LES USAGES MORTUAIRES EN SOULE EN 1930.
La mort est un événement important dans les rituels du Pays Basque d'Antan.
Voici ce que rapporta à ce sujet D. Espain dans le Bulletin du Musée Basque n°10 de 1929 :
"Des usages mortuaires en Soule.
Chargé de faire le récit des usages mortuaires en Soule, comme cela a été fait pour le Labourd, je ne puis que constater une similitude frappante dans les deux provinces basques, séparées par la Navarre.
Pour la préparation de la chambre du malade, le port du Viatique et la réception du prêtre dans la maison, tout cela est identique et conforme à la liturgie romaine : cette similitude s'explique donc facilement par les instructions données par les prêtres et qui ne peuvent être différentes.
Mais considérer ici et là le hurlement plaintif du chien, le cri lugubre de la chouette, le synchronisme de la sonnerie du Sanctus à la messe et des heures à l'horloge, comme présages de mort, voilà qui n'est plus du rituel romain, et cependant c'est la même croyance dans les deux provinces. D'où peut-elle provenir ? De quelque souvenir du paganisme antique, ou peut-être de la domination romaine.
La croyance aux sorciers ou belhagiliac, a existé en Soule mais toujours à un degré moindre qu'en Labourd, car l'esprit souletin, plus près du Béarn, est plus sceptique : on en parlait quelquefois, au coin du feu, sous le manteau de la cheminée, pour satisfaire la curiosité des enfants qui demandaient toujours des histoires nouvelles, mais sans grande conviction. On préférait les histoires de fées ou Lamiñac, auxquelles on attribuait des faits merveilleux, comme ceux qu'a décrits le Dr Larrieu de Mauléon. Aujourd'hui encore on leur attribue l'achèvement du pont de Licq.
| DEUIL PAYS BASQUE D'ANTAN |
Les rites qui accompagnent la mort sont eux aussi identiques dans les deux provinces.
A peine le malade a-t-il rendu le dernier soupir, qu'on ferme les fenêtres, on recouvre les glaces et les tableaux de la chambre, on avertit les voisins avant que le glas funèbre ne sonne — si on ne le faisait ce serait considéré comme une injure impardonnable — on avertit les abeilles quand il y en a, on fait lever le bétail, parce que l'ange de la mort a passé avec son glaive.
Je n'ai jamais entendu dire que le métayer du mort devait annoncer aux bêtes le décès de leur patron, car ici l'esprit public d'indépendance est plus prononcé qu'en Labourd.
Ici aussi la toilette du mort est faite par les voisins dans certains villages et, dans d'autres, toujours par une femme chargée de cela. Le même linge, hil mihisia, existe en Soule comme au Labourd dans toutes les maisons et absolument identique. Sur la couche funèbre, on joint les mains du mort, on les enlace avec un chapelet, le sien autant que possible, et on lui met une petite croix entre les doigts, faite de deux morceaux de cire filée et bénite. La figure du mort restait découverte autrefois jusqu'à la mise en bière ; aujourd'hui on a une tendance à la couvrir d'un voile blanc et transparent.
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| CAPE DE DEUIL PAYS BASQUE D'ANTAN |
Après la sonnerie du glas funèbre, et généralement à l'entrée de la nuit tout le village défile dans la maison mortuaire pour réciter une prière pour le repos de l'âme envolée et présenter les condoléances à la famille.
Les deux plus proches voisins prennent les mesures du défunt en longueur et en largeur pour creuser sa fosse au cimetière ; un troisième va faire les invitations des parents à domicile, le plus souvent à pied, quelquefois sur une monture ; aujourd'hui à bicyclette. On ne se sert de la poste et du téléphone ou du télégraphe que très exceptionnellement et seulement quand la parenté ne peut être atteinte d'autre façon. Le messager de la triste nouvelle est reçu partout avec déférence et cordialité ; partout on lui offre à manger et à boire. Dans les communes importantes comme Mauléon, Tardets, Chéraute et Montory il y a un fossoyeur attitré payé tantôt par la commune, tantôt par la famille.
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| CIMETIERE MAULEON SOULE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Durant tout le temps que le mort reste sur sa couche funèbre, une cire filée ou un cierge reste allumé dans la chambre sur une table couverte d'un linge blanc. Des voisins bénévoles le veillent toute la nuit qui précède la sépulture.
La cloche sonne le glas à l'Angelus le matin, à midi et le soir ; ces sonneries diffèrent de village à village, mais indiquent à leur façon si c'est un homme ou une femme qui est décédé. Pour les enfants, comme l'Eglise le demande, cette sonnerie n'a rien de triste, c'est l'Arripikia ou sonnerie en volée, car elle annonce l'entrée d'un ange de plus au Ciel.
Le manteau de deuil pour les invités au deuil n'existe pas en Soule et n'a dû jamais exister ; je n'en ai jamais entendu parler ; la petite blouse souletine, si seyante et qui n'était qu'une réduction du grand manteau, devait suffire sans doute. Malheureusement elle a disparu devant la mode du veston moderne, — si mal fagoté parfois !
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| MANTEAU DE DEUIL PAYS BASQUE D'ANTAN |




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