LE BARRAGE D'HALSOU EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1946 (deuxième partie)
LE BARRAGE D'HALSOU EN 1946.
Quelques années après la Grande Guerre, un industriel édifie à Halsou une usine hydro-électrique, avec un barrage en ciment.
SAUMON AU BARRAGE D'HALSOU PAYS BASQUE D'ANTAN
Voici ce que rapporta à ce sujet J. Calame le mensuel Au Bord de l'Eau, le 1er septembre 1946 :
"Le scandale du barrage d'Halsou ou comment on assassine une rivière.
... J'avais pour ma part quitté le Pays basque en 1938. La guerre survint en 1939, et ici se place pour moi une période de complète obscurité. Tout ce que je puis dire, c'est qu'en 1943, les saumons continuaient à passer et étaient nombreux sur le cours de la rivière jusqu'à Saint-Jean-Pied-de-Port. En avril 1945, étant allé passer une quinzaine de jours à Cambo, je pus constater que presque aucun saumon n'avait franchi le barrage d'Halsou. Emu de ce fait, j'allai visiter ce barrage et pus constater de visu que ce dernier était muni, sur toute la longueur de sa crête, d'un surélèvement en planches incliné vers l'aval, dispositif désastreux et absolument illégal, et que de plus l'échelle elle-même était barrée sur les deux tiers de sa hauteur par une planche encastrée dans des rainures ad hoc et ne débitait, de ce fait, même pas les 500 litres-seconde de la période réservée.
PÊCHE AU SAUMON CANADA
On assista en même temps à un magnifique massacre où la dynamite, la foëne, le filet et le fusil harpon s'en donnèrent à coeur joie.
J'écrivis alors une lettre à M. l'inspecteur Vibert, d'Oloron, dont la réponse fut perdue et ne me parvint pas.
Pendant l'hiver 1945-1946, j'alertai M. Burnand, qui transmit ma lettre à M. l'inspecteur Vibert. Ce dernier répondit à M. Burnand qu'il m'avait écrit, à l'époque, une lettre qui s'était égarée, mais dont l'essentiel consistait en ceci : ma réclamation, au moment où je l'avais faite, en avril, était mal fondée puisqu'en cette saison le débit de l'échelle, d'après le cahier des charges, ne devait pas dépasser 500 litres-seconde, fait que j'avais en effet oublié, n'ayant personnellement jamais vu appliquer cette mesure.
Je répondis à M. Burnand, lui demandant si, une aussi grossière erreur ayant été commise autrefois par l'administration des Eaux et Forêts, il n'était pas possible à cette dernière de la réparer. M. Burnand m'adressa alors au Casting-Club de France, avec lequel venait de fusionner l'Association des Pêcheurs pour la défense du saumon. J'eus une conversation avec M. Dotin, qui m'engagea à rédiger une lettre, avec plan à l'appui, où j'exposerais succinctement ces faits, lettre qui serait transmise directement à M. l'inspecteur Vibert et appuyée par le C. C. F., ce que je fis.
Voici l'essentiel de la réponse de M. l'inspecteur Vibert :
"Monsieur le Président et Cher Monsieur,
... J'ai pu dernièrement profiter d'un différend entre l'usine d'Halsou et l'usine d'amont pour proposer aux Ponts et Chaussées un avenant au règlement d'eau de l'échelle, en accord avec l'usinier. La décision ne dépend pas de moi. Mais, si la décision intervient et que l'usinier l'enfreigne, il sera passible théoriquement d'une contravention de 20 francs.
Je sais parfaitement que l'élévation actuelle du barrage de 20 centimètres est illégale. Le concessionnaire est d'ailleurs en procès à ce sujet avec l'usine d'amont. Il n'y a aucune illusion à se faire : du moment que le barrage est muni d'une échelle, on ne pourra rien obtenir, même pas une indemnité. N'oubliez pas qu'on a eu la prétention de me faire fermer toutes les échelles à saumons pour avoir davantage de kilowatts. Là, le problème était plus sérieux et nous avions des atouts en main, j'ai eu gain de cause.
La grosse question, le braconnage intense qui se fait dans le secteur, n'est malheureusement pas facile actuellement à mettre au point. Autrefois, au temps où la société de la Nive était présidée par le commandant Rocq, c'était l'association la plus active de France, elle avait toute une brigade volante sur la Nive. Aujourd'hui, l'association de la Nive est une association fantôme.
Ce n'est pas par ailleurs avec une brigade mobile de six gardes que je puis prétendre juguler le braconnage sur 18 départements. Le problème, pour le moment, est d'avoir un gardiennage suffisant... Il est encore loin de l'être...
Signé : Vibert."
PLAN DU BARRAGE 64 HALSOU PAYS BASQUE D'ANTAN
Je n'ajouterai à cette lettre qu'un commentaire.
La "grosse question" n'est pas, comme le dit M. l'inspecteur Vibert, le braconnage intense qui se fait dans le secteur, car ce braconnage n'est dû qu'à l'accumulation des saumons retenus par le barrage d'Halsou. Au surplus, ces saumons étant perdus pour la reproduction, il importe assez peu qu'ils disparaissent de cette façon ou d'une autre.
Vers le 1er avril 1946, poussé par le démon de la pêche qui se réveille en chacun de nous vers cette époque, j'affrontai les rigueurs d'un long et coûteux voyage en Pays basque, sans grand espoir d'ailleurs.
Le résultat de mes démarches dépasse, je dois le dire, toutes mes espérances. Cette fois-ci, le désastre est complet.
Non seulement le surélèvement en planches du barrage subsiste intégralement, mais l'échelle Dunil est maintenant totalement fermée et pas une goutte d'eau n'y passe. J'affirme qu'à l'heure actuelle aucun saumon n'a franchi le barrage d'Halsou. De plus, la réserve aval du barrage n'est plus alimentée par un débit d'eau quelconque, les saumons s'y accumulent et s'accumulent aussi 900 mètres plus bas, à la sortie des turbines de l'usine d'Halsou, où, ce qui est un comble, le personnel de l'usine se réserve le droit de la braconner à loisir, considérant ces derniers comme leur propriété personnelle, pas pour longtemps d'ailleurs, car il est facile de prévoir, que dans un laps de temps très court, le saumon sera devenu légendaire ici, comme pour tant d'autres belles rivières de France où il abondait autrefois.
ECHELLE DENIL TYPE PIRO
Patiemment j'écrivis de nouveau à M. l'inspecteur Vibert pour signaler ces faits.
UN SOUVENIR DE 64 HALSOU PAYS BASQUE D'ANTAN
Voici l'essentiel de sa réponse :
"Monsieur,
J'ai bien reçu votre lettre du 10 courant qui me précise que l'échelle du barrage d'Halsou est à nouveau fermée.
Cela ne m'étonne qu'à moitié ; je vous ai précisé, soit directement, soit à M. Tony Burnand, soit au Casting-Club, que l'usinier n'encourrait de ce fait que 20 francs de contravention, et les P. V. qui lui ont été déjà dressés par les gardes du commandant Rocq pour le même objet n'ont eu aucune suite.
La Société de Pêche de la Nive, sous la présidence active du commandant Rocq, n'est pas arrivée à grand'chose sur ce point ; les archives sont là pour le montrer. Cette société est actuellement complètement inerte.
Je n'ai ni le pouvoir d'en changer les dirigeants, ni la possibilité de me substituer à elle pour faire son travail.
Je ne m'étendrai pas davantage sur ce sujet, que j'ai déjà dû traiter trois fois par écrit à la suite de vos réclamations.
Je reconnais que vous avez parfaitement raison d'être outré de la situation, mais vous ne paraissez guère tenir compte ni des possibilités légales et juridiques, ni des possibilités en matériel, personnel ou trésorerie.
Signé : Vibert."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
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