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dimanche 1 février 2026

UNE HISTOIRE DE LA GRANDE PÊCHE BASQUE EN 1940 (deuxième partie)

 

UNE HISTOIRE DE LA GRANDE PÊCHE BASQUE.


Depuis des siècles, il y a des pêcheurs au Pays Basque.



pays basque autrefois pêche baleine morue
TERRE-NEUVAS 1941
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta à ce sujet Madame Maxime Dégros dans le Bulletin de la Société des 

sciences, lettres & arts de Bayonne, en juillet 1940 :



"La grande Pêche Basque des origines à la fin du XVIIIe siècle.



... Les relations avec l'Espagne. — Les premiers voyages.



En même temps qu'ils pêchaient dans le golfe de Gascogne, les Basques se portèrent sur les côtes d'Espagne, allant chercher les animaux au-delà même du Cap Finistère ; ce fut visible très longtemps par des traces de tours et de fours établis sur le littoral.



Il semble que de très bonne heure, de Bilbao à Bayonne, tout habitant était pêcheur, alors qu'aucun indice ne permet de dire que d'autres populations françaises aient pris part à la pêche des baleines.



Basques français et espagnols étaient mêlés dans ces entreprises maritimes, ils étaient de la même race, et entre eux, il n'était pas question de frontière territoriale, aussi est-il impossible de distinguer la part respective de chaque population dans le haut Moyen-Age.



Pendant tout l'Ancien Régime, les Basques restèrent unis par tout ce qui concernait la pêche, tant celle de la baleine que celle de la morue. Matelots espagnols et français furent souvent enrôlés sur les mêmes bateaux. Lorsque, et cela arriva fréquemment, la France et l'Espagne étaient en guerre, les Basques des deux nations continuaient la pêche en bonne camaraderie ; ainsi le 21 décembre 1353, marins biscayens et bayonnais s'interdirent réciproquement prises de marchandises et tout autre dommage, et cet accord fut confirmé le 9 juillet 1354.



Non seulement les guerres n'interrompirent pas les voyages en commun, mais même quand le trafic entre les deux pays était interdit il y eut, grâce à des traités de bonne correspondance, ancêtres de nos accords commerciaux, des dérogations pour tout ce qui concernait les produits de la pêche. Un arrêt du conseil des finances du 7 Août 1604 autorise les habitants de la côte d'Hendaye à Capbreton à débiter leur poisson en Espagne, malgré un récit édit interdisant les relations commerciales entre les deux pays "pourveu néantmoings qu'en allant à la pêche, ils ne mènent aucunes denrées et marchandises de ce royaume en Espagne ny pareillement à leur retour d'Espagne en ce royaume."



En 1639 on accorde à Bayonne l'autorisation de vendre les morues de sa pêche en Espagne. Le 4 Juillet 1653 Louis XIV, par lettres patentes, ratifia les accords de bonne correspondance passés entre le Labourd et le Guipuzcoa, où l'on convenait que, moyennant passeports réciproques, aucun des deux gouvernements ne saisirait les barques de l'autre et qu'ils pourraient faire entrer l'un chez l'autre toutes sortes de marchandises, sauf des minutions.



Plusieurs fois ces traités de bonne correspondance furent renouvelés (1667-1675-1690-1719).



Non seulement les Basques, français et espagnols, restèrent toujours unis pour ce qui concernait la pêche, mais ils se rendirent des services réciproques quand l'une des deux nations était en guerre avec une troisième. Ils allèrent même en quelque sorte jusqu'à se prêter leur nationalité ; c'est ainsi qu'en 1711 pour échapper plus facilement aux Anglais, les vaisseaux baleiniers et morutiers français arborèrent le pavillon espagnol ; à d'Aguesseau qui s'en étonnait on répondit que les Basques "n'avaient point hésité de composer l'équipage d'un vaisseau meslé des sujets des deux couronnes et d'obéir au capitaine de la nation du pavillon qu'on avait arboré et estimé le plus convenable suivant les occurrences pour assurer leur commerce..."



Cet accord entre les provinces basques de part et d'autre de la frontière n'excluait pas quelques rivalités locales. Pêcheurs d'Hendaye et de Fontarabie, par exemple, vivaient presque constamment en mauvaise intelligence, et quand une baleine entrait dans l'estuaire de la Bidassoa, sa capture donnait lieu à des disputes sanglantes ; mais en fait les bonnes relations dominèrent dans les rapports entre les pêcheurs des deux nations. 



La pêche côtière se poursuivit, en déclinant, jusqu'à la Révolution, les baleines ne venant plus que rarement jusqu'à la côte. On possède encore en date du 6 Septembre 1783, le compte des frais faits par un certain Harismendy pour acheter les ustensiles nécessaires à l'équipement de deux chaloupes qui pêchaient dans le golfe.



La pêche n'avait été très brillante que jusqu'au XVe siècle ; malgré cela poussés par le goût de l'aventure quelques pêcheurs s'étaient enhardis bien avant à aller à la recherche des baleines. Ils remontèrent l'Atlantique jusqu'en Irlande, passèrent en Ecosse où ils pêchèrent les premières morues.



Il est impossible de préciser à quand remonte leur premier voyage, mais il est certainement antérieur au XIVe siècle.



C'est en poursuivant encore leurs expéditions pour découvrir le repaire des baleines qu'ils se trouvèrent un jour sur le chemin de l'Amérique.



Les Basques et la découverte de l'Amérique.

Les débuts de la pêche à Terre-Neuve.



C'est en 1512 qu'on trouve la première mention d'une pêche basque à Terre-Neuve ; il s'agit d'un capitaine bayonnais partant "à la pesque à les Terres Nabes" et en parlant comme d'une chose coutumière. Il est certain qu'à cette date l'habitude était prise d'y envoyer une flotte tous les ans ; mais de quand cette habitude date-t-elle ? en quelle année les Basques allant au-devant des baleines, abordèrent-ils le nouveau continent ? la question est importante, car il s'agit de savoir qui, en réalité, a découvert l'Amérique. Or les documents des XIV et XVe siècles manquant complètement pour y répondre, de nombreux auteurs purent donner leur avis et l'amour-propre national entrant en jeu, chacun en attribua la découverte à son pays.



Résumons brièvement les principales opinions avant de donner la nôtre.



Les Espagnols pensent que Christophe Colomb aborda le premier en Amérique en 1492, qu'Estienne Gomez découvrit les bancs de Terre Neuve en 1525 et que les Basques ne vinrent que vers 1540.



Mais Matias Echevete qui fit plusieurs voyages à Terre Neuve sur des navires français dit en 1545 être le premier Espagnol qui y soit allé.



Les Portugais attribuent les deux découvertes respectivement à Colomb et Corte Real (celle-ci au début du XVIe siècle).



gênes explorateur espagne portugal amérique
PORTRAIT PRESUME DE CHRISTOPHE COLOMB
ATTRIBUE A RIDOLFO DEL GHIRLANDAIO


C'est aux Basques, plus d'un siècle avant Colomb, qu'est due la découverte, d'après Guillaume Postel : "des Merveilles des Indes et du Nouveau Monde" 1553 ; d'après Marc Lescarbot : "histoire de la Nouvelle France" 1608 ; d'après Cleirac qui écrit en 1647 dans "Us et coutumes de la mer" : "Les grands profits et la facilité que les habitants de Capbreton prez Bayonne, et les Basques de Guyenne ont trouvés à la pêcherie des baleines ont servi de lurre et d'amorce à les rendre hazardus à ce point que d'en faire la queste sur l'océan par les longitudes et les latitudes du monde. A cet effect, ils ont cy devant équippé des navires, pour chercher le repaire ordinaire de ces monstres. De sorte que suivant cette route ils ont descouvert cent ans avant les navigations de Christophe Colomb le grand et le petit banc des morues, les terres de Terre-Neufve, de Capbreton et Baccaleos (qui est à dire morue en leur langage), le Canada ou Nouvelle France où c'est que les mers sont abondantes et foisonnent en baleines".



Deux Flamands, Corneille Wisfler et Antoine Magin pensent de même ainsi que Lamarre et beaucoup d'autres. Tous ces auteurs se basent sur des documents aujourd'hui perdus ou simplement plutôt sur la tradition.



Postérieurement, on cita pour prouver que les Basques débarquèrent en Amérique un siècle ou plus avant Colomb un mémoire datant de 1710.



Les négociants basques parlant de la pêche à M. de Planthion, syndic du Pays de Labourd, lui disent qu'"ils la commencèrent d'un temps immémorial sur les côtes de leurs propres pays, où les baleines étant devenues rares..." ils s'arrêtèrent "jusqu'à ce que l'usage du compas et de la balestrille fussent été connus." A ce moment, ils prirent la route de l'ouest "pour diriger leurs poursuites et parvenir par ce moyen au banc de Terre-Neuve où ils en trouvèrent par troupes... ils y trouvèrent aussi une quantité prodigieuse de morues... Ayant trouvé Terre neuve ils lui donnèrent le nom de Bacaillao, de celuy qu'ils y avaient déjà donné à ces poissons qu'ils avaient trouvé en si grande abondance... comme qui dirait terre de morues en leur langue"...



Ce mémoire plusieurs fois publié servit de base aux allégations de nombreux auteurs.



Il en existe cependant un autre auquel on doit plutôt se référer puisqu'il date de 1684 ; écrit par les Bayonnais pour répondre à une enquête sur le commerce entreprise par Seignelay, il attribue aussi aux Basques l'honneur de la découverte, plus d'un siècle avant Colomb qui n'aurait lui-même effectué son expédition que piloté par un Basque.



Cette idée, émise déjà par le père Fournier, fut reprise dans un mémoire de 1715 qui donne la date approximative de 1392 ; dans un autre de 1775 qui fournit celle de 1372 ; dans nombre d'autres et dans plusieurs auteurs modernes. Alphonse Sanchez de Huelva, au retour de Terre Neuve, aurait été jeté par la tempête dans l'île de Madère ; il y serait mort en 1492 après avoir livré son secret à Christophe Colomb qui l'avait recueilli et qui serait ensuite parti emmenant des marins basques dont l'un des plus célèbres : Jean de Biscaye.



Sur quels faits matériels, à défaut de précisions documentaires, ces opinions s'appuient-elles ?



En faveur des Basques, on remarque d'abord une carte de navigation, terminée vers 1500 par Juan de la Cosa, mentionnant leur passage dans les parages sud de Terre Neuve ; puis dans toutes les cartes du XVIe siècle l'île est appelée "Baccaleos", or baccaleos est le nom que les Basques donnèrent aux morues, ce qui explique très bien qu'ils l'aient donné ensuite à la région où ils en trouvèrent.



pays basque autrefois pêche baleine morue
MAPPA MUNDI
CARTE DE JUAN DE LA COSA
VERS 1500



En outre, surtout sur la côte ouest, la terminologie est basque. Cette partie de l'île était alors, suivant le mot de M. de la Roncière "un fief basque".



Voici en effet une liste des principaux vocables basques de Terre-Neuve.



Sur la côte Est : cap de Grat (gratta : lieu favorable pour y établir une pêcherie). Peritouca (les petites oies). Caruge (chapeau rouge). St Jan. Cap de Bonavista ou Bone Bise. Urrunn ou Ourrugnousse (Urrugne). cap de Raze (arraze : très proche, il faut le longer).



A l'Ouest : Capbreton, plus tard cap Anguille. Ollicillho (trou à mouches) plus tard baie de St-Georges. Barrachoa. Ophor Portu (vase à lait). Baya Ederra (Bayonne) plus tard bonne baie. Anngnachar. Barbotcilho plus tard cap Riche. Portuchoa (petit port) Anton Portu (port Antoine).



Au Sud : Sasco Portu. cap de Raye (arraico : approchez-en car les courants sont peu éloignés).



Cette nomenclature basque subsista mais les géographes francisèrent les termes originels et les altérèrent. Ophor Portu devint Port-au-port ; Portuchoa devint Port-à-Choux ou Port à Choix ; Anngnachar fut appelé Ingornachoix...



pays basque autrefois pêche baleine morue
CARTE TERRE-NEUVE 1807



Ceux qui contestent aux Basques la découverte de l'Amérique, s'appuient sur le fait que les premiers établissements bayonnais fixés à Terre-Neuve sont très postérieurs à Colomb ; mais cela ne prouve absolument rien car il put très bien y avoir des expéditions annuelles qui n'aient laissé à leur départ aucun baraquement ni aucune trace sur le rivage.



S'il nous est permis, après tous ces auteurs, de donner notre opinion, donnons-la en faveur des Basques. 



Il n'existe pas de documents mais on ne peut rien en conclure. Y en eut-il, actuellement perdus, c'est peu probable, car à moins d'avoir été détruits il y a très longtemps, bien des auteurs cités plus haut, auraient pu les connaître.



Y en a-t-il en Espagne qui n'aient jamais été dépouillés ? c'est possible. Il est possible aussi qu'il n'y en ait jamais eu car aux XIVe et XVe siècles, les marins plus que tous autres étaient illettrés. Peut-être, d'autre part, tenaient-ils à garder le secret de leur route et à ne pas consigner par écrit des renseignements qui auraient facilité les voyages des autres peuples et leur auraient enlevé le monopole de la pêche.



Deux faits sont probants à notre avis : c'est d'abord la cartographie de Terre-Neuve où nous avons vu la terminologie basque dès les premières années du XVIe siècle. 



pays basque autrefois pêche baleine morue
CARTE DE TERRE-NEUVE 1783



C'est ensuite que "Dès le premier temps auquel les Basques faisaient la pêcherie des baleines et morues dans le golfe de St-Laurent ils firent amitié avec tous les sauvages de cette contrée... et formèrent une espèce d langue franque composée de basque et de deux langues de ces sauvages par le moyen de laquelle ils s'entendaient fort bien tous," et il fallait connaître le basque pour être compris des tribus indiennes de la grande baie."



A suivre...





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