Libellés

dimanche 15 octobre 2023

LES BOHÉMIENS AU PAYS BASQUE AU DÉBUT DU 19ÈME SIÈCLE (troisième et dernière partie)

  

LES BOHÉMIENS AU PAYS BASQUE AU DÉBUT DU 19ÈME SIÈCLE.



Cette minorité présente au Pays Basque a été longtemps victime de persécutions et de mépris.


pays basque autrefois gitans bohémiens cagots agots
GITANS REMPAILLEURS A HENDAYE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet F. Lomet dans le Bulletin du Musée Basque N° 7 en 1934 :



"Un document inédit sur les Bohémiens du Pays Basque au début du XIXème siècle.



... Il n'est pas de voyageur passant de France en Espagne de ce côté, qui n'ait rencontré sur sa route une ou plusieurs bandes, souvent très nombreuses, de ces porteuses de poisson.



Le vêtement des Bohémiennes consiste en une chemise à manches courtes, et en une seule jupe d'une mauvaise étoffe de laine et de couleur brune, qui descend à peine à deux ou trois pouces du genou. Elles n'ont ni corset, ni bas, ni souliers. Rarement elles se mettent un mouchoir sur le col ; mais elles s'entourent le haut de la tête avec un chiffon de toile de coton qui maintient leurs cheveux retroussés, et sert en même temps, de point d'appui pour les fardeaux qu'elles portent.



pays basque autrefois cascarottes
LES KASCAROTS
PAYS BASQUE D'ANTAN


C'était un spectacle neuf et singulier, en 1788, pour un étranger qui arrivait à Saint-Jean-de-Luz, que d'assister à l'achat et au partage du poisson que les Bohémiennes se distribuaient entre elles, au moment où les chaloupes de pêcheurs abordent à l'un des points de la rade. Ces chaloupes arrivent ensemble du large ; une d'elles se détache en avant et se dirige sur le point où les Bohémiennes l'attendent. Dès que le bateau arrive à une centaine de toises du rivage, ces femmes se déshabillent toutes nues ; elles dansent et folâtrent entre elles en cet état pendant quelques instants, puis elles se jettent toutes ensemble à la nage pour aller à la rencontre du bateau. Celle qui devance les autres et qui a la première atteint le bateau, s'y élance, s'assied sur le banc d'avant, et fait prix avec le patron de la barque pour toute la pêche de ce jour-là. Les autres femmes retournent sur le champ vers le rivage pour y attendre les résultats de la négociation de celle qui a ainsi acquis le droit d'en être chargée et qui, par cette raison, prélève ensuite une sorte de prime sur le partage.



pays basque autrefois cascarottes
KASCAROTS
PAYS BASQUE D'ANTAN


Dès que le marché est conclu, les barques abordent ; celle des femmes qui a fait prix avec le patron fait aussi parmi ses compagnes la collecte des fonds nécessaires pour acquitter le montant de la pêche ; alors seulement toutes ces femmes commencent à se couvrir de leurs haillons ; le poisson est débarqué, partagé, distribué en un clin d'oeil ; les barques vides revirent de bord, pour rentrer dans les ports, et déjà les marchandes de poisson sont à la course pour le porter vers les lieux où elles savent en faire le débit le plus avantageux.



pays basque autrefois cascarottes
KASCAROTS
PAYS BASQUE D'ANTAN


A l'époque de la Révolution, la proscription des Bohémiens des Basses-Pyrénées s'était ralentie ; on commençait à concevoir que l'état d'avilissement où ils étaient plongés n'était que le résultat de l'injuste mépris dont ils étaient les victimes. On sentit mieux le prix de leur industrie ; et comme il est constant qu'on n'avait alors aucun meurtre, aucun vol, aucune infidélité à leur reprocher, ils furent admis à être citoyens actifs. Il y eut ainsi une sorte de réconciliation entre eux et les habitants, en sorte que, dès 1790, ils furent traités avec plus de douceur ; ils votèrent même dans les assemblées primaires, sans qu'il s'élevât de réclamation. Les prêtres assermentés prêchèrent la tolérance à leur égard ; ils furent admis dans les églises ; et quelques communes abattirent de leur propre mouvement les hangars extérieurs où, naguère, on permettait à peine à ces malheureux de se réunir pour assister au service divin.



Pendant tout le temps où l'armée des Pyrénées Occidentales était réunie sur les bords de la Nive et de la Bidassoa, il n'existait plus aucune différence entre les Bohémiens et les autres habitants des campagnes voisines. Mais ce changement avait été apparemment trop rapide pour que ses heureux résultats pussent être de longue durée et en effet, à mesure que l'effervescence révolutionnaire s'est apaisée, les haines contre les Bohémiens se sont rallumées, les préventions à leur égard ont reparu ; il es probable que ces haines et ces préventions ne se sont réveillées que par esprit de jalousie ou de concurrence d'industrie de la part des autres habitants. En effet, tant que l'industrie réunie des Basques et des Bohémiens avait de quoi s'exercer dans le temps de ce concours général qu'excite toujours la présence d'une grande armée, les uns et les autres trouvaient également des bénéfices à faire ; mais il est difficile de s'empêcher de penser qu'au moment où l'ordre a été rétabli, les habitants du pays n'ont vu dans le commerce que faisaient les Bohémiens que des profits dont ils pourraient tirer eux-mêmes parti, s'ils parvenaient à s'en emparer ; et le moyen le plus court et le plus sûr d'arriver à ce but, était évidemment celui de renouveler à l'égard des Bohémiens les persécutions qu'il était si facile d'exciter contre eux sous une foule de prétextes.



Cependant il est possible que les Bohémiens pendant le peu de temps qu'on a essayé de les civiliser ayant de leur côté perdu de vue les règlements qui les unissaient entre eux au temps où le sentiment de leur isolement et de leur faiblesse les forçait à une surveillance mutuelle et à maintenir parmi eux une police sévère et d'observer ainsi réciproquement, nous ne dirons pas un code d'honneur, mais un code de frayeur qui les portait à ne commettre aucun crime, aucun vol, aucune infidélité ; en sorte que, dès que cette garantie solidaire, quelle qu'elle fût, aura disparu, plusieurs d'entre eux auront pu se conduire d'une manière répréhensible.



Mais il est également difficile de penser qu'ils soient spontanément devenus tous criminels et que cette peuplade industrieuse ait pu tellement appeler sur elle toute la sévérité des lois, qu'on ait dû la poursuivre en masse, au point d'encombrer les cachots et jusques aux casemates de Bayonne et du fort de Socoa, de près de 300 individus, dont plus d'un tiers sont de très jeunes femmes, des enfants en bas âge et des enfants à la mamelle.



Toutes les questions qui peuvent s'élever à l'égard des Bohémiens des Pyrénées Occidentales mériteraient d'être soumises à un examen réfléchi et approfondi.



Il serait à désirer que cet examen fût confié à des hommes sages et surtout étrangers au pays de Labour et de Basse-Navarre. Car, du moment, où les préventions se sont relevées contre eux, elles seront revenues rapidement au point où elles étaient en 1788, et à cette époque les hommes de ce pays les plus renommés par leurs vertus, de graves magistrats, de savants administrateurs, franchissaient toutes les limites de la réflexion et de la raison, lorsqu'ils discutaient sur le compte des Bohémiens... ; tous convenaient alors qu'on n'avait rien à leur reprocher ; que même le commerce de Bayonne leur confiait des sommes considérables. Mais on n'obtenait généralement pour résultat, de ces sortes de discussions, que cet argument aveugle et terrible... C'est une race maudite. Une fois ce mot prononcé, il était impossible, il eut même été dangereux de continuer à plaider la cause des Bohémiens, car la colère et la fureur prenaient la place de tout espèce de raisonnement.



Il faut avoir été témoin de ces sortes de scènes, pour se persuader qu'elles aient pu exister. Mais il ne reste qu'à dire, à ce sujet, aux incrédules : Allez à Saint-Jean-de-Luz, et vous vous convaincrez par vous-mêmes de l'exactitude de cet exposé.



Il se peut que dans le moment présent, les administrateurs du pays, aient été trompés par les réclamations dont ils auront été assaillis au sujet de cette peuplade ; mais c'est à l'autorité supérieure qui a rétabli le bon ordre dans toute la France, qu'il appartient de faire cesser les injustices qui peuvent être la suite de toute persécution partielle, et à réparer des maux qui ne sont probablement que le résultat de quelqu'un de ces erreurs que les autorités locales les plus éclairées et les mieux intentionnés ne sont pas toujours à l'abri de commettre."









Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 5 400 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/


N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire