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dimanche 19 juillet 2026

L'ÉLECTION DE MAULÉON EN SOULE EN PAYS BASQUE DE SEPTEMBRE 1889 (troisième partie)

 

L'ÉLECTION DE MAULÉON DE SEPTEMBRE 1889.


En 1889, les 22 septembre et 6 octobre, ont lieu, en France, des élections législatives, et au Pays Basque, la lutte est acharnée entre les Républicains et les Conservateurs.



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LA RAGE DES ELECTIONS
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet le Journal Officiel, le 22 décembre 1889 :



"Chambre des Députés.

Extrait du Journal Officiel du 22 Décembre 1889.

Rapport par M. Goirand au nom du 8e Bureau sur l'élection de l'Arrondissement de Mauléon (Basses-Pyrénées).

Séance du 21 Décembre 1889.



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LEOPOLD GOIRAND
SENATEUR DE JANVIER 1906 A JANVIER 1920


"... Canton de Saint-Jean-Pied-de-Port (suite)



Dans la commune d’Ascarat, 6 électeurs, signatures légalisées, affirment que : 


"M. Eyhérabide, étudiant en prêtrise, a visité la plupart des électeurs de la commune d’Ascarat pour les engager à voter pour le candidat réactionnaire. Il disait à tous que la religion était menacée et le clergé persécuté par les républicains. 


C’est par crainte de la mort, comme il l’a dit lui-même, que le sieur Garat s’est décidé, après la visite de M. Eyhérabide, à voter pour M. Etcheverry."



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LOUIS ETCHEVERRY
DEPUTE BASSES-PYRENEES 1890


10 électeurs de la commune de Lasse (signatures non légalisées) signalent l'ingérence du curé Mériatéguy dans l’élection. 


"Dans le cours de la période électorale, l’abbé Mériatéguy a appelé son frère missionnaire à Hasparren, pour catéchiser ses ouailles. Il a travaillé (le missionnaire) à Lasse une quinzaine de jours. Il a fait deux sermons, l'un plus violent que l’autre. Il a commencé par dire avec véhémence qu’il était de son devoir le plus sacré de parler "élections" et d’éclairer là-dessus les fidèles. 


Après avoir fait des allusions très blessantes pour le Gouvernement, il s’est écrié, dans la chaleur de son discours : Mes chers frères, lorsque vous avez chez vous une bête de prix à laquelle vous tenez beaucoup, enfin, bête que vous aimez beaucoup, vous ne la confierez pas à des voleurs, à des malfaiteurs qui veulent sa perte. Il faut donc, par les tristes temps que nous avons, mettre nos intérêts en de bonnes mains, dans des mains d'hommes qui soutiennent la religion et qui, par conséquent, ont notre confiance. Nous ne savons plus où nous allons. Des sociétés secrètes (la franc-maçonnerie) travaillent sourdement à détruire la religion. Le diable est en lutte ouverte contre l'Eglise, notre mère." 


"Le curé Mériatéguy lui-même, le matin des élections, a effleuré un peu tout ce qu’avait dit son frère, et il a terminé en recommandant de voter pour les hommes qui aiment la religion. 


II a appelé les électeurs à la sacristie en leur disant que c'était là qu’il leur donnerait leur bulletin. C’est ce qui est arrivé en effet. Les électeurs prenaient leurs bulletins à la sacristie, et ils étaient conduits, un par un, deux par deux, par le curé au scrutin. 



Il insultait les agents républicains et injuriait les fonctionnaires en public. 



Il s’est attardé, deux heures environ, sur la place publique à faire la propagande, alors que c’était l’heure des offices, tandis que son enfant de chœur, revêtu d'une robe rouge et d'un surplis blanc, faisait de l’espionnage à l’auberge."



Dans la commune d’Ossès, le desservant Agorreça, ayant attaqué violemment en chaire le Gouvernement républicain et représenté l’anniversaire de 1889 comme une apologie des massacres de septembre, a été poursuivi et condamné correctionnellement par le tribunal de Saint-Palais à 100 fr. d’amende. 



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MANUEL PETIT CATHECHISME ELECTORAL 1848


L’action de ce desservant sur les électeurs est dénoncée par une protestation de onze signatures non légalisées ; il aurait menacé de l'enfer ceux qui ne voteraient pas pour la religion et les accusait de trahir l’Eglise. 



Dix électeurs de la commune de Baïgorry (signatures non légalisées) affirment dans leur protestation que :


"Le 22 septembre dernier, à la messe basse du matin qui a précédé l'ouverture du scrutin, M. le doyen de Baïgorry a dit en chaire que voter mal, voter contre la religion, c’était un grand péché. 


Le même jour, vers les quatre heures de l’après-midi, ayant reçu avis qu'un sieur Etchechury, dit Marrusquet, pauvre, bien malade, âgé de 66 ans, n’était pas allé encore voter, M. le doyen, accompagné de son vicaire, M. Mocoçain, se rendit immédiatement au domicile dudit Etchechury, distant du lieu de vote d’environ 2 kilomètres. Cet homme, malgré son état de santé, et bien que ne s’étant pas levé de toute la journée, n’osa pas refuser ce service aux deux ecclésiastiques ; il se leva comme il put et fut immédiatement voter. 


Un sieur Martin Iputcha, âgé d’environ 80 ans, a été recueilli par charité, il y a quelques mois, au couvent d’Ustaritz. Quelque jours avant l’élection, il fut prévenu qu’il devait se rendre le 22 septembre à Baïgorry, où il était inscrit comme électeur. Effectivement, il y arriva vers les quatre heures de l’après-midi, se rendit directement au presbytère et de là revint, sous la vigilance d'agents réactionnaires, déposer son bulletin à la mairie. Ledit Iputcha lui-même s'est vanté publiquement que le doyen et son vicaire l'avaient bien hébergé et que chacun d’eux lui avait donné 5 fr. pour sa peine et son déplacement, et, dans ces conditions, il est tout prêt à recommencer chaque fois qu'on le voudra. 



Dans la commune de Lasse, le dimanche 22 septembre, un banquet de 30 couverts, commandé par M. Etcheverry, réunissait le maire (les conseillers municipaux alternativement) et les électeurs les plus influents de la commune. 



Les pauvres paysans électeurs étaient saisis comme des malfaiteurs par les agents réactionnaires qui envahissaient toutes les routes, et menés de gré ou de force au scrutin. Ces malheureux ne revenaient de leur effroi qu'en buvant force liqueurs que les réactionnaires leur payaient pour prix de leur vote. D’autres, enfin, n’osaient voter que sur des bulletins Etcheverry rayés. Il faut dire en terminant que les menaces pour remboursement de dettes ont été les plus puissants arguments des réactionnaires. 



Dans la commune des Aldudes, M. Tihistu cite le fait suivant, pris au hasard : Dans la maison Oyhancellay se trouvent 4 électeurs qui allaient voter pour le candidat républicain. Dans la nuit du 21 au 22, M. Aïnchart aurait envoyé des agents avec l’ordre suivant, pour le maître de la maison. "Si vous ne votez pas pour M. Etcheverry, vous saurez que j'ai entre mes mains une procuration me donnant le droit de faire vendre votre maison." Et les 4 électeurs ont voté pour le candidat réactionnaire.



Dans la journée du 22 septembre, l’hôtel Marco donnait à boire et à manger gratis à tous les électeurs ayant voté pour M. Etcheverry. 



La pression des réactionnaires a été inouïe dans la commune d'Ossès. 40 agents se trouvaient sur la place, attendant, guettant l’électeur et l’amenant ensuite par le bras à la salle de vote. Des bulletins marqués à l'intérieur par un signe ont été distribués aux votants douteux, en leur disant que ce bulletin serait reconnu au dépouillement. Les créanciers ont obligé leurs débiteurs à voter pour le candidat réactionnaire, en les menaçant de leur faire rembourser les sommes. Le maire a gardé dans la salle du vote trois ou quatre agents qui avaient pour rôle d'aller dénoncer aux chefs réactionnaires les électeurs qui ne votaient pas pour eux. Ils suivaient le votant jusqu’au scrutin, regardaient le bulletin, sa couleur, son format. 



Tous ces faits sont dénoncés par 18 protestations comprenant 182 signatures dont 85 légalisées. A quoi M. Etcheverry oppose 16 contreprotestations revêtues de 233 signatures toutes légalisées. Dans ces contre-protestations, il est dit que les faits allégués sont un tissu de mensonges. Les curés n’ont point outragé le Gouvernement, ni parlé d’élection dans leurs sermons ; leur réserve a été absolue (commune de Lasse). Le vieillard de quatre-vingts ans qui s’est rendu au presbytère le jour du vote, n’y allait que pour remettre une lettre dont il était chargé ; il n’a reçu d’argent que le lendemain de l'élection. Il y aurait eu pression exercée par les fonctionnaires ; plusieurs faits précis sont cités."




A suivre...






(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)









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