Federico Echevarria Rotaeche, né le 1er août 1840 à Bilbao (Biscaye) et mort le 30 janvier 1932 à Bilbao est un homme d'affaires et industriel Basque espagnol.
FEDERICO ECHEVARRIA ROTAECHE 1840-1932
Federico Echevarria Rotaeche fait partie de la longue liste des industriels Basques qui ont
contribué à l'essor du Pays Basque Sud à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème siècle.
Né à Bilbao, il est baptisé dans l'église de San Nicolas, dans la vieille ville de Bilbao.
Dans sa jeunesse, il étudie à Madrid, où il a également montré une grand intérêt pour la peinture,
ce qui le conduit à devenir copiste au musée du Prado, mais il doit rapidement revenir en Biscaye
pour reprendre l'entreprise familiale de métallurgie de fer-blanc.
En septembre 1869, il épouse Felipa Maria Estefana Zuricalday y Eguidazu, appartenant à une
famille bien connue de Bilbao liée à la fabrication de chocolat et de vins coloniaux, avec laquelle il
aura douze enfants.
Dans sa carrière d'entrepreneur, Federico se distingue par un esprit audacieux et novateur et par
son travail infatigable.
Après l'achat du champ de la ferme Recalde dans la région de Begoña, il fonde, en 1878, avec son
père et son frère José, un atelier de laminage et d'emboutissage de fer-blanc, qui sera ensuite
agrandi en vue de la fabrication de chaudronnerie et de toilettes galvanisées. Mais ce n'est qu'en
1886 que la fabrication mécanique de clous de ferrage a commencé, et qu'elle a été
commercialisée dans le monde entier.
De même, en 1878, il obtient la concession pour l'installation d'un central téléphonique dans la
gare de Barakaldo (Desierto) et deux lignes téléphoniques sont mises en place : l'une entre Bilbao
et Portugalete et l'autre entre Bilbao et Orduña.
Voulant être au même niveau que l'Europe en termes de technologie moderne, il signe un contrat
avec Frederick Siemens, ce qui lui permet d'installer, en 1894, le premier four à acier Siemens
assemblé en Espagne.
En 1901, il participe à la création de la plus importante entreprise métallurgique d'Espagne, Altos
Hornos de Vizcaya, à travers la fusion de l'une de ses entreprises La Iberia, qu'il dirigeait avec la
famille Goitia.
ALTOS HORNOS DE VIZCAYA BILBAO PAYS BASQUE D'ANTAN
En 1902, pour se développer, il acquiert l'usine de fil Santa Ana à Castrejana (Baracaldo), qu'il
relie à l'usine Recalde par un embranchement ferroviaire, et l'usine de fer et de fonderie Santa
Agueda, également à Castrejana, sur les rives de la rivière Cadagua.
Federico joue un rôle important dans le mouvement associatif d'affaires qui accompagne, à
l'époque, l'industrialisation de la Biscaye et il est l'un des fondateurs de la Chambre de
commerce, d'industrie et de navigation de Bilbao, en 1886.
Au cours des deux années où il est directeur de cette Chambre, il soutient la tentative de création
de la Bourse de Bilbao en 1887 et son intervention l'année suivante dans les efforts pour obtenir
du gouvernement Espagnol qu'il accorde à la Biscaye la construction de navires de guerre, ce qui
est à l'origine des chantiers navals de Nervion.
CHANTIER NAVAL ESKUALDUNA NERVION BILBAO PAYS BASQUE D'ANTAN
Il préside également le comité d'organisation d'une réunion à Bilbao contre la politique
commerciale du gouvernement Sagasta, d'où émerge la Ligue des producteurs de Biscaye, en
1894, dont il est nommé trésorier jusqu'en 1905, puis en exerce la présidence jusqu'à sa mort.
En 1907, son intense activité l'amène à promouvoir puis à présider la Société économique des
amis du Pays de Gascogne, en collaboration avec ses homologues de Leon et de Palencia, dont il
est membre honoraire et méritant.
Il participe aussi au Congrès national des industries métallurgiques, à Barcelone en 1913, d'où est
née l'Association nationale des industries métallurgiques, dont il devient un membre éminent.
D'autre part, son activité commerciale couvre un vaste champ du tissu industriel, de sorte que
pendant quelques années, il occupe la présidence d'Electrica Hispanica ou celle de Sulfatos
Españoles (secteur chimique) ; il est également administrateur, associé ou actionnaire de la
Sociedad Española de Construcciones Babcok & Wilcox, de la Sociedad Altos Hornos de Vizcaya, du
Ferrocaril de la Robla, du chemin de fer de Bilbao à Portugalete, de la Compañia de los Caminos
del Hierro del Norte de España, du chemin de fer et des mines de Burgo, des compagnies minières
Sociedad Española de Petroleos, des Hulleras del Esla, d'Echevarria et de Picavea, société créée
avec son beau-frère Rafael Picavea, industriel bien connu du Gipuzkoa, de la Société espagnole
Tudor, de la Papelera Vizcaina, de la société Alhemeyer, promoteurs de lignes électriques privées à
Bilbao, de la Banque de Bilbao, après sa fusion avec la Banco de Comercio, en 1901, et promoteur
de la Banque de Burgos.
En même temps qu'une activité commerciale intense, sa carrière politique ne l'est pas moins.
Après avoir été blessé lors de la deuxième guerre carliste, au cours de laquelle il combat comme
lieutenant dans le bataillon auxiliaire, défendant la ville invaincue lors du siège de Bilbao, il est
décoré d'une médaille.
Entre 1874 et 1876, il est conseiller municipal de Bilbao et, quelques années plus tard, il est élu
député aux Cortès lors des élection générales de 1899. A partir de ce moment-là, il est réélu
sénateur de Biscaye entre 1901 et 1910, puis en 1916. En raison de son amitié personnelle avec
Segismundo Moret, président du Parti libéral et futur président du gouvernement espagnol, il se
voit confier la constitution du Parti libéral de Biscaye, avec des personnalités renommées de la vie
politique de Bilbao, telles que Gregorio Revilla, Alberto Otaduy, Eduardo Barandiaran, Gregorio
Balparda et Gregorio Prados Urquijo, entre autres, en 1910.
De la même manière, il entretient une amitié avec le comte de Romanones et, au début de l'année
1919, il rejoint l'assemblée constituante de la Ligue d'action monarchique, coalition de libéraux,
de conservateurs, de mauristes et de dynastiques indépendants de Biscaye, afin de faire face à
Dans Bilbao, ville de 250 000 habitants, la plus industrielle d'Espagne, largement pavoisée, hier, à l'occasion de l'entrée du premier évêque — Mgr Morcillo devant y résider (car Bilbao comme Saint-Sébastien dépendaient, jusqu'ici, de l'évêché de Victoria) — il est surtout question de football.
L'Athletic, champion d'Espagne 1950 et, pour les Espagnols, le vainqueur de la Coupe est considéré comme le seul et vrai champion ; il recevait, pour ses débuts en Championnat, l'Atlético de Madrid, avec ses Ben Barek et Domingo.
ATHLETIC DE BILBAO MAI 1950 VAINQUEUR DE LA COUPE D'ESPAGNE
— Vous savez comment on désigne ici les deux Atleticos ? Le nombre est l'Atletico B, c'est-à-dire l'Atletico Bon ; celui de Madrid est l'Atletico M, c'est-à-dire l'Atletico Mauvais.
Le football roi.
L'Athletic de Bilbao s'est toujours placé au sommet de la première division depuis sa fondation en 1898 et c'est la seule équipe qui ait gagné en toute propriété trois Coupes d'Espagne trois fois consécutives (Coupe Alphonse-XIII 1914, 1915, 1916, Coupe nationale 1930, 1931, 1932, Coupe Franco 1943, 1944, 1945), ce qui constitue un véritable record.
C'est aussi l'unique équipe gagnante en toute propriété du premier Trophée de la Ligue, vainqueur simultanément de la Ligue et de la Coupe, trois fois : en 1930, 1931 et 1945. Elle a participé vingt-trois fois à la finale de la Coupe d'Espagne.
Qui peut dire mieux dans n'importe quel pays au monde ?
Son terrain de Saint-Mamès, au coeur même de la ville et qui peut accueillir trente-cinq mille spectateurs, est en instance d'agrandissement pour en recevoir cinquante mille.
SAN MAMES BILBAO 1950 PAYS BASQUE D'ANTAN
Le football est roi à Bilbao, où l'on se montre fier de posséder une équipe 100 p. 100 basque, pépinière, hier comme aujourd'hui, de l'équipe nationale. Gainza, l'ailier gauche ; Zarra, l'avant centre ; Panizo, intérieur gauche, ne furent-ils pas la base de l'équipe espagnole dans la Coupe du Monde, au Brésil ? Nando, demi volant gauche, qui opéra également au Brésil, et Lezana, gardien de but, figurent aussi au rang des "nationaux" opérant à Bilbao.
AFFICHE COUPE DU MONDE BRESIL 1950
Record du monde.
Bilbao vient d'avoir son record du monde mais ni en athlétisme, ni en natation, ni en cyclisme ; mais... en hippisme. En effet, le cheval Balsamo, monté par le colonel Nogueras, a battu de plusieurs centimètres le record mondial en franchissant 8 m. 20 en longueur. Un peu mieux que Jess Owens. Il est à remarquer, d'ailleurs, que le cheval précède de peu — mais assez nettement — l'athlète humain dans les sauts en hauteur et en longueur... sans tremplin, évidemment.
Si la Biscaye et sa capitale ne réalisent que peu d'exploits valables sur le plan international aussi bien en natation, qu'en athlétisme, qu'en boxe, qu'en aviron où seules les courses de croisières obtiennent un grand succès, la pelote basque est très prisée. Les meilleurs joueurs professionnels du monde à part Bégonès V, le plus jeune d'une dynastie de pelotaris, Aguirrebengoa, Baracaldo II, Ituarte, Ermua, remplissent les frontons à chacune de leurs sorties.
— Hélas, je ne puis trouver aucun super as pour envoyer à la Havane ou à Mexico en "sesta punta", le jeu le plus spectaculaire, me disait le représentant en Espagne des frontons d'outre-Atlantique, Eloy Gastamendi, d'Irun, car aucun ne possède la virtuosité suffisante. Et cela tient au fait que les professionnels à chistera ne gagnent plus leur vie en Espagne, les recettes et les cachets par contrecoup ayant diminué.
Le cyclisme en déclin.
Mais le pays basque espagnol, pépinière autrefois de grimpeurs, champ de bataille international sur ses routes de Biscaye, de Guipuzcoa, d'Alava, de Navarre, avec une incursion en France, au cours de la Vuelta, qui partait de Bilbao et y revenait, ne vit plus que dans le souvenir des exploits des Frantz, des Leducq, des Verwaecke et tant d'autres routiers. La "Gazetta del Norte", rétablit un temps le Circuit du Nord, mais aujourd'hui tout est à refaire en cyclisme dans ce beau pays.
AFFICHE TOUR CYCLISTE D'ESPAGNE 1950
Deux causes à ce déclin, momentané, j'en suis sûr, du cyclisme espagnol. Absence de dirigeants cyclistes dynamiques et bien soutenus, et désintéressement à peu près total des grandes marques nationales pour les compétitions importantes.
Il y a bien quelques dévoués de ci de là, M. Dorriga, par exemple, mais ils ne trouvent pas sur le plan commercial l'appui sur lequel ils devaient compter. En ce qui concerne les marques de cycles, elles ne font aucun effort, parce qu'elles travaillent au plein et ne peuvent augmenter leur production, elles jugent inutile d'intensifier leur propagande.
J'ai trouvé pourtant à Bilbao un journaliste spécialisé ayant l'autorité et la compétence nécessaires, décidé à réaliser quelques grands projets. C'est M. Uhieta, rédacteur à la "Gazetta del Norte", qui suivit le Tour de France l'an dernier.
Une grande épreuve et la préparation du Tour de France.
TOUR DE FRANCE CYCLISTE 1951 MIROIR DES SPORTS
— J'ai l'intention, me disait-il ces jours derniers, d'organiser entre le Tour d'Italie et le Tour de France, une grande épreuve en huit étapes de 200 kilomètres chacune rayonnant autour de Bilbao. Je solliciterai l'engagement des meilleurs Italiens, Français et Belges, tels que Coppi, Bobet, Schotte, Van Stenberggen, par exemple. Cela dans le but de frapper un grand coup et de relancer le cyclisme dans le nord de l'Espagne.
CARTE TOUR DE FRANCE 1950
M. Uhieta nourrit également un autre projet :
— Je demanderai à M. Jacques Goddet d'inscrire une équipe de six hommes dans le prochain Tour de France. En lui donnant naturellement toutes les garanties nécessaires. Dès la fin de cette saison, je commencerai à faire préparer quelques jeunes coureurs espagnols en vue de la grande épreuve française. Et au début de 1951, nous opérerons une première sélection.
Dalmacio Langarra est, pour l'instant, le meilleur coureur ; avec lui Langarica et Bernardo Ruiz veulent venger leur échec de 1949 et mettront tout en oeuvre pour se réhabiliter sur nos routes. D'autres jeunes les soutiendront avec des qualités indéniables de grimpeurs.
COUREUR CYCLISTE DALMACIO LANGARRA 1949
Fait curieux : alors qu'il y avait un vélodrome à Bilbao, en 1898. Il n'y a plus de piste dans la capitale de la Biscaye...
Oui, tout est à refaire. A reconstruire en cyclisme dans cette Espagne qui nous fournit des Luciano Montero, des Trueba, des Ezfuerra, des Canardo et tant d'autres routiers de classe. Mais il faut commencer par le commencement, chercher des dirigeants ayant le feu sacré et l'autorité, et aussi des marques de cycles nationales ayant de larges vues sur l'avenir."
Au cours des premières semaines de mai, plus de 50 000 ouvriers ont quitté les usines, les ateliers, les fabriques de la région industrielle de Biscaye. C'est la plus importante manifestation antifranquiste depuis la guerre civile. Les grèves locales, les protestations, les actions des guérilleros n'ont cessé depuis la prise du pouvoir par Franco de témoigner d’un courant extrêmement vivant de résistance au fascisme espagnol, malgré les odieuses répressions, la prison, les tortures, les exécutions. L’ampleur de ce mouvement de grève de Biscaye, en dépit des précautions prises par Franco, a un retentissement dans toute l’Espagne et au-delà des frontières. L’action des travailleurs basques éveille une sympathie agissante pour tous les Espagnole opprimés, elle stimule les énergies résistantes au fascisme espagnol ; elle renforce les espérances de la chute prochaine de Franco et de la renaissance de la République espagnole.
Le développement de la grève.
En accord avec les trois organisations syndicales basques de l'intérieur, l'U.G. T., la C. N.T. et la Solidarité des travailleurs basques, le gouvernement banque avait décrété la cessation du travail le 1er mai dans les usines et les chantiers de Biscaye. La décision n’affectait ni les commerces ni les transports publics. Des tracts avaient été distribués à profusion.
Avant le déclenchement de la cessation du travail, le gouverneur civil avait donné ordre aux patrons de licencier les ouvriers ne se rendant pas ce jour-là dans les ateliers.
Avec un esprit de discipline magnifique, le 1er mai, 70 à 80 pour cent des ouvriers chômèrent. Les contremaîtres et les ouvriers spécialisés furent les premiers à s’abstenir. Dans les ateliers de la Compagnie Euzkalduna, à la Construction naval, à l'entreprise "Earle", l’arrêt a été complet.
COMPAGNIE EUSKLADUNA BILBAO PAYS BASQUE D'ANTAN
Le gouvernement franquiste, par l’intermédiaire du gouverneur civil, prit une série de mesures coercitives. La répression a commencé par une phase administrative.
"Ceux qui ont essayé de rappeler les coutumes passées, disait le 2 mai le gouverneur civil, se verront soumis aux mesures suivantes" :
1° Leur contrat collectif de travail sera annulé.
2° Dans un délai de 10 jours, ils devront demander à nouveau leur réadmissions individuelle dans leur ancienne entreprise.
3° Les entreprises enverront ces demandes d'embauche à la préfecture pour enquête.
4° Les "producteurs" réintégrés perdront leurs droits d'ancienneté dans l'entreprise.
5° A partir de ce jour, toute entreprise avant d’embaucher du personnel, devra exiger de celui-ci un certificat de son ancien patron, qui établira, s'il a été puni ou non, en vertu de ces dispositions.
Dans la matinée du lundi 5 mal, le nombre des renvois atteignait 14 000.
Les organisations syndicales décrétèrent alors la grève dans toutes les usines où les renvois avaient été effectués. Plus de 25 000 travailleurs se trouvèrent alors en grève.
Très rapidement la grève s’étendit. Les ouvriers des transports, du bâtiment et les boulangers se minent en grève par solidarité.
Cependant, la répression franquiste entrait dans une phase policière.
Les arrestations se sont multipliées. Des patrouilles ont parcouru les rues, des mitrailleuses furent mises en batterie. Les éléments phalangistes ont adopté une attitude provocatrice. Au lendemain du 1er mai, déjà une centaine d'ouvriers étaient incarcérés. Tous ceux qui jouissaient de liberté provisoire, conditionnelle, ont été convoqués pour savoir s'ils avaient participé au mouvement. Il y en avait plusieurs milliers.
Les patrons qui n’avaient pas agi conformément aux ordres du gouverneur civil étaient arrêtés, emprisonnés, frappés de lourdes amendes.
Les cachots des commissariats de police, la prison de Larriniga furent rapidement pleins. Le 8 mai, plus de 6 000 personnes, hommes et femmes, étaient détenus aux arènes de Vista Alegre.
ARENES VISTA ALEGRE BILBAO PAYS BASQUE D'ANTAN
Les patrons eux-mêmes ont accusé le gouverneur civil Riestra, de maladresse et de cruauté. "Au-dessus des intérêts particuliers et industriels de la Biscaye, a répondu le gouverneur à une délégation patronale, il y a les intérêts de Franco et de son régime."
Alors que le travail a repris, emprisonnements, déportations de grévistes, arrêtés le plus souvent au hasard, se poursuivent. Les intérêts supérieurs de Franco et de son régime exigent les souffrances des camps de concentration franquistes en Afrique, les tortures, les massacres.
Une action de masse contre Franco.
La tyrannie fasciste espagnole, la terreur semée dans les provinces par les éléments phalangistes, les recherches policières, les emprisonnements, les menaces et les coups n’ont pas empêché une manifestation de masse puissante, un cri de révolte viril, qui retentit dans toute l'Espagne, et dont le monde entier recueille les échos.
C'est précisément cette tyrannie franquiste, cet asservissement du peuple sous le joug fasciste qui est la cause première et profonde de la rébellion. La grève de masse des travailleurs basques est la première vague puissante d'une tempête qui gronde. L'unité du peuple espagnol se forge dans l'oppression, dans la souffrance. C'est l’action de masse qui balaiera Franco.
La grève des ouvriers de Biscaye résulte aussi des conditions économiques dans lesquelles se trouve l’Espagne tout entière. C’est le franquisme qui a plongé la péninsule dans des difficultés alimentaires très graves. Ouvriers et paysans ont souvent eu, au cours des siècles, une existence misérable, étant exploités par les propriétaires terriens et par les industriels. Les capitaux étrangers lèvent une dîme sur le sueur des ouvriers espagnols. Bien que la guerre n’ait pas ravagé l’Espagne, la situation alimentaire du pays demeure extrêmement précaire et rien n'est entrepris par le régime qui règne sur le peuple, contre le peuple, malgré le peuple.
La grève a réussi parce que les courants de haine contre Franco se sont rassemblés, unifiés, au lieu d’éclater en manifestations sporadiques et fréquentes réprimées avec sauvagerie. Les colères des travailleurs ont soulevé cette fois la masse du peuple de Biscaye, comme elles soulèveront demain la masse entière du peuple espagnol.
La grève a été soigneusement préparée par les organisations syndicales, en accord avec le gouvernement basque. C’est une des raisons de son succès. La secrétaire générale du parti communiste espagnol "La Pasionaria" insistait, au troisième congrès du parti communiste espagnol sur l’importance de la préparation des actions de masse.
DOLORES IBARRURI "LA PASIONARIA"
Sur le terrain de la lutte effective, il faut préparer les grèves et les actions de protestation des masses, les développer en profondeur et en étendue, les coordonner et ne pas les laisser commencer et se développer séparément.
Comme les mineurs français en 1941.
La grève des ouvriers basques rappelle aux Français un mouvement survenu dans des conditions analogues d’oppression.
L’occupant hitlérien sur le sol de France dictait sa loi. Toute protestation, alors, entraînait des représailles. A l’apogée de la puissance arrogante du fascisme allemand, les mineurs français, en 1941, se mettaient en grève dans les bassins du Nord et du Pas-de-Calais.
Cette action de masse parfaitement réussie avait été alors préparée avec soin par Auguste Lecoeur collaborateur direct de Jacques Duclos et du Comité central du Parti Communiste Français, par les comités populaires et les éléments de la C.G.T. clandestine en pleine reconstitution. Ce fut la première résistance de masse française, résistance muette, passive, puissante que les canons allemands ne purent empêcher. Cette grève eut aussi des retentissements profonds, elle contribue à renforcer l'activité de la Résistance et à galvaniser toutes les énergies patriotiques.
De même, en Espagne, la grève de Bilbao donne une impulsion à toutes les énergies antifranquistes : elle accroît la confiance du peuple dans l'avenir de l’Espagne, dans la lutte contre Franco et la reconquête de la liberté.
Signification de la grève.
C'est dans cette province catholique, le pays basque qu'éclate la grève la plus puissante de toute la sombre et sinistre histoire du franquisme, jusqu'à ce jour.
La grève est d'abord une manifestation d'unité du peuple espagnol. Elle témoigne d’une hostilité générale contre Franco. Elle est une réponse à tous ceux qui prétendent en Espagne et hors d'Espagne que le régime est en réalité accepté par le peuple. Elle démontre que le régime ne se maintient que par une farouche terreur. Elle stigmatise les appuis que le dictateur reçoit dans les chancelleries, les pays qui lui donnent la possibilité de se survivre, pays partis en guerre contre le fascisme italien et allemand, qui oublient la honteuse survivance espagnole.
Certains patrons ont manifesté une vive résistance aux ordres de l’administration franquiste. C'est que le régime qui propage la terreur en Espagne répand aussi la ruine. Il en fait un pays appauvri et décadent. Les vaines et grandiloquentes proclamations du dictateur ne contribuent nullement à donner au pays l'essor économique auquel il pourrait prétendre.
Les travailleurs catholiques du pays basque se sont élevés, eux aussi, contre un Etat qui prétend reposer sur des fondements religieux. Les croyants d'Euzkadi n’acceptent pas la dictature sous couvert de catholicisme officiel. Parmi les motifs de grève énoncés par le poste radio clandestin basque, il y avait celui-ci :
"Faire de l'Eglise une institution digne et libre et non au service de dictateurs de quatrième catégorie."
La dictature de Franco s'exerce sur l'ensemble des masses travailleuses. Les prétextes de lutte anticommuniste sont depuis longtemps éventés. Aussi, croyants, non croyants, maudissant le régime de contrainte, de misère de terreur, forgent dans la souffrance l'unité du peuple espagnol contre la dictature.
La courageuse grève des travailleurs basques a été saluée au delà des frontières espagnoles par toutes les forces de la liberté et des progrès démocratiques. La Fédération syndicale mondiale, les organisations ouvrières de nombreux pays ont témoigné du désir de soutenir efficacement la lutte vaillante et douloureuse contre les dernières forces du fascisme.
Toutes les nations démocratiques et en premier lieu les grands alliés qui ont combattu pour le triomphe de la liberté, contre les dictateurs fascistes d'Italie et d'Allemagne ne peuvent demeurer insensibles à l'oppression de tout un peuple. La dictature franquiste a été installée en Espagne avec l’aide des blindés de la Wehrmacht et des avions fascistes italiens. La victoire sur Hitler et Mussolini n'est pas complète tant que leur créature règne sauvagement sur l'Espagne martyre.
Des Basques et des Espagnols sont morts à Narwick, en Afrique, en Italie, en France, pour le triomphe des alliés et la liberté du monde. C’est un devoir pour les nations démocratiques de les aider à leur tour à retrouver la liberté dans leur propre pays.
A bas Franco, la honte sanglante !"
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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En 1906, cette commune, capitale de la province de Biscaye compte environ 90 000 habitants et est administrée par le Maire M. Gregorio Balparda y Herrerias (libéral démocrate).
VUE GENERALE BILBAO 1907 PAYS BASQUE D'ANTAN
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le Phare de la Loire, le 23 septembre 1906 :
"Choses et gens.
Un port espagnol.
Les ports ont leur destin.
Celui de Bilbao fut longtemps d’être relégué dans l’ombre après avoir brillé d'un vif éclat aux XVe et XVIe siècles. Jusqu'à ces dernières années, il ne figurait pas dans les géographies parmi les grandes métropoles du commerce maritime, et aujourd'hui même son importance est certainement insoupçonnée du plus grand nombre. Interrogez un lecteur français un peu au courant de ce qui se passe dans le monde, et parlez-lui de Bilbao. Il y a toutes chances pour qu'il vous réponde : "Ah ! oui, je sais : une ville où il vient d’y avoir des grèves qui ont failli mal tourner !"
Elles se sont heureusement terminées. Mais, au temps présent, une grève ne suffit pas pour distinguer une ville d'une autre. Bilbao connaîtra sans doute encore des conflits du travail ; mais, si graves qu'ils puissent être, à en juger par les précédents, ce n’est pas cela qui recommande particulièrement cette ville à notre attention. Elle y a d’autres titres.
Dans un rapport d’un haut intérêt (publié sous le n° 541 des suppléments au "Moniteur officiel du Commerce"), M. G. Pascal d’Aix, consul de France à Bilbao, nous montre comment ce port, un des plus beaux déjà du continent européen, est en passe de devenir le centre des relations maritimes entre l’Espagne et l’Amérique, et une des escales les plus importantes pour la navigation internationale maritime.
Alors que Santander prenait, avec les conditions nouvelles de la navigation maritime, une importance de jour en jour grandissante, Bilbao semblait voué à une médiocrité perpétuelle. Son orientation défectueuse, son manque de communications commodes avec le reste de la Péninsule, la difficulté de sa barre, tout se liguait contre lui pour lui interdire l’espoir d’un grand développement commercial.
La transformation de la métallurgie et, en particulier, la découverte de Bessmer fut pour le pays basque le point de départ d’une véritable révolution économique. La Biscaye possède, en effet, en quantités prodigieuses, les minerais de fer non phosphore indispensables à la nouvelle sidérurgie. De puissantes Compagnies se formèrent et la région commença de s’enrichir. Un chemin de fer mit la ville en communication avec Tudela, c’est-à-dire avec le centre de l’Espagne. Une Compagnie minière relia, par une voie ferrée, les gisements aux rives du Nervion.
PANORAMA DU FLEUVE NERVION BILBAO PAYS BASQUE D'ANTAN
C’est alors que la renaissance de Bilbao se met à progresser à pas de géant.
Un vaste projet de travaux est adopté pour aménager et améliorer le Nervion et pour construire un port extérieur. La plus grande partie de cette dernière entreprise est confiée à des Français, la maison Allard, Coiseau et Couvreux.
Deux séries de travaux furent exécutés :
1° De 1888 à 1890, le régime de la rivière, peu profonde et sinueuse, fut entièrement modifié. Aujourd’hui, son chenal a régulièrement plus de 5 mètres de profondeur et, à marée haute, admet, des navires calant de 6 m. à 6 m. 70. Ces améliorations ont coûté 16 millions de pesetas.
2° Trente-neuf millions de pesetas ont été, d’autre part, consacrés à la construction du port extérieur, achevé en 1903. Et aujourd’hui ce port, absolument sûr, constitue "un port d’escale et de refuge de premier ordre, tel qu’il n’en existe pas un autre sur toute la côte Sud de la France et la côte Nord de l’Espagne. Sa superficie est de 280 hectares, avec des fonds variant de 8 à 15 mètres aux plus basses mers. Les profondeurs y sont assez grandes et régulières, les fonds de 10 mètres passent près des rivages et de l’embouchure de la rivière. Enfin, le mouillage est excellent, les ancres trouvant un fond de sable où elles tiennent très bien."
Et voici les résultats de ces dépenses rémunératrices : Bilbao reçoit annuellement 3 500 navires environ, ce qui le place au premier rang des ports d’Espagne. En 1905, son mouvement de marchandises a été de 5 530 000 tonnes (entrées et sorties) ; il est vrai qu’il consiste surtout dans l’importation des charbons destinés à l’industrie basque et l’exportation des minerais.
BILBAO NERVION INDUSTRIE DU FER PAYS BASQUE D'ANTAN
Si Bilbao ne devait compter que sur ses minerais, il finirait, tôt ou tard, par perdre une partie de son importance, avec l’épuisement progressif des gisements. Heureusement des perspectives d’un avenir favorable s’ouvrent pour lui. La Biscaye et les provinces qui l’entourent naissent à la vie industrielle et pourront bientôt exporter leurs produits manufacturés ; d’autre part, les chemins de fer en construction vont faire de Bilbao le port d’approvisionnement de toutes les régions de la Péninsule situées entre la côte septentrionale et le plateau central, jusques et y compris Madrid.
Mais, pour arriver à jouer le rôle qu’il ambitionne justement, celui de port transatlantique par excellence, il manque encore des installations modernes indispensables pour une telle fonction. Voilà pourquoi un nouveau projet de grands travaux, approuvé par le ministère, va entrer sans retard dans la période d’exécution. On estime qu’ils seront terminés en quatre ou cinq ans.
Ils consistent essentiellement dans l’approfondissement de la rivière à six mètres par les plus basses marées équinoxiales ; dans la rectification définitive de son cours, dans l’agrandissement de l’entrée, dans la construction de quais, munis de l’outillage le plus perfectionné.
Quant au port lui-même, il va recevoir une jetée de 640 mètres de longueur en eau profonde (9 mètres), de telle sorte que les transatlantiques puissent à toute heure de marée y accoster et y effectuer leurs opérations. Elle sera reliée à la côte par un mur-promenade, et cette voie d’accès sera dotée d’un chemin de fer mettant la jetée en communication directe avec l’ensemble du réseau espagnol.
Ainsi outillé, Bilbao ne tardera pas à parachever sa victoire sur Santander. L’Allemagne, la première, semble avoir deviné l’avenir de cette escale ; elle s’y est installée pour y marquer sa place, et, en 1899, pour la première fois, un transatlantique allemand a fait son apparition dans ce port. Depuis cette époque, la Compagnie Hambourg-Amerika a créé une importante agence à Bilbao et établi un service mensuel régulier qu’elle n’a rien négligé pour faire prospérer.
AFFICHE COMPAGNIE HAMBOURG-AMERIKA
Du grand mouvement d’échanges qui s’est établi entre la Biscaye, l’Amérique du Sud, le Mexique et les Antilles, — l’Espagne, l’Angleterre, le Danemark et la République Argentine profitent comme l’Allemagne, mais en moindre proportion. La France semble l’ignorer. On dirait qu’elle ne sait rien de Bilbao. Et cependant il serait grand temps, pour nous, de nous y assurer une place : "Ce qui est possible aujourd'hui sera difficile demain, irréalisable plus tard, lorsque toutes les positions seront prises." Nos Compagnies maritimes n’ont plus de raisons pour négliger Bilbao ; à prolonger leur abstention, elles commettraient une faute irréparable."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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