LE BARRAGE D'HALSOU EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1946 (troisième et dernière partie)
LE BARRAGE D'HALSOU EN 1946.
Quelques années après la Grande Guerre, un industriel édifie à Halsou une usine hydro-électrique, avec un barrage en ciment.
SAUMON AU BARRAGE D'HALSOU PAYS BASQUE D'ANTAN
Voici ce que rapporta à ce sujet J. Calame le mensuel Au Bord de l'Eau, le 1er septembre 1946 :
"Le scandale du barrage d'Halsou ou comment on assassine une rivière.
... Je n'ajouterai que ceci :
Je conteste formellement qu'à partir du moment où l'échelle Dunil entra en fonctionnement jusqu'en 1938 ce fonctionnement ait donné lieu à des contestations, ou que ces contestations n'aient pas été réglées rapidement d'une manière satisfaisante.
ECHELLE DENIL TYPE PIRO
Dans les conditions actuelles, je me demande quelle utilité il y a à entretenir de coûteuses piscicultures où l'on produit chaque année plusieurs centaines de milliers d'alevins de saumons si les saumons eux-mêmes ne peuvent officiellement remonter le cours des rivières ?
Qu'en pensez-vous, pêcheurs français ?
Au moment où il n'est question, à tort ou à raison, que de trusts ou de collectivités, je ne puis qu'admirer qu'une petite usine hydro-électrique appartenant à la Compagnie du Bourbonnais et son personnel s'arrogent le droit de priver toute une région et de confisquer à leur profit une richesse collective incalculable.
PLAN DU BARRAGE 64 HALSOU PAYS BASQUE D'ANTAN
Et qu'on ne vienne pas me parler de kilowatts. Au cours des petites crues moyennes de printemps, j'ai pu constater de visu que l'eau en excès passait inutilement par-dessus les vannes et que l'échelle n'en était pas moins fermée.
... J'écris ces mots, assis sur un banc, au pied des remparts de Vauban, dans cette ville de Bayonne à la fière devise : Nunquam Polluta.
ARMOIRIE 64 BAYONNE PAYS BASQUE D'ANTAN
Il n'y manque certes pas de pêcheurs honnêtes et sportifs, et la question se pose d'ailleurs d'une façon aiguë sur le plan économique. Je dois dire que je n'y connais personne à l'heure actuelle qui se soit officiellement ému de cette situation.
On prête aux populations basques un sang vif et généreux, jaloux de ses traditions et de ses droits ancestraux. Ce sang est-il tellement abâtardi qu'il supporte maintenant sans bouillir la privation d'une richesse naturelle du pays et sa confiscation au profit d'une petite clique d'exploiteurs sans vergogne ?
La question est désormais publiquement posée.
De retour à Paris, je trouve une nouvelle lettre de M. l'inspecteur Vibert. La voici :
"Monsieur,
J'ai bien reçu votre lettre du 14 avril 1946. Je ne vois aucun inconvénient à ce que vous exposiez la situation du barrage d'Halsou dans la presse piscicole. Puissiez-vous par là me faire attribuer les moyens nécessaires pour mettre fin à ce scandale.
UN SOUVENIR DE 64 HALSOU PAYS BASQUE D'ANTAN
Je vous précise à toutes fins utiles les deux points suivants :
1° La Fédération de Pêche des Basses-Pyrénées avait mis il y a trois ans deux de ses gardes à Saint-Jean-Pied-de-Port pour s'occuper tout spécialement de tout le secteur de la Nive sous les directives de la Société de Pêche de la Nive. Cette dernière s'est acquittée si mal de son rôle que la fédération a dû retirer ses gardes.
2° La brigade mobile de la 3e région piscicole comprenait six gardes pour dix-huit départements. Elle devait être portée à neuf, puis a été limitée à sept gardes faute de personnel et de crédits pour le payer. Plutôt que de disperser mes efforts de tous les côtés, je me suis efforcé de n'attaquer que les questions les plus importantes au fur et à mesure des possibilités.
La question du saumon est maintenant au point pour le gave d'Oloron.
Voilà quatre ans que le frai se fait dans de bonnes conditions, avec un braconnage très réduit.
Cette année 1946 voit la fin du braconnage de nuit entre Peyrehorade et Urt, et cette année enfin... la population de Sorde a dû se contenter de voir dévaler des centaines de milliers de tacons sans pouvoir les capturer, ma brigade tenant les positions clefs pendant trois jours et trois nuits avec camionnette (couchettes à l'intérieur), armes et canoés. Les voitures venues de Biarritz de nuit pour faire leur chargement en tacons ont dû repartir à vide.
Depuis le 11 janvier, la section Urt-Sorde a vu la saisie de :
Deux bateaux de pêche ;
Cinq saumons ;
300 mètres de filet saisis réellement ;
600 mètres de filet saisis intellectuellement.
Je ne demande qu'une chose :
Que me soient fournis le personnel, le matériel et les crédits nécessaires pour étendre cette action sur la Nive et ailleurs. Ce n'est malheureusement pas une taxe piscicole de 25 francs (au cours du franc actuel) qui permettra de sauver la situation.
Veuillez agréer, Monsieur...
Signé : Vibert."
Cette fois-ci bravo ! monsieur l'Inspecteur, et maintenant à quand la Nive ?..."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
Plus de 6 900 autres articles vous attendent dans mon blog :
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire