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mardi 13 janvier 2026

LES AGOTHS AU PAYS BASQUE EN 1877 (troisième partie)

  

LES AGOTHS EN 1877.


Un(e) cagot(e), dans le Sud-Ouest de la France, était aussi appelé agote, sur le versant Sud des Pyrénées, en Espagne. Il s'agissait de termes dépréciatifs qui désignaient des groupes d'habitants, exerçant des métiers du bois, ou du fer, frappés d'exclusion et de répulsion dans leurs villages, surtout au Pays Basque.



pais vasco antes navarra agotes
BENITIER DES CAGOTS
65 ST SAVIN


Voici ce que rapporta à ce sujet le Bulletin de la Société Ramond, en janvier 1877, sous la plume de 

M. Guilbeau :



"Les Agoths.



Dispersion des Agoths.

— De Bozate, où la colonie des Agoths s'était fixée, plusieurs familles se répandirent dans les villages de la vallée de Baztan. A Irurita notamment, village situé à quelques kilomètres d'Elissondo, il en existe un certain nombre ; mais la séparation n'y est pas aussi grande entre eux et les Perlutac qu'à Bozate. Il est vrai qu'à Arizcun l'atmosphère est imprégnée d'un air de vieille aristocratie, et que les blasons qui ornent le devant de chaque porte, rappellent encore un peu les beaux jours de l'ancienne noblesse Navarraise, deux choses complètement ignorées par les vecinos (habitants) d'Irurita.



pais vasco antes navarra agotes
BOZATE ARIZCUN NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN


La présence des Agoths dans cette dernière commune n'a été marquée que par une rixe qui eut lieu, il y a environ trente ans, à l'occasion d'une fête. Les jeunes gens de Bozate réunis à leurs frères d'Irurita dansaient mêlés aux Perlutac, lorsque à la suite de quelques horions lancés à l'adresse des Agoths, il y eut des coups de poignards et de bâtons, qui occasionnèrent des blessures assez graves pour que l'autorité crût devoir supprimer aussitôt la fête.



Aucune différence n'existe, comme nous l'avons déjà dit, à Irurita entre les Agoths et les indigènes, ni à l'église ni ailleurs.



Le hasard nous ayant conduit chez un vieillard octogénaire Agoth, et lui ayant demandé s'il connaissait quelques détails sur l'origine ou l'histoire des Agoths, le vieillard d'Irurita nous répondit tenir de son grand-père "que dans une guerre de Catalogne, les ancêtres des Agoths, commandés par un certain chef du nom de Hautsia, furent vaincus et réduits à l'esclavage." Nous ne citons la réponse de l'octogénaire d'Irurita qu'à titre de simple renseignement.



pais vasco antes navarra agotes
VUE GENERALE IRURETA NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



A Gaztelu, petit village près de Sans-Estéban, on montre encore à l'église, la tribune, dont l'usage n'a point été aboli par l'arrêt de l'Officialité de Pampelune.



A Iturin, près de Salinas d'Elgorriaga, l'on trouve aussi des Agoths disséminés dans le village. Ils vivent en bonne intelligence avec les Perlutac, jouissent des mêmes prérogatives qu'eux, mais ne contractent point encore avec eux le mariage.



Nous ne citons que quelques villages pris au hasard parmi ceux que nous avons visités. On peut dire, sans crainte de se tromper, qu'il n'y a pas un seul village dans la vallée du Baztan et la vallée de la Bidassoa, où il n'existe pas quelques familles d'Agoths. Mais dans la plupart on ne les connaît souvent que par la légende.



Retour en Basse-Navarre.

— Comme l'exilé qui soupire après le sol natal, plusieurs familles d'Agoths qui s'étaient réfugiées dans le Baztan au quatorzième siècle, attendirent le moment propice pour revenir à leur première patri et se fixer à Chibutua, Ascarat, à Saint-Jean-Pied-de-Port, et au quartier Harritalde à Saint-Jean-le-Vieux. C'est là que la Révolution vint les affranchir, en leur accordant tous les droits civils et civiques.



De ce centre, quelques-uns durent passer en Soule, comme sans doute du Baztan en Guipuzcoa et surtout dans le Labourd, car l'on trouve dans toutes ces contrées disséminées çà et là des familles d'Agoths, qui ne conservent aujourd'hui qu'un souvenir lointain de la réprobation imméritée que la Société a infligée à leurs ancêtres.



Jusqu'en 1789, les Agoths ont vécu en Basse-Navarre comme une tribu distincte, séparés de la population ambiante par l'ostracisme traditionnel et les prescriptions séculaires employées à leur égard.



Ils établirent leur quartier général à Chibutua, commune d'Anhaux, près de St-Jean-Pied-de-Port. C'est là que nous sommes allé les étudier, en sortant du Baztan, pour compléter nos recherches.



Nous avons dit que jusqu'à la Révolution ils ont vécu comme une tribu distincte. Et de même que les Bohémiens ont un chef de tribu qu'il appelaient naguère dans leur langue primitive Natria, de même les Agoths jusqu'à leur affranchissement avaient un Roi qui portait le nom de Canthu. On montre encore à St-Jean-Pied-de-Port le descendant de cette race royale déchue ; mais il ne paraît pas revendiquer ni regretter sa couronne perdue. Elle lui rappelle trop le passé, c'est-à-dire le souvenir de l'esclavage dans lequel ses ancêtres ont vécu pendant tant de siècles.



De nos jours, les débris disséminés se sont confondues avec le reste de la population.



La porte de l'Agoth est mûrée dans les églises. Le bénitier creusé dans le mur, et où le Pelluta ne pouvait point prendre de l'eau bénite sous peine d'hérésie, a complètement disparu, et on montre à peine en Basse-Navarre, dans quelques villages, le coin séparé du cimetière communal où les Agoths étaient ensevelis loin des sépultures des Pelutac.



Les Agoths ont fourni des hommes intelligents et remarquables dans toutes les branches industrielles et professionnelles. La population de Chibutua est assez robuste. On y voit quelques rares scrofuleux. La phtisie, ce terrible fléau des sociétés civilisées, n'y est point connue. Bacchus et Vénus paraissent être plus en honneur chez les Agoths que chez les Pelutac.



Rien dans le langage n'indique à Chibutua l'existence d'une langue autre que l'idiome Basque. Et ici comme à Bozate, les Agoths le parlent avec pureté et sans les néologismes nombreux que les indigènes emploient sans parcimonie.



Laborieux, actifs, intelligents, presque tous les tisserands, menuisiers, charpentiers de plusieurs villages avoisinant St-Jean-Pied-de-Port, sont issus des Agoths. Plusieurs d'entr'eux sont devenus propriétaires, et même riches, et sont de nos jours estimés à l'instar des Pelutac, avec lesquels du reste ils sont aujourd'hui complètement confondus.



Nous avons trouvé en Basse-Navarre comme dans le Baztan, et dans d'autres villages du Labourd, de la Soule, et même de Guipuzcoa quelques noms de familles Agothes identiques ; ce qui prouverait peut-être qu'ils ont vécu primitivement en communauté. Ces noms sont essentiellement basques, ce sont : Amorena, Jaurena, Oyetenea, Legarreta, Sponda, Tchipirena, Recarte, Ampelaïtz, Ustaritz, Sanchotenea, Migueligorena, Samacoïtz, etc."




A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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