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dimanche 22 février 2026

L'OEUVRE DE LUIS MICHELENA-ELISSALT DE RENTERIA EN GIPUZKOA AU PAYS BASQUE (cinquième partie)

  

L'OEUVRE DE LUIS MICHELENA-ELISSALT.


Koldo Mitxelena Elissalt ou Luis Michelena ou Koldobika Mitxelena, né le 20 août 1915 à Renteria (Gipuzkoa) et mort le 11 octobre 1987 à Saint-Sébastien (Gipuzkoa) est un linguiste, écrivain, professeur de philosophie et académicien Basque espagnol de langue Basque et espagnole.



pays basque écrivain philosophe linguiste renteria
KOLDO MITXELENA ELISSALT


Voici ce que rapporta Pierre Lafitte, de l'Académie de la langue basque, à son sujet dans le 

Bulletin du Musée Basque N° 27 de 1965 :



"Etudes Basques.

L'oeuvre de Luis Michelena-Elissalt.



... Le chapitre III est consacré au XVIIe siècle. Il s'ouvre par un coup d'œil sur l'instruction religieuse à Calahorra et Pampelune. Suit une courte étude de Micoleta, une plus longue sur les vers de cette époque, et le reste du chapitre s'occupe de la littérature basque au Labourd et en Soule : Etcheberri de Ciboure, Axular, Oihenart et Gazteluzar y tiennent la vedette.



Le chapitre IV nous mène de 1700 à 1850. Voici les traducteurs et adaptateurs basques-français : Churio, Maister, Haraneder, Mihura, Baraciart, Lopez ; les protestants : Pierre d'Urte, Oteiza, Gaïdor ; trois pages font un sort à Etcheberri de Sare et saluent H. Harriet ; deux pages citent nos documents révolutionnaires, Duhalde, Chaho, Archu, Salaberry de Mauléon. Revenant en Pays Basque péninsulaire, Luis Michelena chante Larramendi le long de sept pages et les auteurs qui l'ont suivi en trois pages : Cardaberaz, Mendiburu, Joaquin Lizarraga, Ubillos. Une rapide évocation de Munibe et de ses "amigos del Pais", un mot sur Barrutia et son noël, quatre pages sur Humboldt, Astarloa et la famille Moguel, une revue d'ouvrages religieux dus à J.-B. Aguirre, Gerrico, Lardizabal, Añibarro, Bartolomé, etc., et voici quelques considérations sur Iztueta, les fabulistes (Vicenta Moguel, Goyetche, Archu, Iturriaga) et quelques poètes (Larréguy, Robin, Monho, Etchahun, Recio, Basterrechea, Meagher, Aboitiz, Gamiz).



Le chapitre V était le plus difficile à écrire. Comment choisir l'essentiel dans un fourmillement d'œuvres moyennes ? Comment juger des contemporains ou des auteurs que ceux-ci ont connus, sans risquer des réactions désagréables ? Luis Michelena, à notre avis, s'en est bien tiré. Il place au seuil de la nouvelle époque Louis-Lucien Bonaparte et ses collaborateurs, puis fait un tour chez les muses (Hiribarren, Iparraguirre, Xempelar, E. de Azkue, "Vilinch", Otaño, "Borddele", "Bordachuri", A. Etcheberri, Oxalde, Guilbeau, Larralde, Dibarrart, J.-B. Elissamburu, "Zalduby "). Suit l'étude d'une rénovation littéraire autour de Campion, Manterola, A. d'Abbadie, avec jeux floraux, théâtre, revues et autres périodiques : la presse basque naît et les Lapitze, Lapeyre, Arbelbide, Diharassary continuent la tradition du livre religieux. Entre deux siècles, Azkue, Arana Goiri et Julio de Urquijo lancent le basque dans des voies nouvelles. C'est l'ère des travaux scientifiques et des essais en tout genre. La poésie brille avec Arrese, Elzo, Embeita, Jauregui, Sagarazu, Onaindia, Zaitegui, etc., etc. encore qu'il faille mettre à part "Lauaxeta", "Lizardi", "Orixe", "Oxobi", "Iratzeder", etc. Le livre s'achève sur les dernières nouvelles du théâtre et des prosateurs (romans, essais, traductions). Luis Michelena signale une ouverture plus grande de la littérature basque chez les auteurs actuels.



Au total, une histoire cursive, vivante, qui offre des cadres pour des études plus approfondies touchant les lettres euskariennes.



Sobre el Pasado de la Lengua Vasca.



La Junte de culture de Biscaye ayant mis au concours le thème suivant : "Origines de la langue basque et processus évolutif de ses dialectes", Luis Michelena se mit sur les rangs et remporta le prix. C'est son travail qui a paru sous le titre "Sobre el pasado de la lengua vasca". C'est un joli volume aéré de 200 pages, dont 139 de texte, 30 de notes.



pays basque écrivain philosophe linguiste renteria
LIVRE SOBRE EL PASADO DE LA LENGUA VASCA
DE LUIS MICHELENA



Ce n'est pas une histoire de la langue basque. Dans l'état actuel de la science, personne n'est à même de l'écrire. C'est tout de même une vue d'ensemble sur les problèmes qui y touchent.



Le premier chapitre traite de la dialectologie basque : le fait que le basque se présente sous des formes très diverses, non seulement d'une province à l'autre, mais à l'intérieur de chaque région, est un phénomène reconnu depuis des siècles ; mais il a été fort peu étudié. Sans doute Larramendi s'en inquiéta, et eut quelques disciples. N'empêche que Bonaparte fut le plus sérieux promoteur de la dialectologie euskarienne avant Azkue, et ses cadres sont pratiquement acceptés par tous les bascologues, à quelques corrections près. Luis Michelena fait la critique des méthodes et des critères employés : la subjectivité ou la superficialité sont les deux défauts principaux qu'il y relève. En réalité face aux dialectes, il y a trois positions : celle de ceux qui y cherchent des éléments pour enrichir la koiné et aboutir à une langue littéraire unique au delà des diversités ; celle de ceux qui font de ces diversités des différences à cultiver ; celle de ceux qui, à travers les dialectes, cherchent les éléments constitutifs d'une langue commune préhistorique.



Le chapitre II tend à démontrer par la comparaison du souletin, du roncalais et du salazarais, comment les isoglosses s'enchevêtrent géographiquement, comment chaque dialecte archaïse ou innove, mais qu'au total l'analyse révèle beaucoup plus de traits communs importants que de divergences. Le biscaïen lui-même (qui passe pour être presque une langue à part dans les Provinces basques) est aux yeux de Luis Michelena un dialecte solidaire de tous les autres. Uhlenbeck a jadis émis l'idée que les ancêtres des Basques devaient parler des idiomes différents qui se sont rapprochés peu à peu et en somme apparentés. Luis Michelena fait remarquer qu'en tout cas depuis le XVIe siècle les textes nous montrent une évolution inverse : les dialectes étaient plus proches les uns des autres (biscaïen y compris) que de nos jours, au temps de Garibay, Betolaza ou Capanaga. Il croit pouvoir extrapoler pour les siècles antérieurs et il admet que les divergences sont relativement récentes.



Le chapitre III est intitulé : Histoire et préhistoire de la langue. C'est un exposé de la documentation dont on dispose pour une diachronie du basque et une reconstruction de son état antérieurement aux textes connus.



Le chapitre IV s'occupe de "l'élément latino-roman". Certes, Luis Michelena reconnaît l'influence du latin et les langues romanes sur le basque. Il se refuse à chiffrer les dettes. Il estime que l'étude comparative du basque et des parlers latino-romans n'a pas été menée comme il eût fallu. Schuchardt est difficile à suivre : en lui, science, intuitions géniales et rapprochements arbitraires se côtoient trop souvent ; Rohlfs est plus sûr, mais son enquête n'est pas étendue. Bref, on manque d'un travail d'ensemble qui permette de savoir au juste quels sont les emprunts que le basque a faits au latin ou à ses continuateurs. Luis Michelena fait remarquer que des mots, considérés comme des emprunts pour leur allure générale, n'ont jamais été expliqués (apukadu, elikatu, endorea, etc.). D'autres offrent des difficultés sémantiques (deus). Certains se prêtent à des étymologies différentes (meneratu vient-il du latin veneratum ou du basque men-era-tu ?) Reste à dater les emprunts. Ici Luis Michelena nous donne des critères d'ancienneté : maintien des i et u brefs (bike, putzu), maintien de l'articulation vélaire de c et g devant voyelle antérieure (bake, errege, erregina), maintien de la diphtongue au (gauza), maintien des occlusives sourdes entre voyelles (apiriko, bekatu, ezpata), etc. Il reconnaît du reste qu'on n'aboutit pas à des datations précises. D'autre part le basque semble révéler que la lettre latine s correspondait au son z basque (zapore, zigilu, zeta) et que la correspondance s/s (saindu, soinu) est plus récente. Des mots comme kapera, padera trahissent une origine gasconne : l'évolution -ll- > -r- n'est pas basque. Luis Michelena ajoute des traits qui marquent souvent d'une griffe basque les mots empruntés : sonorisation des occlusives sourdes à l'initiale ou après l ou n (bake, dorre, gauza, aldare, ingude) ; chute de -n- entre voyelles, maintien de -nn- sous forme de -n- ; passage de l à r entre voyelles, maintien de -llsous forme de l (gatea, anoa, zeru, gaztelu). En passant, Luis Michelena montre qu'il n'est pas prudent de tirer de faits purement linguistiques des conclusions de caractère historico-culturel. — La conclusion de ce chapitre, c'est que l'étude des relations linguistiques latino-basques est passionnante et démontre la résistance dont le basque a fait preuve en gardant à travers les siècles et les emprunts une physionomie particulière.



Le chapitre V aborde la question de l'influence indo-européenne prélatine. Après une digression sur quelques éléments arabes et germaniques dus plus probablement à des emprunts romans, Luis Michelena, tout en admettant que sans doute l'indo-européen a dû, avant l'arrivée du latin, s'infiltrer dans le basque, se montre très rétif à croire que l'on puisse avec certitude trier le vocabulaire euskarien pour dresser la liste des vieux mots. Il passe au crible fin les essais qui ont été tentés par les comparatistes sur ce terrain mouvant, et il faut avouer que l'éreintement est magistral : il leur abandonne maite et il leur offre, de son propre cru, le mot ui, poix, synonyme de bike. Après quoi, il constate que ni la composition par préverbes, ni la déclinaison, ni la conjugaison indo-européennes ne se montrent dans la langue basque.



Le chapitre VI traite des relations de parenté de cette langue. Il s'ouvre sur des généralités concernant les classements typologiques et généalogiques des langues. Le basque a été comparé par des amateurs peu sérieux à toute sorte d'idiomes. Mais des linguistes de grande autorité ont voulu démontrer la parenté du basque avec deux groupes de langues : d'une part, les langues hamito-sémitiques ; de l'autre, les langues caucasiques. — Schuchardt, de textes ibériques mal lus, avait cru avoir démontré la parenté du basque et de l'ibère ; et, comme il croyait que les Ibères étaient venus de l'Afrique du Nord, il concluait que leur langue et aussi le basque devaient avoir des attaches avec le groupe hamito-sémitique : de l'ibère on ne sait pas grand chose ; du moins est-il évident que ses morphèmes, comme ceux du basque, ne comportent pas de flexion interne, signe caractéristique du berbère comme de l'arabe. Pour les comparaisons de vocabulaire présentées par Schuchardt, on n'en parle plus depuis un célèbre article de Zyhlarz. — La thèse caucasique, jadis entrevue par le P. Fita, a été travaillée par Marr et Trombetti, mise en forme par Uhlenbeck, développée par Dumézil, Bouda et Lafon. Luis Michelena expose et critique en 21 pages les arguments de cette théorie à la mode. Il rejoint Vogt et Meillet dans leur scepticisme : d'une part, il reproche aux caucasistes de comparer des mots ou des morphèmes ou des affixes tirés de n'importe quel dialecte basque de n'importe quelle époque avec des matériaux de n'importe quelle langue caucasique ancienne ou actuelle, au lieu de chercher des correspondances entre reconstructions du basque commun et du caucasique commun ; d'autre part, il constate avec peine que jusqu'ici l'hypothèse caucasique n'éclaire en rien la formation du basque et se présente comme un jeu inutile, quels que soient les mérites des savants respectables qui s'y livrent. — Luis Michelena ne se montre pas plus enthousiaste à l'égard de la glottochronologie appliquée à notre langue, et il conclut en faisant des vœux pour que des découvertes de documents et le progrès des méthodes permettent un jour de percer le mystère qui entoure la filiation du basque.



Ce résumé puisse-t-il encourager les esprits curieux à se reporter au livre lui-même et à l'étudier la plume à la main."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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