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lundi 5 janvier 2026

L'ÉMIGRATION DES BASQUES EN SEPTEMBRE 1883

L'ÉMIGRATION BASQUE EN 1883.


Des centaines de milliers de Basques, du Nord et du Sud, ont émigré, partout dans le monde, et en particulier de l'autre côté de l'Atlantique, pendant des décennies, depuis 1830 environ.



emigracion vasca barco
BATEAU DE L'EMIGRATION
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet Jean-Baptiste Dasconaguerre dans l'hebdomadaire Le Journal de 

Saint-Jean-de-Luz, le 16 septembre 1883 :



"L'émigration des Basques.



Le Pays Basque est depuis longtemps victime du fléau de l'émigration. Celle-ci, semblable à une terrible épidémie, vide les maisons, décime les villages, et dépeuplant les campagnes, leur enlève une population sainte et forte, intelligente et généreuse ; elle y promène ses ravages incessants. Avec la perspective d'horizons merveilleux, elle pousse impitoyablement devant elle, en Amérique, la fleur de la jeunesse basquaise des deux sexes ; elle entraîne même souvent des familles entières, enfants et vieillards. On dirait parfois, à certaines époques, un exode des temps antiques.



Cependant la contrée que les émigrants illusionnés abandonnent est privilégiée de Dieu ; sa main, toujours bienfaisante, y a répandu avec les charmes d'une belle nature et d'un doux climat la richesse et la fécondité : plaines et montagnes, collines et vallons, fleuves et ruisseaux, grottes et cascades s'y donnent la main, et l'habitant y trouve, par un travail facile, les moyens de subvenir aux besoins d'une vie modeste mais heureuse : l'aurea mediocritas tant désirée du poète s'y réalise même bien souvent pour lui. Sous le ciel de son pays, jouissant des douceurs de la famille, au foyer de ses pères, le Basque peut vivre heureux. Il semble donc que tous ces avantages du sol natal devraient l'y retenir ; mais il a l'âme ardente, la tête exaltée, le coeur ambitieux. De loin en loin, il voit revenir d'Amérique dans son village quelques-uns de ses anciens amis d'enfance : partis pauvres, ils lui apparaissent après quelques années d'exil possesseurs de brillantes fortunes. Il les voit se bâtissant de belles demeures sur le lieu même où paraissait à peine avant leur départ le toit de chaume de leurs pères, et entourant leur existence de tout le confortable et quelquefois de tout le luxe de la vie moderne.



Ce spectacle l'enflamme, son imagination s'exalte, son coeur se remplit de désirs insatiables, et, comparant sa modeste existence à celle que mène à ses côtés son ancien camarade, dont il était l'égal, il veut, lui aussi, aller tenter fortune. Il ne sait pas le nombre considérable des malheureux imprudents qui sont morts à la peine ou restés sur la brèche dans ces pays lointains objets de ses désirs. Il croit en lui, il espère ; il part. Son exemple est contagieux, beaucoup émigrent avec lui ; mais de tous ces partants combien peu, hélas ! qui reviennent !



Sur les terres lointaines d'Amérique il y a 50 000 Basques, les uns riches, les autres dans la misère, mais tous français de coeur et pleins du désir de revoir leur patrie. Un empêchement indépendant de leur volonté leur en ferme les portes : partis jeunes de leur pas, ils n'ont pas satisfait aux lois de la conscription, et les peines qui les attendent en touchant le sol natal les retiennent à l'étranger. Souvent, à certaines époques, le gouvernement a levé cet obstacle, s'est montré bienveillant envers ces émigrants plus à craindre qu'à blâmer. Le moment ne serait-il pas venu de rendre à leur patrie tant de malheureux exilés ? Ils reviendraient avec joie, les uns y apportant leurs richesses, les autres leurs bras ; et tous nous serviraient d'auxiliaires pour combattre le fléau de l'émigration. Nous désirons vivement que cette mesure utile soit adoptée ; bien des familles basquaises, nous en sommes sûr, en béniraient les auteurs, et cela se comprend.



Interrogez, en effet, ce malheureux vieillard oublié sur la terre, accablé, et gémissant au souvenir de toutes les affections auxquelles il a survécu. Dieu lui avait donné cependant des rejetons par ses enfants : heureux au milieu d'eux, les berçant sur ses genoux, malgré ses malheurs il se sentait encore revivre. Sa vieillesse, au milieu de ses ronces et de ses épines, avait encore ses fleurs et ses parfums ; sa fin, il la voyait venir avec calme : les caresses dont on l'entourait berçaient son imagination comme une mère berce son enfant. On chantait, on gazouillait, on priait autour de lui, et sa vie devait s'éteindre douce, calme, sans crise ; mais tout-à-coup, tous ces oiseaux qui faisaient son charme s'envolent, disparaissent, sans lui laisser comme l'hirondelle l'espoir d'un prompt retour. Le Mexique a fait miroiter à leurs yeux son or, sa richesse ; et le pauvre vieillard est resté seul, seul dans sa maison vide, avec cette cruelle pensée au coeur : ils s'en vont, tu ne les reverras plus. Pauvre vieillard !



Voyez cette pauvre mère, au teint hâlé par la fatigue ou pâle comme un suaire. Elle avait un fils aîné, une fille chérie ; eux aussi entraînés par un rêve ambitieux, abusés par des promesses chimériques sont partis pour Buenos-Ayres et Montevideo : un an est passé depuis leur départ à bord de la Leopoldina-Rosa, et plus de nouvelles. La douleur torture cette pauvre mère ; s'il lui restait au moins une tombe où elle pourrait chaque jour venir prier, pleurer et répandre des fleurs ! Cette consolation ne lui est pas réservée.




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CARTE NAUFRAGE LEOPOLDINA ROSA
URUGUAY 9 JUIN 1842



L'Amérique est le pays de l'or, j'y vais et j'en reviendrai bien vite, dit le basque. A mon retour, j'achèterai cette ferme, cette jolie maison que j'ai tant de fois souhaitée, rêvée pour ma fiancée ; à mon retour, notre bon curé bénira notre union. Le fiancé part. La fiancée n'est pas oubliée, car le Basque est constant et fidèle : mais la guerre éclate, des révolutions mettent tout à feu et à sang ; le choléra, la fièvre jaune, font des ravages incessants ; le jeune homme ne reparaît pas, nul ne sait où il est. Est-il vivant ? est-il mort ? Il vit toujours dans le coeur de sa fiancée ; mais celle-ci, semblable à la mère éplorée, cherche en vain une tombe pour y prier, pleurer et porter des fleurs et des bouquets.



Le Basque a du courage et de la fierté. Voyez-le au moment où la cloche annonce un incendie ou un fleuve débordé ; il est le premier sur la toiture en flammes, le premier à braver les flots. Mais habitué au grand air, à l'indépendance, à la liberté des montagnes, le joug et l'obéissance en dehors de celle qu'il doit au père et à la mère, à l'autorité locale ecclésiastique ou civile, lui pèsent : c'est comme un lion en cage qui brise ses barreaux.



Le Basque a un autre beau sentiment : c'est le sentiment religieux dont sa mère l'a imbu au berceau ; il porte sur sa poitrine le scapulaire et le chapelet dans sa poche. Mais il a u malheur : c'est qu'admirateur de sa belle langue, il se soucie fort peu des autres. Aussi qu'arrive-t-il ? Au régiment ses camarades le tournent en ridicule sur son chapelet, sur son scapulaire et sur son jargon ; les chefs l'ignorent, car, s'ils le savaient, ils y mettraient bon ordre. Au commandement des chefs, il répond constamment au rebours : "Tête droite !" les conscrits basques font tête gauche ; "En avant, marche !" ; ils reculent. Comprend-on après cela que tant de Basques fuient le service militaire au lieu de devancer l'appel ? Ils l'évitent au lieu de servir, et cependant, quand ils s'habituent à la vie des casernes, ils deviennent de bons soldats. Interrogez l'histoire. Ils font mal en fuyant les obligations du service militaire, et je suis le premier à les condamner ; mais ils partent, non point par lâcheté, mais entraînés par leur esprit d'indépendance et le désir de faire fortune en pays étranger.



Je l'ai déjà dit, le nombre des émigrés basques en Amérique est considérable. Quelques-uns sont riches, opulents même ; les autres, et c'est le grand nombre, sont pauvres et réduits à la plus profonde misère. Mais pour comble de malheur la plupart sont insoumis, ce qui pour eux veut dire flétris et déshonorés s'ils rentrent en France. Cependant tous sont Français et tous aiment leur pays ; ils ont tous gémi sur les malheurs qui l'ont frappé, et pendant qu'il était à se débattre sous l'étreinte de l'ennemi beaucoup de nos compatriotes sont accourus pour venir le défendre. Ceux qui n'ont pas pu suivre alors l'élan de leur patriotisme, en ont été empêchés par l'âge, les infirmités, les affaires, et surtout par l'état de gène où ils se trouvaient. Des souscriptions atteignant des chiffres considérables nous ont prouvé qu'ils n'avaient pas oublié le France, et que, malgré ses revers, ils étaient toujours Français et fiers de l'être.



pais vasco antes emigracion vasca barco
EMIGRATION BASQUE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Nous venons vous supplier, nous disent-ils constamment dans leurs lettres : rendez-nous à nos vieux parents, qui, avant de mourir, veulent nous revoir ! Rendez-nous à notre patrie, que l'exil nous fait apprécier et aimer davantage ! Pour punir notre insoumission, imposez-nous toutes sortes de sacrifices, moins la prison, qui pour nous est une flétrissure, et dont la seule pensée nous retient en pays étranger. Nous subventionnerons vos voies de communication, nous doterons vos bureaux de bienfaisance et vos hospices, et si jamais la France a besoin de nos enfants et de nos richesses, nous les mettrons volontiers à sa disposition : nous tâcherons de réparer ainsi la faute que nous avons inconsciemment commise. Et puis, nous retrouvant au milieu de ces bonnes populations basques que nous n'avons jamais cessé d'aimer, nous leur dirons : N'imitez pas notre exemple : quelques-uns d'entre nous sont devenus riches, il est vrai ; mais au prix de quelles privations et de quels sacrifices ! Leur santé même a disparu sous l'influence des climats torrides qu'ils ont habités. Quant au plus grand nombre, ils sont pauvres et malheureux ; et vous en voyez certains qui, après avoir perdu leurs plus belles années en pays étranger, sont obligés pour vivre de travailler dans leur propre pays. Restez donc dans notre belle France, et désormais ayez pour unique devise : Dieu, patrie, famille.



Tels sont les sentiments de nos compatriotes éloignés ; dont je me permets d'être ici l'interprète. Je m'empresse de déposer leurs voeux aux pieds de ceux qui savent si généreusement disposer des faveurs et des grâces."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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