De sa forte voix aux intonations farouchement euskariennes, Aguer vient d’annoncer que les deux équipes sont à égalité. Et la pelote frappe de plus belle le haut mur du fronton de Paris pour s’envoler, tout là-bas, aux limites de la cancha, docile aux impulsions des joueurs, traduisant fidèlement leur force victorieuse ou leur faiblesse impuissante.
Jusqu’à l’ultime faute, Aguer annonce inlassablement la position respective des antagonistes. Lorsque les joueurs, exténués, s’arrêtent pour souffler un peu, il entonne quelqu’une de ces vieilles chansons basques qui appartiennent aux traditions, religieusement transmises par chaque génération à sa suivante.
Le chanteur-compteur, que nous sommes habitués à voir au fronton de Paris, semble y faire partie du décor, au même titre que le fronton, le ciment et le sol battu de la "place", le tableau d’affichage et ses marqueurs. Il n’appartient cependant pas aux vieilles traditions et sa création est, somme toute récente.
De tous temps, pour éviter les contestations et tenir en quelque sorte, la comptabilité de la partie, il y eut une personne désignée, soit par les joueurs eux-mêmes, soit par les organisateurs.
Pour informer les pilotaris des deux camps de leurs positions respectives, pour renseigner les spectateurs, le marqueur fut amené à annoncer les points à haute voix.
L’origine de cette coutume semblerait remonter aux débuts du jeu de rebot où le décompte des pointe et des jeux est plus compliqué.
A cette époque, habitude aujourd’hui disparue, le compteur servait à boire aux joueurs sur le terrain de jeu, et ce ci faisait partie intégrante de sa fonction.
La création du type de chanteur-compteur que nous connaissons actuellement fut l’œuvre du Bayonnais Jauretche, qui managea Chiquito de Cambo aux temps, je ne saurais dire héroïques, où la pelote basque devint, pour beaucoup un spectacle mondain.
CHIQUITO DE CAMBO AU PAYS BASQUE
Il s’agissait plus alors d’exhibitions devant la colonie étrangère, sur toute la Côte Basque, que de parties destinées à intéresser les purs "aficionados".
Il fallait donc songer à une représentation plus théâtrale et le modeste compteur d’antan devint, le chanteur de toutes les parties à grand spectacle à mise en scène soignée.
Jauretche lança le Biarrot Johannotéguy, plus connu sous le nom de Ferdinand, décédé voici quelques années, et qui connut maints succès. Sa voix puissante, retentit aussi bien aux Pyrénées de Biarritz au Tilleul Argenté d’Hardoy, au Brun d’Anglet, qu’aux frontons Bineau, Saint-James et même à celui de la porte de Châtillon à Paris.
COMPTEUR-CHANTEUR DE POINTS FERDINAND PELOTE BASQUE D'ANTAN
Aguer semble devoir connaître les mêmes succès au fronton de Paris et il marche sur les traces du regretté Ferdinand.
Né à Berrogain-Laruns, près de Mauléon, en 1894, il appartient à une vieille lignée basque où, de père en fils, les ascendants fabriquaient ces "espargates" qui sont, en quelque sorte, la chaussure nationale des fils de l’Eskual-Herria. Lorsqu’il ne jouait pas lui-même, il aimait à annoncer les points marqués par ses camarades ; sa voix forte, ne tarda pas à être connue et on le rechercha pour compter les points dans mainte grande partie... La guerre survint : adieu la pelote... Puis ce fut le retour ; Aguer devint facteur à Paris : le fronton nouvellement construit l’attira. Il vint avec sa "chamarra", son béret, le traditionnel foulard autour du cou, le "charracoi " en bandoulière.
Il se propose pour compter les points chanta, fut applaudi... et depuis, régulièrement, chaque réunion le revoit fidèle à son poste.
Après les Ferdinand, Galparzoro, avec Remazeilles, qui fait les délices des Biarrots, Aguer continue, au fronton de Paris, une tradition qui, semble-t-il ne doit pas être près de s’éteindre."
(Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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