UNE HISTOIRE DE LA GRANDE PÊCHE BASQUE.
Depuis des siècles, il y a des pêcheurs au Pays Basque.
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TERRE-NEUVAS 1941 PAYS BASQUE D'ANTAN |
Voici ce que rapporta à ce sujet Madame Maxime Dégros dans le Bulletin de la Société des
sciences, lettres & arts de Bayonne, en juillet 1940 :
"La grande Pêche Basque des origines à la fin du XVIIIe siècle.
Introduction.
La pêche fut de tout temps l'un des principaux éléments de la nourriture de l'homme.
Le primitif, nomade, chassait et pêchait ; pêchait surtout, car pourvu de moyens grossiers ou seulement même de ses mains, il attrapait plus facilement un poisson qu'un autre animal.
Au Moyen-Age encore, où nombre de légumes et de fruits étaient inconnus, la pêche et la chasse fournissaient l'essentiel des repas. La consommation du poisson était alors d'autant plus importante que l'Eglise proscrivait la viande durant le Carême et les très nombreux jours de jeûne.
Parmi les diverses espèces de poissons consommés en France, on utilisait surtout la morue qui est restée le plat traditionnel du Carême et dont le bas prix faisait pour le peuple un aliment courant ; la baleine était aussi très en faveur dans les régions où elle était chassée ou transportée.
Puis le poisson perdit de sa nécessité à mesure que devenait plus fort le rendement de la terre mieux travaillée, que progressait l'élevage, qu'étaient moins observées les pratiques du jeûne. Cependant il garda toujours une place importante dans la nourriture de l'homme, conservant le premier rang dans celle des habitants côtiers.
A deux autres points de vue la pêche est d'une importance capitale : c'est d'abord la meilleure école de matelots qui puisse exister et pour avoir de bons marins militaires, il faut avoir de bons marins pêcheurs.
Nos rois le comprirent et généralement favorisèrent les pêcheurs pour avoir de bons soldats. C'est ensuite une excellente méthode de colonisation car les pêcheurs retournent dans les pays où ils ont trouvé du poisson, y installent leur matériel, y emmènent leurs familles et y fondent des villes où ils transportent la civilisation de la métropole.
Si la pêche est importante pour la vie d'un pays, elle n'a cependant pas donné lieu à une documentation abondante et son étude est peu facile.
Elle est d'une part une institution économique ; or les manifestations de la vie économique d'un pays sont les plus difficiles à connaître ; dans l'ancienne France, les documents qui en traitent sont peu nombreux et surtout manquent de précision ; les statistiques sont rares ou se contredisent.
Envisagée d'autre part comme une institution maritime, la pêche n'est pas plus facile à étudier.
Avant Colbert, les archives maritimes sont presque inexistantes ; il réorganisa brillamment notre marine, marchande et militaire, ordonna la tenue de livres officiels et de journaux de bord. Ceux-ci n'existèrent que rarement dans la flotte marchande, et l'on ne peut vraiment en vouloir aux pêcheurs, illettrés toujours, de ne pas les avoir tenus, ni de ne pas s'être imposé la dépense de l'embarquement d'un écrivain. Quant aux livres administratifs, ils furent très irrégulièrement tenus ; les discussions entre officiers municipaux et officiers d'amirauté, la confusion, la négligence étant habituelles dans l'Ancien Régime.
Parmi les documents qui auraient pu éclairer cette question de la pêche basque, beaucoup ont disparu. Des incendies ont détruit des fonds d'archives à Pau, Bayonne, Bordeaux. Les provinces basques espagnoles possèdent des dépôts que nous n'avons pu malheureusement consulter ; or, en raison des liens qui unirent toujours les Basques des deux côtés de la frontière (expéditions communes, traités de bonne correspondance, échanges commerciaux) ces archives auraient probablement livré d'intéressants renseignements, notamment, pensons-nous, sur la question de la découverte de l'Amérique.
Signalons enfin un fonds qui nous aurait peut-être servi (il aurait pu, entre autres, nous donner des détails juridiques sur les contrats d'engagements) ce sont les minutes notariales de Pau, mais le manque de temps nous a forcé à abandonner volontairement cette source, riche peut-être mais très incertaine.
Toutes ces raisons font que cette étude de la grande pêche basque n'est qu'une ébauche que nous espérons reprendre plus tard.
Nous étudierons d'abord l'historique de cette pêche, notant l'attitude prise à son sujet par le gouvernement de l'Ancien Régime, les équipages qui y participaient, les ports qui armaient, les lieux de pêche ; ensuite sa pratique, et les richesses qu'elle fournissait au pays par les mouvements commerciaux qu'elle développait.
Les débuts de la pêche basque.
La pêche côtière.
Il est probable que dès leur arrivée au VIIe siècle dans la région de la Gascogne qu'on appela ensuite Pays basque et dont ils prirent le nom, les nouveaux venus chassèrent la baleine qui, descendant des mers boréales longeait le littoral du golfe de Gascogne pour gagner les côtes africaines. Après s'être contentés à l'origine de ramasser seulement celles qu'ils trouvaient échouées sur le sable, ils s'enhardirent assez vite à les chasser alors qu'elles passaient près de leur côte pour y mettre bas.
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CHASSE A LA BALEINE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Vers 670 déjà ils envoient à l'Abbaye de Jumièges 40 muids d'huile pour servir à l'éclairage.
La pêche devient rapidement une source de richesse pour le pays car dès 1059 on trouve des traces de redevances en baleine. Il semble que dès cette époque la baleine ait servi aux Basques à s'acquitter de dons soi-disant gracieux.
Le vicomte de Labour fut naturellement le premier à percevoir un impôt sur le produit de la pêche ; son droit, qui remonte à une date inconnue, consistait en un lard du premier creag. Voulant être agréable à Dieu et à St-Jean, un vicomte cède ce droit à l'Abbaye St-Jean de Sordes, mais celle-ci est à plusieurs reprises victimes de vols, et vers 1119, l'abbé Guillaume Martel rend au vicomte Bertrand la jouissance de ce revenu.
D'après les Jugements d'Oléron, les Basques étaient exemptés du droit de pêche, ce n'était donc pas un impôt qu'ils devaient à leur suzerain, mais un don gratuit qu'ils lui consentaient.
Cependant Henri II roi d'Angleterre, duc de Guyenne, rendit obligatoire le payement d'un droit au souverain, tandis que continuait l'usage de donner en cadeaux aux communautés religieuses des produits de baleines.
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HENRI II ROI ANGLETERRE DE DECEMBRE 1154 A JUILLET 1189 |
En 1160 le vicomte de Bayonne fonde l'Abbaye de La Honce et lui donne annuellement une baleine prise dans le port de la Pointe. Dix ans plus tard, Bertrand de Podensac, Maire de Bayonne, confirme cette donation.
Le 6 Septembre 1199, Jean sans Terre accorde à Vital de Biela, gouverneur de Bayonne et à ses héritiers, l'autorisation de prélever 50 livres angevines chaque année sur le produit de la vente des deux premières baleines capturées à Biarritz, en échange d'une rente que le roi Richard lui avait octroyée sur une pêcherie de Guernesey.
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JEAN SANS TERRE ROI D'ANGLETERRE DE MAI 1199 A OCTOBRE 1216 |
Si les deux baleines valent plus de 50 livres angevines, Vital de Biela versera l'excèdent au roi, dans le cas contraire il reprendra ce qui lui aura manqué sur l'excédent d'une année postérieure.
Dans la suite, il abandonna à la Cathédrale et au Chapitre de Bayonne la dixième partie de ce qu'il percevait, car en février 1261 et mars 1262, on voit son fils Vital de Poilhon confirmer cette donation, puis le 4 décembre 1268 vendre pour 1 500 sous morlas ses droits a Sénéchal de Gascogne, Thomas d'Yperague, qui prit donc à sa charge les dons à faire à la Cathédrale. Quatre jours plus tard les prud'hommes de Biarritz et Anglet reconnurent devoir au Sénéchal tous les droits qu'avait le roi sur les baleines et baleineaux pris dans ces ports, de la St-Nicolas à la St-Jean-Baptiste (du 6 Décembre au 24 juin) ainsi que les droits prélevés par Vital de Biela et ses héritiers, soit 40 livres morlas par baleine et 10 par baleineau.
Depuis 1270 le roi s'adjuge le droit, s'il se trouve en Gascogne au moment de la pêche, de prélever une baleine d'un prix déterminé par quatre prud'hommes de Bayonne. Il perçoit en plus 15 livres morlas par baleine ou cachalot pris par les habitants de Biarritz ou Anglet, cette somme étant affectée à la construction des fortifications de Bayonne.
Les pêcheurs essaient souvent de se soustraire à cet impôt en allant vendre à Capbreton ou à Fontarabie. Bayonne réclame son dû, mais Biarritz supporte mal la tutelle de la capitale.
Vers 1315, Edouard II se réserve tous les animaux échoués sur les grèves. En 1324, il s'adjuge toutes les têtes de baleines (probablement à cause des fanons qui entraient dans la confection des casques militaires) tandis qu'il attribuait les queues à la reine (pour on ne sait quelle raison).
L'importance de la pêche dans le Golfe de Gascogne dut alors être très grande puisqu'en 1338 Edouard III abandonna tous ses droits à Pès de Puyanne, Sénéchal de Gascogne, pour le dédommager des frais qu'il avait eus en armant une escadre à Bayonne.
Les droits du Sénéchal de Gascogne ne s'éteignirent qu'avec la fin de l'occupation anglaise.
Quant à la dîme des produits pêchés par les Biarrots, perçue par le chapitre de la Cathédrale de Bayonne, elle fut payée jusqu'en 1498. Les Biarrots s'irritaient de leur sujétion, en outre la pêche se faisait de plus en plus difficile dans le golfe. Le 31 Janvier 1498, par contrat passé entre l'évêque et le chapitre de Bayonne d'une part, l'abbé et les jurats de Biarritz d'autre part, Biarritz ne fut tenu qu'à verser le vingtième de sa pêche, mais en morceaux de choix : langue, gras "sans y metre maigre, tête, queue, ailes".
En 1562, la ville refusa de payer ce tribut , un procès donna raison au chapitre, Biarritz fit appel et l'on aboutit, le 1er septembre 1566 à une transaction. Biarritz serait quitte du vingtième, moyennant 925 livres tournois payables immédiatement, ou à défaut moyennant une rente annelle de 92 l. 1/2 bordelaises, jusqu'à l'acquittement des 925 livres tournois.
L'année suivante, Biarritz disait préférer donner le vingtième de sa pêche, mais n'en fit rien sans doute, car on voit les deux villes en procès à ce sujet en 1580, 1582, 1611, 1612, 1614, 1630. Puis la coutume s'en perdit, probablement par suite de la difficulté grandissante de la pêche dans le golfe, de la rareté des échouements.
Théoriquement toutefois le chapitre de Bayonne n'abandonna pas son droit car dans in bail du 22 Novembre 1786 où il donne à ferme une partie des produits que lui fournit Biarritz, il en excepte la dîme "provenant de la baleine, qui demeure réservée aux bailleurs au cas qu'on vienne à en faire la pêche".
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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