CARTES POSTALES , PHOTOS ET VIDEOS ANCIENNES DU PAYS BASQUE. Entre 1800 et 1980 environ.
dimanche 22 mars 2026
dimanche 22 février 2026
L'OEUVRE DE LUIS MICHELENA-ELISSALT DE RENTERIA EN GIPUZKOA AU PAYS BASQUE (cinquième partie)
L'OEUVRE DE LUIS MICHELENA-ELISSALT.
Koldo Mitxelena Elissalt ou Luis Michelena ou Koldobika Mitxelena, né le 20 août 1915 à Renteria (Gipuzkoa) et mort le 11 octobre 1987 à Saint-Sébastien (Gipuzkoa) est un linguiste, écrivain, professeur de philosophie et académicien Basque espagnol de langue Basque et espagnole.
Voici ce que rapporta Pierre Lafitte, de l'Académie de la langue basque, à son sujet dans le
Bulletin du Musée Basque N° 27 de 1965 :
"Etudes Basques.
L'oeuvre de Luis Michelena-Elissalt.
... Le chapitre III est consacré au XVIIe siècle. Il s'ouvre par un coup d'œil sur l'instruction religieuse à Calahorra et Pampelune. Suit une courte étude de Micoleta, une plus longue sur les vers de cette époque, et le reste du chapitre s'occupe de la littérature basque au Labourd et en Soule : Etcheberri de Ciboure, Axular, Oihenart et Gazteluzar y tiennent la vedette.
Le chapitre IV nous mène de 1700 à 1850. Voici les traducteurs et adaptateurs basques-français : Churio, Maister, Haraneder, Mihura, Baraciart, Lopez ; les protestants : Pierre d'Urte, Oteiza, Gaïdor ; trois pages font un sort à Etcheberri de Sare et saluent H. Harriet ; deux pages citent nos documents révolutionnaires, Duhalde, Chaho, Archu, Salaberry de Mauléon. Revenant en Pays Basque péninsulaire, Luis Michelena chante Larramendi le long de sept pages et les auteurs qui l'ont suivi en trois pages : Cardaberaz, Mendiburu, Joaquin Lizarraga, Ubillos. Une rapide évocation de Munibe et de ses "amigos del Pais", un mot sur Barrutia et son noël, quatre pages sur Humboldt, Astarloa et la famille Moguel, une revue d'ouvrages religieux dus à J.-B. Aguirre, Gerrico, Lardizabal, Añibarro, Bartolomé, etc., et voici quelques considérations sur Iztueta, les fabulistes (Vicenta Moguel, Goyetche, Archu, Iturriaga) et quelques poètes (Larréguy, Robin, Monho, Etchahun, Recio, Basterrechea, Meagher, Aboitiz, Gamiz).
Le chapitre V était le plus difficile à écrire. Comment choisir l'essentiel dans un fourmillement d'œuvres moyennes ? Comment juger des contemporains ou des auteurs que ceux-ci ont connus, sans risquer des réactions désagréables ? Luis Michelena, à notre avis, s'en est bien tiré. Il place au seuil de la nouvelle époque Louis-Lucien Bonaparte et ses collaborateurs, puis fait un tour chez les muses (Hiribarren, Iparraguirre, Xempelar, E. de Azkue, "Vilinch", Otaño, "Borddele", "Bordachuri", A. Etcheberri, Oxalde, Guilbeau, Larralde, Dibarrart, J.-B. Elissamburu, "Zalduby "). Suit l'étude d'une rénovation littéraire autour de Campion, Manterola, A. d'Abbadie, avec jeux floraux, théâtre, revues et autres périodiques : la presse basque naît et les Lapitze, Lapeyre, Arbelbide, Diharassary continuent la tradition du livre religieux. Entre deux siècles, Azkue, Arana Goiri et Julio de Urquijo lancent le basque dans des voies nouvelles. C'est l'ère des travaux scientifiques et des essais en tout genre. La poésie brille avec Arrese, Elzo, Embeita, Jauregui, Sagarazu, Onaindia, Zaitegui, etc., etc. encore qu'il faille mettre à part "Lauaxeta", "Lizardi", "Orixe", "Oxobi", "Iratzeder", etc. Le livre s'achève sur les dernières nouvelles du théâtre et des prosateurs (romans, essais, traductions). Luis Michelena signale une ouverture plus grande de la littérature basque chez les auteurs actuels.
Au total, une histoire cursive, vivante, qui offre des cadres pour des études plus approfondies touchant les lettres euskariennes.
Sobre el Pasado de la Lengua Vasca.
La Junte de culture de Biscaye ayant mis au concours le thème suivant : "Origines de la langue basque et processus évolutif de ses dialectes", Luis Michelena se mit sur les rangs et remporta le prix. C'est son travail qui a paru sous le titre "Sobre el pasado de la lengua vasca". C'est un joli volume aéré de 200 pages, dont 139 de texte, 30 de notes.
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| LIVRE SOBRE EL PASADO DE LA LENGUA VASCA DE LUIS MICHELENA |
Ce n'est pas une histoire de la langue basque. Dans l'état actuel de la science, personne n'est à même de l'écrire. C'est tout de même une vue d'ensemble sur les problèmes qui y touchent.
Le premier chapitre traite de la dialectologie basque : le fait que le basque se présente sous des formes très diverses, non seulement d'une province à l'autre, mais à l'intérieur de chaque région, est un phénomène reconnu depuis des siècles ; mais il a été fort peu étudié. Sans doute Larramendi s'en inquiéta, et eut quelques disciples. N'empêche que Bonaparte fut le plus sérieux promoteur de la dialectologie euskarienne avant Azkue, et ses cadres sont pratiquement acceptés par tous les bascologues, à quelques corrections près. Luis Michelena fait la critique des méthodes et des critères employés : la subjectivité ou la superficialité sont les deux défauts principaux qu'il y relève. En réalité face aux dialectes, il y a trois positions : celle de ceux qui y cherchent des éléments pour enrichir la koiné et aboutir à une langue littéraire unique au delà des diversités ; celle de ceux qui font de ces diversités des différences à cultiver ; celle de ceux qui, à travers les dialectes, cherchent les éléments constitutifs d'une langue commune préhistorique.
Le chapitre II tend à démontrer par la comparaison du souletin, du roncalais et du salazarais, comment les isoglosses s'enchevêtrent géographiquement, comment chaque dialecte archaïse ou innove, mais qu'au total l'analyse révèle beaucoup plus de traits communs importants que de divergences. Le biscaïen lui-même (qui passe pour être presque une langue à part dans les Provinces basques) est aux yeux de Luis Michelena un dialecte solidaire de tous les autres. Uhlenbeck a jadis émis l'idée que les ancêtres des Basques devaient parler des idiomes différents qui se sont rapprochés peu à peu et en somme apparentés. Luis Michelena fait remarquer qu'en tout cas depuis le XVIe siècle les textes nous montrent une évolution inverse : les dialectes étaient plus proches les uns des autres (biscaïen y compris) que de nos jours, au temps de Garibay, Betolaza ou Capanaga. Il croit pouvoir extrapoler pour les siècles antérieurs et il admet que les divergences sont relativement récentes.
Le chapitre III est intitulé : Histoire et préhistoire de la langue. C'est un exposé de la documentation dont on dispose pour une diachronie du basque et une reconstruction de son état antérieurement aux textes connus.
Le chapitre IV s'occupe de "l'élément latino-roman". Certes, Luis Michelena reconnaît l'influence du latin et les langues romanes sur le basque. Il se refuse à chiffrer les dettes. Il estime que l'étude comparative du basque et des parlers latino-romans n'a pas été menée comme il eût fallu. Schuchardt est difficile à suivre : en lui, science, intuitions géniales et rapprochements arbitraires se côtoient trop souvent ; Rohlfs est plus sûr, mais son enquête n'est pas étendue. Bref, on manque d'un travail d'ensemble qui permette de savoir au juste quels sont les emprunts que le basque a faits au latin ou à ses continuateurs. Luis Michelena fait remarquer que des mots, considérés comme des emprunts pour leur allure générale, n'ont jamais été expliqués (apukadu, elikatu, endorea, etc.). D'autres offrent des difficultés sémantiques (deus). Certains se prêtent à des étymologies différentes (meneratu vient-il du latin veneratum ou du basque men-era-tu ?) Reste à dater les emprunts. Ici Luis Michelena nous donne des critères d'ancienneté : maintien des i et u brefs (bike, putzu), maintien de l'articulation vélaire de c et g devant voyelle antérieure (bake, errege, erregina), maintien de la diphtongue au (gauza), maintien des occlusives sourdes entre voyelles (apiriko, bekatu, ezpata), etc. Il reconnaît du reste qu'on n'aboutit pas à des datations précises. D'autre part le basque semble révéler que la lettre latine s correspondait au son z basque (zapore, zigilu, zeta) et que la correspondance s/s (saindu, soinu) est plus récente. Des mots comme kapera, padera trahissent une origine gasconne : l'évolution -ll- > -r- n'est pas basque. Luis Michelena ajoute des traits qui marquent souvent d'une griffe basque les mots empruntés : sonorisation des occlusives sourdes à l'initiale ou après l ou n (bake, dorre, gauza, aldare, ingude) ; chute de -n- entre voyelles, maintien de -nn- sous forme de -n- ; passage de l à r entre voyelles, maintien de -ll- sous forme de l (gatea, anoa, zeru, gaztelu). En passant, Luis Michelena montre qu'il n'est pas prudent de tirer de faits purement linguistiques des conclusions de caractère historico-culturel. — La conclusion de ce chapitre, c'est que l'étude des relations linguistiques latino-basques est passionnante et démontre la résistance dont le basque a fait preuve en gardant à travers les siècles et les emprunts une physionomie particulière.
Le chapitre V aborde la question de l'influence indo-européenne prélatine. Après une digression sur quelques éléments arabes et germaniques dus plus probablement à des emprunts romans, Luis Michelena, tout en admettant que sans doute l'indo-européen a dû, avant l'arrivée du latin, s'infiltrer dans le basque, se montre très rétif à croire que l'on puisse avec certitude trier le vocabulaire euskarien pour dresser la liste des vieux mots. Il passe au crible fin les essais qui ont été tentés par les comparatistes sur ce terrain mouvant, et il faut avouer que l'éreintement est magistral : il leur abandonne maite et il leur offre, de son propre cru, le mot ui, poix, synonyme de bike. Après quoi, il constate que ni la composition par préverbes, ni la déclinaison, ni la conjugaison indo-européennes ne se montrent dans la langue basque.
Le chapitre VI traite des relations de parenté de cette langue. Il s'ouvre sur des généralités concernant les classements typologiques et généalogiques des langues. Le basque a été comparé par des amateurs peu sérieux à toute sorte d'idiomes. Mais des linguistes de grande autorité ont voulu démontrer la parenté du basque avec deux groupes de langues : d'une part, les langues hamito-sémitiques ; de l'autre, les langues caucasiques. — Schuchardt, de textes ibériques mal lus, avait cru avoir démontré la parenté du basque et de l'ibère ; et, comme il croyait que les Ibères étaient venus de l'Afrique du Nord, il concluait que leur langue et aussi le basque devaient avoir des attaches avec le groupe hamito-sémitique : de l'ibère on ne sait pas grand chose ; du moins est-il évident que ses morphèmes, comme ceux du basque, ne comportent pas de flexion interne, signe caractéristique du berbère comme de l'arabe. Pour les comparaisons de vocabulaire présentées par Schuchardt, on n'en parle plus depuis un célèbre article de Zyhlarz. — La thèse caucasique, jadis entrevue par le P. Fita, a été travaillée par Marr et Trombetti, mise en forme par Uhlenbeck, développée par Dumézil, Bouda et Lafon. Luis Michelena expose et critique en 21 pages les arguments de cette théorie à la mode. Il rejoint Vogt et Meillet dans leur scepticisme : d'une part, il reproche aux caucasistes de comparer des mots ou des morphèmes ou des affixes tirés de n'importe quel dialecte basque de n'importe quelle époque avec des matériaux de n'importe quelle langue caucasique ancienne ou actuelle, au lieu de chercher des correspondances entre reconstructions du basque commun et du caucasique commun ; d'autre part, il constate avec peine que jusqu'ici l'hypothèse caucasique n'éclaire en rien la formation du basque et se présente comme un jeu inutile, quels que soient les mérites des savants respectables qui s'y livrent. — Luis Michelena ne se montre pas plus enthousiaste à l'égard de la glottochronologie appliquée à notre langue, et il conclut en faisant des vœux pour que des découvertes de documents et le progrès des méthodes permettent un jour de percer le mystère qui entoure la filiation du basque.
Ce résumé puisse-t-il encourager les esprits curieux à se reporter au livre lui-même et à l'étudier la plume à la main."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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jeudi 22 janvier 2026
L'OEUVRE DE LUIS MICHELENA-ELISSALT DE RENTERIA EN GIPUZKOA AU PAYS BASQUE (quatrième partie)
L'OEUVRE DE LUIS MICHELENA-ELISSALT.
Koldo Mitxelena Elissalt ou Luis Michelena ou Koldobika Mitxelena, né le 20 août 1915 à Renteria (Gipuzkoa) et mort le 11 octobre 1987 à Saint-Sébastien (Gipuzkoa) est un linguiste, écrivain, professeur de philosophie et académicien Basque espagnol de langue Basque et espagnole.
Voici ce que rapporta Pierre Lafitte, de l'Académie de la langue basque, à son sujet dans le
Bulletin du Musée Basque N° 27 de 1965 :
"Etudes Basques.
L'oeuvre de Luis Michelena-Elissalt.
Luis Michelena nous donne ensuite un résumé des témoignages que l'Antiquité et le Moyen Age nous ont laissés concernant les noms de personnes.
Dans les textes aquitains il pense reconnaître des désignations personnelles signifiant "homme", "dame", "fille", "fils", "enfant" ; des adjectifs numéraux, qu'on pourrait comparer à Second, Sixte, Octave, etc. ; des noms d'animaux et de plantes.
Les anthroponymes médiévaux sont classés comme suit : noms d'origine, patronymes, adjectifs-sobriquets, noms-sobriquets, noms et adjectifs non-personnels souvent rattachés à des lieux.
Quant aux noms de famille actuels, ils sont distribués en deux classes :
— des désignations personnelles (noms propres, surnoms, titres professionnels, etc) ;
— des noms jadis topographiques (noms rappelant d'antiques propriétaires de "fundi" ou "villae", des noms de saints, des termes descriptifs, des noms de maison, etc.).
Une autre partie de l'introduction résume clairement les lois de la composition et de la dérivation dans les noms de famille basques : modifications de la dernière voyelle ou de la dernière consonne du premier élément ; changements d'une consonne devenue finale du premier élément par suite de la chute d'une voyelle ; les groupes de consonnes résultant de la composition.
L'ouvrage explique ensuite, le long de 78 pages, par ordre alphabétique, 634 éléments qui se rencontrent dans environ 3 700 noms de famille cités. Le livre s'achève par un index de tous les noms et une abondante bibliographie du sujet.
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| LIVRE APELLIDOS VASCOS DE LUIS MICHELENA |
Las antiguas consonantes vascas (les antiques consonnes basques) est une sorte de réponse au défi de Saussure : "On ne peut rien tirer du basque, parce que, étant isolé, il ne se prête à aucune comparaison", et c'est en même temps un exemple de ce que permet de faire la "reconstruction interne".
Luis Michelena reconnaît une certaine anarchie dans la situation phonique du basque actuel ; mais, à son avis, des analogies de comportement peuvent mettre en lumière les affinités des phonèmes dans le système reconstitué d'anciens états de la langue.
L'auteur déclare fonder son étude sur la comparaison des formes actuelles avec leurs correspondances médiévales, mais aussi avec des éléments aquitains et ibériques considérés, par hypothèse, comme apparentés au basque lexicalement et phonologiquement.
Luis Michelena déblaie le terrain en disant que les palatales et les sourdes aspirées ne sont que des variantes plus ou moins expressives des consonnes fortes qui leur correspondent.
Puis il relève deux asymétries notables dans le système occlusif basque : la lettre p est pratiquement inconnue dans les mots très anciens, de même que les d- et t- initiaux.
La lettre f, quoique attestée dès le XIe siècle, paraît plutôt marginale.
Finalement, de notre système actuel, Luis Michelena ne retient comme antiques que les oppositions (p)/b, t/d, tz/z, ts/s, k/g, rr/r.
Mais il est intéressant de voir comment il détecte l'existence probable d'une N forte ancienne, correspondant à peu près à nn des latins, et d'une L forte aussi, correspondant à ll des latins. Les n faibles intervocaliques auraient disparu : ex. anatem > ahate face à annona > anhoa ; les l faibles auraient donné r en position intervocalique, ex. angelum > aingeru, face à angellum > angelu.
L dans alaba et n dans anaia seraient des témoins de *L et *N fortes.
Quant à m, Luis Michelena doute de son existence dans le système antique : il lui paraît dériver d'un archaïque -nb- : cf. l'aquitain sembus qui pourrait être la forme latinisée d'un *sembe > seme.
Ce résumé n'est qu'un maigre schéma. Puisse-t-il encourager le lecteur à se reporter au texte lui-même.
Luis Michelena termine modestement son travail en présentant sa tentative de restitution du système consonantique basque préhistorique comme une simple base de discussion. Il craint que dans l'état actuel de la documentation, on ne puisse ni vérifier ses hypothèses ni pleinement les réfuter. Elles sont en tout cas des plus séduisantes.
A propos de l'accent basque a paru en français dans le "Bulletin de la Société de Linguistique de Paris". C'est un essai au sujet d'une question difficile et mal débroussaillée. On dit souvent que la langue basque n'a pas d'accent, sauf en souletin. En fait, il existe hors de Soule des éléments d'accentuation, en vérité peu uniformes et difficiles à définir. Luis Michelena se propose de faire le point des opinions émises, de montrer que l'accent a jadis existé dans tous les dialectes, et même de déterminer sa place primitive dans les mots de la langue préhistorique.
Il compare les affirmations de T. Navarro, Altube et Azkue, concernant le type contemporain central-occidental. Puis il remonte dans l'histoire avec les témoignages de Larramendi (1729), Zaldibia (1575), Marineus Siculus (1539). Il s'occupe ensuite du haut-navarrais du cours inférieur de la Bidassoa et adopte les positions d'Holmer. Pour le labourdin ancien il n'y a guère que P. d'Urte (vers 1700) qui offre des textes où l'accent soit noté partiellement.
Luis Michelena passe alors aux dialectes orientaux : souletin, roncalais, salazarais. Une étude serrée de Liçarrague (1571) montre des coïncidences curieuses avec le souletin et le roncalais, et, si l'on postule pour le stade commun un accent fixe sur l'avant-dernière syllabe du mot, on peut ramener sans peine à un prototype commun l'accentuation du roncalais et celle du souletin.
Peut-on remonter plus haut ? On en est réduit aux hypothèses pour tout ce qui se rapporte à la nature et à la position de l'accent dans les stades plus anciens de la langue. Luis Michelena nous présente celle de Martinet qui, pour expliquer la "sonorisation" des occlusives initiales, pense avoir besoin d'un accent démarcatif sur la syllabe initiale.
Michelena, étudiant la distribution des aspirées, croit devoir postuler qu'à une certaine époque, dans les mots simples, l'aspiration ne s'est conservée ou produite que devant la voyelle accentuée, qui, de ce fait, serait normalement celle de la deuxième syllabe du mot. Dans les composés et dérivés à suffixe tonique, l'accent se serait trouvé au contraire sur la première syllabe du dernier élément.
Tout ceci est fondé sur des chaînes de faits phonétiques dûment discutés et qui dénotent beaucoup d'observation et d'esprit critique.
Les grandes synthèses.
Luis Michelena a montré dans ses essais l'envergure de son esprit et l'étendue de son érudition.
Il lui revenait d'écrire de plus grandes synthèses.
Il en a donné trois, de genres fort différents : une esquisse historique de la littérature basque, où, à la science, se joignent le goût et la culture ; une esquisse sur le passé de la langue, où se fait la critique de diverses positions prises concernant les origines et les parentés du basque ; enfin, sa magnifique thèse de doctorat sur la phonétique historique basque, qui est sans doute son œuvre maîtresse jusqu'à ce jour.
Historia de la Literatura Vasca.
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| LIVRE HISTORIA DE LA LITERATURA VASCA DE LUIS MICHELENA |
Gardien de la Bibliothèque basque de Julio de Urquijo, Luis Michelena a pu se rendre compte d'à peu près toute la littérature euskarienne, et il a eu l'heureuse idée d'en donner une vue d'ensemble d'abord au tome V de la Historia général de las literaturas hispanicas (Barcelona, 1958) et puis dans un travail plus complet paru aux éditions Minotauro à Madrid sous le titre de Historia de la Literatura Vasca (1960).
L'ouvrage offre 120 pages de texte, 22 pages de notes, 15 pages de bibliographie.
Un avis au lecteur expose le but poursuivi : marquer les principales étapes de la littérature d'expression basque des origines à nos jours en insistant sur les débuts, parce qu'ils sont moins connus, en évitant de se perdre dans les détails pour mieux montrer l'essentiel, en plaçant les œuvres dans leur cadre culturel, quoique avec discrétion, enfin en portant des jugements objectifs, en somme toujours plus salutaires, même quand ils sont durs, que les pieuses palinodies.
Luis Michelena a tenu parole.
Le premier chapitre traite de généralités. Longtemps notre littérature ne s'est adressée qu'au menu peuple, en marge des élites ; elle a été plutôt élémentaire, religieuse, très locale, retardataire, etc. Elle fut plus pauvre, moins variée que la littérature orale, dite folklorique : chansons, contes, légendes, pastorales, farces, proverbes ont joué leur rôle dans la formation de la mentalité basque.
Le chapitre II nous entretient des origines : textes aquitains, citations médiévales, chants antiques qui nous reportent au XIVe et XVe siècles (thèmes guerriers, élégies féminines). Et voici la Renaissance, qui après les courtes citations de Harff, de Naharro, de Marineus, de Rabelais, de Perucho, etc., nous met en présence du premier livre basque imprimé, le recueil de poésie de Bernat Detchepare, Linguae Vasconum Primitiae (1545). Luis Michelena lui consacre trois pages et tout autant à Leizarraga traducteur de trois livres protestants : le Nouveau Testament, l'Abc et le Calendrier (1571). Suit un rapide paragraphe sur les collections de Proverbes."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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lundi 22 décembre 2025
L'OEUVRE DE LUIS MICHELENA-ELISSALT DE RENTERIA EN GIPUZKOA AU PAYS BASQUE (troisième partie)
L'OEUVRE DE LUIS MICHELENA-ELISSALT.
Koldo Mitxelena Elissalt ou Luis Michelena ou Koldobika Mitxelena, né le 20 août 1915 à Renteria (Gipuzkoa) et mort le 11 octobre 1987 à Saint-Sébastien (Gipuzkoa) est un linguiste, écrivain, professeur de philosophie et académicien Basque espagnol de langue Basque et espagnole.
Voici ce que rapporta Pierre Lafitte, de l'Académie de la langue basque, à son sujet dans le
Bulletin du Musée Basque N° 27 de 1965 :
"Etudes Basques.
L'oeuvre de Luis Michelena-Elissalt.
... Travaux de documentation.
Luis Michelena, en abordant la linguistique, se sentit attiré par l'étude diachronique de la langue basque. Il fallait, pour s'y risquer, pouvoir remonter très haut dans son histoire. La bibliothèque de Julio de Urquijo dont il dispose, lui a permis de lire non seulement l'ensemble de la littérature euskarienne, mais aussi presque tous les ouvrages bascologiques.
Au Séminaire de philologie basque il s'efforce de continuer l'œuvre de recherche et de publication critique des vieux textes commencée par Julio de Urquijo, dans la mesure où on lui en donne les moyens.
De là la parution en 1958 du Dictionarium linguœ cantabricae de Nicolas Landuchio.
Ce travail composé en 1562 est resté manuscrit pendant quatre siècles. En collaboration avec Manuel Agud, Luis Michelena, a édité ce vocabulaire et en a rédigé l'importante introduction (pp. 7-48).
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| LIVRE DICTIONARUM LINGUAE CANTABRICAE DE NICOLAS LANDUCHIO |
Cela commence par la triste histoire du manuscrit méprisé jusque là par la majorité sinon l'unanimité des bascologues, utilisé très partiellement, sans indication de sources, par Larramendi dans le Supplément de son Dictionnaire trilingue.
Suit l'analyse du Vocabulaire espagnol, italien, français et biscayen en 328 folios, préparé par Nicolas Landuchio de la cité de Luce en Toscane. Dans 101 derniers folios se trouve un dictionnaire castillan-basque assez incomplet mais intéressant. L'auteur toscan a dressé lui-même la liste alphabétique des mots espagnols, et trois mains sont intervenues pour écrire en regard les mots basques correspondants. Luis Michelena désigne les traducteurs par les lettres A, B et C. A paraît moins dominer son basque ; B fournit des formes plus orientales et plus pures que A ; C pratique une langue proche de celle de A.
Reste à définir le dialecte de A et C, en le comparant au biscayen de Garibay, des Refranes y Sentencias, de Betolaça, de Micoleta, de Capanaga, et du "Viva Jésus" : vocalisme, consonantisme, déclinaison, formes des indéfinis, formes verbales, tout révèle un parler jusqu'ici inconnu, assez proche mais distinct du biscayen, en tout cas méridional relativement aux dialectes basques parlés ou attestés : le vocabulaire en est urbain, très mêlé de mots romans parfois évocateurs de provincialismes alavais, sans que l'on puisse démontrer apodictiquement qu'il s'agisse de l'antique dialecte de Vitoria, hypothèse cependant vraisemblable.
Luis Michelena a publié en 1964 Textos arcaicos vascos : un corpus portatif de 206 pages en petits caractères, des principaux textes anciens utiles pour les linguistes.
Une première section, intitulée "L'antiquité", présente douze inscriptions latines de l'époque romaine où certains mots paraissent pouvoir relever de l'onomastique indigène.
L'éditeur avait déjà étudié ces monuments soit dans les 46 pages de son travail "De onomastica aquitana", soit dans les dix grandes pages qui ont pour titre : "Los nombres indigenas de la inscripcion hispano-romana de Lerga".
Beaucoup de noms se prêtent à des rapprochements ingénieux avec quelques mots basques ; mais ils soulèvent de nombreux problèmes sans en résoudre un seul, du moins pour l'instant.
La seconde section est consacrée au Moyen-Age. Elle nous offre d'une part une sélection de noms de lieux et de personnes ; d'autre part une collection de gloses, de mots plus ou moins détachés et de courtes phrases. Ces matériaux (42 numéros) s'étagent de l'an 883 à la fin du XVe siècle.
Luis Michelena a réuni ici les citations les plus importantes publiées par Lacarra, Mañaricua, Serrano, Arigita et d'autres chercheurs. On y relève aussi avec intérêt les vocabulaires d'Aimery Picaud ou d'Arnolf von Harff, la "Reja de San Millan", des passages très "couleur locale" du Fuero général de Navarre, etc.
Nous voici sur un terrain solide. Des faits phonétiques anciens se révèlent : par exemple, la présence de l'h dans les dialectes péninsulaires ; quelques formes non encore sonorisées helke qui deviendra elge, Camboa futur Gamboa, zaltu appelé à devenir zaldu ; le maintien provisoire des n intervocaliques qui tomberont plus tard : ex. Acenari futur Aceari ; le passage de l'intervocalique a r déjà accompli ; l'apophonie de e final en composition : ex. essavarri = etxabarri. La dérivation se montre déjà riche, avec des suffixes connus : -eta, -aga, -kin, -gin, -ar, -egi, -tegi, -toi, -dui, -tui, -ondo, -arte, etc. Diverses sortes de mots composés sont en usage : nom + adjectif (Hurivarri) ; déterminant + déterminé (Mendiolha) ; nom propre + nom commun déterminé (Markozubi), etc. L'article -a se découvre à nous avant l'an 1000, le génitif en -ko dès le début du XIe siècle, le possessif en -en au XIIIe. Sans parler de tout un vocabulaire qui dans l'ensemble nous est encore familier.
Cette section, dans les éditions prochaines, pourra être enrichie, car il faut s'attendre à de nouvelles trouvailles : on devra en tout cas y adjoindre les vieilles formes toponymiques datées, recueillies par P. Raymond (1863), les données des textes pyrénéens signalées par A. Luchaire en 1879 et 1881, les listes médiévales inédites d'Eugène Goyheneche ; pour la Navarre, l'apport considérable du R.P. Pio Sagüés (Archivo Ibero-Americano, 1963, dans son article sur les démêlés de Philippe le Bel et Boniface VIII).
La troisième section est encore plus importante. En 122 pages elle nous donne 47 morceaux du XVIe et du XVIIe siècles : chansons historiques, cantiques, poésies, prières, proverbes, devises. Au passage nous avons aimé à saluer le texte basque de Rabelais, la lettre de Bertrand d'Echaux, les billets des frères Seinich relatifs aux secrets de Madame de Chevreuse : c'est en effet à cela que se réduit la part du Pays basque continental dans ce recueil. Luis Michelena a sans doute pensé que les chansons souletines légendaires n'offrent pas un texte assez authentique pour mériter une place à côté des élégies de Milia de Lastur ou de M. Bañez de Artazubiaga ; n'ayant été conservées que par tradition orale et tardivement mises par écrit, elles risquent d'avoir été retouchées au cours des années. Il a du reste écarté aussi pour la même raison des textes péninsulaires admis en 1924 par Carlos de Guerra dans ses Cantares antiguos del Euskera.
Le travail de Luis Michelena est des plus consciencieux. Il cite les sources et variantes des documents, indique les lectures douteuses, les interprétations déjà tentées, les objections qu'elles soulèvent, il propose au besoin une version nouvelle, l'appuie sur des passages analogues, sinon parallèles ; quand la solution lui échappe ou lui paraît peu satisfaisante, il l'avoue tout bonnement.
Mais qu'on ne s'imagine pas qu'il est arrivé à cette maîtrise sans efforts et sans apprentissage. Quelques morceaux avaient fait l'objet de ses recherches approfondies avant qu'il se mît à composer son corpus.
Par exemple, en collaboration avec Maria Milagros Bidegain, il avait publié une édition et un commentaire critiques remarquables des Ecritures d'Andramendi : il s'agit de deux traités apocryphes datés respectivement de 564 et 748 après J. C., que le Dr Cachopin affirmait avoir lus sur des peaux de bêtes et des écorces d'arbre préparées ad hoc. A son avis, ces textes démontraient la fidélité des Biscayens à leur vieille langue qu'ils parlaient à la fin du XVIe siècle exactement comme leurs plus lointains ancêtres.
De même Luis Michelena, en collaboration avec A. Rodriguez Herrero, avait établi le texte relatif à l'incendie de Mondragon, et essayé de l'expliquer vers par vers, en une dizaine de pages.
Je pourrais donner d'autres faits analogues.
Dans Textos arcaicos ces travaux sont résumés, les commentaires réduits au minimum, mais accompagnés d'assez de références précises pour permettre au lecteur de se faire une opinion personnelle ou du moins guider ses recherches.
Au total, nous avons désormais un ouvrage capital qui manquait pour une étude sérieuse du basque ancien : car les éléments en étaient dispersés aux quatre vents et pratiquement introuvables pour le bascologue moyen.
Essais principaux.
Luis Michelena, après avoir rassemblé une documentation considérable et mis au point les règles délicates de leur maniement, a préparé ses grandes synthèses par des études partielles mais déjà importantes.
Nous n'insisterons pas sur des articles de dialectologie, des explications relatives à l'ibère ou à de vieux noms géographiques (Iruñea, Bizkaia), ni même son discours d'entrée à l'Académie consacré aux anciens lexicographes de la langue basque, malgré le grand intérêt qu'ils présentent.
Le premier livre publié par Luis Michelena est intitulé Apellidos vascos. C'est une étude linguistique solide des noms de famille basques : 160 pages in-octavo.
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| LIVRE APELLIDOS VASCOS DE LUIS MICHELENA |
Une introduction de 25 pages fixe les limites et la méthode du travail.
L'auteur se méfie naturellement d'un esprit de système qui ramènerait de force la masse des anthroponymes à une seule source, par exemple les noms de plantes, ou qui verrait un peu partout des éléments prothétiques à négliger ou inversement des aphérèses et des apocopes à imaginer. Il préfère comparer les diverses formes attestées d'un nom, en les datant s'il le peut, et c'est d'après les règles les plus assurées de la phonétique qu'il remonte le plus haut possible, sans prétendre découvrir chaque fois la structure primitive du nom, ni même son sens : comment, par exemple, décider si Bela- dans Belamendi représente bele ou bel(h)ar ? ou si Artegi représente une chênaie (arte-egi) ou une bergerie (ardi-tegi) ? Quant au caractère basque d'un nom de famille, il est déterminé avant tout par sa structure phonétique euskarienne. L'expression latine ripa alta a donné en français Rive-haute, en basque Ripalda (le p intervocalique est resté, le t s'est sonorisé après l'l). Ripalda est aussi basque que Rive-haute est français."





