CARTES POSTALES , PHOTOS ET VIDEOS ANCIENNES DU PAYS BASQUE. Entre 1800 et 1980 environ.
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vendredi 13 février 2026
mardi 13 janvier 2026
LES AGOTHS AU PAYS BASQUE EN 1877 (troisième partie)
LES AGOTHS EN 1877.
Un(e) cagot(e), dans le Sud-Ouest de la France, était aussi appelé agote, sur le versant Sud des Pyrénées, en Espagne. Il s'agissait de termes dépréciatifs qui désignaient des groupes d'habitants, exerçant des métiers du bois, ou du fer, frappés d'exclusion et de répulsion dans leurs villages, surtout au Pays Basque.
Voici ce que rapporta à ce sujet le Bulletin de la Société Ramond, en janvier 1877, sous la plume de
M. Guilbeau :
"Les Agoths.
Dispersion des Agoths.
— De Bozate, où la colonie des Agoths s'était fixée, plusieurs familles se répandirent dans les villages de la vallée de Baztan. A Irurita notamment, village situé à quelques kilomètres d'Elissondo, il en existe un certain nombre ; mais la séparation n'y est pas aussi grande entre eux et les Perlutac qu'à Bozate. Il est vrai qu'à Arizcun l'atmosphère est imprégnée d'un air de vieille aristocratie, et que les blasons qui ornent le devant de chaque porte, rappellent encore un peu les beaux jours de l'ancienne noblesse Navarraise, deux choses complètement ignorées par les vecinos (habitants) d'Irurita.
La présence des Agoths dans cette dernière commune n'a été marquée que par une rixe qui eut lieu, il y a environ trente ans, à l'occasion d'une fête. Les jeunes gens de Bozate réunis à leurs frères d'Irurita dansaient mêlés aux Perlutac, lorsque à la suite de quelques horions lancés à l'adresse des Agoths, il y eut des coups de poignards et de bâtons, qui occasionnèrent des blessures assez graves pour que l'autorité crût devoir supprimer aussitôt la fête.
Aucune différence n'existe, comme nous l'avons déjà dit, à Irurita entre les Agoths et les indigènes, ni à l'église ni ailleurs.
Le hasard nous ayant conduit chez un vieillard octogénaire Agoth, et lui ayant demandé s'il connaissait quelques détails sur l'origine ou l'histoire des Agoths, le vieillard d'Irurita nous répondit tenir de son grand-père "que dans une guerre de Catalogne, les ancêtres des Agoths, commandés par un certain chef du nom de Hautsia, furent vaincus et réduits à l'esclavage." Nous ne citons la réponse de l'octogénaire d'Irurita qu'à titre de simple renseignement.
A Gaztelu, petit village près de Sans-Estéban, on montre encore à l'église, la tribune, dont l'usage n'a point été aboli par l'arrêt de l'Officialité de Pampelune.
A Iturin, près de Salinas d'Elgorriaga, l'on trouve aussi des Agoths disséminés dans le village. Ils vivent en bonne intelligence avec les Perlutac, jouissent des mêmes prérogatives qu'eux, mais ne contractent point encore avec eux le mariage.
Nous ne citons que quelques villages pris au hasard parmi ceux que nous avons visités. On peut dire, sans crainte de se tromper, qu'il n'y a pas un seul village dans la vallée du Baztan et la vallée de la Bidassoa, où il n'existe pas quelques familles d'Agoths. Mais dans la plupart on ne les connaît souvent que par la légende.
Retour en Basse-Navarre.
— Comme l'exilé qui soupire après le sol natal, plusieurs familles d'Agoths qui s'étaient réfugiées dans le Baztan au quatorzième siècle, attendirent le moment propice pour revenir à leur première patri et se fixer à Chibutua, Ascarat, à Saint-Jean-Pied-de-Port, et au quartier Harritalde à Saint-Jean-le-Vieux. C'est là que la Révolution vint les affranchir, en leur accordant tous les droits civils et civiques.
De ce centre, quelques-uns durent passer en Soule, comme sans doute du Baztan en Guipuzcoa et surtout dans le Labourd, car l'on trouve dans toutes ces contrées disséminées çà et là des familles d'Agoths, qui ne conservent aujourd'hui qu'un souvenir lointain de la réprobation imméritée que la Société a infligée à leurs ancêtres.
Jusqu'en 1789, les Agoths ont vécu en Basse-Navarre comme une tribu distincte, séparés de la population ambiante par l'ostracisme traditionnel et les prescriptions séculaires employées à leur égard.
Ils établirent leur quartier général à Chibutua, commune d'Anhaux, près de St-Jean-Pied-de-Port. C'est là que nous sommes allé les étudier, en sortant du Baztan, pour compléter nos recherches.
Nous avons dit que jusqu'à la Révolution ils ont vécu comme une tribu distincte. Et de même que les Bohémiens ont un chef de tribu qu'il appelaient naguère dans leur langue primitive Natria, de même les Agoths jusqu'à leur affranchissement avaient un Roi qui portait le nom de Canthu. On montre encore à St-Jean-Pied-de-Port le descendant de cette race royale déchue ; mais il ne paraît pas revendiquer ni regretter sa couronne perdue. Elle lui rappelle trop le passé, c'est-à-dire le souvenir de l'esclavage dans lequel ses ancêtres ont vécu pendant tant de siècles.
De nos jours, les débris disséminés se sont confondues avec le reste de la population.
La porte de l'Agoth est mûrée dans les églises. Le bénitier creusé dans le mur, et où le Pelluta ne pouvait point prendre de l'eau bénite sous peine d'hérésie, a complètement disparu, et on montre à peine en Basse-Navarre, dans quelques villages, le coin séparé du cimetière communal où les Agoths étaient ensevelis loin des sépultures des Pelutac.
Les Agoths ont fourni des hommes intelligents et remarquables dans toutes les branches industrielles et professionnelles. La population de Chibutua est assez robuste. On y voit quelques rares scrofuleux. La phtisie, ce terrible fléau des sociétés civilisées, n'y est point connue. Bacchus et Vénus paraissent être plus en honneur chez les Agoths que chez les Pelutac.
Rien dans le langage n'indique à Chibutua l'existence d'une langue autre que l'idiome Basque. Et ici comme à Bozate, les Agoths le parlent avec pureté et sans les néologismes nombreux que les indigènes emploient sans parcimonie.
Laborieux, actifs, intelligents, presque tous les tisserands, menuisiers, charpentiers de plusieurs villages avoisinant St-Jean-Pied-de-Port, sont issus des Agoths. Plusieurs d'entr'eux sont devenus propriétaires, et même riches, et sont de nos jours estimés à l'instar des Pelutac, avec lesquels du reste ils sont aujourd'hui complètement confondus.
Nous avons trouvé en Basse-Navarre comme dans le Baztan, et dans d'autres villages du Labourd, de la Soule, et même de Guipuzcoa quelques noms de familles Agothes identiques ; ce qui prouverait peut-être qu'ils ont vécu primitivement en communauté. Ces noms sont essentiellement basques, ce sont : Amorena, Jaurena, Oyetenea, Legarreta, Sponda, Tchipirena, Recarte, Ampelaïtz, Ustaritz, Sanchotenea, Migueligorena, Samacoïtz, etc."
A suivre...
(Source : Wikipédia et gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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samedi 13 décembre 2025
LES AGOTHS AU PAYS BASQUE EN 1877 (deuxième partie)
LES AGOTHS EN 1877.
Un(e) cagot(e), dans le Sud-Ouest de la France, était aussi appelé agote, sur le versant Sud des Pyrénées, en Espagne. Il s'agissait de termes dépréciatifs qui désignaient des groupes d'habitants, exerçant des métiers du bois, ou du fer, frappés d'exclusion et de répulsion dans leurs villages, surtout au Pays Basque.
Voici ce que rapporta à ce sujet le Bulletin de la Société Ramond, en janvier 1877 :
"Les Agoths.
... Emigration des Agoths de la Basse-Navarre. Leur établissement dans le Baztan.
— On sait que du temps de Louis VIII (1226-1270) il existait en France 2 000 léproseries ou hôpitaux.
Philippe V dit le Long (1316-1362) pourchassa les Lépreux et les Agoths. L'histoire dit que ce monarque les dispersa comme les Juifs, pour des excès et abus commis par eux, ainsi que les crimes qu'on leur imputait.
C'est donc vraisemblablement à cette époque que les Agoths se répandirent dans la Navarre Espagnole. Les plus odieux préjugés avaient déjà précédé leur arrivée dans le Baztan.
Ils se fixèrent sur le territoire de Arizcun, village situé non loin d'Elissondo, et fondèrent un hameau qui porte le nom de Bozate, qui signifie pays de joie, de délivrance. N'oublions pas, en effet, que les Agoths jusque-là n'avaient rien en propre.
Ils se placèrent sous la protection d'un seigneur de Ursua, qui leur concéda des terrains pour lesquels ils paient encore annuellement, aux descendants de Ursua, une contribution qu'ils appellent Acura. Seulement le seigneur leur imposa comme obligation, d'aller dans ses moulins pour moudre le blé. Cette dernière clause a disparu à la suite d'un procès que les Agoths intentèrent au señor de Ursua.
Nous devons signaler ici un incident qui marqua leur établissement à Bozate. La commune d'Arizcun leur ayant donné du bois pour bâtir des maisons, dans la nuit, les habitants d'Arizcun hachèrent en menus morceaux les bois appropriés pour lesdites constructions.
Les premiers actes des registres d'Arizcun ne remontent qu'en 1602. On y trouve déjà, à cette époque, les noms d'Agoths de Bozate se présentant pour le baptême de leurs enfants.
Arrivés à Bozate, ils entreprirent les métiers de charpentier, maçon, et tourneur sur bois. Nous avons vu, lors de notre voyage à Arizcun, en l'année 1875, des balustrades parfaitement tournées, ornant les balcons de leurs chalets.
Au début et jusqu'à ce siècle, les Agoths furent soumis à certaines prescriptions traditionnelles attachées à leurs personnes. Ainsi, dans beaucoup d'églises l'on voit encore des portes, des tribunes et des bénitiers spéciaux, destinés aux Agoths. Dans les cérémonies religieuses, processions, adorations de la Croix, enterrements, etc., les Agoths ne devaient se présenter qu'après les Perlutac. Le pain béni leur était même refusé. Il leur était également interdit d'embrasser les carrières libérales. En un mot, ils n'étaient point considérés comme des citoyens Espagnols.
Jugements, ordonnances, procès, requête, etc., relatifs aux Agoths.
— En 1515, appel adressé par les Agoths au pape Léon X, pour faire disparaître les différences qui existaient entre eux et les Perlutac, pour les cérémonies, oblations, sacrements, paix.
Leur demande resta sans effet, quoi qu'ils y fissent amende honorable de ce qu'on leur reprochait d'avoir eu pour ancêtres des gens qui s'étaient révoltés contre l'Eglise Romaine pour aider le comte Raymond de Toulouse.
Le pape donna bien un avis favorable, mais le tribunal ecclésiastique de Pampelune motiva son jugement, en déclarant que les Agoths étaient des descendants des Lépreux du temps du prophète Elisée. Telles étaient encore les croyances erronées du temps.
En 1517, requête des Etats de Navarre à l'Officialité de Pampelune, qui, en 1519, reconnait justes les réclamations des Agoths de Bozate, et condamne les contrevenants à la peine de 500 ducats et à la censure ecclésiastique. Mais ce jugement n'eut son effet qu'en 1542.
En 1548, Charles-Quint publia deux ordonnances pour que les Agoths soient rétablis sur le même pied que les Perlutac, sous peine pécuniaire de 10 000 marévédis.
En 1658, sous Philippe II, les Bozateures intentent un procès contre les habitants d'Arizcun qui insultaient les Agoths à chaque propos. Les Arizcunonces sont condamnés, pour chaque fois qu'ils appelleront un habitant de Bozate par le nom d'Agota, à la peine de 1 000 maravédis (10 fr.) envers l'offensé.
En 1685, lettres patentes, en France, du Roi Louis XIV, pour l'affranchissement des Agoths.
En 1698, la Junte de Guipuzcoa expulse les Agoths de la province en même temps que les Juifs, les pénitents, etc.
En 1722, sur la plainte des Agoths, le Parlement de Navarre statue leur affranchissement. Ce fut le commencement de leur émancipation que la Révolution compléta en les assimilant aux autres citoyens.
En 1818, disposition législative des Cortès de la Navarre, leur accordant entrée dans toutes les carrières libérales, défendant l'appellation d'Agotha, abolissant les distinctions qui existaient entre eux et les Perlutac, et les déclarant aptes au même titre que tous les autres citoyens de la province. C'était l'heure de leur émancipation et de leur réhbilitation. En effet, jusqu'à cette époque, en dépit des ordonnances et des jugements, ils étaient regardés comme une race proscrite, assimilés aux Bohémiens, Juifs, Pénitentiers de l'Inquisition. Ils durent attendre avec tristesse le jour que les Cortès de Navarre leur accordèrent le droit de cité.
En 1842, l'autorité ecclésiastique se décide aussi à la suite d'une requête adressée au tribunal ecclésiastique de Pampelune par les Bozatenses pour qu'ils soient admis aux cérémonies religieuses au même titre que les autres chrétiens, et à décréter leur émancipation religieuse en prescrivant à tous les prêtres de la province de les assimiler aux autres catholiques.
Les Agoths depuis 1842 jusqu'à nos jours.
— A la suite de l'affranchissement religieux, décrété en 1842 par l'Officialité de Pampelune, il y eut deux révoltes à l'église d'Arizcun : un jour de vendredi saint, les Agoths de Bozate s'étant présentés pour l'adoration de la Croix, un Perluta barra le passage, par un vigoureux soufflet, à l'Agoth qui ouvrait la marche ; de là, tumulte et bataille générale. Le clergé enleva la Croix, et la cérémonie fut interrompue. Le curé actuel, Señor Don Angel Oscariz, homme vertueux et conciliant, a beaucoup fait pour apaiser les esprits, et grâces à lui aujourd'hui toute distinction a disparu entre les Agoths et les Perlutac. Seules les femmes, encore aujourd'hui, occupent une place spéciale assignée à l'église.
C'est vers cette époque également que deux jeunes Agoths entraient au séminaire de Pampelune et sont aujourd'hui dans les ordres sacrés.
Toute répulsion des Perlutac à l'endroit des Agoths n'a pas encore disparu. Ainsi ils les appellent encore dans les rixes (Beu), terme de mépris qui fait mettre l'Agoth en colère. (Cette expression est employée par nos paysans pour exciter les boeufs).
Dans les danses publiques, si un Agoth se mêle aux Perlutac bientôt on lui présente un siège pour s'asseoir.
Il y a quelques années, un riche américain, natif d'Arizcun gratifia sa commune d'une école communale, mais avec la clause que les enfants de Bozate n'y seraient point admis. Le progrès et la civilisation ont triomphé de cet ostracisme ridicule en faisant disparaître la clause un peu trop scrupuleuse du Crésus Arizcanensis. Et les enfants de Bozate fréquentent ladite école, et ils ne sont pas les moins intelligents de la classe.
De temps à autre, la vieille haine contre les Agoths se réveille, et éclate alors par des arguments ad hominem : un habitant de Bozate, établi comme métayer, il y a quelques années, au bourg d'Arizcun, a dû quitter le quartier ; il était nuit et jour poursuivi à coups de pierres. Le curé d'Arizcun, devant les remontrances des Pellutac, a été obligé de congédier une brave fille de Bozate, occupée par la benoîte à l'église paroissiale pour l'entretien de la lingerie. Un charpentier de Bozate, marié il y a environ trois ans avec une femme d'Arizcun, a été aussi forcé de quitter le bourg d'Arizcun et de construire une maison entre Bozate et Arizcun.
Toutefois, malgré ce reste de répugnance, les jeunes gens d'Arizcun ne dédaignent pas, depuis quelques années, les belles filles de Bozate, et l'on voit fréquemment le conjunyo couronner leurs fréquentations sentimentales.
Les Agoths de Bozate sont en général des gens pauvres, mais actifs, jaloux les uns des autres. Lorsqu'ils ont des différends entr'eux, ils s'adressent toujours aux Arizcunenses qu'ils prennent pour arbitres. Ce sont pour la plupart des journaliers, faisant les travaux des habitants d'Arizcun. Les femmes sont un peu querelleuses et ont la langue déliée. Bien que les auberges abondent à Bozate, les Agoths ne sont pas très adonnés au vin. Ils ne fréquentent jamais les auberges d'Arizcun. Ils parlent un basque très pur, et chose digne de remarque, plus pur que les Arizcunenses.
Quant au type, c'est le type Baztansies : front large, découvert et assez proéminent. Quant au lobule de l'oreille, il n'est pas adhérent à la région. Nous y avons vu, lors de notre excursion, de très jolis enfants. Le sexe n'est pas en général très beau. Se livrant, comme les hommes, aux travaux des champs, il est rustre comme partout où les femmes vaquent aux travaux si pénibles de l'agriculture. Le type blond tranché prédomine un peu plus que le type châtain. Nous n'y avons point vu de bruns.
La confrontation du crâne n'indique non plus rien de particulier. Si les Agoths ne sont pas Basques, il est étonnant que le type primitif se soit tellement modifié, tout en vivant dans l'isolement et ne contractant point d'union avec les Perlutac, pour qu'il ressemble aujourd'hui en tous points au type Basque."
A suivre...
(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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jeudi 13 novembre 2025
LES AGOTHS AU PAYS BASQUE EN 1877 (première partie)
LES AGOTHS EN 1877.
Un(e) cagot(e), dans le Sud-Ouest de la France, était aussi appelé agote, sur le versant Sud des Pyrénées, en Espagne. Il s'agissait de termes dépréciatifs qui désignaient des groupes d'habitants, exerçant des métiers du bois, ou du fer, frappés d'exclusion et de répulsion dans leurs villages, surtout au Pays Basque.
Voici ce que rapporta à ce sujet le Bulletin de la Société Ramond, en janvier 1877 :
"Les Agoths.
Vestige obscur, d'un passé plus obscur encore, l'Agoth (en basque Agotac) est un être qui a été mis à l'index par la société, pareil au lépreux du moyen-âge, que l'on fuyait et qu'on reléguait loin des hommes comme un être malfaisant, et dont on évitait le contact et la vue.
Les idées les plus extraordinaires et les plus contradictoires règnent sur cette race d'hommes, considérés encore de nos jours, dans certaines localités du Baztan (Navarre Espagnole) comme de vrais parias, malgré les idées de civilisation qui ont pénétré dans les hameaux les plus reculés et les plus humbles de nos montagnes.
En France, la Révolution fit disparaître l'ilotisme où étaient tenus ces pauvres déshérités, méprisés, bannis, on ne sait pourquoi, jusqu'alors. Mais en les émancipant, elle n'a point extirpé complètement les préjugés qui existaient contre eux, tant il est vrai de dire que les préjugés sont comme les mauvaises herbes des champs, que l'on arrache et détruit toujours avec plus de peines et de difficultés. Le temps seul effacera peut-être une répulsion aussi profondément enracinée dans l'esprit de nos populations Basques.
Qu'est ce que l'Agoth ? — Dans certaines contrées, l'Agoth est cet homme qui a le lobule de l'oreille adhérent à la joue, et sans intersection.
Ailleurs, c'est un être dont la muqueuse nasale est toujours sèche et sans sécrétion.
Dans les provinces Basques espagnoles, l'Agota est le descendant d'une race maudite qui n'a pas voulu croire à la Vierge Marie (Arianisme ?).
..... Serait-ce là une réminiscence de ce temps barbare, qui a tout étouffé sous l'étreinte du fanatisme, et qui a donné naissance aux horreurs des tristes jours du trop fameux Torquemada ?.......
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| INQUISITEUR TOMAS DE TORQUEMADA |
Toujours est-il que l'odieux préjugé attaché au nom et à l'existence de l'Agota est fortement enraciné dans l'esprit de nos paysans, et qu'il faudra bien des siècles pour faire disparaître des moeurs de nos montagnards la tache indélébile rivée à l'existence de ce pauvre déshérité.
Agoth, Cast-Agoth, Bohémiens — Diverses dénominations ont été employées, par les populations du nord de l'Espagne et de l'Ouest de la France, pour désigner l'Agota, poursuivi partout par la même réprobation et par le même mépris immérité, et soumis aux prescriptions les plus humiliantes.
Le nombre des auteurs qui ont cherché à jeter quelque lumière sur l'histoire des Agoths est fort considérables. Notre but sera très restreint. Nous essaierons d'arracher au passé de ces pauvres réprouvés, un rayon de lumière dans le chaos impénétrable dont leur origine et leur histoire sont enveloppées.
Nous ne sortirons pas des Agoths du pays Basque, laissant à nos devanciers le loisir de les assimiler aux Caqueux, Gafos, Chrestias, Cabaniers,Colliberts, Nioleurs, Cailluauds, etc, etc., et autres, autant de parias que la société a rejetés de son sein et parqués, dans un temps non éloigné de nous, comme des bêtes de somme.
Ce qui frappe tout d'abord l'attention de l'observateur, c'est la consonnance du mot Agotha. Y a-t-il un lien de parenté, une origine commune entre les Agoths et les Cast'-agoths ?
Il n'existe aucun doute, de nos jours, sur la parenté des Cast'agotac et des Gituac, connus vulgairement dans le pays Basque sous le nom de Bohémiens. Pendant que les premiers vivent au milieu de nous, dans la quiétude d'une civilisation relative, les Gituac appelés encore Gitanos, mènent une vie nomade et sont pourchassés de tous les centres populeux, à cause de leurs habitudes de rapines et de vagabondage.
Chassés d'Espagne vers la fin du XVe siècle, les Bohémiens (Gitanos) s'arrêtèrent, les uns sur notre frontière, d'autres préférèrent la vie aventurière à l'existence paisible que leurs frères avaient choisie, à Ciboure, St-Jean-de-Luz et les environs. Dans un temps peu éloigné de nous, on voyait périodiquement quelques-uns de ces parias nomades, débarquant au quartier Bordegain (commune de Ciboure) et traitant avec les Cast'-agotac en frères et amis. Les plus vieux de la tribu de Bordegain se rappelaient encore naguère d'avoir parlé avec eux la langue Bohémienne, dont il reste à peine de nos jours quelques vestiges.
On nous pardonnera cette digression, qui n'est peut-être pas sans importance, car tandis que nous admettons sans aucune difficulté la parenté des Cast'-agotac et des Gituac, il nous répugne d'accorder, comme l'ont fait plusieurs auteurs, la même origine aux Agoths.
Il suffit, en effet, d'une inspection superficielle pour éloigner toute idée de parenté entre eux. Pendant que les Castagotac et les Gitanos, qui ont conservé le type primitif, accusent franchement une race méridionale, africaine, les Agoths qui sont en général blonds ou châtains, présentent les mêmes caractères que la population ambiante au milieu de laquelle ils vivent. Cette différence de qualités physiques suffit, à nos yeux, pour exclure toute idée d'origine commune. Nous croyons que le Basque voulant qualifier des hommes à moeurs, coutumes, civilisation différentes, les a appelés par le nom générique de Castagota, Agota, appellation impropre qui, dans l'esprit du Basque, renferme peut-être une idée de différence d'origine. C'est le Ruomi des Arabes ; car pour l'Arabe, tout ce qui n'est pas Africain est Ruomi. Les Romains eux-mêmes, dans leurs beaux jours de conquêtes, n'appelaient-ils pas Barbares tous les peuples non soumis à leurs lois !...
Le Basque qui les a assimilés dans les mêmes prescriptions, ne les confond jamais, car s'il a de la répulsion pour les Gitanos, il a de la commisération pour l'Agota.
Des Agoths jusqu'à Philippe V, dit le Long. — C'est du Xe ou XIe siècle que l'on entend, pour la première fois, parler des Agoths du Béarn.
Dès l'origine même, ils furent en butte à toutes sortes de persécutions, obligés de se réfugier dans les Agot-étchéac (maisons d'Agoths) : habitations pauvres et misérables où ils vivaient entassés pêle-mêle, à côté et à l'instar des Lépreux. Ils étaient tenus, sans rétribution, à la coupe du bois pour les habitants de la localité. Défense leur était faite, sous les peines les plus sévères, d'adresser la parole au Pelluta. C'est sous ce nom que les indigènes étaient désignés par les Agoths, à cause, croit-on, de la longue chevelure que portaient les paysans Basques, ce qui était un signe de noblesse. Voués à la haine et au mépris public, les Agoths furent enveloppés dans les mêmes prescriptions que les Lépreux. Ils furent même accusés de ladrerie, ou d'être affectés de la lèpre, maladie qui était considérée comme une punition directe de la main de Dieu.
Les Agoths ne pouvaient rien posséder. Ils ne pouvaient rien entreprendre que les métiers réputés vils et indigènes, tels que l'état de charpentier, bûcheron, tisserand, tourneur sur bois.
L'amende, l'exil, le fouet, les attendaient impitoyablement s'ils se faisaient menuisiers, boulangers et marchands de comestibles. Et pour qu'on pût les reconnaître à distance, ils étaient tenus de porter à leurs vêtements, à l'épaule gauche, une pièce de drap rouge en forme de patte d'oie ou de canard.
Défense leur était faite de marcher nu-pieds ; on disait, et cette croyance était devenue générale, que là où un Agoth avait posé son pied l'herbe ne croissait plus. Ils ne pouvaient point porter des armes à feu, épées, poignards, etc., ni remplir aucune fonction civile. Ils ne jouissaient point du droit de cité. Le meurtrier d'un Agoth n'était puni que d'une amende pécuniaire. Le mariage et les relations sexuelles étaient interdits entre les Agotac et les Pellutac. Divers règlements de 1581 et 1608 punissaient de mort toute infraction à cette législation.
A l'église, ils étaient traités comme des pénitents : leurs places, leurs portes et leurs bénitiers étaient différents.
Leur témoignage en justice était de peu de valeur. Sept témoins Agoths équivalaient, à peu près, à un témoin indigène.
Cette réprobation s'explique, comme nous l'avons déjà dit, par le fait qu'ils étaient accusés d'être affectés de la lèpre. Cette croyance fut enracinée jusqu'en 1600, époque à laquelle des examens faits par les médecins les plus en renom de l'époque, déclarèrent les Agoths : sains, forts, robustes et non atteints de lèpre.
Déjà, deux siècles auparavant, en 1460, on sut positivement que ce reproche était mal fondé. Les Etats de Béarn, ayant présenté à Gaston, prince de Navarre, une requête pour qu'il fût interdit aux Agoths de marcher nu-pieds de peur d'infection, et en cas de contravention, de leur percer les pieds avec un fer rougi au feu, ces demandes furent rejetées, ce qui fait beaucoup d'honneur à Gaston de Navarre.
Mais malgré la protection accordée par lui et ses successeurs, les prêtres, imbus des mêmes idées que les Etats de Navarre, refusèrent formellement de les entendre en confession ; mais ils ne pouvaient leur refuser l'entrée de l'église, car ils étaient bons catholiques et surtout très pratiquants.
C'est donc dans cet état d'ignominie, que les malheureux Agoths ont traversé tant de siècles ; siècles d'ignorance et de fanatisme s'il en fût, où l'homme opprimait k'homme en le réduisant à l'esclavage matériel et moral."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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