LE CENTENAIRE DE LA NAISSANCE DE LÉON BONNAT EN 1933.
Léon Joseph Florentin Bonnat, né le 20 juin 1833 à Bayonne (Basses-Pyrénées) et mort le 8 septembre 1922 à Monchy-Saint-Eloi (Oise), est un peintre, graveur et collectionneur d'art français.
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays basque,
le 19 juin 1933 :
"Le Centenaire de Léon Bonnat.
Bayonne a rendu hommage hier à l'illustre peintre, généreux donateur d'une collection inestimable à sa ville natale.
Dimanche matin, Bayonne avait pris son aspect en effet, le Centenaire de Léon Bonnat coïncidait avec la Fête-Dieu ; aussi y avait-il profusion de fleurs, de drapeaux, d'oriflammes, et comme le soleil s'était mis en frais, la ville avait vraiment un air de magnificence et d'allégresse.
Une foule nombreuse circulait, faisant cortège aux autorités qui allèrent, avant la cérémonie officielle, déposer une palme sur le tombeau de Léon Bonnat au cimetière de Saint-Etienne.
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| TOMBEAU DE LEON BONNAT BAYONNE SAINT-ETIENNE Maxime Cambreling, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons |
Sur la place de la Liberté.
C'est à heures et demie que la cérémonie solennelle eut lieu, devant la statue du grand peintre qu'entourait un parterre fleuri, autour duquel étaient groupés les enfants des Ecoles. Les fenêtres et le balcon de l'hôtel de ville étaient réservés aux autorités et aux invités de la municipalité.
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| STATUE DE LEON BONNAT BAYONNE PAYS BASQUE D'ANTAN |
C'est du balcon que les discours ont été prononcés ; grâce à deux hauts-parleurs, les paroles ont été portées dans la foule attentive qui écouta dans le recueillement les considérations faites sur l'illustre enfant de Bayonne qui témoigna si noblement de sa reconnaissance en dotant sa ville natale d'inestimables richesses.
Les discours.
M. Garat, maire.
M. Joseph Garat, député maire de Bayonne, prit le premier la parole.
Monsieur le Président,
Mesdames,
Messieurs,
Mes chers Enfants.
Au nom de la Ville de Bayonne, j'ai l'agréable devoir de saluer et de remercier de leur présence ici les membres éminents de l'Académie et de l'Administration des Beaux-Arts, qui nous font l'insigne honneur d'assister à cette cérémonie commémorative.
Notre gratitude va vers vous tout particulièrement, M. Georges Leroux, qui avez daigné accepter la présidence du Centenaire de Léon Bonnat.
Votre qualité d'élève illustre du grand maître bayonnais, pour qui vous avez une fidèle et touchante affection, vos brillants succès proclamés par vos pairs, votre titre de plus jeune membre de l'Institut, vous désignaient pour cette mission.
La population bayonnaise, élevée dans l'admiration et le respect de son grand bienfaiteur, vous prie, par ma bouche, d'accepter l'hommage de sa profonde gratitude.
Nous ne serions pas dignes d'être des Bayonnais, si nous ne gardions intacte, au fond du coeur, la flamme vive du souvenir et de la reconnaissance envers Léon Bonnat. Certes, beaucoup de villes en France ont eu des fils illustres, qui ont jeté un rayon de gloire sur leur petite patrie. Je n'en connais aucune autre qui possède l'heureuse fortune d'avoir donné naissance à un être d'élite qui fut en même temps qu'un grand artiste, un bienfaiteur magnanime, qui allia, à un pareil degré, la générosité au talent.
Les nécessités de la vie en font, tout jeune, un fils et un frère admirable, préoccupé du bien-être matériel des siens ; à peine adolescent, à l'âge où d'ordinaire les jeunes recherchent avec impatience les joies et les curiosités de l'existence dans les loisirs qui leur laisse l'étude ou l'atelier. Léon Bonnat travaille opiniâtrement pour sa famille dont il s'improvise le chef et remplace son père qui a succombé prématurément sous le coup des épreuves. L'intensité grandit et fortifie les âmes de choix, en leur permettant de se révéler à la hauteur des situations les plus difficiles. Tel fut le cas de Léon Bonnat, qui ne connut pas les douceurs des débuts faciles ; ses premiers pas s'accomplirent sur un chemin accidenté et pénible.
Faut-il expliquer par l'âpreté de ses débuts le caractère sérieux dont il portait l'image sur ses traits et qui ne le quitta jamais, même aux heures les plus heureuses de ses brillants succès ?
Doit-on chercher dans les impressions premières, d'une empreinte si puissante sur les natures sensibles, l'origine de sa bonté exquise et de sa générosité inlassable, chez lui qui, tout enfant, s'était penché sur la douleur maternelle pour la consoler, qui avait fourni un vaillant effort pour apaiser les inquiétudes d'un foyer dans la gêne ?
Léon Bonnat, sous les dehors d'un tempérament plutôt rude, dont la brusquerie cachait en même temps qu'un très réelle timidité une émotion accessible à toutes les souffrances, fit toujours preuve de bienveillance compatissante à l'infortune. Il aimait à faire le bien sans apparat, car l'ostentation lui était totalement étrangère ; sa simplicité dans les milieux d'artistes, comme dans tous ceux où il fréquenta, est demeurée légendaire.
Ennemi de l'intrigue, doué d'une ardeur au travail conservée jusqu'au plus grand âge et qui ne s'arrête qu'avec le déclin des forces physiques, il réalise un caractère de haute probité ; sa manière forte et sobre, les disciplines artistiques qu'il pratiquait et enseignait, son ordonnance classique, suscitaient de la par des adeptes d'un art plus moderne ou plus indépendant des railleries qui ne le laissaient pas insensible.
Bonnat occupe une place prépondérante dans l'art pictural, comme celle du plus grand peintre portraitiste de la troisième République.
Il fut son peintre officiel, comme David celui du régime Impériale. C'est dans le portrait qu'il trouva, après l'avoir cherché, le véritable genre qui lui convenait ; il y affirma sa maîtrise et atteignit la perfection. Sa conscience artistique, ses facilités d'analyse, sa force de synthèse, un don inné de la ressemblance, qui ne s'acquiert point, en font le premier portraitiste de l'époque.
Tour à tour, les célébrités les plus connues, les hommes d'Etat les plus notoires, posèrent devant le pinceau attentif et exact de Léon Bonnat : Thiers, Jules Ferry, Grévy, Sadi-Carnot, Félix Faure, Casimir Périer, Loubet, et aussi Victor Hugo, Renan, Pasteur avec sa petite fille, Taine, Puvis de Chavannes, le cardinal Lavigerie, de Lesseps, Harpignies, Barye, Ingres, ses maîtres vénérés : Robert Fleury et Léon Cogniet. Si la galerie de ses portraits pouvait être reconstituée, elle serait un résumé complet et excellent d'histoire contemporaine par l'image.
Il appartient à des voix plus autorisées que la mienne de dire ce que fut le peintre, qui, tout jeune, connut une grande célébrité et accéda aux honneurs les plus flatteurs.
Ses oeuvres laissent l'impression durable de la force dans la conception, d'une heureuse et puissante harmonie. Son talent, d'une saine vigueur, paraît avoir subi l'influence heureuse des grands maîtres de l'Ecole espagnole. La contemplation des plus belles oeuvres au Musée du Prado, à Madrid, provoqua ses médiations. Les premières sensations, celles qui gravent leur influence décisive dans l'âme qui se pétrit et se façonne, lui furent données par l'étude de peintres fameux dont le temps n'a pas atténué la renommé : Ribera, Goya et surtout Velasquez, lui procurèrent les sublimes inspirations créatrices des grands talents.
Son ami et son contemporain, le cardinal Lavigerie, né à Huire, sur les rives de l'Adour maritime, n'avait-il pas puisé au spectacle, qui enchanta sa prime jeunesse, du flot agité et des galeries venues des pays exotiques, le goût de l'apostolat lointain et audacieux, où ce grand Bayonnais apporta les bienfaits de la civilisation et de la liberté aux races cruellement opprimées jusqu'alors !
Bonnat eut la satisfaction de se survivre à lui-même en une pléiade d'élèves, artistes de talent, qu'il chérissait comme des fils spirituels ; il se réjouissait de leur succès avec une joie paternelle ; il fut autant leur conseiller amical que leur maître respecté.
L'Association de ses anciens élèves compte encore près de deux cents membres, groupés autour d'une admiration que le temps n'a point éteinte. Nous aurions voulu avoir avec nous cette belle phalange dont l'imposant cortège aurait constitué le plus éloquent hommage.
Nous nous félicitons d'avoir pu réunir quelques-uns des plus illustres parmi eux, qui, unis aux représentants de l'Etat et de la Ville, ont voulu, en ce jour anniversaire, célébrer la gloire et les bienfaits de Léon Bonnat.
Je n'aurai garde d'oublier sa magnificence à l'égard de la Ville de Bayonne. Excusez ma crainte de ne point trouver les mots suffisants pour dire la splendeur des collections qu'il nous légua et exprimer la profondeur de notre gratitude en face des trésors d'art qu'il confia à notre vigilance.
Le 23 novembre 1853, le Conseil municipal de Bayonne prit, à l'unanimité, une délibération accordant une allocation annuelle au jeune Léon Bonnat, afin de le mettre à même de suivre à Paris l'étude de la peinture, comme pensionnaire de la Ville.
Le rapport signalait que : "ce jeune peintre de l'Ecole espagnole, doué d'un mérite qui lui a concilié à Madrid l'intérêt et les sympathies de ses professeurs, mûri par une éducation soignée, hésiterait peut-être à s'en séparer, si des revers de fortune qui ont accablé sa famille, et son attachement à la France et à la ville où il est né, ne lui y faisaient préférer aux encouragements offerts en Espagne, les secours qu'il ne devrait qu'à ses compatriotes.
Ce renoncement à des avantages assurés en pays étranger, cette aptitude, ce mérite et le voeu si fortement exprimé de se compter Bayonnais, en se plaçant sous la tutelle de l'administration bayonnaise, ajoute la délibération, détermineront le Conseil à rappeler de Madrid le jeune peintre, à l'envoyer étudier nos grands maîtres à Paris."
A quatre-vingt ans de distance, il nous est doux de rapprocher l'attachement de Bonnat à son pays, sa foi en Bayonne, en même temps que le discernement judicieux des édiles bayonnais et leurs encouragements éclairés.
Les destinées du jeune artiste bayonnais allaient se dérouler désormais, grandioses et magnifiques. Dès l'année 1857, Léon Bonnat obtenait le deuxième Grand Prix de Rome et offrait à la Ville, dont il était pensionnaire, le tableau qui lui avait valu cette haute distinction.
Depuis lors et toujours, notre illustre compatriote aura la noble obsession de la reconnaissance qui le lie à la ville natale bienfaitrice, qui fit confiance à sa jeunesse et à son talent.
M. Antonin Personnaz, son ami et son confident, qui veille pieusement à la conservation des richesses artistiques du Musée Léon-Bonnat, a cité des phrases écrites de lui qui sont un édifiant témoignage de sa psychologie altruiste.
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| BUSTE D'ANTONIN PERSONNAZ PAR PAUL PAULIN Legs Antonin Personnaz, 1937 © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski |
Déjà, en 1857, il écrivait à un ami :
"Tu devrais, chaque fois que tu en trouveras l'occasion, parler de musée et de collections. Toutes ces belles choses rapprochent l'homme de Dieu et c'est dans ce rapprochement que l'on trouve les jouissances les plus rares et les meilleures.
Les familles possédant de bons tableaux devraient les donner à leur ville natale et d'autres suivraient cet exemple. Ce qui est la propriété d'un seul, deviendrait ainsi la propriété de tous. Les petits Bayonnais iraient, de temps en temps, voir ces oeuvres contenues dans le Musée et penseraient un peu à ce qu'est le beau. Or, tu sais que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute beauté émanant de la nature."
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| MUSEE BONNAT BAYONNE PAYS BASQUE D'ANTAN |







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