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mercredi 4 mars 2026

VICTOR HUGO AU PAYS BASQUE EN 1843 (deuxième et dernière partie)

 

VICTOR HUGO AU PAYS BASQUE EN 1843.


Victor Hugo, durant l'été 1843, visite le Pays Basque, et s'arrête  en particulier à Pasajes, en Gipuzkoa.



pais vasco antes hugo viaje
MAISON OU SEJOURNA VICTOR HUGO A PASAJES - PASAIA
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet Gilberte Guillaumie-Reicher dans le Bulletin de la Société des 

Sciences, Arts & Lettres de Bayonne, en juillet 1935 :



"La question du retour de Hugo en France.



Cette dernière supposition reste admissible puisque désormais nous n’allons plus trouver pour le reste du voyage, que des notes éparses, hâtives et sans lien essentiel. 


Je supposai donc que Hugo avait pu rentrer en France par le chemin suivant : 

Pampelune, Burguete, Roncevaux, Valcarlos, Saint-Jean-Pied-de-Port, Irissarry, Hasparren, Bayonne.


Chemin parcouru journellement par les voyageurs. Avec quelle impatience je rêvais de rencontrer une preuve ! 


J’espérais que Hugo aurait peut-être laissé trace de son passage à Roncevaux. Ne pouvant moi-même effectuer des recherches à la bibliothèque de l’abbaye, puisque l’accès en est interdit aux femmes, je m’adressai au Prieur. Plusieurs fois, dans mes voyages à Roncevaux, j’avais dû me contenter d’écouter parler les pierres ! La bonne grâce du Prieur tempéra ce que la défense avait de fâcheux pour mon travail, je reproduis ici ses conclusions : 


"aqui no hay relacion alguna de la estancia o paso por Roncesvalles del senor Victor Hugo. Nada tampoco hay en album, ni puede haber, porque en aquella epoca no habia album en Roncesvalles ; por otro parte la Colegiata o Abadia no recibia ni recibe ahora huespedes en la casa, fuera de los Prelados o Obispos. 

Firmin Goicoechea, 

Abad Prior." 


Descendant alors la montagne, en suivant la route tant de fois parcourue dans mon enfance, je souhaitais ardemment rencontrer en France ce qui n’existait pas en Espagne. 


Et je cherchai à Saint-Jean-Pied-de-Port


La tâche m’y fut facilitée ; car, m’y trouvant presque chez moi je n’eus aucune peine à m’y faire ouvrir toutes les portes. J’ai cherché à l’Hôtel de ville où Monsieur le Maire Haramburu, Monsieur l’adjoint Chemitz, la secrétaire Mademoiselle Jauréguiberry, mirent à ma disposition la mairie entière et tous les précieux papiers que l’on est en train de descendre de leur place surannée, pour les transporter dans la nouvelle mairie qui va occuper la magnifique maison Mansart.


J’ai cherché à la Cure où Monsieur le Doyen me confia ses vieux registres. 


J’ai cherché dans l’étude de Maître Cabrol qui, depuis peu, a réuni sous sa direction les trois études de Saint-Jean. Il mit dans mes mains tous les recueils de minutes que je voulus consulter. 


J’ai interrogé la science de Monsieur l’Abbé Barbier qui, à peine remis d’une grave maladie, travailla pourtant avec une bonne grâce infinie à m’aider. Nous n’avons rien trouvé. A la mairie, j’espérais découvrir un visa quelconque de passeport. Hugo voyageait incognito, c’est entendu ; mais je connais si bien son écriture de cette époque que j’aurais facilement retrouvé sa signature. 


Des passeports, j’en ai vu de bien curieux datant de cette année 1843. Ceux que l’on délivrait à Bayonne étaient signés à Saint-Jean avant l’entrée en Espagne. Il en était de même pour le retour. Aucune trace de celui qui aurait pu appartenir à Hugo, même avec une fausse signature. Entre le 31 juillet et le 6 septembre, le registre de la mairie ne signale aucun passage important. 


J’essayai de suivre une autre piste. Si Hugo avait traversé Saint-Jean, il y avait peut-être couché. La route est longue entre Roncevaux et Bayonne : une centaine de kilomètres. 


Peut-être aussi n’y avait-il pas couché ; ayant couché à Roncesvalles il avait pu voyager tout le jour et arriver à Bayonne le 13 au soir, c’était faisable, même pour des mules et des diligences, par une longue journée d’été. 


De toutes façons il lui fallait s’arrêter à Saint-Jean pour les relais, cette ville étant tête de ligne de la diligence pour Bayonne. Peut-être qu’à l’hôtel, à la fonda où avaient lieu ces relais, il existait un livre de voyageurs ? 


L’entrée à Saint-Jean, lorsqu’on venait de Valcarlos ne se faisait pas comme aujourd’hui par le nouveau grand pont en face de la place du marché, ce tronçon de route ne date que de 1900. Après Uhart, les voyageurs suivaient la hauteur des remparts et entraient en ville par la porte d’Espagne. 


En haut de la rue d’Espagne se trouvait une auberge. 



pays basque autrefois hugo basse-navarre
RUE ESPAGNE SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT
PAYS BASQUE D'ANTAN



Cette fonda d’une renommée de bon aloi, écrit Monsieur l’Abbé Barbier, ne pouvait par sa situation que cueillir au passage les voyageurs venant d’Espagne. 


C’est la maizon Harzagetenea ; très belle, elle existe encore, avec de curieux fenestrages en bois, ceux du haut en forme de croix parfaite sont remarquables. 


Ces "fondas" étaient nombreuses : l’auberge de la Belle Rose qui brûla il y a environ cinquante ans et dont il ne reste que le souvenir dans le sentier dit Arrosa ederra qui est d’ailleurs le moins propre de Saint-Jean ; l’auberge du Lion d’Or qui occupait l’emplacement de l’actuel hôtel Naguila, la maison Fourenea ou maison Mansart dont nous parlions tout à l’heure. Mansart l’avait construite pour servir de halte aux hôtes importants qui passaient par Saint-Jean se rendant de France en Espagne. Il y avait la Posada del Sol tenue par un sieur Figarol dans laquelle descendit Melling vers 1826. 


Il y avait surtout l’hôtel de la Pomme, aujourd’hui hôtel des Pyrénées qui portait plus anciennement le nom de Mesaraenea, ce qui nous prouve que le relais des Messageries se faisait là. C’était donc l’hôtel où, à tout prendre, s’arrêtaient les voyageurs des diligences à destination de Bayonne. 


En tout cas, l’importance et le nombre de ces passeports et de ces auberges prouvent que la route Roncevaux, Saint-Jean, Bayonne était la route directe et journellement suivie. 


Ayant trouvé les auberges, je cherchai les papiers anciens les concernant, sur lesquels une trace du passage de Hugo aurait pu subsister ; je n’ai rien trouvé, ni chez les propriétaires, ni dans l’étude de Maître Cabrol. 


Nous en sommes donc réduits aux conjectures ; l’histoire, l’usage, les probabilités psychologiques, le temps limité, les dates du voyage, la fatigue à craindre, militent en faveur du retour de Hugo par Saint-Jean-Pied-de-Port ; faute de preuve nous ne pouvons que suggérer l’hypothèse. 


Il nous faut donc dire un mot de l’autre hypothèse, celle du retour par l’Espagne. 


Lorsque Hugo coucha à Roncesvalles, nous nous sommes demandé s’il était seul, soit qu’il y ait couché à la fin de la nuit passée avec les contrebandiers de la montagne, soit qu’il y soit allé en excursion de Pampelune avec les voyageurs de "l'aventure". Mais s’il y est allé seul, il est redescendu à Pampelune chercher Juliette Drouet. Une fois là, il est certain qu’il n’est pas remonté vers la haute montagne et qu’il a repris en sens inverse les diligences qui l’avaient amené trois jours avant par Tolosa et Saint- Sébastien. 


Ce retour-là expliquerait le silence des notes ; il était en effet inutile que Hugo reparlât d’un trajet qu’il avait si bien décrit. De plus, tout le trajet Pampelune-Bayonne par l’Espagne se faisait en diligence ; une partie de celui Roncevaux Saint-Jean s’accomplissait soit à dos de mulet, soit dans des voitures peu confortables, charrettes plutôt que coches ; mais cela n’était pas pour effrayer Hugo ni Madame Drouet. 


Peut-être parviendrai-je un jour à éclaircir ce mystère ; pour l’heure, j’expose seulement ces deux hypothèses intéressantes, ne cachant pas ma préférence pour la première à cause de sa nouveauté, la phrase couché à Roncesvalles n’ayant pas été signalée jusqu’à ce jour."




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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