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mercredi 22 juillet 2026

LES ORIGINES DU "TORO DE FUEGO" EN 1950 (première partie)

LES ORIGINES DU "TORO DE FUEGO" EN 1950.


Le toro de fuego est un spectacle pyrotechnique parodiant la corrida, présent dans de nombreuses fêtes taurines populaires. De tradition ancienne, leur forme actuelle a été conçu et breveté par l'artificier français Pierre Marmajou dans ses ateliers à Dax en 1889.



pays basque toro fuego
TORO DE FUEGO


Voici ce que rapporta à ce sujet René Cuzacq dans le trimestriel Pyrénées : organe officiel du 

Musée pyrénéen du Château-Fort de Lourdes, N° 1-2, le 1er janvier 1950 :



"Les origines du toro de fuego.



Crachant le feu, lançant de toutes parts ses fusées, poursuivant ou poursuivi par la foule, le toro de fuego est devenu l'un des éléments obligés de la liesse populaire. Chez nous, il ne remonte guère au-delà de 1890 : en 1888, le Congrès archéologique de Dax-Bayonne se rendit à Saint-Sébastien où la municipalité basque-espagnole lui offrit un "cezen-zusco". Dax imita cet exemple en 1895 à propos du Congrès pour l'avancement des sciences. Au même moment, le toro de feu fait son apparition à Bayonne.




Sa provenance espagnole et ibérique n'est pas douteuse. Mais que dire de ses lointaines origines ? Lorsque Philippe IV d'Espagne s'en va à l'Ile des Faisans rencontrer Louis XIV pour l'entrevue fameuse de 1660, ses sujets lui offrent en route des feux d'artifice divers, mais aussi le spectacle de toros aux cornes enflammées de poix et de résine, ou encore portant des bâts goudronnés de matières inflammables semblables. L'adaptation du feu d'artifice à une armature montée figurant un toro est donc plus récente. Il n'est que lire Ducéré pour voir comment Bayonne offre aussi au XVIIIe siècles de simples feux d'artifices à l'occasion du passage de grands personnages. En revanche, en 1843, visitant le Pays-Basque Espagnol, Victor Hugo note vers Saint-Sébastien le "cezen-zusco", adaptation basque de notre "toro de fuego" : c'est ce dernier terme que connaît le Pays-Basque français. Cinquante ans plus tard, le jeu s'introduit chez nous : il est donc venu d'Espagne, et du Pays-Basque espagnol, par son intermédiaire. Il s'agit simplement d'une transformation du jeu national du toro espagnol, dont  l'histoire est par ailleurs bien connue. Ce qui n'empêchait pas l'Aragon, encore vers 1896, et sans doute d'autres provinces reculées de la Péninsule, de continuer l'amusement populaire du taureau dont on enflamme les cornes à l'aide de poix ou torches de résine : la foule court et fuit devant la bête affolée.



Le jeu est certainement très ancien. Mais c'est seulement son utilisation comme ruse de guerre qui nous est attestée. En 228 avant Jésus-Christ, le père d'Halmilcar Barca achevait de conquérir l'Espagne intérieure sur les Ibères et les Celtibères : pour lutter contre ses éléphants et sa cavalerie numide, les gens d'Hélice lancèrent des taureaux aux cornes enflammées, si bien que le général carthaginois périt et sans doute se noya dans la fuite éperdue de son camp et de ses troupes.



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BUSTE D'HAMILCAR BARCA




Son fils Hannibal se servit peu après d'un stratagème semblable quand Scipion et les Romains crurent l'avoir cerné dans un défilé de Campanie près de Casilinum. Peu importe ici que le premier épisode se situe près d'une ville dénommée Hélice, identifiée avec Montalban ou Belchite près de Saragosse selon les uns (grâce parfois à une philologie assez douteuse) ou bien avec Trujillo en Estramadure. L'Espagne antique tout entière connaissait donc le taureau aux cornes enflammées.



Pareille ruse de guerre se retrouve près d'Aire, à Sarron dans les Landes : contre la petite ville alors contrôlée par les Anglais aux temps féodaux, les Béarnais lancèrent la nuit tout un troupeau de chèvres ainsi illuminées : de loin, les gens de Sarron les prirent pour des fantômes et s'enfuirent à qui mieux mieux, assurant la victoire au vicomte de Béarn.



D'autre part, une pierre ibère de Clunia montre dans l'antiquité un indigène portant l'épée et le bouclier rond des Ibères luttant contre un taureau : prototype lointain du futur toréador. Et les monnaies anciennes du vieil oppidum portent également l'emblème du taureau.




Pour en revenir à l'Espagne, c'est seulement en 1810 que nous avons un texte assuré sur le toro de fuego. Chevalier de la Légion d'Honneur et de Saint-Louis, capitaine de gendarmerie en retraite, Médard Bonnart publia en 1828 chez la Veuve Fièvet à Epernay, une histoire et des souvenirs de l'Espagne des guerres napoléoniennes ; découvrant les mœurs espagnoles, notre Médard écrit page 271 : "Le plaisir des jours gras est terminé par le spectacle d'une peau de bœuf garnie d'artifices, placée sur les épaules d'un homme figurant l'animal. On en fait partir une portion dans chaque quartier de la ville. Pour la clôture définitive, on couvre ce cuir de paille, de matières combustibles. On le réduit en cendres en faisant mille gambades autour du feu". Si de nos jours la machinerie à moteur toujours humain n'est pas réduite en cendres, l'on voit de quelle manière Bonnart, alors simple lieutenant de gendarmerie, décrit le toro de fuego à Saint-Sébastien vers 1810-1813.


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MEDARD BONNART



Notre héros décrit aussi la course de bœufs sur la place publique, où le même taureau, attaqué par les chiens, était "écarté" par les jeunes gens, alors qu'il était parfois attaché par une corde à un solide pilier.




Combien de fois, en Chalosse, dans les fêtes d'obscurs villages, encore vers 1900, un homme revêtu d'un sac et de deux cornes de bois simulait le taureau devant ceux qui se présentaient devant lui sur l'aire de sol battu de quelque grange... Tant est éternel le jeu de l'homme et de la bête : au premier chef, celui qui fait appel au taureau noble et valeureux... Si perfectionné que soit le toro de fuego, il n'est pas, en soi, un divertissement d'un autre type.




Il apparut à Bayonne en 1890 dans un concert donné sur les glacis par l'Orphéon "La Castagne" (c'était alors la grande vogue de ces "Harmonies"). Il vint alors à Bayonne pour la première fois, malgré la déformation d'autres souvenirs locaux lui attribuant une importation luzienne ou bas-navarraise. Selon ces dernières souvenances, le toro de fuego serait arrivé à Bayonne par Pampelune et Saint-Jean-Pied-de-Port ; Monsieur le Général Richter, aux solides attaches bas-navarraises, a bien voulu nous écrire qu'à Saint-Jean-de-Luz seulement il fit connaissance avec le toro de fuego ; des souvenirs même plus anciens, remontant au delà de 1850, achèvent d'exclure d'autre part ce délicieux Saint-Jean-de-Luz de l'importation de notre taureau de feu sur ce versant des Pyrénées.




A Saint-Jean-de-Luz même, le toro de fuego serait apparu relancement assez tard : le programme des importantes fêtes du Congrès de "La Tradition Basque" qui s'y tint en 1897 ne le mentionne pas."



saint-jean-de-luz 1897 pays basque autrefois
FÊTES TRADITION BASQUE ST JEAN DE LUZ 1897
PAYS BASQUE D'ANTAN



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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