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samedi 22 août 2026

LES ORIGINES DU "TORO DE FUEGO" EN 1950 (deuxième et dernière partie)

 

LES ORIGINES DU "TORO DE FUEGO" EN 1950.


Le toro de fuego est un spectacle pyrotechnique parodiant la corrida, présent dans de nombreuses fêtes taurines populaires. De tradition ancienne, leur forme actuelle a été conçue et brevetée par l'artificier français Pierre Marmajou dans ses ateliers à Dax en 1889.



pays basque toro fuego
TORO DE FUEGO


Voici ce que rapporta à ce sujet René Cuzacq dans le trimestriel Pyrénées : organe officiel du 

Musée pyrénéen du Château-Fort de Lourdes, N° 1-2, le 1er janvier 1950 :



"Les origines du toro de fuego.




Le jeu du taureau auquel on attache quelque torche enflammée était-il cependant plus anciennement pratiqué chez nous à l'occasion ? Il est assez probable : sans pouvoir retrouver la référence, il nous semble bien que Masein (écrivant en 1792) ou quelque autre vieil auteur bayonnais parle du taureau réel auquel on attachait "quelque artifice" : là encore, il n'est pas douteux que quelques tâtonnements en la direction de notre jeu ont pu se faire jour çà et là, au gré de variantes locales et de l'imagination de quelque amateur.




A Tarascon, Mistral (Dernière prose d'Almanach), décrivant la Fête de la Tarasque vers 1860 montre l'animal artificiel crachant le feu par les narines à l'aide de fusées...



pays basque toro fuego
PROCESSION DE LA TARASQUE
13 TARASCON



Mais les origines proprement espagnoles du toro de fuego sont certaines : même si aujourd'hui le toro de fuego reste assez peu connu dans certaines régions d'Espagne ; une pyrotechnie assez coûteuse, l'écartement et l'isolement — comme jadis — de certains villages ne pourraient-ils être ici évoqués ? Le toro de fuego a pu s'inspirer du vrai jeu antique de l'animal portant sur ses cornes des matières inflammables et enflammées. Il procède non moins des courses espagnoles arrivées depuis longtemps à leur point de perfectionnement, tandis que progressait la pyrotechnie : l'adaptation du feu d'artifice à la tauromachie explique largement, et en même temps, notre spectacle si goûté des foules. Aux courses espagnoles, avec tout leur apparat et tout leur rituel, jusqu'à la mise à mort de l'animal, on allume encore aujourd'hui des pétards ou "banderillas de fuego" quand les banderilles enrubannées et acérées s'avèrent insuffisantes à l'encontre d'un animal trop peu combatif. C'est en liaison avec le jeu national de l'Espagne, à l'image même de la psychologie ibérique, que se trouve l'une des "sources primordiales" du toro de fuego.




Ouvrons ici une parenthèse : Paul Lafond (page 12 de son Pays Basque) parle de Bayonne offrant à Charles IX, venu pour l'entrevue célèbre de 1565, un "toro de fuego" ; affirmation superficielle et fort en l'air, comme celle qu'il ajoute : "spectacle connu déjà en Espagne". Il ne peut s'agir que du toro aux cornes enflammées. Et pas même cela n'apparaît dans les documents du temps tel que Ducéré les a rassemblés dans son livre bien connu.



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LIVRE LE PAYS BASQUE FRANCAIS ET ESPAGNOL
DE PAU LAFOND



Les feux d'artifice sont pratiqués dans nos pays au XVIIe siècle, provenant peu à peu de la découverte de la poudre au Moyen-Age. Toutefois, au retour de la fête nautique qui se déroula devant le roi Charles IX à l'île de Lahonce, il est question d'une baleine artificielle, elle-même "artificiellement" éclairée (sans doute avec des torches). De là au "taureau de feu", il y a loin.




Voici au surplus le texte de la relation contemporaine d'Abel Jouan : "tout le long de la dite rivière (Adour), (il y avait) des baleines, daulphins, tortues et sirènes tout escontrefaites an artifice de feu" ; beau spectacle nocturne sans doute... Il n'est pas question de toro ; mais l'on voit l'origine de l'on-dit de Paul Lafond. Plus loin, Abel Jouan parle de "feux artificiels" (le texte se lit encore dans le livre de Poydenot, "Récits et légendes sur l'histoire de Bayonne").


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LIVRE RECITS ET LEGENDES SUR L'HISTOIRE DE BAYONNE
D'HENRY POYDENOT



Cependant, lorsque Philippe V pénétra en Espagne, en février 1701, sur le chemin de Madrid, les fêtes du Taureau l'accompagnent partout : à Aranda, la course se fit la nuit, à la lueur des flambeaux. Selon une lettre du Français Louville à Torcy aux Affaires Etrangères, un Monsieur d'Alemada s'imagina même "qu'il serait fort drôle de mettre le feu au cul d'un taureau, j'entends du feu d'artifice qui y serait si bien attaché que le pauvre taureau brûlerait tout vif dans des tourments inconcevables". Lâché à travers la foule, il ferait bien quelques victimes, mais la foule espagnole acceptait tout cela d'avance. Philippe V s'opposa à pareille innovation. Sur sa route, on l'avait d'autre part "régalé" de feux d'artifice. Ainsi, si ce dernier divertissement paraît courant en 1701, en revanche notre texte (Bulletin de la Société des Sciences des Lettres, Sciences et Arts de Bayonne, page 444, année 1932) montre que notre toro de fuego est encore inconnu dans la péninsule : par contre, l'idée en vient naturellement à certains cerveaux, réunissant course de taureaux et feu d'artifice, transformant ainsi le vieux jeu du taureau aux cornes enflammées.




Telles sont les origines historiques du toro de fuego. Mais, comme à travers les courses espagnoles, faut-il remonter beaucoup plus loin jusqu'au culte du taureau supposé aux temps néolithiques et préhistoriques, avec les traces et les survivances de l'histoire naissante de l'antiquité ?



Vers 1500 avant Jésus-Christ et l'arrivée des Grecs indo-européens en Grèce, la Crète égéenne connaît de véritables courses de taureaux, attestées par l'archéologie. Faut-il attribuer à ces jeux une valeur religieuse ? Peut-être le taureau était-il ensuite mangé, comme après les sacrifices antiques. Le culte du taureau en aurait fait un symbole de valeur et de force ; il figure debout, un triangle entre les cornes, sur de vieilles monnaies ibères. Les croyances primitives parlent en Thessalie du taureau du sacrifice dont les cornes au préalable étaient dorées : simple enjolivement, ou mystérieux rapprochement avec l'or voisin du feu, symbole de force et de courage. Aux jeux romains du cirque, il arrivait que le taureau fût excité par des torches ardentes : ceci, sans autre précision : il semble d'ailleurs qu'en l'occurrence il ne faille chercher ici aucun sens caché. Par contre, la déesse égyptienne Isis était plus ou moins associée au culte du Dieu Apis, dont le Veau d'Or des Hébreux rappela leur séjour aux bords du Nil. La mythologie antique montre Satyres et Bacchus cornus. Surtout la préhistoire livre des cornes votives ; encore aujourd'hui, certains chefs noirs des tribus africaines se parent d'un chef de taureau. Le "V" des bros (chars landais), servant à attacher les planches de l'avant et de l'arrière des charrettes, se retrouvant aussi ailleurs, a-t-il la même valeur magique et religieuse à l'origine ?



pays basque toro fuego
COURSE DE TAUREAUX CRETE




Encore au Moïse du Vatican, Michel-Ange met les cornes où le poète Vigny voit le symbole des "flammes de sa tête", son auréole de chef, le signe de sa toute-puissance...



Dans son étude, Monsieur Aparisi-Serres rapproche tous ces faits des cornes rituelles portées par certaines divinités égyptiennes, comme, nous dit-il, les "cornes dorées des bœufs des sacrifices thessaliens rappelaient les cornes enflammées pour la plus grande gloire de la divinité". Comment, ajoute-t-il, pareil symbole est-il devenu le dérisoire emblème du mari trompé ? Peut-être par une dégradation ironique, ou l'évocation de la ramure du cerf, faible et fugitif, sinon par la non moins ironique désignation du mari de peu de valeur et de courage contrastant avec la force que désignait généralement cet emblème. Là encore, il y aurait lieu de faire appel aux Satyres, Aegypans et autres Dieux cornus de la mythologie, et des croyances auxquelles ils donnaient lieu.



Monsieur Aparisi-Serres a bien voulu nous communiquer une note du Docteur Marcel Baudouin, à lui adressée à la suite de son travail. Le vice-président de la Société historique française lui écrivait : "Le taureau aux cornes de feu est sûrement un dérivé du taureau zodiacal, c'est-à-dire de l'époque où la "Vache-Grande Ourse" passa au Zodiaque (équinoxe) en devenant taureau en apparence, quoique le taureau zodiacal ne soit toujours qu'une vache totem. Chronologiquement, cela correspond à l'époque où le Pôle, quittant la Grande Ourse, entra dans le Dragon, vers 3 000 avant Jésus-Christ. En effet, seul le Taureau zodiacal (constellation) a des étoiles pour former ses deux cornes. Le totem "Vache-Grande Ourse" n'a pas de cornes connues. Elle a dû les prendre sur terre, au moment de monter au ciel, quand le Pôle est entré dans la Grande-Ourse vers 8 000 avant Jésus-Christ. Et ce sont ces cornes qui sont devenues les cornes de consécration... Le Taureau de feu est le taureau céleste descendu sur la Terre, d'où le jeu, certainement d'origine cultuelle".




Retenons simplement, par delà cette chronologie qui nous laisse plus que sceptique, comment le Taureau terrestre fut projeté dans le ciel dès que l'antiquité forma les signes du Zodiaque, sans doute dès les temps chaldéens.



La sociologie d'aujourd'hui recourrait aussi à la mentalité des primitifs, mangeant le taureau du sacrifice pour faire passer en eux la force et le courage de l'animal. Sans doute, le culte mithriaque sous l'Empire romain, ses autels tauroboliques et sa mise à mort du taureau rejoignaient-ils ici ces antiques et mystérieuses croyances. Il n'est pas douteux que, beaucoup plus anciennement, l'Egypte ancienne n'ait eu force cultes animaux : par elle, on peut remonter à la préhistoire.



Sur les médailles antiques, Séleucus, 1er roi de Syrie, porte à la tête une corne de taureau, et Lysimaque, roi de Thrace, une corne de bélier. Les cornes d'animaux ont été longtemps d'anciens vases à boire ; certains vases s'inspirent de leurs formes ; il n'y a encore bien longtemps, dans les Landes, un fragment de corne de boeuf était mis à la ceinture du faucheur, et son eau servait à rafraîchir la faux échauffée par le travail, à ce que l'on raconte plus ou moins vaguement aujourd'hui. La corne d'abondance fut un emblème mythologique de l'Antiquité.


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TETRADRACHME SELEUCUS 1ER



Mais, à l'opposé, voici le diable du Moyen-Age qui n'a pas seulement le pied fourchu ; ses cornes sèment aussi la terreur : autre vieille survivance magique ?




Tout ceci semble nous amener assez loin du taureau de feu. Et pourtant, il n'en est rien, si nous prenons un livre récent, "La Préhistoire du Christianisme" de M. Autran (I, page 84) : à l'en croire, le taureau, emblème de la fertilité, se survit au Pays Basque où il donne lieu à une "cérémonie annuelle" : "l'abondance de la récolte se préjuge d'après la hauteur des étincelles émanant du taureau de feu".



Peut-être y a-t-il une large part de mirage dans ces lignes : l'actuelle machinerie du taureau de feu, à Bayonne et au Pays-Basque français, comme à Dax et dans les Landes, est venu d'Espagne vers 1890, par le Pays-Basque espagnol, spécialement de Navarre et de Guipuzcoa, à ce qu'il paraîtrait. Mais si l'on veut remonter plus haut, il faut s'adresser au seul taureau aux cornes enflammées dont il a été question ici-même, très probablement vieux reste de toute l'Espagne ibère, survivant au moins en Aragon à une date récente. A notre connaissance, au Pays-Basque espagnol, il n'est pas question de cérémonie annuelle : peut-être, le jeu se retrouvait-il simplement à la fête annuelle. Quant à l'idée de l'abondance de la récolte liée à la hauteur des étincelles, elle est comparable à celle des paysans gascons ou basques regardant d'où vient le vent le Dimanche des Rameaux, et en déduisant si l'année sera fertile ou non.


pays basque toro fuego
EVANGILE DU DIMANCHE DES RAMEAUX



Au demeurant, il n'est pas douteux qu'aux temps préhistoriques le symbole du taureau n'ait été lié à des actes religieux. Pour notre part, n'aimant guère les explications sociologiques ou totémiques d'aujourd'hui (ces dernières d'ailleurs en recul sensible), nous n'irons pas plus loin. Avant tout, il s'agit en l'espèce du jeu de homme et de l'animal, libre expansion des forces naturelles du premier à l'égard du second, particulièrement envers un adversaire aussi noble et redoutable que l'était le taureau. Il a abouti, au delà des Pyrénées, aux courses espagnoles : avec l'apparition du feu d'artifice, il en est résulté par conjonction et très tard au XIXe siècle, l'apparition du jeu dérivé : notre "taureau de feu". Ce qui ne l'empêche pas de rejoindre aussi, et beaucoup plus anciennement, le jeu du taureau aux cornes enflammées. De vieilles idées, mêlant magie et religion, ont pu s'y associer ; mais l'élément essentiel demeure le recours à cette forme de l'activité humaine éternelle qui a nom le jeu."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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mercredi 22 juillet 2026

LES ORIGINES DU "TORO DE FUEGO" EN 1950 (première partie)

LES ORIGINES DU "TORO DE FUEGO" EN 1950.


Le toro de fuego est un spectacle pyrotechnique parodiant la corrida, présent dans de nombreuses fêtes taurines populaires. De tradition ancienne, leur forme actuelle a été conçue et brevetée par l'artificier français Pierre Marmajou dans ses ateliers à Dax en 1889.



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TORO DE FUEGO


Voici ce que rapporta à ce sujet René Cuzacq dans le trimestriel Pyrénées : organe officiel du 

Musée pyrénéen du Château-Fort de Lourdes, N° 1-2, le 1er janvier 1950 :



"Les origines du toro de fuego.



Crachant le feu, lançant de toutes parts ses fusées, poursuivant ou poursuivi par la foule, le toro de fuego est devenu l'un des éléments obligés de la liesse populaire. Chez nous, il ne remonte guère au-delà de 1890 : en 1888, le Congrès archéologique de Dax-Bayonne se rendit à Saint-Sébastien où la municipalité basque-espagnole lui offrit un "cezen-zusco". Dax imita cet exemple en 1895 à propos du Congrès pour l'avancement des sciences. Au même moment, le toro de feu fait son apparition à Bayonne.




Sa provenance espagnole et ibérique n'est pas douteuse. Mais que dire de ses lointaines origines ? Lorsque Philippe IV d'Espagne s'en va à l'Ile des Faisans rencontrer Louis XIV pour l'entrevue fameuse de 1660, ses sujets lui offrent en route des feux d'artifice divers, mais aussi le spectacle de toros aux cornes enflammées de poix et de résine, ou encore portant des bâts goudronnés de matières inflammables semblables. L'adaptation du feu d'artifice à une armature montée figurant un toro est donc plus récente. Il n'est que lire Ducéré pour voir comment Bayonne offre aussi au XVIIIe siècles de simples feux d'artifices à l'occasion du passage de grands personnages. En revanche, en 1843, visitant le Pays-Basque Espagnol, Victor Hugo note vers Saint-Sébastien le "cezen-zusco", adaptation basque de notre "toro de fuego" : c'est ce dernier terme que connaît le Pays-Basque français. Cinquante ans plus tard, le jeu s'introduit chez nous : il est donc venu d'Espagne, et du Pays-Basque espagnol, par son intermédiaire. Il s'agit simplement d'une transformation du jeu national du toro espagnol, dont  l'histoire est par ailleurs bien connue. Ce qui n'empêchait pas l'Aragon, encore vers 1896, et sans doute d'autres provinces reculées de la Péninsule, de continuer l'amusement populaire du taureau dont on enflamme les cornes à l'aide de poix ou torches de résine : la foule court et fuit devant la bête affolée.



Le jeu est certainement très ancien. Mais c'est seulement son utilisation comme ruse de guerre qui nous est attestée. En 228 avant Jésus-Christ, le père d'Halmilcar Barca achevait de conquérir l'Espagne intérieure sur les Ibères et les Celtibères : pour lutter contre ses éléphants et sa cavalerie numide, les gens d'Hélice lancèrent des taureaux aux cornes enflammées, si bien que le général carthaginois périt et sans doute se noya dans la fuite éperdue de son camp et de ses troupes.



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BUSTE D'HAMILCAR BARCA




Son fils Hannibal se servit peu après d'un stratagème semblable quand Scipion et les Romains crurent l'avoir cerné dans un défilé de Campanie près de Casilinum. Peu importe ici que le premier épisode se situe près d'une ville dénommée Hélice, identifiée avec Montalban ou Belchite près de Saragosse selon les uns (grâce parfois à une philologie assez douteuse) ou bien avec Trujillo en Estramadure. L'Espagne antique tout entière connaissait donc le taureau aux cornes enflammées.



Pareille ruse de guerre se retrouve près d'Aire, à Sarron dans les Landes : contre la petite ville alors contrôlée par les Anglais aux temps féodaux, les Béarnais lancèrent la nuit tout un troupeau de chèvres ainsi illuminées : de loin, les gens de Sarron les prirent pour des fantômes et s'enfuirent à qui mieux mieux, assurant la victoire au vicomte de Béarn.



D'autre part, une pierre ibère de Clunia montre dans l'antiquité un indigène portant l'épée et le bouclier rond des Ibères luttant contre un taureau : prototype lointain du futur toréador. Et les monnaies anciennes du vieil oppidum portent également l'emblème du taureau.




Pour en revenir à l'Espagne, c'est seulement en 1810 que nous avons un texte assuré sur le toro de fuego. Chevalier de la Légion d'Honneur et de Saint-Louis, capitaine de gendarmerie en retraite, Médard Bonnart publia en 1828 chez la Veuve Fièvet à Epernay, une histoire et des souvenirs de l'Espagne des guerres napoléoniennes ; découvrant les mœurs espagnoles, notre Médard écrit page 271 : "Le plaisir des jours gras est terminé par le spectacle d'une peau de bœuf garnie d'artifices, placée sur les épaules d'un homme figurant l'animal. On en fait partir une portion dans chaque quartier de la ville. Pour la clôture définitive, on couvre ce cuir de paille, de matières combustibles. On le réduit en cendres en faisant mille gambades autour du feu". Si de nos jours la machinerie à moteur toujours humain n'est pas réduite en cendres, l'on voit de quelle manière Bonnart, alors simple lieutenant de gendarmerie, décrit le toro de fuego à Saint-Sébastien vers 1810-1813.


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MEDARD BONNART



Notre héros décrit aussi la course de bœufs sur la place publique, où le même taureau, attaqué par les chiens, était "écarté" par les jeunes gens, alors qu'il était parfois attaché par une corde à un solide pilier.




Combien de fois, en Chalosse, dans les fêtes d'obscurs villages, encore vers 1900, un homme revêtu d'un sac et de deux cornes de bois simulait le taureau devant ceux qui se présentaient devant lui sur l'aire de sol battu de quelque grange... Tant est éternel le jeu de l'homme et de la bête : au premier chef, celui qui fait appel au taureau noble et valeureux... Si perfectionné que soit le toro de fuego, il n'est pas, en soi, un divertissement d'un autre type.




Il apparut à Bayonne en 1890 dans un concert donné sur les glacis par l'Orphéon "La Castagne" (c'était alors la grande vogue de ces "Harmonies"). Il vint alors à Bayonne pour la première fois, malgré la déformation d'autres souvenirs locaux lui attribuant une importation luzienne ou bas-navarraise. Selon ces dernières souvenances, le toro de fuego serait arrivé à Bayonne par Pampelune et Saint-Jean-Pied-de-Port ; Monsieur le Général Richter, aux solides attaches bas-navarraises, a bien voulu nous écrire qu'à Saint-Jean-de-Luz seulement il fit connaissance avec le toro de fuego ; des souvenirs même plus anciens, remontant au delà de 1850, achèvent d'exclure d'autre part ce délicieux Saint-Jean-de-Luz de l'importation de notre taureau de feu sur ce versant des Pyrénées.




A Saint-Jean-de-Luz même, le toro de fuego serait apparu relancement assez tard : le programme des importantes fêtes du Congrès de "La Tradition Basque" qui s'y tint en 1897 ne le mentionne pas."



saint-jean-de-luz 1897 pays basque autrefois
FÊTES TRADITION BASQUE ST JEAN DE LUZ 1897
PAYS BASQUE D'ANTAN



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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jeudi 31 octobre 2024

LES SPORTS À BILBAO EN BISCAYE AU PAYS BASQUE EN 1950

SPORTS À BILBAO EN 1950.


Dans les années 1950, le Pays Basque Sud, et en particulier la Biscaye, est une terre de sportifs.



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EQUIPE ATHLETIC BILBAO 1950
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Paris Presse L'Intransigeant, le 15 septembre 1950 :



"Records à Bilbao où l'on veut préparer une équipe d'Espagne pour le "Tour 51".

Bilbao.

(De notre envoyé spécial).



Dans Bilbao, ville de 250 000 habitants, la plus industrielle d'Espagne, largement pavoisée, hier, à l'occasion de l'entrée du premier évêque — Mgr Morcillo devant y résider (car Bilbao comme Saint-Sébastien dépendaient, jusqu'ici, de l'évêché de Victoria) — il est surtout question de football.



L'Athletic, champion d'Espagne 1950 et, pour les Espagnols, le vainqueur de la Coupe est considéré comme le seul et vrai champion ; il recevait, pour ses débuts en Championnat, l'Atlético de Madrid, avec ses Ben Barek et Domingo.



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ATHLETIC DE BILBAO MAI 1950
VAINQUEUR DE LA COUPE D'ESPAGNE


— Vous savez comment on désigne ici les deux Atleticos ? Le nombre est l'Atletico B, c'est-à-dire l'Atletico Bon ; celui de Madrid est l'Atletico M, c'est-à-dire l'Atletico Mauvais.



Le football roi.



L'Athletic de Bilbao s'est toujours placé au sommet de la première division depuis sa fondation en 1898 et c'est la seule équipe qui ait gagné en toute propriété trois Coupes d'Espagne trois fois consécutives (Coupe Alphonse-XIII 1914, 1915, 1916, Coupe nationale 1930, 1931, 1932, Coupe Franco 1943, 1944, 1945), ce qui constitue un véritable record.



C'est aussi l'unique équipe gagnante en toute propriété du premier Trophée de la Ligue, vainqueur simultanément de la Ligue et de la Coupe, trois fois : en 1930, 1931 et 1945. Elle a participé vingt-trois fois à la finale de la Coupe d'Espagne.



Qui peut dire mieux dans n'importe quel pays au monde ?



Son terrain de Saint-Mamès, au coeur même de la ville et qui peut accueillir trente-cinq mille spectateurs, est en instance d'agrandissement pour en recevoir cinquante mille.



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SAN MAMES BILBAO 1950
PAYS BASQUE D'ANTAN



Le football est roi à Bilbao, où l'on se montre fier de posséder une équipe 100 p. 100 basque, pépinière, hier comme aujourd'hui, de l'équipe nationale. Gainza, l'ailier gauche ; Zarra, l'avant centre ; Panizo, intérieur gauche, ne furent-ils pas la base de l'équipe espagnole dans la Coupe du Monde, au Brésil ? Nando, demi volant gauche, qui opéra également au Brésil, et Lezana, gardien de but, figurent aussi au rang des "nationaux" opérant à Bilbao.




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AFFICHE COUPE DU MONDE BRESIL 1950


Record du monde.



Bilbao vient d'avoir son record du monde mais ni en athlétisme, ni en natation, ni en cyclisme ; mais... en hippisme. En effet, le cheval Balsamo, monté par le colonel Nogueras, a battu de plusieurs centimètres le record mondial en franchissant 8 m. 20 en longueur. Un peu mieux que Jess Owens. Il est à remarquer, d'ailleurs, que le cheval précède de peu — mais assez nettement — l'athlète humain dans les sauts en hauteur et en longueur... sans tremplin, évidemment.



Si la Biscaye et sa capitale ne réalisent que peu d'exploits valables sur le plan international aussi bien en natation, qu'en athlétisme, qu'en boxe, qu'en aviron où seules les courses de croisières obtiennent un grand succès, la pelote basque est très prisée. Les meilleurs joueurs professionnels du monde à part Bégonès V, le plus jeune d'une dynastie de pelotaris, Aguirrebengoa, Baracaldo II, Ituarte, Ermua, remplissent les frontons à chacune de leurs sorties.


— Hélas, je ne puis trouver aucun super as pour envoyer à la Havane ou à Mexico en "sesta punta", le jeu le plus spectaculaire, me disait le représentant en Espagne des frontons d'outre-Atlantique, Eloy Gastamendi, d'Irun, car aucun ne possède la virtuosité suffisante. Et cela tient au fait que les professionnels à chistera ne gagnent plus leur vie en Espagne, les recettes et les cachets par contrecoup ayant diminué.



Le cyclisme en déclin.



Mais le pays basque espagnol, pépinière autrefois de grimpeurs, champ de bataille international sur ses routes de Biscaye, de Guipuzcoa, d'Alava, de Navarre, avec une incursion en France, au cours de la Vuelta, qui partait de Bilbao et y revenait, ne vit plus que dans le souvenir des exploits des Frantz, des Leducq, des Verwaecke et tant d'autres routiers. La "Gazetta del Norte", rétablit un temps le Circuit du Nord, mais aujourd'hui tout est à refaire en cyclisme dans ce beau pays.



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AFFICHE TOUR CYCLISTE D'ESPAGNE 1950




Deux causes à ce déclin, momentané, j'en suis sûr, du cyclisme espagnol. Absence de dirigeants cyclistes dynamiques et bien soutenus, et désintéressement à peu près total des grandes marques nationales pour les compétitions importantes.



Il y a bien quelques dévoués de ci de là, M. Dorriga, par exemple, mais ils ne trouvent pas sur le plan commercial l'appui sur lequel ils devaient compter. En ce qui concerne les marques de cycles, elles ne font aucun effort, parce qu'elles travaillent au plein et ne peuvent augmenter leur production, elles jugent inutile d'intensifier leur propagande.



J'ai trouvé pourtant à Bilbao un journaliste spécialisé ayant l'autorité et la compétence nécessaires, décidé à réaliser quelques grands projets. C'est M. Uhieta, rédacteur à la "Gazetta del Norte", qui suivit le Tour de France l'an dernier.



Une grande épreuve et la préparation du Tour de France.




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TOUR DE FRANCE CYCLISTE 1951
MIROIR DES SPORTS



— J'ai l'intention, me disait-il ces jours derniers, d'organiser entre le Tour d'Italie et le Tour de France, une grande épreuve en huit étapes de 200 kilomètres chacune rayonnant autour de Bilbao. Je solliciterai l'engagement des meilleurs Italiens, Français et Belges, tels que Coppi, Bobet, Schotte, Van Stenberggen, par exemple. Cela dans le but de frapper un grand coup et de relancer le cyclisme dans le nord de l'Espagne.



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CARTE TOUR DE FRANCE 1950



M. Uhieta nourrit également un autre projet : 


— Je demanderai à M. Jacques Goddet d'inscrire une équipe de six hommes dans le prochain Tour de France. En lui donnant naturellement toutes les garanties nécessaires. Dès la fin de cette saison, je commencerai à faire préparer quelques jeunes coureurs espagnols en vue de la grande épreuve française. Et au début de 1951, nous opérerons une première sélection.



Dalmacio Langarra est, pour l'instant, le meilleur coureur ; avec lui Langarica et Bernardo Ruiz veulent venger leur échec de 1949 et mettront tout en oeuvre pour se réhabiliter sur nos routes. D'autres jeunes les soutiendront avec des qualités indéniables de grimpeurs.



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COUREUR CYCLISTE DALMACIO LANGARRA 1949



Fait curieux : alors qu'il y avait un vélodrome à Bilbao, en 1898. Il n'y a plus de piste dans la capitale de la Biscaye...



Oui, tout est à refaire. A reconstruire en cyclisme dans cette Espagne qui nous fournit des Luciano Montero, des Trueba, des Ezfuerra, des Canardo et tant d'autres routiers de classe. Mais il faut commencer par le commencement, chercher des dirigeants ayant le feu sacré et l'autorité, et aussi des marques de cycles nationales ayant de larges vues sur l'avenir."



(Source : dalma48-kI1G-U1701108379533KLE-1968x1216@El Correo.jpg (1968×1216) (ppllstatics.com) et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)











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dimanche 17 décembre 2023

LE GROUPE OLDARRA AU PAYS BASQUE EN JUILLET 1950

LE GROUPE OLDARRA EN 1950.


C'est en 1946 qu'est créé le groupe d'art Basque Oldarra.




pays basque autrefois danse chants art
AFFICHE GROUPE OLDARRA 1953



Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire Qui ?, dans son édition du 10 juillet 1950, sous la 

plume d'André Rocher (Reportage photo. Rocher, Détective):



"Au Pays Basque, les traditions des danses ancestrales sont perpétuées par l'Oldarra, groupement 

folklorique le plus important du monde.



Biarritz (de notre correspondant particulier). 



Grandes réjouissances au Pays Basque : le groupe folklorique Oldarra, qui se fit applaudir en mai à Bordeaux et en Vendée, est de retour ! Il revient d’une tournée triomphale aux Iles Baléares.



Rappelons, pour ceux qui pourraient l’ignorer, que c'est en 1939 que M. Olaeta, Basque d’origine espagnole, fonda le groupe l’Oldarra dont le nom signifie : l’Elan.



dantza pais vasco antes
LIVRE SUR SEGUNDO DE OLAETA
PAR SA FILLE LIDE DE OLAETA


Il faut voir ces danseurs sur la place publique, sous les grands platanes, précédés des joueurs de "txistu" et de "ttun-ttun". Ces noms, qui sont des onomatopées, désignent la flûte à trois trous, qui se tient de la main gauche, et le tambourin étroit dont on frappe la peau d’âne de la main droite restée libre. Derrière, viennent les danseurs à l’allure fière. Autour de leurs mollets, ils ont fixé des rubans garnis de grelots qui sonnent à chacun de leurs pas. Sur leur chemise blanche, ils ont passé une veste bleu-marine, bordée de torsades rouges. Et ils sont coiffés du fameux béret couleur de sang.





Maintenant, les femmes dansent aussi.



Jadis, les hommes dansaient seuls. Les femmes n’étaient que spectatrices et les évolutions des danseurs devant elles signifiaient l’hommage rendu à leur beauté. Mais depuis un certain temps, admises dans les danses folkloriques, elles en ont renouvelé l'art.



Et voici les danseurs en mouvement.... 



D’abord un groupe reconstitue les viriles danses de Biscaye. C’est l’"Espata dantza", la danse des poignards. Puis la danse des bâtons, "Makhil dantza". Toutes deux tirent leur nom des accessoires que brandissent les danseurs.




pays basque autrefois danse chants art
ESPATA DANTZA GROUPE OLDARRA
PAYS BASQUE D'ANTAN



Ensuite, ce sont les danseurs de Basse-Navarre qui montent sur un verre retourné, y marquent un infime temps d’arrêt et redescendent sans avoir renversé ni brisé ce socle minuscule et fragile. Ils exécutent, après, la "Tyakarankua", ou la "Danse du chef mort au combat" : dans cette figure symbolique, un danseur absolument rigide est porté à bout de bras par ses camarades figurant ainsi le chef mort les armes à la main.




pays basque autrefois danse chants art
TXANKARRENKUA GROUPE OLDARRA
PAYS BASQUE D'ANTAN



Les danses féminines réclament moins de vigueur et plus de légèreté. C’est la "Danse des pommes" ou bien, venue de la Navarre, la "Danse des arceaux".



pays basque autrefois danse chants art
ARKU DANTZA GROUPE OLDARRA
PAYS BASQUE D'ANTAN


pays basque autrefois danse chants art
DANSE DES POMMES -SAGAR DANTZA GROUPE OLDARRA
PAYS BASQUE D'ANTAN


Tout cela finit, d’ordinaire, par l'arin-arin endiablé, ou par le fameux fandango.



pays basque autrefois danse chants art
FANDANGO GROUPE OLDARRA
PAYS BASQUE D'ANTAN



C’est tout cela, accompagnement obligé de toutes les fêtes, que le groupe Oldarra s’est donné mission, non seulement de maintenir, mais de faire connaître.



L’Oldarra a maintenant une renommée internationale et c’est le groupe folklorique le plus important du monde.



C’est même de ce succès que viennent, si l’on peut dire, ses soucis. Le groupe Oldarra est composé en majeure partie d’employés et d’ouvriers. Or, quelle que soit la compréhension d’un employeur, il vient un temps où une trop forte proportion de jours d’absence le fait reculer. Certains membres hésitent donc devant cette alternative : cesser de participer à l’effort du groupe pour continuer à assurer "la matérielle" de la famille ou se déclarer "professionnel", ce qui est bien hasardeux..."






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lundi 6 mars 2023

"UN PEUPLE QUI SAUTE AU PIED DES PYRÉNÉES" EN 1950

"UN PEUPLE QUI SAUTE AU PIED DES PYRÉNÉES".


Dans "la Princesse de Babylone", en 1768, Voltaire indiquait, en parlant des Basques : "Ces peuples qui demeurent, ou plutôt qui sautent au pied des Pyrénées".


pays basque autrefois carte iparralde
CARTE DU PAYS BASQUE NORD


Voici ce que raconta à ce sujet le quotidien La Croix, le 24 août 1950, sous la plume de G. Nilho :



"Nos belles provinces françaises.



Un peuple qui saute au pied des Pyrénées.



Peuple de l'Europe méridionale, établi depuis un temps immémorial sur les deux versants des Pyrénées occidentales, les Basques qui forment, de nos jours, une population d'environ 800 000 âmes sont repartis dans les provinces espagnoles de Biscaye, de Guipuscoa, d’Alava, dans une partie de la Navarre, et dans les petites contrées françaises : le Labourd, la Basse-Navarre et la Soule, les arrondissements de Bayonne et de Mauléon, du département des Basses-Pyrénées.



Appelé par les Romains Cantabri, mot qui signifie, en langage basque, "chanteurs excellents" (khanta ber), par les Espagnols Vascongados ou Vascos, dénomination venue, semble-t-il, du basque Vasco (homme), et par les Français Basques (dérivation de vascos), le peuple basque ne s’est jamais désigné lui-même que par le nom d'Escualdunac, composé de trois mots basques : escu (main), alde (adroits) et dunac (qui ont), c'est-à-dire hommes adroits ou qui ont la main adroite.



Toutefois, son origine n'a jamais pu être établie même par les plus réputés. Les historiens, depuis Hésiode (600 ans avant Jésus-Christ) et Avenius (500 ans avant Jésus-Christ), signalent qu'un peuple très particulier, parlant une langue curieuse, sans analogie avec celle de leurs voisins, occupe les deux versants des Pyrénées en leur extrémité occidentale ; ils les appellent Draganes, Ibères, Turditans, etc., mais jamais "Basques".



Le pays basque, dont l’ensemble porte le nom d'Eskual Herria ou Euskadi, a toujours gardé, de nos jours encore, ce caractère d'étrangeté dû à ses origines inconnues, tant dans manière de vivre et dans son esprit que dans ses mœurs, ses coutumes et ses traditions.



Sa beauté est incontestable. Maints poètes l’ont chantée, maints écrivains l’ont dépeinte ! La montagne y est imposante, sans aridité et agréablement accessible ; la mer toujours mouvementée, le ciel d'une exquise teinte perlée, les paysages d'un attrait incomparable.



La côte elle-même offre des sites admirables : Bayonne, capitale du Labourd, secrète et confidentielle comme les plus vieilles cités, mais d’une hospitalité tellement avenante et généreuse ; Biarritz, la reine des plages où l'étranger est roi ; Bidart, le "village basque sur la mer" ; Guéthary, où l'on se sent attiré simultanément par ces deux géants : l’Océan et les Pyrénées ; Saint-Jean-de-Luz, vieux port de pêche, dont l’église, avec son chœur surélevé et les innombrables statues en bois doré de son retable, est une merveille ; Ciboure, où l'arrivée des pécheurs et la vente des poissons aux enchères sont des scènes fort pittoresques ; Hendaye, enfin, à l’embouchure de la Bidassoa, d’où l'on entend tinter les cloches de la vieille cité espagnole de Fontarabie.



pais vasco antes guipuzcoa marina parque
PARC DE LA MARINA FONTARRABIE 1950
PAYS BASQUE D'ANTAN



A l’intérieur des terres, les riantes vallées de la Nivelle et de la Nive s'épanouissent sous les chauds et caressants rayons du soleil et s’ornent de ravissantes prairies. Partout ailleurs, dans le Labourd, ce ne sont que plateaux arides et landes où poussent les genêts appelés "thuyas".



Voici Espelette, type parfait du village basque, avec ses maisons d'une blancheur immaculée, que fait ressortir davantage encore le roux des toits et de la montagne ; Cambo l'enchanteur, Hasparren, capitale basque de la chaussure, qui naquit au milieu d'une forêt de chênes ; Saint-Etienne-de-Baïgorry et son vieux port, couvert de lierre, qui enjambe la Nive.



pays basque autrefois basse-navarre
QUARTIER LESPARS SAINT-ETIENNE-DE-BAIGORRY 1950
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici Louhossoa, dont le cimetière possède de curieuses tombes discoïdales qui ont de sept cents à huit cents ans ; Sare, pays de la contrebande ; Saint-Jean-Pied-de-Port et son église qui se dresse, semblable à une forteresse, au bord de la Nive.



Voici encore Tardets, la perle de la Soule, chantée par Francis Jammes ; Mauléon, capitale de la vallée, où s'élève le magnifique château de Maytie d’Andurain, construit par Arnaud 1er de Maytie, évêque d’Oloron, et  coiffé d’un haut toit béarnais ; Saint-Palais, enfin, dans la Basse-Navarre, dont l’activité est essentiellement agricole.



pays basque autrefois soule château
CHÂTEAU D'ANDURAIN MAULEON 1950
PAYS BASQUE D'ANTAN



Il nous faudrait citer toutes les localités du pays basque dans cette nomenclature, car elles offrent toutes, sans exception, des raisons de s’émerveiller, mais elles sont par trop nombreuses.



Cependant, le pays basque n'est pas seulement ces villes et ces villages, ces sites et ces panoramas que l'on rencontre à chaque pas, cette riante campagne que l’on découvre au hasard des chemins ombreux.



Le pays basque, c’est aussi ses habitants qui se montrent si accueillant et compréhensifs envers l’étranger, sans pour cela abandonner une parcelle de la fierté native de leur race. Tout élève, en effet, une barrière entre le Basque et ce qui l’entoure, les mœurs, le langage, les coutumes.



La tête haute, l'air dégagé, la taille droite et souple, la pose académique, la démarche aisée, ferme et légère : le regard vif et assuré, tels sont les caractères extérieurs du Basque ; habile à tous les exercices du corps, il est d'une agilité qui est passée en proverbe : courir, sauter comme un Basque, sont des dictons français dont on reconnait la justesse quand on a vu le peuple auquel ils s'appliquent. S'ils ne peuvent plus être les redoutables corsaires d'autrefois, les Basques sont encore d'audacieux contrebandiers, aussi lestes pour échapper aux douaniers qu'ils le sont lorsqu'ils dansent ou lorsqu'ils jouent à la pelote, leur jeu favori.



Le costume des hommes et des femmes est à la fois simple et gracieux. L’homme porte un pantalon maintenu par une ceinture rouge, dont les bouts retombent sous la courte veste de couleur brune, très ajustée ; un gilet ouvert, une cravate négligemment nouée autour du cou, un béret et des espadrilles à rubans de couleur complètent ce costume. Pour celui de la femme, le plus remarquable. c’est le foulard attaché sur le sommet de la tête, et qui, parfois, retombe en arrière sur la chevelure flottant dans le dos.



Mais, malgré son caractère si particulier et si particularisme, le peuple basque a su parfaitement s’attacher à la mère-patrie et la servir, chaque fois qu'il a été nécessaire, avec un élan et une générosité admirables. Il a donné au monde les saints Ignace de Loyola, François Xavier et Garicoïts, le cardinal Lavigerie, et il continue de fournir à l’église de jeunes et ardents missionnaires qui quittent la terre aimée pour aller prêcher la Bonne Nouvelle dans les contrées les plus éloignées de notre monde, parfois au prix de leur sang.



pays basque autrefois religion afrique bayonne
CARDINAL LAVIGERIE BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Puisses-tu, pays basque, vieux pays de la piété, conserver toujours intactes toutes tes vertus et demeurer toujours "ce havre de grâce où la civilisation faussée n'a pas terni beaucoup de paysages et n’a pas corrompu cette chose infinie et belle qu'est l’âme de l’homme".



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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