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samedi 3 janvier 2026

LE BARRAGE D'HALSOU EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1946 (première partie)

 

LE BARRAGE D'HALSOU EN 1946.


Quelques années après la Grande Guerre, un industriel édifie à Halsou une usine hydro-électrique, avec un barrage en ciment.



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SAUMON AU BARRAGE D'HALSOU
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet J. Calame le mensuel Au Bord de l'Eau, le 1er septembre 1946 :


"Le scandale du barrage d'Halsou ou comment on assassine une rivière.



Si le hasard de vos pérégrinations vous conduit un jour dans cette charmante ville qu'est Bayonne, vos yeux de touriste et de pêcheur admireront d'abord, au sortir de la gare, ce fleuve majestueux qu'est l'Adour, et vous ne pourrez songer sans émotion qu'en dessous du pont Mayou qui le franchit tant de beaux saumons passent que leur instinct guide sûrement vers le gave d'Oloron. Puis, au sortir de ce pont, vous traverserez l'embouchure plus modeste d'une autre rivière au cours tranquille, où se mirent les Halles et d'anciennes maisons pittoresques.



Cette rivière-là porte un joli nom, évocateur d'eaux fraîches et limpides. Elle s'appelle la Nive. Remontez-en le cours pendant une vingtaine de kilomètres, et à partir de Cambo, qui abrita autrefois la chancelante santé d'un poète fameux, elle prend des allures de gave de montagne. Elle s'encaisse entre des collines et des défilés magnifiques, bordée par une route splendide dans un paysage édénique jusqu'à Saint-Jean-Pied-de-Port. Promenade classique de tous les touristes de Biarritz et du Pays basque.



Cette rivière charmante, au même titre que le gave d'Oloron, contient depuis des temps immémoriaux de magnifiques saumons. Je dis contient, je devrais dire "contenait", car là comme ailleurs la malfaisance humaine empêche maintenant cette richesse naturelle et ce magnifique poisson de sport qu'est le saumon de croître et de multiplier en paix, si bien que dans un temps très court sa présence sera devenue une légende.



C'est inouï de stupidité, mais c'est ainsi, et je ne me décide à écrire ces lignes qu'après avoir épuisé tous les moyens légaux d'obtenir satisfaction.



Voici comment se présente la situation actuelle de cette magnifique rivière qu'est la Nive.



Le bas cours de la rivière jusqu'à Cambo, c'est-à-dire à 20 kilomètres de Bayonne, est coupé par six barrages. Cinq d'entre eux, dont deux partiellement détruits et inutilisés, alimentant des minoteries locales, sont peu dangereux pour les saumons, barrages rudimentaires et peu élevés faits de pierres sèches et munis de glissières à poissons, bien entendu braconnées quand elles ne sont pas surveillées, mais le tout sauvé par des crues assez violentes pour que les saumons les franchissent alors aisément.



Quelques années après la Grande Guerre, un industriel mit à exécution le projet d'édifier à Halsou une usine hydro-électrique. Il procéda à la construction d'un barrage en ciment, et personne, à l'époque, ne se préoccupa de lui fournir les plans d'une échelle à poissons. Comme il avait, malgré tout, un léger scrupule, il édifia sur des vannes de décharge de crue une espèce de corridor coudé de 0 m 30 de large et de 3 mètres de hauteur dans lequel coulait un filet d'eau et que seuls des saumons munis de mains, de pieds et d'une queue prenante auraient pu, s'ils l'avaient découvert, franchir en faisant un glorieux rétablissement.



Vers la même époque, quelques pêcheurs honnêtes, alarmés par la dépopulation rapide de la Nive en truites et en saumons, s'étaient groupés et avaient fondé une société de pêche qui, en quelques années, grâce au dévouement et à la parfaite compétence d'un ancien officier de marine, prit un développement considérable.



Cette société alerta les Eaux et Forêts dans la personne de feu le vigoureux et peu commode M. le conservateur Chambeau. Il vint au barrage d'Halsou et poussa quelques rugissements qui furent entendus. L'échelle (?) acrobatique fut, sur ses ordres, transformée et alimentée, sous réserve qu'étant donnée sa position elle devrait, en cas de non-fonctionnement constaté, être supprimée et rétablie à sa place naturelle, qui était évidemment dans le centre du barrage. Inutile de vous dire que cela dura quelques années, pendant lesquelles les malheureux saumons vinrent s'accumuler au pied du barrage ou, quand ils ne moururent pas de mort violente, on en fut réduit à les faire passer de l'autre côté "à la main".



Bref, car il me faut abréger, au bout de quelques années, la preuve était faite que cette "semble échelle" ne fonctionnait pas ; les Eaux et Forêts intervinrent de nouveau en la personne de M. le conservateur de Lachanède. Une excellente échelle de type Denil fut construite sur ses plans au milieu du barrage. L'usinier, alors alarmé par le débit de cette échelle, demanda qu'en dérogation de son fonctionnement normal ce débit fût réduit pendant la période des basses eaux d'été, période qui est également celle où les saumons ont normalement terminé leur migration. Rien n'était plus légitime, et la société de pêche ne s'y opposa pas. Le débit de l'échelle en fonctionnement était de 1 800 litres-seconde. On convint de le réduire à 500 litres-seconde pendant une période à déterminer...



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ECHELLE DENIL TYPE PIRO



Mais alors... tenez-vous bien. Par suite d'une erreur de l'Administration des Eaux et Forêts, le débit normal de 1 800 litres-seconde fut fixé pendant une période comprise entre le 1er octobre et le 31 décembre, et le débit réduit de 500 litres-seconde prit date entre le 1er janvier et le 30 septembre. C'est-à-dire que les saumons, sous peine de se voir interdire la Nive, devaient à tout prix changer leur période de migration et de fraye. Désormais, sous peine de mort, il ne leur était plus permis de remonter la rivière que de septembre à janvier. Mal renseignés probablement, les malheureux ne comprirent pas... Je suis de trop bonne foi pour voir là autre chose qu'une regrettable mais mortelle erreur de l'Administration. Si une pareille mesure se justifie en effet sur un barrage d'amont d'une rivière comme le gave d'Oloron, où les saumons ont pu monter, vivre et frayer dans des eaux vives et glacées pendant une centaine de kilomètres, elle est par contre, je le répète, mortelle pour des saumons obligés de stagner pendant tout le printemps et tout l'été dans des eaux calmes, chaudes et non aérées du bas cours d'une rivière, où la faune, à cet endroit, se compose exclusivement de hotus, de barbeaux et de poissons blancs.



De plus, l'aval du barrage, constitué très judicieusement en réserve, mais insuffisamment alimenté par les 500 litres-seconde de débit de l'échelle, se transformait en vivier à saumons, où la quasi-totalité de ces derniers se faisait massacrer à loisir.



Mais la société de pêche veillait. Puissante alors avec ses 1 500 membres, un budget de plus de 60 000 francs (considérable à l'époque), 4 piscicultures et 6 gardes-pêche munis de deux autos, elle n'était pas décidée à se laisser faire. On le comprit bien vite du côté de l'usine d'Halsou, où d'ailleurs le débit d'hiver et de printemps était largement suffisant avec l'échelle alimentée à 1 800 litres-seconde. Sans qu'il fût besoin de s'en occuper autrement, le débit de l'échelle fut d'un accord tacite, inversé et les saumons purent, pendant douze ans au moins, franchir librement le barrage d'Halsou et gagner l'amont jusqu'à leurs frayères naturelles. En juin ou juillet, quand pratiquement la montée était terminée, l'usinier pouvait, sans qu'on y vit inconvénient, réduire le débit de l'échelle à 500 litres-seconde. En fait, aucune accumulation de saumons dans la réserve ne fut plus constatée pendant cette très longue période. J'insiste sur ce fait, on verra tout à l'heure pourquoi.



Vint la crise économique mondiale. La société de pêche en souffrit comme tout le monde. Vers 1936, une campagne, d'abord sourde, puis ouverte, menée dans un journal local, par un "journaliste" occasionnel soutenu par quelques démolisseurs professionnels, applaudi par tout ce que le pays contenait de braconniers et par quelques douzaines de braves gens abusés, fut menée contre les dirigeants de la société. Ces derniers, mis en minorité à Bayonne, et écoeurés de récolter des engueulades en récompense de leurs efforts et des dépenses personnelles qu'ils prodiguaient sans compter, s'en allèrent en claquant les portes. Ceux qui les avaient attaqués s'avérèrent immédiatement incapables de continuer leur oeuvre, et la société de pêche est depuis ce temps en complète léthargie."


A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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