Dans Bilbao, ville de 250 000 habitants, la plus industrielle d'Espagne, largement pavoisée, hier, à l'occasion de l'entrée du premier évêque — Mgr Morcillo devant y résider (car Bilbao comme Saint-Sébastien dépendaient, jusqu'ici, de l'évêché de Victoria) — il est surtout question de football.
L'Athletic, champion d'Espagne 1950 et, pour les Espagnols, le vainqueur de la Coupe est considéré comme le seul et vrai champion ; il recevait, pour ses débuts en Championnat, l'Atlético de Madrid, avec ses Ben Barek et Domingo.
ATHLETIC DE BILBAO MAI 1950 VAINQUEUR DE LA COUPE D'ESPAGNE
— Vous savez comment on désigne ici les deux Atleticos ? Le nombre est l'Atletico B, c'est-à-dire l'Atletico Bon ; celui de Madrid est l'Atletico M, c'est-à-dire l'Atletico Mauvais.
Le football roi.
L'Athletic de Bilbao s'est toujours placé au sommet de la première division depuis sa fondation en 1898 et c'est la seule équipe qui ait gagné en toute propriété trois Coupes d'Espagne trois fois consécutives (Coupe Alphonse-XIII 1914, 1915, 1916, Coupe nationale 1930, 1931, 1932, Coupe Franco 1943, 1944, 1945), ce qui constitue un véritable record.
C'est aussi l'unique équipe gagnante en toute propriété du premier Trophée de la Ligue, vainqueur simultanément de la Ligue et de la Coupe, trois fois : en 1930, 1931 et 1945. Elle a participé vingt-trois fois à la finale de la Coupe d'Espagne.
Qui peut dire mieux dans n'importe quel pays au monde ?
Son terrain de Saint-Mamès, au coeur même de la ville et qui peut accueillir trente-cinq mille spectateurs, est en instance d'agrandissement pour en recevoir cinquante mille.
SAN MAMES BILBAO 1950 PAYS BASQUE D'ANTAN
Le football est roi à Bilbao, où l'on se montre fier de posséder une équipe 100 p. 100 basque, pépinière, hier comme aujourd'hui, de l'équipe nationale. Gainza, l'ailier gauche ; Zarra, l'avant centre ; Panizo, intérieur gauche, ne furent-ils pas la base de l'équipe espagnole dans la Coupe du Monde, au Brésil ? Nando, demi volant gauche, qui opéra également au Brésil, et Lezana, gardien de but, figurent aussi au rang des "nationaux" opérant à Bilbao.
AFFICHE COUPE DU MONDE BRESIL 1950
Record du monde.
Bilbao vient d'avoir son record du monde mais ni en athlétisme, ni en natation, ni en cyclisme ; mais... en hippisme. En effet, le cheval Balsamo, monté par le colonel Nogueras, a battu de plusieurs centimètres le record mondial en franchissant 8 m. 20 en longueur. Un peu mieux que Jess Owens. Il est à remarquer, d'ailleurs, que le cheval précède de peu — mais assez nettement — l'athlète humain dans les sauts en hauteur et en longueur... sans tremplin, évidemment.
Si la Biscaye et sa capitale ne réalisent que peu d'exploits valables sur le plan international aussi bien en natation, qu'en athlétisme, qu'en boxe, qu'en aviron où seules les courses de croisières obtiennent un grand succès, la pelote basque est très prisée. Les meilleurs joueurs professionnels du monde à part Bégonès V, le plus jeune d'une dynastie de pelotaris, Aguirrebengoa, Baracaldo II, Ituarte, Ermua, remplissent les frontons à chacune de leurs sorties.
— Hélas, je ne puis trouver aucun super as pour envoyer à la Havane ou à Mexico en "sesta punta", le jeu le plus spectaculaire, me disait le représentant en Espagne des frontons d'outre-Atlantique, Eloy Gastamendi, d'Irun, car aucun ne possède la virtuosité suffisante. Et cela tient au fait que les professionnels à chistera ne gagnent plus leur vie en Espagne, les recettes et les cachets par contrecoup ayant diminué.
Le cyclisme en déclin.
Mais le pays basque espagnol, pépinière autrefois de grimpeurs, champ de bataille international sur ses routes de Biscaye, de Guipuzcoa, d'Alava, de Navarre, avec une incursion en France, au cours de la Vuelta, qui partait de Bilbao et y revenait, ne vit plus que dans le souvenir des exploits des Frantz, des Leducq, des Verwaecke et tant d'autres routiers. La "Gazetta del Norte", rétablit un temps le Circuit du Nord, mais aujourd'hui tout est à refaire en cyclisme dans ce beau pays.
AFFICHE TOUR CYCLISTE D'ESPAGNE 1950
Deux causes à ce déclin, momentané, j'en suis sûr, du cyclisme espagnol. Absence de dirigeants cyclistes dynamiques et bien soutenus, et désintéressement à peu près total des grandes marques nationales pour les compétitions importantes.
Il y a bien quelques dévoués de ci de là, M. Dorriga, par exemple, mais ils ne trouvent pas sur le plan commercial l'appui sur lequel ils devaient compter. En ce qui concerne les marques de cycles, elles ne font aucun effort, parce qu'elles travaillent au plein et ne peuvent augmenter leur production, elles jugent inutile d'intensifier leur propagande.
J'ai trouvé pourtant à Bilbao un journaliste spécialisé ayant l'autorité et la compétence nécessaires, décidé à réaliser quelques grands projets. C'est M. Uhieta, rédacteur à la "Gazetta del Norte", qui suivit le Tour de France l'an dernier.
Une grande épreuve et la préparation du Tour de France.
TOUR DE FRANCE CYCLISTE 1951 MIROIR DES SPORTS
— J'ai l'intention, me disait-il ces jours derniers, d'organiser entre le Tour d'Italie et le Tour de France, une grande épreuve en huit étapes de 200 kilomètres chacune rayonnant autour de Bilbao. Je solliciterai l'engagement des meilleurs Italiens, Français et Belges, tels que Coppi, Bobet, Schotte, Van Stenberggen, par exemple. Cela dans le but de frapper un grand coup et de relancer le cyclisme dans le nord de l'Espagne.
CARTE TOUR DE FRANCE 1950
M. Uhieta nourrit également un autre projet :
— Je demanderai à M. Jacques Goddet d'inscrire une équipe de six hommes dans le prochain Tour de France. En lui donnant naturellement toutes les garanties nécessaires. Dès la fin de cette saison, je commencerai à faire préparer quelques jeunes coureurs espagnols en vue de la grande épreuve française. Et au début de 1951, nous opérerons une première sélection.
Dalmacio Langarra est, pour l'instant, le meilleur coureur ; avec lui Langarica et Bernardo Ruiz veulent venger leur échec de 1949 et mettront tout en oeuvre pour se réhabiliter sur nos routes. D'autres jeunes les soutiendront avec des qualités indéniables de grimpeurs.
COUREUR CYCLISTE DALMACIO LANGARRA 1949
Fait curieux : alors qu'il y avait un vélodrome à Bilbao, en 1898. Il n'y a plus de piste dans la capitale de la Biscaye...
Oui, tout est à refaire. A reconstruire en cyclisme dans cette Espagne qui nous fournit des Luciano Montero, des Trueba, des Ezfuerra, des Canardo et tant d'autres routiers de classe. Mais il faut commencer par le commencement, chercher des dirigeants ayant le feu sacré et l'autorité, et aussi des marques de cycles nationales ayant de larges vues sur l'avenir."
Luis Miguel Gonzalez Lucas dit Luis Miguel Dominguin, né le 9 novembre 1926 à Madrid (Espagne) et mort le 8 mai 1996 à San Roque (Cadix, Espagne), est un célèbre matador espagnol.
TORERO LUIS MIGUEL DOMINGUIN
Voici ce que rapporta à son sujet le quotidien, Paris-presse, L'Intransigeant, le 19 août 1952, sous
Ne défiez pas le "dieu" Dominguin : il ferait danser le flamenco à un toro de combat !
(De notre envoyé spécial Robert de Thomasson).
"Quel est le maximum sur un numéro plein ? me demanda Luis Miguel Dominguin en s’approchant d’une table de roulette".
— Trois mille !
Il posa trois jetons de mille francs sur le 26 ; ce fut au 13 que la bille blanche arrêta sa course. Le 26 n’était sorti qu’à moitié...
Nous étions à la salle de jeu du Casino Bellevue. Il était trois heures du matin.
A 5 heures, Dominguin y était encore, alternant les bancos — il en gagna successivement trois de 100 000 francs — avec un mambo ou une samba au "Casanova" ; et, partout suivi de la muette admiration des dames, de ce genre d’admiration qu’elles ne peuvent, a écrit Colette, "ni feindre ni dissimuler".
A la fin de l'après-midi, il avait estoqué ses deux taureaux aux arènes de Bayonne : et il allait recommencer le lendemain, à Séville.
TOREROS PARRITA MARTORILL ET DOMINGUIN ARENES DE BAYONNE PAYS BASQUE D'ANTAN
Cinq toros merveilleux.
Ce fut un événement que cette corrida. Sur les routes conduisant à Bayonne, les voitures se poussaient du pare-chocs tout comme aux plus belles heures de la rue de Rivoli. Et le Tout-Biarritz, français et espagnol avait "donné à fond" : des ducs et des marquises autant que dans Saint-Simon ; des personnalités bien parisiennes et un nombre inusité de femmes ravissantes...
C’était la première fois que j’assistais à une corrida en France. Contrairement à ce que veut la légende, le public français m’est apparu nettement plus chaleureux, plus démonstratif que le public espagnol, lequel est plus avare de louanges, plus pointilleux ; en un mot bien meilleur critique.
Il est vrai que cette corrida fut très réussie ! Cinq excellents toros sur six (ils provenaient de la ganaderia de l’éleveur sévillan Carlos Nunez), une proportion inespérée par les temps qui courent. Et les toreros se montrèrent dignes de leurs collaborateurs — car s’est bien de ceux-là qu’il s’agit — à quatre pattes.
TORERO LUIS DOMINGUIN ARENES DE BAYONNE 1949 PAYS BASQUE D'ANTAN
Deux chocs terribles.
Litri fut très bon, mais Dominguin fut étourdissant. A son deuxième toro s'entend, car c'est malheureusement à lui qu'échût d'abord le seul mauvais toro du lot, un "manso" manquant à la fois de bravoure et de moyens physiques. Lorsqu'il est face à un adversaire convenable, Dominguin fait de lui exactement ce qu’il veut. C’est vraiment l’esprit dominant la force brute. Luis Miguel me dirait : "Je vais travailler ce toro à la cape et à la muleta pendant dix minutes, et il dansera ensuite la Flamenco", que je n'hésiterais pas à le croire sur parole.
TORERO LITRI A NIMES
Quant au jeune Jumilliano, qui vient de recevoir l’alternative — un garçon très grand, très mince, très pâle et très courageux — il se fit "attraper" deux fois par son second toro, lequel était brave et noble, mais "difficile". La deuxième fois, l’angoisse fit se dresser la foule. On crut que ça y était. Heureusement le torero gisant à terre n'avait pas été atteint par la pointe des cornes. Ne pas oublier toutefois que deux chocs de ce genre ne sont pas de ceux qu'un homme peut se permettre trop souvent.
TORERO JUMILLIANO
Attention, picadors !
Enfin, comme toujours et dans toutes les arènes du monde, les picadors se firent copieusement siffler, huer et insulter. Peu leur chaut. Le picador qui, du temps où Mérimée parcourait l'Espagne, était un grand personnage de l’arène, s’est ravalé au rang d’exécuteur des basses œuvres au service de ces messieurs les toreros-matadors. C’est sur leur ordre express qu’ils se livrent, aux dépens du toro, à ces excès de pique dont le public les rend responsables. Les toreros devraient d’ailleurs bien y prendre garde : de telles pratiques, liées à l’abaissement progressif de l’âge et du poids des toros, risquent de compromettre l’avenir de leur profession. Ils en arriveront un jour à avoir tué, si j'ose risquer ce faible à-peu-près, le toro au sang d’or."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
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Dans les années 1930, deux boxeurs Basques des deux côtés de la frontière, et de niveau différent, sont à l'affiche de nombreux combats de boxe.
BOXEUR PAULINO UZCUDUN
Je vous ai déjà parlé, dans des articles précédents de Paulino Uzcudun, le 22/08/2017 et le
19/12/2019, voici aujourd'hui un nouvel article publié le 20 août 1949 par Gaston Bénac dans le
quotidien Paris-presse L'Intransigeant, sur Paulino Uzcudun, mais aussi sur un boxeur
d'Iparralde (Pays Basque Nord) : Bardos.
"Deux Basques ont cherché la gloire sur les rings.
De la belle époque à nos jours : les souvenirs de Gaston Bénac.
Paulino Ezcudun mérita vraiment sa fortune. — Bardos, par contre, ne fut qu’un jouet entre les mains de ses manager.
... Premiers échecs.
Qu'importait ! 1928 débutait sous les meilleurs auspices : quatre victoires par K.-O. sur Pet Lester, Keeley, Romero Rojas, Haymann ; victoires aux points sur Otto Von Porat, sur Hartwell, sur l'ancien entraîneur de Dempsey, Jack Renault. Hélas ! il trouvait sur sa route, à Los-Angeles, le nègre George Godfrey, un colosse redoutable, considéré comme le meilleur poids lourd américain, mais tenu à l'écart du championnat en raison de la couleur de sa peau.
BOXEUR GEORGE GODFREY
— Jock Johnston, "l'indéracinable", nous a suffi, déclaraient ces messieurs de la Boxing Stade Union. Nous ne voulons pas recommencer : qu'il reste dans son fief : l'Ouest.
Après quelques combats de second plan, Paulino Uzcudun était opposé, le 27 Juin 1929, au Yankee Stadium de New-York à l’Allemand Max Schmeling. Le titre étant vacant après l'incident Sharkey, ce match était considéré comme une demi-finale du championnat du monde toutes catégories.
BOXEUR MAX SCHMELING
Pour la seconde fois, Paulino rata le coche. Il fut nettement battu aux points par Max Schmeling, plus scientifique, plus vite que lut.
L'année suivante, en 1930, il devait tenter de nouveau la grande aventure, la belle aventure. Mais, par deux fois, il dut s'incliner devant Johnny Risko, puis devant le géant Primo Carnera, auquel il était inférieur de 40 kilos de poids, de 35 centimètres de taille..
La route barrée.
Un sursaut d'espoir, en 1931, avec sa victoire aux points en vingt rounds, s'il vous plait, sur le beau Max Bear, mais deux mois plus tard il baissait pavillon devant Tommy Loughran.
BOXEUR MAX BEAR Par El Gráfico — http://www.elgrafico.com.ar/thumbs.php?id=16993&w=1500&h=2000, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=53905513
Paulino disparaissait alors des premiers plans américains à la suite de ses défaites accusées devant King Levinsky, Mickey Walker et Ernie Shauf.
Le bûcheron basque rentra en Europe pour remporter quelques succès faciles sur Bergomas, à Barcelone, sur Ruggirello, à Madrid, sur Guhring, à Valencia, sur Schoenratn, à Séville, sur le Belge Pierre Charles, pour le titre de champion d'Europe, à Madrid, sur Mac Corkindale à Barcelone. Mais, un mois plus tard, à Rome, il se vit dépouillé de son titre européen par Primo Carnera qui le battit aux points en quinze rounds.
1934 fut sa dernière année de boxe. Après un court voyage à New-York, juste le temps de battre Steve Hamas et de constater qu'il n'était plus dans la grande course, il rentra en Espagne pour disputer un match contre Schmeling. Son dernier grand match pour un titre...
Trois rings avaient été dressés dans le grand stade de Barcelone et ce ne fut qu'en fin d'après-midi que Paulino et Schmeling montèrent sur le ring central.
Paulino avait trente-cinq ans, Sehmeling vingt-neuf. La jeunesse relative, la science, la souplesse parlèrent éloquemment. Le bûcheron basque perdit, ce soir-là. tout espoir de jouer les premiers plans.
Uzcudun, qui avait amassé une jolie fortune se retira non à Regil, mais dans la capitale de sa région natale, le Guipuzcoa, après avoir acheté à ses parents plusieurs fermes, après avoir fait construire des viviers de truites, acquis une belle maison à Saint-Sébastien, sur la route de Lasarte.
Au votant de somptueuses et rapides voitures américaines, il provoqua quelques accidents en se rendant à une corrida et à un match de pelote dont il était très friand, mais on lui pardonnait en disant :
— Vous savez, les coups de poing reçus l'ont un peu ébranlé. Puis, c'est Uzcudun. Il fut notre grand champion.
Le rêve de Bardos.
PHOTO DU BOXEUR BARDOS AGENCE MEURISSE 1930
Un autre Basque, du côté français celui-là, voulut imiter l'exemple de Paulino.
Un chaisier sportif des environs de Peyrehorade, avait remarqué un solide gaillard qui, d'un coup de tête, enfonçait les portes de sa maison. Un mot au speaker, Georges Berretrot, originaire du côté de l.erren, et un beau jour, mon confrère Dethés, de l'"Auto" et Arthus, arrivaient au village de Bardos, cueillir le jeune paysan, au nom peu commercial de Suère.
— Nous tenons en mains, dirent-ils aux parents la fortune de votre fils. Vous allez nous le confier, nous en ferons un champion...
Sous le nom de Bardos, le jeune paysan les suivit jusqu'à Dax en auto. Là, trois couchettes de wagon-lit avalent été retenues et le futur boxeur, pour son premier déplacement, voyagea comme un prince...
Lui aussi vivait un joli rêve. Premières leçons, premiers succès. Bardos était lancé.
Mais ce qu'il ignorait, c'est que ses managers payaient ses adversaires pour se coucher. Il en était de même pour un autre poids lourd, le rugbyman Herzovitch, du Stade Français. presque un vétéran, qui suivait une route parallèle.
Mais un jour on décida d'opposer l'un à l'autre ces deux espoirs lourds. Cette fois, c'était du vrai...
Chacun d'eux supposait que ce match allait être aussi facile que les précédents. Hélas !...
On s'écrasa devant les portes et on refusa à Wagram, des milliers de spectateurs. Le record de la recette d'avant guerre fut d'ailleurs, largement battu. Tout le Stade Français, Jauréguy en tête, était là pour encourager Herzo.
Au premier round, Herzo allait au tapis, les Basques jubilaient...
Hélas ! au second round, sur un contre du droit d'Herzo, le jeune Bardos était K. O. pour le compte.
Défaites sur défaites s'accumulèrent...
PHOTO DU BOXEUR BARDOS AGENCE ROL 1930
Et, un beau soir, Bardos reprit le train pour son pays natal, en troisième classe cette fois. Il s'arrêta à Dax et fit la route qui le séparait de son village à pied...
Depuis il cultive ses champs et fuit la ville.
— Ce fut un beau rêve, mais bien court, me disait-il lorsque je le vis pour la dernière fois en 1939, chez lui, dans un champ de maïs. Et puis Il vaut mieux qu'il en ait été ainsi. Je suis plus heureux à Bardos que je l’eusse été à Paris..."
Dans les années 1930, deux boxeurs Basques des deux côtés de la frontière, et de niveau différent, sont à l'affiche de nombreux combats de boxe.
BOXEUR PAULINO UZCUDUN
Je vous ai déjà parlé, dans des articles précédents de Paulino Uzcudun, le 22/08/2017 et le
19/12/2019, voici aujourd'hui un nouvel article publié le 20 août 1949 par Gaston Bénac dans le
quotidien Paris-presse L'Intransigeant, sur Paulino Uzcudun, mais aussi sur un boxeur
d'Iparralde (Pays Basque Nord) : Bardos.
"Deux Basques ont cherché la gloire sur les rings.
De la belle époque à nos jours : les souvenirs de Gaston Bénac.
Paulino Ezcudun mérita vraiment sa fortune. — Bardos, par contre, ne fut qu’un jouet entre les mains de ses managers.
Un soir de printemps 1932, deux Basques, coiffés du traditionnel béret bleu, chaussés d'espadrilles, pénétraient dans la salle de rédaction de "L'Auto". L'un deux, originaire d'Hendaye, s'exprimait convenablement en français, me présentait une lettre émanant d'un sportif de Saint-Sébastien ; l'autre, un solide gaillard aux épaules carrées, au nez écrasé, regardait autour de lui, curieux, étonné.
"Je vous envoie un paysan du pays basque espagnol, un colosse d'une force naturelle étonnante : Paulino Uzcudun, champion du découpage de bois à la hache Nous sommes persuadés qu'il peut faire et qu'il fera un excellent boxeur. A vous de le guider et de le mettre en bonnes mains..."
Mon embarras était grand. Que faire de ce paysan basque qui ignorait tout de la boxe, qui n'avait jamais assisté à un combat et qui, en plus, n'était pas de la toute première jeunesse ? Paulino Uzcudun avait en effet 26 ans lorsqu'il arriva à Paris pour tenter la grande aventure.
J'en fis la remarque à l'accompagnateur hendayais :
— Ne soyez pas inquiet à ce sujet, me répondit ce dernier, Paulino est un homme neuf qui n'a pas été gâté par les facilités de la vie. C'est un paysan, un bûcheron, li est d'ailleurs aussi souple qu'il est fort...
Je l'adressai au manager Anastasie, qui dirigeait un gymnase tout en haut de la rue Pelleport, sur ce toit de Paris qu'est Ménilmontant, près de la maison où naquit Maurice Chevalier.
PHOTO DE LOUIS ANASTASIE MANAGEUR ET PROMOTEUR DE BOXE AGENCE ROL 1932
Huit jours plus tard, j'allai rendre visite à notre poulain basque. Je le trouvai en train d'effectuer sa leçon de culture physique de façon sensationnelle. Cet homme venu des champs et des bois, à l'est de Saint-Sébastien, était étonnamment souple.
— C'est un véritable phénomène d’agilité et de force naturelle, me confia Anastasie. S'il réussit à apprendre la boxe, il deviendra un jour champion du monde.
Crochets du gauche et premier succès.
BOXEUR PAULINO UZCUDUN
Sous la direction du professeur Arthus, le bûcheron de Régil apprit à se mettre en garde, à appliquer un direct et à feinter. Malgré son poids, Paulino possédait un excellent jeu de jambes naturel...
On était au mois de septembre ; Anastasie décida de le faire débuter à la salle Wagram. On plaça devant lui, comme un cheval d’essai, le Russe Touroff.
Evidemment, Paulino apparut comme un novice. Il dansait sur le ring et son inexpérience était visible. Au troisième round, il mettait Touroff K.O. pour plus que le compte :
— Il a surtout un terrible crochet du gauche, décrétaient les critiques, C.-W. Herring en tête. Lorsqu'il saura boxer...
— Je perfectionne en lui le swing du gauche qui sera son arme la meilleure, précisait Arthus.
Et, en effet, son large swing du gauche devint l'arme préférée de Paulino, son arme exclusive, ajouterais-je, et cela au détriment de sa droite.
Après deux mois de travail, il apparut au début de 1924, tout à fait transformé, ses coups étalent plus précis...
BÛCHERON BOXEUR UZCUDUN PAULINO
Ses victoires.
Il écrasait Touroff, à Madrid, en match revanche, et cela en deux rounds ; il mettait Mathieu K O. en quelques secondes. A Bilbao, au premier round aussi, il "liquidait" Paul Journée à Saint-Sébastien et Marcel Nilles, à Barcelone. Dans le même laps de temps, Arthur Townley s'endormit dans le pays des rêves sur le ring de Wagram.
Enfin, placé en face de l'ancien champion d'Espagne, Teixidor, Paulino le battait par K. O. en cinq rounds. Le gros Espagnol, le boxeur aux seins de nourrice, qui faisait connaissance, pour la première fois, avec le plancher de la salle Wagram s’écriait :
— M'avoir fait ça à moi, son compatriote et protecteur !
Les sceptiques, les "débineurs", commençaient à réviser leur jugement :
— Oui, il y a dans cet homme trop primaire une force naturelle extraordinaire, finissaient-ils par déclarer.
Ce qui leur avait échappé, c'était cette étonnante facilité d’assimilation du bûcheron basque, qu'ils prenaient à tort pour une sombre brute. En six mois par exemple, Paulino qui ne parlait que la seule langue basque, avant de venir à Paris, avait appris à parler convenablement le français.
Frank Goddard à terre, ensanglanté.
BOXEUR FRANK GODDARD 1924
L'été venu, Paulino Uzcudun partit passer trois semaines de vacances dans son pays. A Saint-Sébastien, il fut fêté comme un grand homme. Mais c'est dans sa ferme du Régil, adossée à la montagne, qu'il préférait passer la plus grande partie de ses deux semaines de détente, au milieu des siens, près de sa mère, de sa soeur, de ses frères, de ses grands boeufs, de ses moutons. Sollicité de toutes parts, il assista à deux grands matches de pelote basque à main nue, auquel participaient le géant Mondragones et Atano III, le chat-tigre d'Azcoitia.
PILOTARI MONDRAGONES
C'est chez lui, à Régil, que j'allais lui faire part d'un projet que nourrissait un organisateur : l'opposer aux Arènes de Bayonne, au champion d'Angleterre Frank Goddard.
Paulino accepta et, après cinq jours d'entraînement, à Saint-Sébastien, il se présenta, entre deux averses, face au géant britannique, au milieu de la foule des estivants de Biarritz et de Saint-Jean-de-Luz. L'adversaire était de taille, au moral et au physique. Paulino n'avait-il pas été trop présomptueux ?
Non, dès le premier round. Goddard était dominé et semblait, à la reprise suivante, incapable de riposter. Au troisième round, le champion britannique, la figure en sang, l'air hébété, était littéralement massacré. Et, au cinquième round ses 95 kilos, répartis sur une taille de 1 m 90, se trouvaient étendus sur le ring, inertes.
Et ce fut Paulino qui porta dans son coin cette masse de chairs sanguinolentes...
Mais l'Angleterre l'appelait vers elle. Sa victoire sur Frank Goddard avait fait grand bruit autour des rings de Londres... On l'opposa d'emblée à l'Australien Georges Cook, boxeur scientifique et rusé s'il en fut. Là, Paulino connut son premier échec : il fut nettement battu aux points par le seul poids lourd en Europe qui, à ce moment-là, savait boxer. Il ne devait d'ailleurs pas être plus heureux lors de son match revanche à Paris.
BOXEURS GEORGES COOK ET DONALD MAC CORKINDALE
Débuts victorieux aux Etats-Unis.
En 1925 et 1926, il ne connaissait pas une seule défaite. Il vengeait sur Phil Scott et les Américains Soldier Jones et Drake, de joyeuse mémoire (ces deux hommes montèrent sur le ring du Palais des Sports de Paris complètement ivres), l'échec subi des mains de Georges Cook. Il battait, avant la limite, Delarge à Barcelone, le gros Marseillais Barrick à Madrid, Brettenstater à Berlin.
L'Amérique devait bientôt appeler à elle le bûcheron basque, devenu la grande vedette européenne des poids lourds. Celui qui n'était, trois ans auparavant, qu’un paysan ignorant tout de la boxe, partit pour New-York dans dans une cabine de luxe, emportant un smoking qu’il venait de se faire faire chez "Tomasini", le tailleur à la mode de la rue Royale.
Il fut accueilli aux Etats-Unis plus comme, une attraction que comme un boxeur. On exigea — alors qu'il voulait jouer au gentleman — qu'il ne s'habillât que de la "Chamarra" (petite blouse bleue) et ne se coiffât que du béret basque. On organisa une séance en son honneur â Madison-Square et on lui fit couper un arbre à la hache devant 25 000 spectateurs.
Ses premières victoires, à La Havane furent foudroyantes. En un round, il se débarrassait d'O'Grady, de Fierro, d'Homer Smith et il knock-outait, à New-York, le géant nègre Harrv Wills en quatre rounds. Le grand Danois Knute Hansen et Tom Heeney, plus résistants, ne s'inclinaient qu'aux points. A ce moment-là, Paulino Uzcudun allait jouer sa chance dans l'espoir de devenir candidat au titre suprême...
Le beau rêve continuait...
Hélas ! il fut battu deux fois, à la fin de cette année 1927, et par Jack Delaney sur coup bas, et par Jonnhy Risko, un autre prétendant, aux points cette fois.
Manuel Laureano Rodriguez Sanchez dit "Manolete", né le 4 juillet 1917 à Cordoue (Andalousie, Espagne), mort le 29 août 1947 à Linares (Jaén, Andalousie, Espagne), est un célèbre matador espagnol.
AFFICHE FIESTAS DE SAN FERMIN PAMPELUNE 10 JUILLET 1947
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Paris-Presse L'Intransigeant, le 3 août 1947, sous la
plume de Gaston Bénac :
"Voir "Manolete"... et mourir !" crient les Espagnols dans l'arène.
Le roi du Toro gagne 100 millions par an.
Je viens de rencontrer des amis qui arrivent d’Espagne et qui croient avoir assisté au plus gros événement que puisse vivre un être humain en l’an 1947. J’ai interrogé, à la fois ironique et sceptique ; je me suis heurté à des hommes qui ont cru voir quelque chose qu’ils ne reverront jamais, et que peu de mortels ont su admirer. S’agit-il d’une éclipse solaire, d'une vision miraculeuse, d’un phénomène scientifique d’ordre surnaturel ?
L'ART DE MANOLETE LE GRAND TORERO
Non. Il s’agit tout simplement d’un exploit tauromachique jamais égalé. Celui réalisé aux fêtes de la Saint-Firmln à Pampelune par le célèbre matador Manuel Rodriguez y Sanchez de Cordoba, connu sous le nom plus simple de "Manolete".
Et, en même temps, mes amis me tendaient des journaux madrilènes et sévillans relatant, en termes dithyrambiques, la course réalisée par "Manolete" à Pampelune, devant des milliers de spectateurs qui avalent payé leur place au triple tarif et qui n’auraient pas donné pour plusieurs milliers de pesetas la chance qu'ils eurent de voir "ça".
UNE VERONIQUE DE MANOLETE
Se mettre à genoux !
Et alors jaillissent devant mes yeux les plus étincelantes paillettes d’adjectifs que j'aie pu jamais admirer. Je traduis :
— "Manolete" a produit au cours de cette corrida devant deux toros de don Antonio Urquita (ex-Murube) le plus grand choc moral qu'on ait jamais enregistré en Espagne, écrit l’un d'eux. "Manolete" a surpassé les Belmonte, les Chicuelo, les Guerrita, les Gallito, les Antonio Marquez, les Lalanda, et il s'est montré le dieu de la tauromachie espagnole. On eût voulu lui crier "encore" et se mettre à genoux. Nous avions l'impression d’être des élus et de vivre des minutes qu'aucun mortel ne pourrait vivre, tant la sensation d'art était suprême.
Avec des gestes souples et moelleux, les pieds rivés au sol, "Manolete" faisait passer les cornes du tore à quelques millimètres de son magnifique costume rouge et blanc. Ses "manoletinas" admirables, le galbe du matador, son calme devant l'ouragan mortel, tout cela touchait de façon trop intense au drame pour qu’on puisse le décrire. Puis c’était l’estocade formidable, foudroyante, le fauve étendu à ses pieds...
MATADOR MANOLETE
Jamais un homme n’a régné sur l’arène comme, à cette minute, régna Manolete Et l’ovation inouïe de la foule, les deux oreilles et la queue du toro offertes au matador paraissaient récompenses bien faibles pour de telles missions.
Et lorsqu'il accomplit ses tours d’honneur, les cadeaux jaillissaient à chaque place des tendidos. Près de mol, un paysan basque jeta son portefeuille, une estivante une croix en brillants... Mais tout cela paraissait bien faible... Nous venions de voir le dieu du toro en chair et en os vivant dans l'arène..."
Et j’en passe...
MANOLETE A PAMPELUNE 10 JUILLET 1947
200 000 pesetas par corrida.
Manolete, qui vaut plus de 200 000 pesetas pour une corrida en Espagne, qui, si les frontières étalent ouvertes, ne pourrait toréer en France, lui et sa quadrilla (2 picadors, 2 banderilleros, 1 sobresaltiente), à moins de 3 millions, est depuis 4 ans le nouveau dieu de la tauromachie espagnole. Agé de 26 ans, originaire de Cordoue, Manolete, qui supplante dans la gloire des arènes sanglantes tous les "Grands" d’autrefois, de Mazzantini et Guerrita à Ortega et Martial Lalanda, en passant par Chicuelo Ficentès Reverte Bombita est à la fois le plus grand artiste et le plus grand réalisateur qu’ait connu la tauromachie espagnole.
MATADOR MANOLETE
Il est parmi tous ceux qui, sur les planches, sur le sable ou sur le ring, montrent leur talent aux foules, le plus payé, mais aussi celui qui risque le plus. Car la vie, pour lui, ne tient qu’à quelques millimètres. Mais ces millimètres lui permettent de réaliser 100 millions de bénéfice par an."