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mercredi 7 janvier 2026

LES PASTORALES AU PAYS BASQUE EN JUILLET 1921 (quatrième partie)

LES PASTORALES EN JUILLET 1921.


La pastorale est un spectacle théâtral traditionnel du Pays de Soule, de plein air et amateur, rassemblant chaque année la population d'un village ou d'un groupe de villages.




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PASTORALE DE MENDITTE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet Etienne Decrept, dans le quotidien La Gazette de Biarritz-

Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 22 juillet 1921 :



"Le Théâtre Basque et ses origines.

Les poètes.



J'en citerai quelques-uns, les meilleurs :


Elissamburu nous a laissé une oeuvre assez considérable, où tous les genres sont traités avec la même grâce et la même vigueur : Maria, délicieux portrait de jeune fille, Nere Etchea, peinture familiale, Lehen eta orai, apologie révolutionnaire.


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JEAN-BAPTISTE ELISSAMBURU IRAZABAL

Le chanoine Adéma s'est surtout distingué dans le genre satirique et son Churiko est un amusant au possible.


Guilbeau, Larralde, Dibarrart ont publié aussi beaucoup de jolies choses et en ont laissées d'inédites que les bascophiles seraient heureux de connaître. Pourquoi un comité ne se forme-t-il pas pour réunir en une anthologie élégante les meilleures compositions de ces poètes et faire un appel de fonds aux souscripteurs possibles ? Ces derniers ne manqueraient pas dans le pays basque, où les grosses fortunes se comptent par centaines !...



On pourrait adjoindre à ces noms ceux des lyriques transpyrénéens. Iparraguirre, quoique ce barde fameux n'écrive pas une langue très pure et surtout... surtout l'excellent chantre de l'Amour que fut Indalezio Bizkarrondo — alias Bilintch — dont le nom est à peu près inconnu de ce côté de la frontière et presque tombé dans l'oubli de l'autre côté. Sa vie tragique vaut d'être contée.




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BERTSOLARI BILINCH



Comme le dit son historiographe, don Carmelo de Etchegaray, archiviste et chroniqueur des provinces basques dites espagnoles, Bilintch était plus guipuzcoan que basque et plus donostiar encore que guipuzcoan, et, de même qu'Elissamburu, mérite la première place entre les poètes des champs, Bilintch la mérite entre les poètes de la ville, car il fut uniquement cela, un poète citadin.



Les descriptions ou évocations de la campagne ne lui convinrent pas plus qu'à Villon, Régnier ou Verlaine. Si, par hasard, il est question de fleurs ou de fruits dans ses vers, c'est comme objets de comparaison pour les lèvres ou les joues de sa bien-aîmée.


Voici des fleurs, des fruits, des feuilles et des branches

Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous.

dit Verlaine qui s'en tient prudemment à des généralités dans la crainte de se tromper d'essences, s'il essayait de désigner par leurs noms propres, fruits, fleurs ou arbres.



De même, Bilintch parlera vaguement de toutes ces choses rustiques, mais ne précisera jamais qu'il s'agit d'un rossignol ou d'un chardonneret, d'un chêne ou d'un ormeau, d'une rose ou d'une pivoine. Aussi, sa Muse ne sort-elle pas de la rue où, sans hanter précisément les mauvais lieux, elle s'attarde volontiers dans les tavernes et les cidreries où elle célèbre avec complaisance les longues beuveries génératrices de bruyantes joies, mais aussi d'inévitables désagréments.



Oui, Bilintch a chanté les uns et les autres avec une verve naïve, mais ses innocentes satires, ses poèmes bachiques ou gastronomiques ne prennent qu'une toute petite place dans l'ensemble assez imposant de son oeuvre poétique qui est surtout amoureuse et amoureuse sans espoir, car, le dolent troubadour possédait une âme tendre et digne d'être aimée entre toutes, mais enfermée dans une enveloppe charnelle susceptible de faire reculer la plus compatissante des femmes. Et cependant, ses lèvres comme celles d'Alain Chartier eussent mérité le baiser d'une reine en paiement de la grâce légère et du bonheur d'expression des cantiques d'amour qui s'en exhalaient...



Hélas ! Bilintch était un saturnien comme Verlaine à qui son génie et ses disgrâces physiques et morales l'associent fraternellement. Il eut, en effet, comme lui : "Bonne part de malheur et bonne part de bile."



Enfant, une chute le défigura pour toujours : adolescent, la corne d'un taureau lui troua la cuisse et il demeura boiteux comme le pauvre Lélian ; homme et ayant économisé sou à sou 2 000 pesetas, il en fut dépouillé par un voleur que l'on ne put appréhender ; enfin, le 20 janvier 1876, tandis qu'en l'honneur du patron de sa ville natale Saint-Sébastien — Bilintch revêtait un costume neuf, un boulet rouge lui broya les deux jambes. Quand il mourut, il n'avait pas atteint sa quarante-cinquième année. 



bertsolari guipuzcoa antes pais vasco
BERTSOLARIS A MONDRAGON GUIPUSCOA 1896
PAYS BASQUE D'ANTAN


Peut-être nous eut-il donné en vieillissant quelques poèmes d'un ton plus sévère et seyant mieux à celui qui a dépassé l'âge des amourettes : le vieillard Anacréon est, après tout, un assez répugnant vieillard.



Sa destinée n'a point voulu que Bilintch changeât de corde. Il est et restera l'amant des Dolorès, des Kontchetchi et de tout un essaim gracieux de jeunes filles ou que nous nous plaisons à imaginer tel, encore que la générosité du poète se soit dépensée peut-être à revêtir de formes merveilleuses les pires maritornes de cuisine ou les plus affreuses souillons préposées à l'épanchement de ces liquides capiteux dont se réchauffait l'inspiration galante du doux Indalezio.



Que nous importe. Ce ne sont pas les inspiratrices, mais bien les vers inspirés qui nous enthousiasment ou nous émeuvent dans un poème admirable, et Itzazu nitzaz Kupira, mérite toute notre admiration.



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L'IMPROVISATEUR DE ROBY
MUSEE BASQUE BAYONNE


Elissamburu, Adéma, Bilintch. A côté de ces noms représentatifs de la vigueur et de l'exactitude descriptive, de l'entrain comique et de la netteté terminologique, de la grosse gaieté et de la tendresse émue, il convient de citer pour l'éloquence indignée et l'énergie de style, Felipe Arrese, l'auteur de cette élégie qui n'est pas loin d'être un chef-d'oeuvre : Derniers adieux à ma mère Euskaria. Ce morceau est bien supérieur sous tous les rapports au Guernikako Arbola et en général à toutes les rapsodies du célèbre Iparraguirre.



Les diverses qualités de facture et de pensée reconnues chez ces poètes et qui exploitent à peu près toute la gamme des sentiments humains démontrent que le théâtre basque possédait l'instrument nécessaire à sa fondation et à son maintien, si des virtuoses capables de s'en servir avaient surgi.



Heureusement, ces virtuoses ne se sont pas montrés. C'est à peine s'ils se dessinent aujourd'hui."



A suivre...





(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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