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jeudi 9 avril 2026

LE CENTENAIRE DE LA NAISSANCE DE LÉON BONNAT LE BAYONNAIS EN JUIN 1933 (quatrième et dernière partie)

 

LE CENTENAIRE DE LA NAISSANCE DE LÉON BONNAT EN 1933.


Léon Joseph Florentin Bonnat, né le 20 juin 1833 à Bayonne (Basses-Pyrénées) et mort le 8 septembre 1922 à Monchy-Saint-Eloi (Oise), est un peintre, graveur et collectionneur d'art français.



pays basque avant peintre labourd musée
PEINTRE LEON BONNAT BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN

Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays basque

le 19 juin 1933 :



"Le Centenaire de Léon Bonnat.



Discours de M. Leroux. (suite)



... Ce que je représente ici, c'est d'abord l'Institut de France. Pendant quarante années, Léon Bonnat a fait partie de l'Académie des Beaux Arts ; trois fois il l'a présidée ; toujours il lui a donné son temps, consacré ses soins, voué son affection fidèle. Gardienne de la tradition, comment serait-elle oublieuse de ses plus pures gloires ? Voulant déléguer parmi vous un de ses membres, elle a, par une délicate pensée, choisi en ma personne l'ancien élève de Léon Bonnat.



"Ce sont en effet les anciens élèves du maître qui s'expriment aujourd'hui par ma voix. Mes amis : Denis Etcheverry, Henri Zo, Eugène Pascau, Georges Bergès, que je suis heureux de saluer ici. Le maître : Que de sentiments ce seul mot n'évoque-t-il pas en nous ! Du respect pour une supériorité avouée. De la reconnaissance pour tant d'avis perspicaces, pour tant de conseils précieux, pour le magnifique exemple d'une vie consacrée tout entière à l'art. De l'affection pour une bonté inlassable qui a secouru tant de jeunes gens malheureux, et qui s'est manifestée en particulier pendant les années où il dirigea l'Ecole des Beaux Arts. Et aussi une familiarité tendre, un lien que la mort elle-même ne tranche pas, puisque le maître, toujours vivant dans ses élèves et dans les élèves de ses élèves, perpétue au lointain la valeur de son enseignement.


Je revois toujours sa silhouette râblée, son visage coloré, son regard clair et pénétrant ; j'entends sa voix. Il me semble que je l'aperçois se penchant sur mes toiles, comme aux jours de jadis ; et à ce souvenir, une immense gratitude s'empare de moi tout entier. Le mercredi et le samedi, c'étaient les jours où il venait nous corriger. D'un coup d'oeil il trouvait le défaut principal de nos études. Ses remarques étaient si évidentes que nous nous disions ensuite : Comment n'avais-je pas vu cela ? Il se rappelait d'une semaine à l'autre, et pour chacun de nous, les remarques précédentes. Ses corrections, toujours si justes, étaient brèves. Bonnat ne fut jamais bavard ; quand il y avait trop à dire, il ne disait rien ; nous comprenions. Même franchise, même netteté dans les jugements des concours. Il ne soutenait pas ses élèves parce qu'ils étaient ses élèves. Et un jour où j'avais mal réussi, il me dit : Vous avez été recalé ; vous ne l'avez pas volé.


Les Bonnat — car c'est ainsi qu'on les appelle — forment une tribu, ou pour mieux dire une famille que cette grande mémoire unit indéfectiblement. A un banquet qu'ils donnèrent avant la guerre, ils étaient, je m'en souviens, plus de trois cents. Trois cents élèves, trois cents amis. Ils sont moins nombreux aujourd'hui. La guerre en a moissonné plusieurs, comme le grand artiste Pierre Laurens, mort de maladie contractée en captivité et que j'ai l'honneur de remplacer à l'Académie ; comme Grau, comme Delauney, comme Deluc. Elle a cruellement frappé celui qui était devenu lui-même un maître. Lemordant, au coeur indomptable. Caro-Delvaille et G. Roby ne sont plus. Mais les Bonnat ses errent toujours les coudes. Notre association présidée par mon ami Denis Etcheverry donne des signes certains de sa vitalité. Avant la guerre, nous avons fêté le Prix du Salon de Henri Zo. Il n'y a pas si longtemps, nous fêtions la médaille d'honneur obtenue par Denis Etcheverry lui-même exposant le portrait de sa charmante femme, puis la médaille d'honneur de Lucien Pénat, le graveur. Les Bonnat comptent cinq Grands Prix de Rome et, jusqu'ici, deux membres de l'Institut. Enfin, cette année, pour son centenaire, nous apportons à notre maître deux nouvelles médailles d'honneur, celle de Paul Michel Dupuy, le peintre, et celle de Raoul Serres, le graveur.



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GRAVEUR RAOUL SERRES


Depuis l'école et l'atelier où Léon Bonnat nous a formés, chacun de nous a suivi sa route ; mais tous nous savons bien ce que nous tenons de lui. Ce qu'il nous a dit, ce que nous avons retenu, c'est qu'il fallait avoir le respect de la nature et de la vérité, c'est qu'il fallait observer scrupuleusement les formes plus durables que les couleurs ; c'est qu'il fallait rendre non seulement l'aspect mais l'âme des choses et des hommes. 


Après des toiles d'Italie et quelques belles compositions qui le firent connaître, l'art de Léon Bonnat trouva dans le portrait sa plus pure expression. En limitant volontairement son champ d'action, il a travaillé en profondeur. Toute oeuvre entreprise, il l'a toujours menée jusqu'aux extrêmes limites d'un effort conscient. Salutaire leçon pour ceux, trop nombreux aujourd'hui, qui se contentent d'ébauches, de pochades ou mêmes d'intentions.


Dans cette galerie de portraits, célèbre à travers le monde entier, et qui font revivre les Thiers, les Victor Hugo, les Pasteur, les Taine, les Renan, les Lavigerie, quelle probité, quelle force ! Et quelle intensité dans l'expression du caractère individue On lui reprochait quelquefois de ne pas reproduire l'ambiance de ses modèles. Mais Bonnat, dans sa sagesse, savait qu'il importait peu de peindre un écrivain sur un fond de bibliothèque, ou un chimiste au milieu de ses cornues, et que la vérité se trouvait dans l'attitude prise librement devant lui, dans la scrupuleuse justesse des traits, dans l'interprétation de l'intelligence qui transparaît à travers la chair pour illuminer le visage. Aussi n'a-t-il pas été seulement le peintre des figures et des corps, mais le peintre des esprits, le peintre des âmes.



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PORTRAIT DU CARDINAL LAVIGERIE
PAR LEON BONNAT 1888

Des voix éloquentes vous ont parlé des rapports de Bonnat avec sa chère ville natale. Elles vous ont parlé de ce Musée qui n'est pas seulement la preuve durable de la générosité de son coeur, mais celle de la sûreté, de la larguer de son goût. Qu'il me soit permis de dire combien le culte que vous rendez à votre illustre compatriote me paraît utile et bon entre tous. Il est générateur d'enthousiasme, il favorise les moissons de l'avenir. Bonnat a fait rayonner partout, dans l'Ancien et dans le Nouveau Monde, avec les qualités du génie français, les vertus particulières de votre race ; il a ajouté au blason de votre ville, ainsi qu'il était juste, l'éclat de sa propre gloire. Peut-être parmi les enfants qui m'écoutent en est-il qui, prenant à leur tour la palette, le burin ou le ciseau voudront continuer cette noble tradition. Que ceux-là, dans leur carrière difficile, dans les moments où le découragement les guettera, pensent à l'éclat de ce jour, pensent à l'oeuvre du maître dont je suis heureux de prononcer une fois encore en finissant, le nom triomphal : puissent les fils d'une ville féconde en artistes, riche en talents, suivre les traces de Léon Bonnat."



Après les discours, les enfants des écoles défilèrent tandis que jouait l'excellente musique du 18e d'Infanterie.



Au Musée Bonnat.



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MUSEE BONNAT BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN


La Municipalité et les personnages officiels se rendirent ensuite au Musée Bonnat, où ils furent conduits par M. Antonin Personnaz, dont ont sait la haute compétence artistique, et qui s'honore d'avoir été un des grands amis de Léon Bonnat.




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BUSTE D'ANTONIN PERSONNAZ
PAR PAUL PAULIN
Legs Antonin Personnaz, 1937
© RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

On admira les magnifiques trésors de cette riche collection qui constitue un des plus beaux musées de France.



Le banquet.


A une heure avait lieu le banquet, dans la salle du Grand-Hôtel.


Autour des tables fleuries avaient pris place une centaine de personnes ; à la table d'honneur que présidait M. Leroux, se trouvaient M. Joseph Garat, député maire de Bayonne, M. Antelme, sous-préfet ; MM. Carle Dreyfus et Guiffrey, conservateurs du Musée du Louvre, M. Antonin Personnaz, M. Fernandez Pintado, consul d'Espagne, le général Clemençon, et M. Denys Etcheverry.



pays basque avant peintre labourd musée
PEINTRE GEORGES PAUL LEROUX
1877-1957

Parmi les convives, à côté des adjoints et de nombreux conseillers municipaux, nous avons reconnu : Mme Garat, Mme Etcheverry, Mme Pascau, Mme Henri Zo, Mme Antelme, M. Darroze, président du Tribunal, M. Delom-Sorbet, M. Henri Zo, M. Pascau, M. Encio, vice-consul d'Espagne, M. de Coulomme La Barthe, maire de Salies de Béarn, M. Béhotéguy, président du Conseil d'arrondissement, M. Poydenot, président du Tribunal de Commerce, le Dr Ferron, médecin-chef de l'hôpital militaire, M. Paul Lamarque, avocat, M. Edouard Forgues, le capitaine Robert, M. Eugène Cazauran, conseiller d'arrondissement, M. Gibert, commissaire de police, etc.


Le déjeuner, très bien servi, était excellent ; les convives lui firent honneur.


Au champagne, M. Leroux remercia la Municipalité de Bayonne de son bel accueil et dit combien il lui a été doux d'avoir été choisi pour rendre hommage à un maître vénéré et bien aimé, combien il a été heureux de connaître Bayonne et le Pays Basque qu'il ignorait jusqu'à ce jour, combien il a été émerveillé par l'incomparable richesse du Musée.


M. Antelme a apporté l'hommage de l'administration préfectorale à la mémoire de Léon Bonnat, et il associa à ce même hommage les peintres de l'Ecole bayonnaise, disciples du maître, venus à Bayonne pour la cérémonie. Il leva son verre à Bayonne qui dans une période difficile sait quand même consacrer le culte de la Beauté et celui de la Reconnaissance.


M. Fernandez Pintado, consul d'Espagne, au nom de l'Académie des Beaux-Arts d'Espagne, ajouta son hommage à tous ceux qui, dans cette journée, ont honoré la mémoire de Léon Bonnat. Il rappela que Bonnat, séjournant à Madrid, sut unir au génie français, l'esprit artistique de l'Espagne ; il ajouta que la Ville de Madrid avait décidé de donner le nom de Léon Bonnat à une de ses avenues.


M. Garat, au nom de la Ville de Bayonne, remercia tous ceux qui ont collaboré par leur présence à la grandeur de la cérémonie ; il chargea M. le Consul d'Espagne de remercier Madrid d'avoir voulu commémorer le souvenir du grand peintre, et termina son allocution en disant que sa pensée allait vers Georges Bergès, retourné dans sa villa de Triana, à qui il souhaite de pouvoir reprendre bientôt les travaux et à qui il associe étroitement Mme Bergès et Mlle Bergès.



homme politique stavisky france
JOSEPH GARAT

Toutes ces allocutions ont été chaleureusement applaudies ; le banquet se termina aux alentours de quatre heures.


La musique du 18e d'Infanterie donna un très beau concert sur la Place d'Armes."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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samedi 28 mars 2026

L'INAUGURATION DES INSTALLATIONS D'ADDUCTION D'EAU D'ANGLET-BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN OCTOBRE 1933

L'INAUGURATION DE L'ADDUCTION D'EAU D'ANGLET-BIARRITZ EN 1933.


La Société Lyonnaise des Eaux et de l'Eclairage est créée en février 1880 par le Crédit Lyonnais.




pays basque eau labourd lyonnaise
ROUTE DE LA BARRE ANGLET 1931
PAYS BASQUE D'ANTAN





Voici ce que rapporta à ce sujet la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays basque, le 2 octobre 

1933 :



"Les installations d'adduction d'eau d'Anglet-Biarritz ont été inaugurés... Samedi, dans la forêt communale d'Anglet.



Sous les grands pins, dans un coin délicieux de la forêt communale d'Anglet, la municipalité et la Société Lyonnaise inauguraient officiellement les installations d'adduction d'eau, qui fonctionnent depuis plus d'un an déjà.



pays basque labourd lyonnaise
CINQUANTENAIRE DE LA LYONNAISE DES EAUX 1930



Nous étions venus déjà à plusieurs reprises visiter les travaux effectués par la Lyonnaise. Aussi avons-nous été agréablement surpris lorsque nous pénétrions dans les jardins de la station. Le coup d'oeil est tout à fait charmant. Où sont les petites cabanes d'il y a un an ?



Maintenant de coquets bâtiments qui s'accordent parfaitement par le style au cadre dans lequel ils sont font songer par leur extérieur à quelque country-club. De magnifiques pelouses entourent l'usine et les stations de pompage ; l'endroit est vraiment charmant et agréable.



Et c'est dans ce cadre admirable que samedi dernier la municipalité d'Anglet avait convié différentes personnalités afin de visiter les installations d'adduction d'eau d'Anglet-Biarritz.



Il y avait là : M. Garat, député-maire de Bayonne ; M. Le Barillier, maire d'Anglet ; M. Hirigoyen, maire de Biarritz ; MM. Dufourg et Gentilhe, adjoints au maire d'Anglet ; MM. Bonnet, Laporte, Barets, Touya, Mendiboure, conseillers municipaux d'Anglet ; MM. Giraudel, Boterel, Lafourcade, Navaillès, Mazières, Daulon, adjoint et conseillers municipaux de Biarritz ; M. Forgues, conseiller d'arrondissement ; M. Collet, conservateur des Eaux et Forêts ; M. Harle, inspecteur des Eaux et Forêts, chef du service des aménagements ; M. Renoux, inspecteur des Eaux et des Forêts ; MM. Lesbre et Blanchet, ingénieurs des Ponts et Chaussées ; M. Echinard, directeur de la Compagnie du Bourbonnais ; M. Ternand ; M. Frois, ingénieur de la Ville de Bayonne ; M. Delor, ingénieur de la Ville de Biarritz ; M. Touzaa, secrétaire général de la mairie de Biarritz ; le docteur Bourgoin, président du Conseil départemental d'Hygiène ; le docteur Augey ; le docteur Garat, etc...



M. Le Barillier et M. Renatau accueillaient aimablement les invités. Puis, prenant la parole, le maire d'Anglet excusait M. le Sous-Préfet de Bayonne, empêché, et remerciait toutes les personnes présentes. En quelques mots où la finesse et l'esprit rivalisaient, M. Le Barillier se félicitait de l'oeuvre accomplie par la Lyonnaise des Eaux et par son distingué directeur régional, M. Renatau. Il dit combien le Conseil municipal d'Anglet est heureux d'avoir trouvé auprès des différentes administrations une aide de tous les instants pour la réalisation du grand projet qu'était l'alimentation d'Anglet en eau potable.



"Nous avons à Anglet, et je le proclame hautement, ajoute M. Le Barillier, une eau excellente. Toutes les analyses faites jusqu'à présent le prouvent aisément. Nous ne pouvons que nous féliciter, mon Conseil et moi, de nous être adressés à vous, Monsieur Renatau."



M. Renatau remercie ensuite M. Le Barillier de ses aimables paroles, donne des renseignements techniques aux personnes présentes et fait en quelque sorte l'historique de l'alimentation d'Anglet en eau potable depuis les pourparlers jusqu'à la réalisation totale du projet.



Il rappelle que le réseau de distribution était presque terminé fin août 1932 et que la station provisoire mise en service à ce moment fournissait 2 000 mètres cubes par jour à Anglet et Biarritz.



En avril 1933, le réseau et le réservoir de distribution étaient entièrement terminés et la station élévatoire mise en service.



Depuis, tout marche sans incident et en été 3 000 à 3 500 mètres cubes sont fournis à Biarritz.



Une plus grande quantité pourrait être fournie, mais certaines canalisations de Biarritz ne permettent pas un plus fort débit.



Ce qu'il y a de certain, c'est que l'installation d'Anglet peut refouler 9 à 10 000 mètres cubes d'eau par jour, à condition de prévoir l'installation d'organes de secours ; mais telle quelle est, elle peut assurer plus de 5 000 mètres cubes par jour.



Et M. Renatau donne des détails sur l'installation proprement dite. L'eau est prélevée à 30 mètres de profondeur dans des forages dont trois sont équipés avec des groupes verticaux : chacun des puits peut donner jusqu'à 3 500 mètres cubes par jour.



L'eau est alors refoulée dans une bache d'accumulation à double compartiment, ce qui lui permet d'être aérée, puis reprise par des groupes élévatoires de 75 et 150 CV susceptibles de renvoyer de 150 à 325 mètres cubes dans le réservoir de Tarandelle dont la capacité est de 1 500 mètres cubes et le trop-plein à 30 mètres de hauteur.



L'usine elle-même, très bien comprise, permet de vérifier à tout instant les niveaux, les débits et les pressions de l'eau.



M. Renatau signale en outre que toutes les dispositions ont été prises pour empêcher la pollution de l'eau : la nappe est naturellement protégée par la zone forestière et par la nature du sol ; une protection supplémentaire a été établie au moyen de clôtures qui entourent chaque forage.



M. Garat, prenant à son tour la parole, est heureux de féliciter le Conseil municipal d'Anglet et la Lyonnaise des Eaux d'avoir réalisé le problème de l'alimentation en eau potable d'Anglet et de Biarritz.



"La région manque d'eau et jusqu'ici il fallait la chercher loin ; vous avez résolu le problème en trouvant le précieux liquide, en pleine forêt, non loin d'Anglet et de Biarritz."



M. Garat ne cache pas la bonne impression qu'il a de l'eau d'Anglet ; il est certain qu'elle est excellente et il rappelle à cet effet — ayant eu à étudier cette question pour Bayonne — les conversations qu'il avait eues avec le professeur Bertrand et l'éminent savant avait toujours vanté l'excellente qualité de l'eau provenant des forages d'Anglet.



Puis les personnalités vont visiter les différentes installations qui sont très admirées.



Ensuite la municipalité d'Anglet a offert un champagne à ses invités, champagne au cours duquel M. Hirigoyen, maire de Biarrite, a pris la parole pour s'élever contre certains jugements tendant à laisser supposer que l'eau de Biarritz est uniquement de l'eau de lac.



"L'eau que l'on boit à Biarritz, dit-il, proveint d'Anglet et cette eau est excessivement pure. Il serait souhaitable que l'on fasse visiter ces installations à des docteurs étrangers. Cela serait une excellente publicité."



Et M. Hirigoyen termine en affirmant que le problème de l'eau sera très vite résolu dans un avenir très proche.



Comme on peut le voir, l'eau d'Anglet était hier à l'honneur : on en a discuté devant des personnalités compétentes et tout le monde était d'accord pour croire à sa parfaite pureté et à sa potabilité. L'eau d'Anglet est excellente, nous pouvons l'affirmer à notre tour."





(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)






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lundi 9 mars 2026

LE CENTENAIRE DE LA NAISSANCE DE LÉON BONNAT LE BAYONNAIS EN JUIN 1933 (troisième partie)

LE CENTENAIRE DE LA NAISSANCE DE LÉON BONNAT EN 1933.


Léon Joseph Florentin Bonnat, né le 20 juin 1833 à Bayonne (Basses-Pyrénées) et mort le 8 septembre 1922 à Monchy-Saint-Eloi (Oise), est un peintre, graveur et collectionneur d'art français.



pays basque avant peintre labourd musée
PEINTRE LEON BONNAT
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays basque

le 19 juin 1933 :



"Le Centenaire de Léon Bonnat.



Discours de M. Bergès (suite).



... Pourtant au moment où Bonnat se mit à collectionner, les oeuvres d'Art étaient déjà recherchées et le temps n'était plus où l'on risquait de dénicher un Watteau sur le quai de la Ferraille. Aussi se demande-t-on comment il a pu, à lui seul, rassembler un nombre aussi important de pièces incomparables. La chose aurait été impossible à un amateur du type rendu populaire par le Roman, fouilleur de bric à brac, à la chasse à la trouvaille.



S'il existe des trouvailles de ce genre dans la Collection, elles doivent être rares ; personnellement je n'en connais qu'une, celle des deux admirables tapisseries de Bruxelles qui décorent le hall du Musée ; Bonnat les découvrit au cours d'un voyage en Espagne chez un fripier de Tolède. Elles étaient roulées en un ballot peu engageant que l'homme, qui avait chaud, refusa de défaire. Bonnar paya donc, au petit bonheur, les quelques douros exigés et non sans se trouver embarrassé de son emplette car les portefaix, eux aussi, avaient chaud et la gare était loin. Le souvenir de cette aventure l'égayait fort. Mais il savait, par expérience, que pareille occasion se présente une fois dans la vie et encore ! Aussi fréquentait-il moins les boutiques des brocanteurs que les galeries de marchands de tableaux ou que l'Hôtel Drouot les jours où se dispersent, au vent des enchères, les pièces célèbres depuis longtemps guettées par les grands amateurs. C'est ainsi qu'un certain nombre des tableaux et de dessins de la Collection Bonnat portaient, avant de recevoir la sienne, les marques des grands collectionneurs à qui ils avaient appartenu. Mais ces acquisitions faciles sont ici le petit nombre. Tout le reste, Bonnat eut la satisfaction de le découvrir lui-même ou de le choisir entre les innombrables oeuvres qui furent soumises à son appréciation. Sa réputation de connaisseur avait bientôt débordé le cercle du commerce des oeuvres d'Art. Aussi quiconque possédait, ou croyait posséder, une oeuvre de valeur s'empressait-il d'aller lui demander son avis. On le faisait d'autant plus volontiers qu'on savait trouver en lui, non seulement un expert clair et intègre, mais encore, à l'occasion, un acheteur loyal.



Riche, généreux, d'une honnêteté rigide, il eût rougi d'agir comme ces amateurs qui mettent leur gloriole à réussir une bonne affaire aux dépens d'un vendeur ignorant ou, ce qui est pis, dans la détresse. Il payait toujours largement et on le savait.



pays basque avant peintre labourd musée
PHOTO DE LEON BONNAT 1895


L'énorme fortune que lui rapporta sa vogue de portraitiste fut absorbée, presque tout entière, par l'achat de sa Collection, cette collection "acquise à bon compte", s'il fallait en croire l'insinuation dédaigneuse tombée d'une plume sympathique, mais ce jour là en veine de blague, plus coupable de malice que de malveillance et pour tout dire mal renseignée. N'était le souci de rétablir la vérité, je ne me laisserais pas aller à évoquer la valeur vénale de la Collection, valeur du reste à jamais figée puisque ce trésor est inaliénable. C'est pour des raisons d'ordre plus noble, qu'il doit nous être précieux.



Bayonnais, nous qui sommes fiers à bon droit, de notre ville, capitale d'une des plus jolies provinces de la France, nous qui avons l'orgueil légitime de son charme accueillant, de son pittoresque, de la gloire de son passé, des richesses de sa tradition tant locales que régionales si heureusement remises en lumière depuis peu, comprenons que le Musée Bonnat doit être pour nous "Le Phare sur la Cité", un de ces phares symboliques qui, sur la carte intellectuelle du monde jalonnent leur itinéraire aux pèlerins de la Beauté.



pays basque peintre labourd musée
MUSEE BONNAT BAYONNE - BAIONA
PAYS BASQUE D'ANTAN


Mesdames, Messieurs,

Je ne vous ai parlé jusqu'ici que de Bonnat collectionneur ; le sujet s'imposait au conservateur de son Musée. Mais je n'oublie pas qu'avant tout, il fut peintre et que j'ai l'honneur d'être son élève. Aussi me permettrez-vous, avant de terminer, de rendre à sa mémoire un hommage public de ma respectueuse admiration.



La renommée de Bonnat, comme celle de tous les hommes qui ont exercé sur leurs contemporains une influence prépondérante, souffre, après sa mort, d'une éclipse passagère. Dans le désarroi de l'heure, plus que jamais, la jeunesse a tendance à détourner ses regards du Passé. Trop tôt émancipée et impatiente de parvenir, il lui faut du nouveau "n'en fût-il plus au monde" et plus que partout ailleurs dans les carrières d'Art. Loin de moi la pensée de critiquer cette fièvre de renouvellement, condition capitale du Progrès. Mais, le Progrès procède par évolution et non par révolution et pour imprévue que soit l'apparence sous laquelle il se manifeste, il n'en reste pas moins, au fond, prisonnier du Passé qu'il croit abolir. "Les morts commandent" et c'est folie que de tenter de se dérober à leur emprise.



Pénétré de cette vérité et élevé dans le culte des Maîtres et le respect de la Tradition, Bonnat considérait que le but n'est pas de briser la chaîne de cette Tradition, mais seulement de réussir à river, au bout de cette chaîne, un chaînon nouveau. Si nous apprécions sa carrière de ce point de vue, il nous est permis d'augurer que, lorsque le Temps, balayeur de la mode et sévère metteur au point des valeurs humaines, aura rendu son verdict, l'étoile de Bonnat brillera de nouveau de tout son éclat.



Dès à présent, nous pouvons proclamer que l'artiste, de l'oeuvre considérable duquel se détache un choix de chefs d'oeuvre marqués de sa griffe puissante dignes de figurer, à leur honneur à la suite de ceux de l'Ecole espagnole à laquelle le rattachaient son tempérament, sa formation et sa culture, celui-là fut un grand peintre, un Maître et qu'à ce titre, il a droit à son icône dans le sanctuaire de l'Art.



C'est à vous, jeunes gens, qu'incombera, après nous, le devoir d'en maintenir le culte pieusement.




pays basque avant peintre labourd musée
PEINTRE LEON BONNAT BAYONNE - BAIONA
PAYS BASQUE D'ANTAN

Discours de M. Leroux.



Enfin, M. Leroux, de l'Institut, président de l'Association des Anciens Elèves de Bonnat, prononça le magnifique discours que voici :



"Invité au nom du Conseil Municipal par M. le Maire de Bayonne à présider les fêtes du centenaire de Léon Bonnat, je suis profondément sensible à l'honneur qui m'est fait, et je remercie d'un coeur reconnaissant les organisateurs d'une fête si parfaitement réussie..."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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dimanche 8 février 2026

LE CENTENAIRE DE LA NAISSANCE DE LÉON BONNAT LE BAYONNAIS EN JUIN 1933 (deuxième partie)

LE CENTENAIRE DE LA NAISSANCE DE LÉON BONNAT EN 1933.


Léon Joseph Florentin Bonnat, né le 20 juin 1833 à Bayonne (Basses-Pyrénées) et mort le 8 septembre 1922 à Monchy-Saint-Eloi (Oise), est un peintre, graveur et collectionneur d'art français.



pays basque avant peintre labourd musée
PEINTRE LEON BONNAT
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays basque

le 19 juin 1933 :



"Le Centenaire de Léon Bonnat.

Bayonne a rendu hommage hier à l'illustre peintre, généreux donateur d'une collection inestimable à sa ville natale.



... Discours de Garat (suite).



homme politique stavisky france maire bayonne basses-pyrénées
JOSEPH GARAT


De son vivant, Léon Bonnat mettra en dépôt, au Musée de Bayonne, les richesses que, dans un goût passionné de l'Art, il avait accumulées en son hôtel. Il n'attendra pas que la mort l'ait contraint de se séparer de tant de merveilles, si difficilement choisies et chèrement acquises, et veillera, en personne, à l'installation de son musée qui deviendra un des plus beaux de France par le dépôt définitif de tes collections, qui ont exigé pour les grouper en un ensemble unique, toute une existence de labeur opiniâtre et de recherches constantes.



Nous devons une grande reconnaissance à M. Henri Verne, directeur des Musées nationaux, à M. Léon Guiffrey, conservateur des peintures du Louvre, à M. Carie Dreyfus, conservateur des objets d'art, ami intime de Bonnat, tous deux ses exécuteurs testamentaires, qui ont procédé avec leur science et leur dévouement éprouvés à l'installation définitive des oeuvres du maître et n'ont cessé de rendre d'inappréciables services à son musée.



pays basque avant peintre labourd musée
PORTRAIT DE HENRI VERNE
DIRECTEUR DES MUSEES NATIONAUX
PAR AARON BILIS 1935



D'autres conservateurs, quelques-uns membres de l'Institut, ou bien voulu revoir et classer les objets correspondant à leur spécialité. Je tiens aussi à proclamer que les musées nationaux nous prodiguèrent généreusement leur sollicitude éclairée et leurs bienfaisants conseils et qu'ils ont même pris à leur charge la confection et les frais du catalogue du Musée Léon Bonnat. De telles générosités et un pareil dévouement, méritent, de notre part, le témoignage public de nos sincères remerciements.



Avec le recul du temps, la carrière de Léon Bonnat apparaît comme un fleuve aux eaux limpides et paisibles qui, après les obstacles franchis à sa source, développe son cours majestueux en répandant à profusion sur ses larges rives, le bonheur et les bienfaits.



Enfants, qu'un sentiment de piété filiale a groupés autour de cette statue de bronze destinée à immortaliser les traits de Léon Bonnat, dites-vous bien que celui qui a illustré sa grande et sa petite patrie, qui nous a comblés des plus généreuses libéralités, n'est point mort pour nous !



Il revit par la pensée, par le spectacle des splendeurs de son musée, par sa bonté et sa grandeur d'âme qui furent incomparables. Il se survit à lui-même par l'éclat de son talent, comme par la munificence de ses dons.



Gardons en nous l'impérissable souvenir de Léon Bonnat !



Discours de M. Bergès.



C'est M. Simonet, adjoint au maire, qui donna lecture du discours de M. Georges Bergès, conservateur du Musée Bonnat et disciple du maître.



Voici le texte de ce remarquable discours :

Mesdames, Messieurs,


Est-ce bien le récit d'une vie que vous venez d'entendre ? N'est-ce pas plutôt un conte merveilleux et invraisemblable qui commencerait dans le drame pour finir en apothéose ?



Après une enfance assombrie par la ruine paternelle, un adolescent devenu le soutien de sa famille que la mort de son chef a réduite à la gêne, semble voué, malgré l'appui moral d'une mère admirable, a une existence mesquine et à une médiocre destinée. Par bonheur survient une fée, la bonne fée de rigueur, qui le prend sous sa protection. Désormais il pourra suivre sa vocation, ses dons exceptionnels s'épanouiront sans contrainte et il connaîtra tous les succès, la richesse et la gloire avant de s'éteindre, chargé d'ans et comblé d'honneurs, entouré du respect universel.



Dans cette histoire fabuleuse, qui est celle de Léon Bonnat, le rôle de la bonne fée fut tenu par la Ville de Bayonne le jour où, dans les circonstances que vient de rappeler M. Garat, notre député-maire, le Conseil Municipal de 1853 sur la proposition de son maire, M. Jules Labat, vota une subvention en faveur du jeune artiste. C'était pour le futur maître le premier sourire de la fortune, mais il faut reconnaître que ce jour-là Bayonne de son côté avait la main heureuse.



pays basque avant peintre labourd musée
PEINTRE LEON BONNAT


Une Ville qui accorde une pension à un artiste ou artisan, pour lui permettre de compléter ses études ou, de se perfectionner dans son métier, mise sur sa propre chance puisque la réussite du jeune homme, qu'elle escompte, doit contribuer à alimenter le fonds de son Elite. C'est donc une obligation purement morale que contracte le bénéficiaire de son avance et le succès de celui-ci est le seul remboursement que ses concitoyens soient en droit d'attendre de lui. Or, le succès de Bonnat fut si éclatant et rapide que, pour paradoxal que cela semble, ce fut bientôt la protectrice qui devint l'obligée de son protégé pour l'éclat que la jeune célébrité de de dernier ajoutait à son propre renom. Mais lui n'envisageait pas les choses sous ce jour. Dans la délicatesse de sa conscience, mesurant à la profondeur de l'abîme, dans lequel il avait failli sombrer, l'importance de l'aide qui lui avait permis d'en remonter, il ne se considérait pas comme quitte envers sa ville natale et déjà il rêvait de lui laisser, avant de mourir un gage durable de sa reconnaissance.



Pourquoi, à l'exemple de ces mécènes dont les donations sont célèbres, ne réunirait-il pas à son tour une collection dont il ferait don à Bayonne. Pourquoi pas ?



Pendant que ce projet présomptueux, conçu dans l'enthousiasme de la jeunesse et contre toute probabilité, devenait peu à peu une éblouissante réalité, les années lourdes de triomphes, semeuses d'oubli, d'indifférence et racine de reniement, s'étaient accumulées sur son front. Mais elles n'avaient pas réussi à émousser sa sensibilité et, quand le coeur du vieillard cessa de battre, son amour pour sa petite patrie y avait gardé toute la fraîcheur de ses vingt ans.



Je passe sur les détails d'une biographie, qui vient de vous être retracée si éloquemment, pour arriver tout droit au dernier chapitre de cette histoire incroyable et pourtant vraie et d'une haute portée morale puisqu'elle tend à prouver qu'un bienfait n'est pas toujours perdu.



En récompense de son geste, généreux sans doute, mais qui, à parler franc, n'engageait qu'une poussière dans le remous de son budget, Bayonne reçut un trésor digne d'une capitale.



Ce trésor, Mesdames et Messieurs, c'est, vous le savez, la Collection que vous avez tous ou presque tous, visitée à notre Musée.




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MUSEE BONNAT BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Bonnat la commença sur ses premières économies et la continua pendant plus de soixante ans avec une sûreté de goût et un souci de sélection qui ne se démentirent jamais.



Céramiques antiques, objets d'art et bronzes, sculptures, peintures et, par dessus tout, dessins des Grandes Ecoles, forment un ensemble d'une qualité si raffinée qu'il supporte, sans en être écrasé le voisinage de quelques pièces hors pair dont la possession enrichirait, le plus riche Musée. Est-ce à dire que tout y soit chef-d'oeuvre ? Ce serait absurde. Mais, sur les quelques trois mille numéros que compte la Collection pas un qui soit sans mérite, ni qui puisse laisser le connaisseur indifférent..."



A suivre...









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jeudi 8 janvier 2026

LE CENTENAIRE DE LA NAISSANCE DE LÉON BONNAT LE BAYONNAIS EN JUIN 1933 (première partie)

LE CENTENAIRE DE LA NAISSANCE DE LÉON BONNAT EN 1933.


Léon Joseph Florentin Bonnat, né le 20 juin 1833 à Bayonne (Basses-Pyrénées) et mort le 8 septembre 1922 à Monchy-Saint-Eloi (Oise), est un peintre, graveur et collectionneur d'art français.



pays basque avant peintre labourd musée
PEINTRE LEON BONNAT
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays basque

le 19 juin 1933 :



"Le Centenaire de Léon Bonnat.

Bayonne a rendu hommage hier à l'illustre peintre, généreux donateur d'une collection inestimable à sa ville natale.


Dimanche matin, Bayonne avait pris son aspect en effet, le Centenaire de Léon Bonnat coïncidait avec la Fête-Dieu ; aussi y avait-il profusion de fleurs, de drapeaux, d'oriflammes, et comme le soleil s'était mis en frais, la ville avait vraiment un air de magnificence et d'allégresse.



Une foule nombreuse circulait, faisant cortège aux autorités qui allèrent, avant la cérémonie officielle, déposer une palme sur le tombeau de Léon Bonnat au cimetière de Saint-Etienne.



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TOMBEAU DE LEON BONNAT
BAYONNE SAINT-ETIENNE
Maxime Cambreling, CC BY-SA 4.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0>, via Wikimedia Commons



Sur la place de la Liberté.



C'est à heures et demie que la cérémonie solennelle eut lieu, devant la statue du grand peintre qu'entourait un parterre fleuri, autour duquel étaient groupés les enfants des Ecoles. Les fenêtres et le balcon de l'hôtel de ville étaient réservés aux autorités et aux invités de la municipalité.



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STATUE DE LEON BONNAT BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN



C'est du balcon que les discours ont été prononcés ; grâce à deux hauts-parleurs, les paroles ont été portées dans la foule attentive qui écouta dans le recueillement les considérations faites sur l'illustre enfant de Bayonne qui témoigna si noblement de sa reconnaissance en dotant sa ville natale d'inestimables richesses.



Les discours.


M. Garat, maire.


M. Joseph Garat, député maire de Bayonne, prit le premier la parole.



homme politique stavisky france
JOSEPH GARAT

Monsieur le Président,

Mesdames,

Messieurs,

Mes chers Enfants.


Au nom de la Ville de Bayonne, j'ai l'agréable devoir de saluer et de remercier de leur présence ici les membres éminents de l'Académie et de l'Administration des Beaux-Arts, qui nous font l'insigne honneur d'assister à cette cérémonie commémorative.


Notre gratitude va vers vous tout particulièrement, M. Georges Leroux, qui avez daigné accepter la présidence du Centenaire de Léon Bonnat.



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PEINTRE GEORGES PAUL LEROUX
1877-1957


Votre qualité d'élève illustre du grand maître bayonnais, pour qui vous avez une fidèle et touchante affection, vos brillants succès proclamés par vos pairs, votre titre de plus jeune membre de l'Institut, vous désignaient pour cette mission.


La population bayonnaise, élevée dans l'admiration et le respect de son grand bienfaiteur, vous prie, par ma bouche, d'accepter l'hommage de sa profonde gratitude.


Nous ne serions pas dignes d'être des Bayonnais, si nous ne gardions intacte, au fond du coeur, la flamme vive du souvenir et de la reconnaissance envers Léon Bonnat. Certes, beaucoup de villes en France ont eu des fils illustres, qui ont jeté un rayon de gloire sur leur petite patrie. Je n'en connais aucune autre qui possède l'heureuse fortune d'avoir donné naissance à un être d'élite qui fut en même temps qu'un grand artiste, un bienfaiteur magnanime, qui allia, à un pareil degré, la générosité au talent.


Les nécessités de la vie en font, tout jeune, un fils et un frère admirable, préoccupé du bien-être matériel des siens ; à peine adolescent, à l'âge où d'ordinaire les jeunes recherchent avec impatience les joies et les curiosités de l'existence dans les loisirs qui leur laisse l'étude ou l'atelier. Léon Bonnat travaille opiniâtrement pour sa famille dont il s'improvise le chef et remplace son père qui a succombé prématurément sous le coup des épreuves. L'intensité grandit et fortifie les âmes de choix, en leur permettant de se révéler à la hauteur des situations les plus difficiles. Tel fut le cas de Léon Bonnat, qui ne connut pas les douceurs des débuts faciles ; ses premiers pas s'accomplirent sur un chemin accidenté et pénible.


Faut-il expliquer par l'âpreté de ses débuts le caractère sérieux dont il portait l'image sur ses traits et qui ne le quitta jamais, même aux heures les plus heureuses de ses brillants succès ?


Doit-on chercher dans les impressions premières, d'une empreinte si puissante sur les natures sensibles, l'origine de sa bonté exquise et de sa générosité inlassable, chez lui qui, tout enfant, s'était penché sur la douleur maternelle pour la consoler, qui avait fourni un vaillant effort pour apaiser les inquiétudes d'un foyer dans la gêne ?


Léon Bonnat, sous les dehors d'un tempérament plutôt rude, dont la brusquerie cachait en même temps qu'un très réelle timidité une émotion accessible à toutes les souffrances, fit toujours preuve de bienveillance compatissante à l'infortune. Il aimait à faire le bien sans apparat, car l'ostentation lui était totalement étrangère ; sa simplicité dans les milieux d'artistes, comme dans tous ceux où il fréquenta, est demeurée légendaire.


Ennemi de l'intrigue, doué d'une ardeur au travail conservée jusqu'au plus grand âge et qui ne s'arrête qu'avec le déclin des forces physiques, il réalise un caractère de haute probité ; sa manière forte et sobre, les disciplines artistiques qu'il pratiquait et enseignait, son ordonnance classique, suscitaient de la par des adeptes d'un art plus moderne ou plus indépendant des railleries qui ne le laissaient pas insensible.


Bonnat occupe une place prépondérante dans l'art pictural, comme celle du plus grand peintre portraitiste de la troisième République.


Il fut son peintre officiel, comme David celui du régime Impériale. C'est dans le portrait qu'il trouva, après l'avoir cherché, le véritable genre qui lui convenait ; il y affirma sa maîtrise et atteignit la perfection. Sa conscience artistique, ses facilités d'analyse, sa force de synthèse, un don inné de la ressemblance, qui ne s'acquiert point, en font le premier portraitiste de l'époque.


Tour à tour, les célébrités les plus connues, les hommes d'Etat les plus notoires, posèrent devant le pinceau attentif et exact de Léon Bonnat : Thiers, Jules Ferry, Grévy, Sadi-Carnot, Félix Faure, Casimir Périer, Loubet, et aussi Victor Hugo, Renan, Pasteur avec sa petite fille, Taine, Puvis de Chavannes, le cardinal Lavigerie, de Lesseps, Harpignies, Barye, Ingres, ses maîtres vénérés : Robert Fleury et Léon Cogniet. Si la galerie de ses portraits pouvait être reconstituée, elle serait un résumé complet et excellent d'histoire contemporaine par l'image.




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PORTRAIT DU CARDINAL LAVIGERIE
PAR LEON BONNAT 1888





Il appartient à des voix plus autorisées que la mienne de dire ce que fut le peintre, qui, tout jeune, connut une grande célébrité et accéda aux honneurs les plus flatteurs.


Ses oeuvres laissent l'impression durable de la force dans la conception, d'une heureuse et puissante harmonie. Son talent, d'une saine vigueur, paraît avoir subi l'influence heureuse des grands maîtres de l'Ecole espagnole. La contemplation des plus belles oeuvres au Musée du Prado, à Madrid, provoqua ses médiations. Les premières sensations, celles qui gravent leur influence décisive dans l'âme qui se pétrit et se façonne, lui furent données par l'étude de peintres fameux dont le temps n'a pas atténué la renommé : Ribera, Goya et surtout Velasquez, lui procurèrent les sublimes inspirations créatrices des grands talents.


Son ami et son contemporain, le cardinal Lavigerie, né à Huire, sur les rives de l'Adour maritime, n'avait-il pas puisé au spectacle, qui enchanta sa prime jeunesse, du flot agité et des galeries venues des pays exotiques, le goût de l'apostolat lointain et audacieux, où ce grand Bayonnais apporta les bienfaits de la civilisation et de la liberté aux races cruellement opprimées jusqu'alors !


Bonnat eut la satisfaction de se survivre à lui-même en une pléiade d'élèves, artistes de talent, qu'il chérissait comme des fils spirituels ; il se réjouissait de leur succès avec une joie paternelle ; il fut autant leur conseiller amical que leur maître respecté.


L'Association de ses anciens élèves compte encore près de deux cents membres, groupés autour d'une admiration que le temps n'a point éteinte. Nous aurions voulu avoir avec nous cette belle phalange dont l'imposant cortège aurait constitué le plus éloquent hommage.


Nous nous félicitons d'avoir pu réunir quelques-uns des plus illustres parmi eux, qui, unis aux représentants de l'Etat et de la Ville, ont voulu, en ce jour anniversaire, célébrer la gloire et les bienfaits de Léon Bonnat.


Je n'aurai garde d'oublier sa magnificence à l'égard de la Ville de Bayonne. Excusez ma crainte de ne point trouver les mots suffisants pour dire la splendeur des collections qu'il nous légua et exprimer la profondeur de notre gratitude en face des trésors d'art qu'il confia à notre vigilance.


Le 23 novembre 1853, le Conseil municipal de Bayonne prit, à l'unanimité, une délibération accordant une allocation annuelle au jeune Léon Bonnat, afin de le mettre à même de suivre à Paris l'étude de la peinture, comme pensionnaire de la Ville.


Le rapport signalait que : "ce jeune peintre de l'Ecole espagnole, doué d'un mérite qui lui a concilié à Madrid l'intérêt et les sympathies de ses professeurs, mûri par une éducation soignée, hésiterait peut-être à s'en séparer, si des revers de fortune qui ont accablé sa famille, et son attachement à la France et à la ville où il est né, ne lui y faisaient préférer aux encouragements offerts en Espagne, les secours qu'il ne devrait qu'à ses compatriotes.


Ce renoncement à des avantages assurés en pays étranger, cette aptitude, ce mérite et le voeu si fortement exprimé de se compter Bayonnais, en se plaçant sous la tutelle de l'administration bayonnaise, ajoute la délibération, détermineront le Conseil à rappeler de Madrid le jeune peintre, à l'envoyer étudier nos grands maîtres à Paris."


A quatre-vingt ans de distance, il nous est doux de rapprocher l'attachement  de Bonnat à son pays, sa foi en Bayonne, en même temps que le discernement judicieux des édiles bayonnais et leurs encouragements éclairés.


Les destinées du jeune artiste bayonnais allaient se dérouler désormais, grandioses et magnifiques. Dès l'année 1857, Léon Bonnat obtenait le deuxième Grand Prix de Rome et offrait à la Ville, dont il était pensionnaire, le tableau qui lui avait valu cette haute distinction.


Depuis lors et toujours, notre illustre compatriote aura la noble obsession de la reconnaissance qui le lie à la ville natale bienfaitrice, qui fit confiance à sa jeunesse et à son talent.


M. Antonin Personnaz, son ami et son confident, qui veille pieusement à la conservation des richesses artistiques du Musée Léon-Bonnat, a cité des phrases écrites de lui qui sont un édifiant témoignage de sa psychologie altruiste.



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BUSTE D'ANTONIN PERSONNAZ
PAR PAUL PAULIN
Legs Antonin Personnaz, 1937
© RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski


Déjà, en 1857, il écrivait à un ami :

"Tu devrais, chaque fois que tu en trouveras l'occasion, parler de musée et de collections. Toutes ces belles choses rapprochent l'homme de Dieu et c'est dans ce rapprochement que l'on trouve les jouissances les plus rares et les meilleures.


Les familles possédant de bons tableaux devraient les donner à leur ville natale et d'autres suivraient cet exemple. Ce qui est la propriété d'un seul, deviendrait ainsi la propriété de tous. Les petits Bayonnais iraient, de temps en temps, voir ces oeuvres contenues dans le Musée et penseraient un peu à ce qu'est le beau. Or, tu sais que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute beauté émanant de la nature."



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MUSEE BONNAT BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Paroles admirables, écrites par lui à vingt-quatre ans et que son accession à la gloire et à la fortune va lui donner la possibilité un jour de mettre en pratique ! Rêve de la jeunesse réalisé à l'âge mur, ce que Lamartine disait être le but idéal de l'homme !



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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