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mercredi 25 février 2026

LES USAGES MORTUAIRES EN SOULE AU PAYS BASQUE EN 1930

LES USAGES MORTUAIRES EN SOULE EN 1930.


La mort est un événement important dans les rituels du Pays Basque d'Antan.



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DEUIL
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet D. Espain dans le Bulletin du Musée Basque n°10 de 1929 :



"Des usages mortuaires en Soule.



Chargé de faire le récit des usages mortuaires en Soulecomme cela a été fait pour le Labourd, je ne puis que constater une similitude frappante dans les deux provinces basques, séparées par la Navarre.



Pour la préparation de la chambre du malade, le port du Viatique et la réception du prêtre dans la maison, tout cela est identique et conforme à la liturgie romaine : cette similitude s'explique donc facilement par les instructions données par les prêtres et qui ne peuvent être différentes.



Mais considérer ici et là le hurlement plaintif du chien, le cri lugubre de la chouette, le synchronisme de la sonnerie du Sanctus à la messe et des heures à l'horloge, comme présages de mort, voilà qui n'est plus du rituel romain, et cependant c'est la même croyance dans les deux provinces. D'où peut-elle provenir ? De quelque souvenir du paganisme antique, ou peut-être de la domination romaine.



La croyance aux sorciers ou belhagiliac, a existé en Soule mais toujours à un degré moindre qu'en Labourd, car l'esprit souletin, plus près du Béarn, est plus sceptique : on en parlait quelquefois, au coin du feu, sous le manteau de la cheminée, pour satisfaire la curiosité des enfants qui demandaient toujours des histoires nouvelles, mais sans grande conviction. On préférait les histoires de fées ou Lamiñac, auxquelles on attribuait des faits merveilleux, comme ceux qu'a décrits le Dr Larrieu de Mauléon. Aujourd'hui encore on leur attribue l'achèvement du pont de Licq.



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DEUIL
PAYS BASQUE D'ANTAN

Les rites qui accompagnent la mort sont eux aussi identiques dans les deux provinces.



A peine le malade a-t-il rendu le dernier soupir, qu'on ferme les fenêtres, on recouvre les glaces et les tableaux de la chambre, on avertit les voisins avant que le glas funèbre ne sonne — si on ne le faisait ce serait considéré comme une injure impardonnable — on avertit les abeilles quand il y en a, on fait lever le bétail, parce que l'ange de la mort a passé avec son glaive.



Je n'ai jamais entendu dire que le métayer du mort devait annoncer aux bêtes le décès de leur patron, car ici l'esprit public d'indépendance est plus prononcé qu'en Labourd.



Ici aussi la toilette du mort est faite par les voisins dans certains villages et, dans d'autres, toujours par une femme chargée de cela. Le même linge, hil mihisia, existe en Soule comme au Labourd dans toutes les maisons et absolument identique. Sur la couche funèbre, on joint les mains du mort, on les enlace avec un chapelet, le sien autant que possible, et on lui met une petite croix entre les doigts, faite de deux morceaux de cire filée et bénite. La figure du mort restait découverte autrefois jusqu'à la mise en bière ; aujourd'hui on a une tendance à la couvrir d'un voile blanc et transparent.



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CAPE DE DEUIL
PAYS BASQUE D'ANTAN


Après la sonnerie du glas funèbre, et généralement à l'entrée de la nuit tout le village défile dans la maison mortuaire pour réciter une prière pour le repos de l'âme envolée et présenter les condoléances à la famille.



Les deux plus proches voisins prennent les mesures du défunt en longueur et en largeur pour creuser sa fosse au cimetière ; un troisième va faire les invitations des parents à domicile, le plus souvent à pied, quelquefois sur une monture ; aujourd'hui à bicyclette. On ne se sert de la poste et du téléphone ou du télégraphe que très exceptionnellement et seulement quand la parenté ne peut être atteinte d'autre façon. Le messager de la triste nouvelle est reçu partout avec déférence et cordialité ; partout on lui offre à manger et à boire. Dans les communes importantes comme Mauléon, Tardets, Chéraute et Montory il y a un fossoyeur attitré payé tantôt par la commune, tantôt par la famille.



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CIMETIERE MAULEON SOULE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Durant tout le temps que le mort reste sur sa couche funèbre, une cire filée ou un cierge reste allumé dans la chambre sur une table couverte d'un linge blanc. Des voisins bénévoles le veillent toute la nuit qui précède la sépulture.



La cloche sonne le glas à l'Angelus le matin, à midi et le soir ; ces sonneries diffèrent de village à village, mais indiquent à leur façon si c'est un homme ou une femme qui est décédé. Pour les enfants, comme l'Eglise le demande, cette sonnerie n'a rien de triste, c'est l'Arripikia ou sonnerie en volée, car elle annonce l'entrée d'un ange de plus au Ciel.



Le manteau de deuil pour les invités au deuil n'existe pas en Soule et n'a dû jamais exister ; je n'en ai jamais entendu parler ; la petite blouse souletine, si seyante et qui n'était qu'une réduction du grand manteau, devait suffire sans doute. Malheureusement elle a disparu devant la mode du veston moderne, — si mal fagoté parfois !



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MANTEAU DE DEUIL
PAYS BASQUE D'ANTAN


Les cérémonies de la levée du corps, de la conduite à l'Eglise, du chant du nocturne et de la Sainte Messe se font partout de la même façon suivant le cérémonial romain. Autrefois les quatre ou six voisins portaient le mort à l'église sur des linges étroits et longs qu'on appelait loungeak, faits spécialement pour cet usage par les tisserands du pays, et posaient le mort à terre. A l'Evangile on le soulevait et on le tenait en l'air durant le chant et on le reposait ensuite.



Aujourd'hui presque partout il y a une civière affectée au transport du cadavre, quelques fois un corbillard sur roues. On pose le corps devant la table sainte et l'on ne s'en occupe plus jusqu'à la conduite au cimetière. Il va sans dire que tout le monde assiste à l'office et à la messe excepté dans quelques petites villes quelques libres penseurs, déserteurs de leur foi et des bienséances.



Apres la sépulture, tous les invités se rendent à la maison mortuaire où on leur offre une collation : autrefois cette collation ne comportait que du pain et du fromage avec du vin de la maison ; aujourd'hui c'est un vrai repas. Vers la fin de la collation, le chantre ou le sacristain récité un certain nombre de prières pour le défunt et pour toutes les âmes sorties de cette maison. La cérémonie est finie. Après un dernier mot de consolation aux membres affligés chacun regagne ses pénates.



A Camou-Cihigue, cependant, les invités se rendent de nouveau à l'église, et, sans la présence du Curé, chantent le Miserere.



A Montory, après l'inhumation, le curé s'arrête sous le porche de l'église et récite autant de Pater et Ave qu'il y a de pièces de 10 centimes à la quête.



Un peu partout, pendant neuf jours consécutifs, les voisines du mort se réunissent à la maison mortuaire avec leur kapouchina et leur cire filée, vont d'abord à l'église faire une prière ensemble et en silence, à l'entrée de la nuit, puis sur la tombe récemment ouverte, y déposent leurs cires allumées, prient un instant, puis vont en choeur sur la tombe de l'avant-dernier mort aussi, y prient quelques instants et enfin éteignent leurs cires et rentrent chez elles.



Rien de plus émouvant que ces cires allumées en groupe dans ce crépuscule et ces formes sombres et silencieuses priant et méditant sur une tombe, la tombe de leur voisin qui leur dit : "Aujourd'hui mon tour, demain le vôtre."



(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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