean, seigneur de la Salle de Béhasque, fondé de pouvoir de Roger de Chéraute, consentit la vente à noble Gracian, seigneur de Haramburu de Lantabat, et Me Bertrand de Suhescun, conseiller du roi de Navarre, porteurs de la procuration de Bertrand de Haramburu ; le prix fut payé comptant et Roger ratifia la vente, à Saint-Palais, le 15 octobre suivant.



Quant au Domec de Chéraute, il subit d'assez curieuses mutations. Après que le receveur des amendes eut été mis en possession, ME Jean d'Ohix, procureur du roi au pays de Soule petit-fils par sa mère de Marguerite de Chéraute, grand'tante paternelle de Roger, introduisit une demande en retrait de lignager qui fut accueillie par sentence du sénéchal de Guyenne, le 1er juillet 1549 et, dès le lendemain, Jean de Fleix lui fit revente des biens décrétés, au prix qu'il les avait payés lui-même.



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CHÂTEAU DE CHERAUTE SOULE
PAYS BASQUE D'ANTAN


S'étant rendu à Paris, Jean d'Ohix, sur les pressantes instances de Bertrand de Ruthie, abbé de Pontlevoy, commandeur d'Ordiarp et premier aumônier du roi, depuis, évêque de la Cour et grand aumônier de France, consentit à aliéner sa récente acquisition en faveur de Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, moyennant 4 300 livres tournois par contrat du 13 juin 1551 ; Toutefois, la célèbre maîtresse de Henri II ne resta pas longtemps châtelaine de Chéraute, car, le 26 août suivant, elle donna le Domec et ses appartenances, avec d'autres seigneuries et biens noble qu'elle avait acquis ou devait acquérir en la vicomté de Soule, à l'abbé de Pontlevy, à noble Roger, seigneur d'Espès et de Gestas et à Jeanne d'Espès, veuve de Jean de Tardets, seigneur de Ruthie d'Aussurucq, d'Arangois et de Chiverny, gentilhomme de la chambre du roi, capitaine châtelain de Mauléon et gouverneur du pays de Soule, les deux premiers tuteurs et celle-ci mère de Tristan de Ruthie, en échange des château et seigneurie de Chiverny, en Blaisois, avec haute, moyenne et basse justice, qui appartenaient au mineur.



Un certain Me Gracian de Bélac, fils d'un laboureur de Saint-Goin, en Béarn, fivatier de la maison noble d'Aignan, était venu s'établir en Soule, comme régent abécédaire. Il y amassa un petit pécule et épousa par contrat du 1er juillet 1543, retenu par Me Arnaud de Lahunsunarte, notaire royal, Miramonde d'Ohix, soeur germaine de Jean dont il a été question plus haut, qui lui apporta une dot de 400 francs bordelais. Dans ce contrat, Gracian s'intitula bachelier ès droits, mais mis en demeure de justifier de ce titre, il ne put en produire le diplôme et ne se qualifia plus dès lors que de voisin (vesü) de Mauléon en 1549, substitut du procureur du roi en 1550, et praticien, puis syndic ordinaire du pays de Soule en 1553.



Me Gérard de Bélac, licencié ès lois, fils de Gracian et de Miramonde d'Ohix, fut le véritable artisan de la fortune de sa maison. Quoique huguenot, il réussit à se faire nommer bailli royal de Mauléon, par provisions du 15 janvier 1577, et épousa par contrat du 19 septembre suivant, Catherine de Johanne, fille de Me Jean de Johanne, lieutenant général de robe longue, destitué en 1568 (bâtard adultérin de Me Enecot de Johanne, jurat et notaire royal de Mauléon), et de Saurine de Majoraly. Jean de Belsunce, vicomte de Macaye, s'étant emparé du château de Mauléon, avec des troupes huguenotes du roi de Navarre, le 2 février 1582, il pourvut Gérard de Bélac de la charge de lieutenant-général de robe longue, et tous deux commirent tant d'exactions en Soule que le Parlement de Bordeaux s'émut des plaintes nombreuses qui lui parvenaient et commença une procédure contre eux ; mais Henri de Navarre, alors roi de France, déclara avoir autorisé et approuvé tout ce qu'on leur imputait, et, par lettres données à Mantes le 6 juillet 1591, il évoqua en son Grand Conseil tous leurs procès tant civils que criminels. Cependant Gérard de Bélac n'en fut pas moins arrêté et il était prisonnier à la suite du Grand Conseil, lorsqu'il subit un interrogatoire, à Chartres, le 25 juillet 1595.



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CHÂTEAU DE CHERAUTE SOULE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Comme on l'a vu, Gérard de Bélac était l'arrière-petit-fils de Marguerite du Domec de Chéraute, et sa femme descendait elle-même, par Saurine de Majoraly, sa mère, de Guillemet du Domec de Chéraute, frère de Marguerite. Tous deux introduisirent en la cour de Licharre, contre Arnaud-Guillaume de Saint-Martin, écuyer, et Anne d'Olse-Ruthie, damoiselle, seigneur et dame de Ruthie d'Aussurucq, une demande en retrait lignager du Domec de Cheraute. Une sentence prononcée, le 4 mars 1588, par le vicomte Jean de Belsunce, capitaine châtelain de Mauléon, assisté de deux gentilshommes seulement, huguenots comme lui, et de deux avocats, les autres gentilshommes juges-nés du pays s'étant abstenus, ordonna le retrait lignager moyennant le prix de 4 000 livres tournois revenant à 1 333  écus sols et un tiers d'écu ; une autre sentence des mêmes juges ordonna aussi, le 20 juillet 1589, le retrait lignager en faveur de Bélac et de sa femme, des dîmes et fiefs du Domec que les Ruthie avaient engagés à noble Tristan d'Urtubie, seigneur de Domezain. Frappées d'appel, ces deux sentences furent, après une longue procédure, confirmées par deux arrêts du Conseil du roi et Gérard put prendre, enfin, possession de la terre seigneuriale qu'il convoitait. Il fit reconstruire le château qui avait été brûlé par les huguenots, en 1559, et commença à se donner de l'écuyer, la noblesse étant réelle en  pays basque et attachée à la glèbe.



Les Béla — ils avaient supprimé le c final de leur nom — affichèrent alors d'extravagantes prétentions nobiliaires. L'un des fils de Gérard, Jacob ou Jacques de Béla (son frère aîné se nommait Isaac), qui a laissé des manuscrits assez curieux, remonta sa généalogie jusqu'au patriarche Jacob, par Béla, fils de Benjamin, en y englobant naturellement les quatre rois de Hongrie du nom de Béla.



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CHÂTEAU DE CHERAUTE SOULE
PAYS BASQUE D'ANTAN


André de Béla-Chéraute, fils d'Isaac, dut certainement son prénom au souvenir de trois rois de Hongrie qui le portèrent avant lui. Il servit quelques années, devint capitaine au régiment de Tonneins-Belsunce, et obtint, en mai 1679, l'érection en baronnie des maisons nobles du Domec, de la Salle et de Jaurigoyhen de Chéraute, ces deux dernières ayant été acquises par son père qui fit abattre celle de la Salle pour en annexer le domaine à celui du Domec.



La baronnie de Chéraute passa par un mariage, en 1726, à une branche cadette de la famille de Casamayor-Rey, d'Oloron, et par une autre héritière, en 1803, dans la maison de Rouilhan-Montaut, en Armagnac. Le baron de Rouilhan, fils de cette héritière, ayant épousé, en 1841, Mle Carricaburu, vendit la terre de Chéraute à M. Clément Ichaso Carricaburu, son beau-père, qui restaura et agrandit l'ancien Domec, occupé aujourd'hui par deux très aimables châtelaines, Mme Carricaburu d'Arthez et Mme Aldred d'Andurain, sa fille."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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