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samedi 30 mai 2026

L'ÉCRIVAIN PAUL-JEAN TOULET DE GUÉTHARY EN LABOURD AU PAYS BASQUE (seconde et dernière partie)

  

L'ÉCRIVAIN PAUL-JEAN TOULET.


Paul-Jean Toulet, né à Pau (Basses-Pyrénées) le 5 juin 1867 et mort à Guéthary (Basses-Pyrénées) le 6 septembre 1920, est un écrivain et poète français, célèbre pour ses Contrerimes, une forme poétique qu'il a créée.




ecrivain guethary pays basque autrefois
ECRIVAIN PAUL-JEAN TOULET



Voici ce que rapporta à son sujet Pierre Labrouche dans le Bulletin du Musée Basque N° 21-22, 

en 1942-1943 :



"P. - J. Toulet.



C'est de Paris également qu'il reverra en pensée la route de Jurançon où, allant dîner à l'auberge Lesquerré avec une gentille petite Paloise de ses amies, un comique malentendu fait prendre leur voiture pour celle de Monseigneur l'Evêque de Bayonne, qu'on attendait.



Ce fut par un soir de l'automne

A sa dernière fleur

Que l'on nous prit pour Monseigneur

L'Evêque de Bayonne,



Sur la route de Jurançon.

J'étais en poste, avecque

Faustine et l'émoi d'être évêque

Lui coupa sa chanson.


Cependant cloches, patenôtres,

Volaient autour de nous.

Tout un peuple était à genoux :

Nous mêlions les nôtres.


O Vénus, et ton char doré,

Glissant parmi la nue,

Nous annonçait la bienvenue

Chez Monsieur Lesquerré.


Un Jurançon quatre-vingt-treize

Aux couleurs du maïs

Et ma mie, et l'air du pays :

Que mon cœur était aise.


Ah ! les vignes de Jurançon

Se sont-elles fanées,

Comme ont fait mes belles années

Et mon bel échanson ?


Dessous les tonnelles fleuries

Ne reviendrez-vous point

A l'heure où Pau blanchit au loin

Par delà les prairies ?



II a écrit les vers que je viens de citer, probablement dans son appartement de la rue de Laborde à Paris, triste logis donnant sur une sombre cour, où j'allais parfois le voir. Il était là, couché la plupart du temps quand je le visitais l'après-midi. Il travaillait ou il méditait... une longue table serrée contre son lit, chargée de livres, de dictionnaires, de papiers en désordre, rassemblait ce dont il avait besoin. Mais aussi, souvent, soit déjà rue de Villersexel, son premier logement, ou rue de Laborde, il était malade, car sa santé était assez délicate. Il faut avouer que l'absence absolue de plein air, d'exercice, de mouvement, ces perpétuelles noctambuleries, ces nuits blanches passées dans les cafés et dans les bars, bien des abus, alcool, opium et morphine, cette vie qu'il avait adoptée, où il ne voyait jamais le soleil, à dire vrai, ne faisaient qu'aggraver un état de santé déjà peu brillant.



Quand je disais que la conversation de Toulet était pleine de paradoxes et d'ironie, il faut y ajouter un goût très vif pour la mystification. A la fin du livre, M. du Paur à l'agonie s'est déjà confessé, mais demande un vicaire de Saint-Augustin pour réparer, dit-il, un oubli auprès de lui. L'on entend un cri strident et l'on trouve l'abbé, évanoui sur le parquet ; et, déjà frappé du calme éternel, P.-B. du Paur étendu dans son lit, la face sereine à peine plissée d'un faible et mystérieux sourire.


ecrivain guethary pays basque autrefois
LIVRE MONSIEUR DU PAUR
PAUL-JEAN TOULET




Je ne cachai pas à notre poète que ceci sentait par trop la mystification et que j'étais convaincu qu'il ne savait absolument pas ce qu'avait dit P.-B. du Paur au vicaire. "Détrompez-vous, me dit Toulet vivement, avec un rictus en coin, je le sais parfaitement, je vous assure ; mais je ne vous le dirai pas !!!"



Et quand il m'en fit la dédicace il écrivit de sa fine écriture soignée :


"A Pierre Labrouche, en attendant une meilleure édition de ce livre, sur lequel nous nous trouvâmes jadis en désaccord."



Toulet maniait à ravir le style épistolaire. J'ai conservé de lui pas mal de lettres et je crois que j'ai bien fait de ne pas consentir à les laisser publier, car elles étaient trop reliées à la vie intime, aux chagrins, aux soucis quotidiens de mon ami. J'ai cru cela préférable par déférence pour sa mémoire. J'en extrais néanmoins deux passages, l'un relatif à une somme assez ronde, tout ce qui lui restait, que Toulet confia après son départ de Carresse, à un gentilhomme béarnais, pour la faire fructifier en Indo-Chine et dont il ne reverra jamais un sou. Il ne se faisait, du reste, aucune illusion à cet égard.



ecrivain guethary pays basque autrefois littérature
VUE GENERALE AERIENNE DE 64 CARRESSE
BEARN D'ANTAN


"Cependant, m'écrit-il de la Rafette le 1er février 1908, on m'avertit de toutes parts que mes affaires d'Indo-Chine vont bien. Il faut entendre, sans doute, par là, que c'est M... qui va bien. Et c'est bien quelque chose. Le certain, c'est qu'il a chargé quelqu'un de m'avertir que notre affaire de distillerie était conclue et que je pouvais désormais me considérer comme riche. Moi, je veux bien. Et je me suis mis aussitôt à me traiter avec le plus grand respect. Le diantre est de faire partager cette considération par une centaine de fournisseurs huileux, de vénéneux cabaretiers et d'hommes de phynance.


Adieu, cher ami, je vous aurais remercié plus tôt si mon train-train n'était tout détraqué par la maladie d'une de mes parentes et non des moins chères, qui est depuis quelques jours entre la vie et la mort et sans espoir. Vous savez certainement que toute famille se compose de gens qu'on déteste et de gens qu'on aime. Il est mélancolique que ce soit toujours à ceux-ci que le malheur s'attache."



Une autre lettre de la Rafette :


"En dehors de cela j'étudie le grec, je lis le Magasin Pittoresque, je bourre mes neveux d'idées fausses — à défaut de bonbons — ou bien d'une de mes fenêtres qui donne sur l'Orient, je regarde les bateaux qui passent sur la Dordogne. A distance, comme ça, ils ont l'air heureux, légers et blancs. Je suppose que, de près, ce sont des raffiaux de la plus révoltante malpropreté."



ecrivain guethary pays basque autrefois
MAGAZINE LE MAGASIN PITTORESQUE 1850



Si j'ai cité ces quelques passages, c'est que Paul-Jean Toulet se résume dans ces lignes. Charmants mirages, pleins d'heureuses promesses, puis : scepticisme et désillusion.


"Tout s'arrange, voyez-vous, me dit-il un jour où nous étions seuls tous les deux..., tout s'arrange car on finit bien par mourir."



Il écrit encore à son amie Mme Bulteau, à qui ses familiers avaient donné le petit surnom de "Toche".


"Madame, je crois que vous aimez trop les mille formes de la vie pour ne pas avoir le goût de la mort. C'est un goût singulier à la bouche et puissant. Ce matin, je rêve que ce devrait être dans une ville du Midi ; un dimanche matin qu'il fait soleil et que les filles courent avec leurs amoureux au sortir de la messe. Ou bien ne pensez-vous pas que cela aurait encore quelque charme dans une ville des Flandres étroite et dentelée et fortifiée par Vauban. Il ferait un temps mou d'automne, un temps à couper au couteau ; et je me ferais lire un conte d'Andersen, celui des Sept Cygnes, par exemple, où il n'y a pas eu assez de chemise enchantée pour le petit frère et qu'il garde une aile d'oiseau, vous savez, Toche, de ces ailes, comme l'a dit votre ami, qui empêchent de marcher. Ce doit être délicieux, Toche, de mourir, de sentir toute la fatigue de la vie fuir par le bout des doigts comme son sang dans un bain."



Ou encore :


"Vos lettres font toujours du bien à ce pauvre Toulet, qui vous aime beaucoup plus que tous ces gens qui sont autour de vous, ou qui vous écrivent de loin et qui ne dénouent jamais le masque qu'il ont mis à leur cœur."



La bagarre de cette lutte littéraire, cette bataille, cette guerre au couteau qui est la monnaie courante pour les gens de lettres qui veulent percer, Toulet n'était guère armé pour la dominer et en sortir victorieusement. A la fin, tout cela était arrivé à l'excéder. Il avait eu trop de peines diverses... et tant de soin à dissimuler ses tristesses. Rien n'use comme cela. Comme il me l'écrivit à cette époque : "Je suis chagrin et mal portant". Pour lui, la vie était devenue vraiment trop dure à Paris.



Puis il se maria, vint habiter Guéthary. Sa santé devenait de plus en plus chancelante. La guerre de 1914 étant survenue, je ne le vis plus et je partis ensuite longtemps travailler à Venise. Nos existences très différentes, l'éloignement dans ces dernières années, nous avaient malheureusement beaucoup séparés.



Aussi étant revenu au pays basque et en séjour à Saint-Jean-de-Luz, fis-je le projet d'aller le visiter à Guéthary avec un très vieil ami à lui, Jean de Longueil. Le malheur voulut que Longueuil fut mal en train ce jour-là. Pour aller ensemble à Guéthary nous avions remis ce déplacement au surlendemain. Le soir même nous apprenions que Toulet venait de mourir et que les obsèques avaient eu lieu le matin de ce jour.



Francis de Miomandre, qui le vit sur son lit de mort, disait, qu'avec ce nez mince et busqué, cette barbe courte, cette bouche fière et serrée, cette ascétique maigreur, ce front immense, il donnait l'impression d'un grand seigneur féodal, de sa propre effigie sculptée sur son tombeau.


Pierre Labrouche.

28 février 1942-27 mars 1943."




(Source : Wikipédia et gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)









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jeudi 30 avril 2026

L'ÉCRIVAIN PAUL-JEAN TOULET DE GUÉTHARY EN LABOURD AU PAYS BASQUE (première partie)

 

L'ÉCRIVAIN PAUL-JEAN TOULET.


Paul-Jean Toulet, né à Pau (Basses-Pyrénées) le 5 juin 1867 et mort à Guéthary (Basses-Pyrénées) le 6 septembre 1920, est un écrivain et poète français, célèbre pour ses Contrerimes, une forme poétique qu'il a créée.




ecrivain guethary pays basque autrefois littérature
PAUL JEAN TOULET



Voici ce que rapporta à son sujet Pierre Labrouche dans le Bulletin du Musée Basque N° 21-22, 

en 1942-1943 :



"P. - J. Toulet.



Au cours de nos promenades dans le pays de Béarn nous nous sommes arrêtés, quand nous traversions le charmant village de Carresse, devant une tranquille maison d'autrefois enfouie dans la verdure. Le lieu est en retrait, à la sortie du village. Un vieux mur, une grille de fer la séparent du chemin qui tourne, à cet endroit, et descend vers la campagne. Devant le perron, un joli petit jardin très feuillu, plein d'arbres, des ormeaux, des magnolias. Un grand silence. C'est la maison de mon ami le poète Paul-Jean Toulet. Voici l'endroit où il aura passé les meilleures années de sa vie et je puis même dire les seules bonnes années de sa jeunesse.




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VUE GENERALE AERIENNE DE 64 CARRESSE
BEARN D'ANTAN



Ce n'est pas sans émotion que les pèlerins du souvenir, les amoureux des belles lettres salueront cette demeure qui fut celle d'un des plus charmants poètes de notre temps.



C'était au temps où il habitait encore en Béarn que je le rencontrai pour les premières fois. Il n'avait pas écrit grand chose, que je sache, à ce moment, mais, très vite, l'on s'apercevait qu'on n'avait pas affaire à n'importe qui. Toulet ne dédaignait pas de se montrer aux fêtes du pays, soit en Béarn, ou à Dax aux courses de taureaux, soit aux parties de pelote à Saint-Palais, en Pays basque, aux courses de vaches landaises de Peyrehorade et je garde encore le souvenir de l'œil amusé et narquois dont il contemplait tout cela.



Grand, mince, très soigné, il était toujours coiffé, à cette époque, d'un béret qu'il savait admirablement porter et cela n'est pas donné à tout le monde. Mais notre intimité date surtout de Paris. Là, durant de longues années d'avant-guerre, je le rencontrais presque tous les soirs au café Weber, rue Royale, où nous nous retrouvions avec des amis, le peintre Maxime Dethomas, Jean de Tinan, Curnonsky, Paul Leclercq, le fondateur de la Revue Blanche, Forain, Moréas, André Rivoire, Louis de la Salle, Paul Souday, ou bien au bar de l'Elysée Palace, surnommé le "Bain de Cuir", endroit paisible où Toulet aimait se livrer au plaisir de la conversation, ou encore au bar de la Paix. Là venaient souvent le rejoindre le peintre Francis Picabia, le fondateur du dadaïsme, Claude Debussy, pour lequel Toulet eut longtemps le projet d'écrire un livret, qui n'aboutit pas. Il y fait allusion dans des lettres que j'ai en mains.



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LE HALL
75 PARIS ELYSEE PALACE HÔTEL



En outre, il me fit souvent le très grand plaisir de venir dîner chez moi, dans mon atelier de l'avenue Henri-Martin. 



J'ai conservé des longues soirées passées avec lui un souvenir délicieux.



Nous appelions le "Bain de Cuir" le grand bar du sous-sol de l'Elysée Palace parce que d'énormes fauteuils, de profonds canapés confortables de cuir sombre en faisaient le principal attrait. Le second avantage du Bain de Cuir était qu'à l'heure où nous y arrivions, il n'y avait pour ainsi dire jamais personne. On se fut cru chez soi. Il y régnait un profond silence. De temps en temps, à quelque distance, quelques consommateurs, un murmure. C'était tout. Et nous nous sommes toujours demandés comment ce bar faisait ses affaires ! Quoiqu'il en soit, vers dix ou onze heures du soir, c'était un calme, une sérénité ! Endroit parfait pour se livrer au plaisir de la conversation.



Je revois encore Toulet descendant les quelques marches de l'escalier qui aboutissait à ces taciturnes profondeurs, s'installant avec des airs frileux dans un des énormes fauteuils. Au bout de peu de temps le rejoignaient là quelques fidèles, Emile Henriot, Jean-Louis Vaudoyer. Toulet passait d'un sujet à un autre au milieu de la conversation générale, puis, tout à coup, les feux d'artifice des paradoxes commençaient à jaillir et à lancer les étourdissantes fusées, les incroyables gerbes éblouissantes dont, nous autres, les auditeurs, garderons toujours l'étonnant souvenir.



Bien qu'on lui ai fait, je ne sais pourquoi, la réputation d'un être quinteux et presque agressif, il était au contraire d'une extrême politesse ; vis-à-vis de moi il fut toujours d'une parfaite affabilité ; son érudition était fort étendue, sans la moindre pédanterie et s'il aimait parfois manier le paradoxe et l'ironie, il émanait de ses entretiens un charme rare et très subtil. C'était surtout quand on était peu de monde autour de lui qu'il était agréable de l'entendre, car, loin de tirer à lui la couverture — si j'ose ainsi parler — de la conversation, il avait une singulière adresse à laisser parler les autres et à sembler les faire briller, tout en dirigeant, sans en avoir l'air, la causerie et en y prenant part d'une façon telle que ceux qui furent ses familiers en garderont longtemps la mémoire.



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ECRIVAIN PAUL-JEAN TOULET
A 25 ANS



La conversation de Toulet était toute en nuances, en échappées, en finesse, en boutades, en choses qui sembleraient devoir se terminer et qui s'évanouissaient comme un arc-en-ciel, en heureuses réparties. C'était très aérien, léger, peu appuyé et là en résidait la principale séduction.



Quand sa propriété de Carresse fut vendue, commença pour lui une vie très incertaine, plus que difficile, très dure, mais qu'il supporta dignement, sans qu'il s'en plaignit ou fit, à cet égard, l'ombre d'une allusion.



Il est évident que Toulet fut, pour ainsi dire, totalement ignoré de son temps. Chose étrange, dans bien des milieux littéraires, tout le monde avait pourtant lu M. du Paur et le délicieux livre Mon amie Nane. Mais sa réputation de très bel écrivain ne dépassait pas le cercle restreint d'une certaine élite et de cénacles littéraires. Le gros public n'était pas touché.



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LIVRE MON AMIE NANE DE PAUL JEAN TOULET


Aujourd'hui, méconnu de son vivant,, il prend sa revanche par la haute place qu'il aurait dû occuper dans les lettres de son époque. L'heure réparatrice d'une trop longue injustice a sonné pour sa mémoire. La voix de ses fervents admirateurs s'est fait entendre et écouter. De cette revanche, une grande part revient à l'éditeur M. Henri Martineau dont la courageuse revue Le Divan n'a cessé de protester contre ce déni de justice littéraire. Remercions-le au nom de tous ceux qu'a passionnés l'œuvre de Paul-Jean Toulet.



Il écrivait de-ci de-là dans des revues, à la Vie Parisienne, où il publia ces charmantes Pensées chinoises parmi lesquelles je cueillis, entr'autres, celle-ci :


"Tout ainsi que les mikados d'autrefois, le bonheur est un prince irrésistible et caché à qui l'on fait sa cour sans jamais le voir face à face."



De cette incompréhension vis-à-vis de son talent si subtil, il est certain qu'il devait souffrir dans son cœur. Outre les difficultés matérielles qui en résultaient forcément, comment un être doué d'une sensibilité aussi aiguë, aussi frémissante, n'en eut-il pas conçu dans son for intérieur une décevante amertume ?



La destinée, il faut l'avouer, fut mélancolique pour cet écrivain de haute classe qui était un très bel artiste dans toute l'acception du mot.



De ces rancœurs je n'ai trouvé nulle trace en ses propos. Jamais un mot dur ni acerbe vis-à-vis d'un confrère, jamais une révolte. Non point qu'il fut résigné. Loin de là ! Mais il avait la coquetterie de ne point vouloir faire figure d'aigri ni surtout d'en montrer la face.



Peut-être l'irrégularité de son travail était-elle pour quelque chose dans ce manque de réussite. Difficilement on eut pu obtenir de lui à un journal, par exemple, une collaboration régulière. Il n'aimait à travailler qu'à ses heures, pour ainsi dire, en dilettante.



Dans ses écrits en prose, dans ses vers, son souvenir reviendra vers sa province, son cher Béarn, le Gave, les Pyrénées. Sa pensée regrettera sans cesse les belles après-midi d'été de notre ravissant pays, quand l'air y est transparent comme du cristal, ou les douces journées d'automne, dorées comme du miel. Il reverra, en songe, les maisons de campagne aux persiennes fermées et il évoquera les belles siestes d'autrefois. Ecoutez-le :


"Cette chaleur m'enchante, dit M. du Paur, je l'ai toujours aimée et le soleil et l'été aux heures pareilles toutes blanches qu'il me semble encore sentir battre de l'aile autour de moi. Dans une salle vaste, carrelée, aux volets clos, rayés de jour, qu'il faisait bon s'allonger et ne rien faire. Parfois, de quelque fente, un bourdon entrait, dont le vol bruissant et continu faisait savourer davantage l'inaction, la fraîcheur et le silence." Et comme son interlocuteur lui fait remarquer que ce bonheur n'est pas hors de portée, que cela ne le ruinera guère. "Mais si, mais si ! reprend M. du Paur en souriant, vous savez bien que le temps des siestes est passé pour moi. Jamais plus je n'entendrai, au fond d'un sommeil léger étendu sur moi comme un tulle, le claquement lointain des portes, ni le rire jeune des lingères goûtant à l'office, ou bien le cri strident du pic à travers les branches."



Quel délice que cette description ! Ce morceau est à lui seul un vrai petit chef-d'œuvre. Comment, avec si peu de choses, arriver à l'évocation de tout cela ! Il semble qu'une porte va s'ouvrir et que l'on va sentir l'odeur d'un fruitier dans une de nos vieilles demeures provinciales, un fruitier tout odorant de fruits, de pommes et de pêches. C'est en cela qu'il est passé maître. C'est de créer toute cette atmosphère avec, semble-t-il, si peu de moyens. On retrouvera une sensation analogue dans l'Almanach des Trois Impostures, quand il écrit : "Ce n'est rien, ombres d'août, ce n'est qu'une porte qui s'ouvre dans le silence de l'après-midi et l'approche de ce qu'on aime, glissante sur les dalles du frais corridor".



ecrivain guethary pays basque autrefois
LIVRE LES TROIS IMPOSTURES DE PAUL JEAN TOULET


A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)









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vendredi 17 avril 2026

PIERRE LOTI QUITTE LE PAYS BASQUE EN JANVIER 1898

LOTI QUITTE LE PAYS BASQUE.


C'est en 1891 que Julien Viaud, plus connu sous le nom de Pierre Loti, découvrit le Pays Basque, lorsqu'il fut nommé pour commander le Javelot, canonnière stationnée à Hendaye.



academie francaise loti pays basque écrivain labourd hendaye
PIERRE LOTI EN UNIFORME DE CAPITAINE DE VAISSEAU



Voici ce que rapporta à ce sujet Théophile Janvrais dans le quotidien Le Figaro, le 3 janvier 1898 :



"Pierre Loti quitte Hendaye.



Hier, lendemain du premier de l'an, le lieutenant de vaisseau Julien Viaud a cédé le commandement de la canonnière Javelot et de la station navale de la Bidassoa au lieutenant de vaisseau Cambécédés. Demain il quittera l'Euscalerria et Hendaye.



Où ira Pierre Loti ? car c'est de son départ qu'il s'agit. D'abord en congé, dans sa maison orientale de Rochefort, mais ensuite... nous ne sommes pas autorisé à le dire. Cependant ajoutons qu'un nouvel inconnu l'attire, un inconnu très lointain, presque vierge, c'est-à-dire un sol de la plus immémoriale histoire. Et c'est un très lointain voyage qu'il projette dans ces pays les plus vieux du monde... 



Sans rien présager de l'avenir, qui nous réserve sans nul doute d'autres chefs-d'oeuvre de ce délicat conteur, il convient de se féliciter pour son oeuvre du double séjour à Hendaye de l'auteur de Ramuntcho, car plus d'un de ces derniers beaux livres : Matelot, Ramuntcho, Figures et Choses qui passaient, est né sur les rives de cette belle rivière internationale de la Bidassoa.



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LIVRE FIGURES ET CHOSES QUI PASSAIENT
DE PIERRE LOTI



Or il nous a paru intéressant de rappeler ce séjour de Pierre Loti à Hendaye. C'est à la fois une page documentaire pour notre littérature et encore de curieuses notes pour les futurs biographes de l'officier-académicien.



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PIERRE LOTI
ACADEMIE FRANCAISE 1891


Pierre Loti a commandé deux fois sur la Bidassoa. Le commandant Viaud fut appelé sur le Javelot dès mai de l'année 1892 ; il y resta dix-huit mois. Ce premier séjour nous valut Matelot. Son successeur, au commencement d 1894, fut M. de Coffinières de Nordeck.



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LIVRE MATELOT
DE PIERRE LOTI



Cette trêve ne fut pas perdue pour l'écrivain charmeur. En 1894, il voyagea en Arabie Pétrée et en Palestine, nous rapportant Galilée et Jérusalem, qu'il écrivit étant aide de camp de l'amiral préfet maritime de Rochefort.



academie francaise loti pays basque écrivain labourd hendaye
LIVRE LA GALILEE
DE PIERRE LOTI



Quatre ans, jour pour jour, après sa première nomination sur le Javelot, Pierre Loti revenait à Hendaye reprendre la direction de la mission navale de la Bidassoa. Il la quitte après dix-huit autres mois de service. C'est pendant ce second séjour qu'il a étudié la vie basque, d'où est sorti Ramuntcho, écrivant aussi Figures et Choses qui passaient, un groupe de charmants pastels du pays des señoras.



Plusieurs personnes s'étant demandé devant nous quel est le rôle du Javelot dans les eaux d'Hendaye, et comment aussi il se peut qu'un officier de marine puisse accomplir tant de prodiges si étrangers les uns aux autres, nous allons, dans la mesure du possible, satisfaire leur légitime curiosité.



Sur les eaux neutres de la Bidassoa qui vit jadis une entrevue historique célèbre, l'Espagne entretient un stationnaire de guerre, le Mac-Mahon, et la France en a deux : la canonnière Javelot et le Nautile, qui constituent notre station navale. Celle-ci a pour mission la police des eaux neutres, la surveillance de la pêche et elle intervient dans les conflits entre pêcheurs. De plus, les commandants des deux stationnaires font partie de la Commission internationale des Pyrénées, qui tient plusieurs séances par an à l'Hôtel de ville de Bayonne ; comme ils assistent aussi en uniforme, à Fontarabie, à l'installation solennelle et séculaire de l'alcalde de la mer, le chef de la confrérie des pêcheurs de la Bidassoa.



academie francaise loti pays basque écrivain labourd hendaye
LE MAC-MAHON FONTARRABIE - HONDARRIBIA
PAYS BASQUE D'ANTAN


C'est le matin que Loti expédie ses affaires de commandant de station nationale et vaque aux obligations de son sort. Ensuite il sort, fait des promenades à cheval dans les campagnes et de longues parties au jeu de paume d'Hendaye. Il est même d'une très jolie force à la pelote et peut lutter avec les professionnels, presque tous des contrebandiers de la frontière.



hendaye autrefois pays basque écrivain loti
PIERRE LOTI ET LA PELOTE HENDAYE PLAGE
PAYS BASQUE D'ANTAN

Quand il s'est suffisamment documenté en se pénétrant ainsi avec familiarité de la vie basque, Loti écrit son oeuvre et y travaille tous les après-midi à partir de cinq heures — dans son étrange et exigu cabinet de travail, qui n'a pour seul meuble qu'une table, encombrée de boîtes précieuses, et un divan ; les murs y sont tendus d'étoffes orientales et du plafond pend une lampe de cuivre. Les indiscrets ne viennent point l'y déranger, car on n'y accède que par une échelle de corde qui tombe sur une petite terrasse baignée par le fleuve franco-espagnol.



academie francaise loti pays basque écrivain labourd hendaye
MAISON DE PIERRE LOTI HENDAYE - HENDAIA
PAYS BASQUE D'ANTAN


A part les visites rares de quelques intimes et celles de littérateurs en voyage dans le pays, pour qui l'Euscalerria est comme un lieu de pèlerinage, — tels il a reçu : Juliette Adam, Jean Thorel, Jean Radeau, René Bazin, Yann Nibor, Louis Labat, Louis de Robert, etc. — M. Pierre Loti est un simple qui mène une vie retirée à Hendaye, une vie de travail et de méditation solitaire, — celle qui fait la vraie force des écrivains de race...



Telle est, à Hendaye, la double vie de marin et de lettré de cet "Immortel" dont le 1er de l'an 1898 va le séparer, pour n'y revenir de longtemps..."




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)






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dimanche 28 décembre 2025

28 DÉCEMBRE 1937 : MORT DE MAURICE RAVEL MUSICIEN BASQUE



MAURICE RAVEL MUSICIEN BASQUE.


Joseph Maurice Ravel est un compositeur Basque né à Ciboure (Basses-Pyrénées) le 7 mars 1875 et mort à Paris le 28 décembre 1937.


compositeur bolero france pays basque ciboure
COMPOSITEUR MAURICE RAVEL 

Je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises de la mort de Maurice Ravel, en 2017, en 2019en 

2020, en 2021, en 2022, en 2023 et en 2024



Voici ce que rapporta Michel Guy à ce sujet l'hebdomadaire A la Page, le 21 janvier 1932 :


"En écoutant un grand musicien moderne : Maurice Ravel.



Les musiciens ne sont pas si loin de nous qu'on le croit. A côté des airs connus qui se sont échappés de la cage harmonique de l'Opéra, voici que des poètes construisent pour nous les plus délicieuses fantaisies.



Peu à peu, la musique, qui ne quittait pas les grandes villes et n'abordait nos sous-préfectures que sur les cuivres de la musique militaire, s'en est allé de par les villages sur les ondes des postes de T. S. F. et sur l'ébonite des roues enchanteresses que sont les disques.



Et c'est tant mieux, car la musique, comme le bon vin, réjouit le coeur de l'homme.



Or donc, pour être à la page, j'allai hier soir au festival que donnait Maurice Ravel lui-même dans la magnifique salle Pleyel.



Maurice Ravel ? Vous le connaissez... Un Basque né, le 7 mars 1875, à Ciboure, cette charmante petite cité des Basses-Pyrénées, toute proche de Saint-Jean-de-Luz. Tout jeune, il lui fallut quitter les sites enchanteurs des montagnes pour venir aux rives de l'Ile-de-France entendre d'autres mélodies que celles des vieilles chansons espagnoles qui avaient bercé son enfance.



pays basque autrefois compositeur boléro ciboure
MAURICE RAVEL
PAYS BASQUE D'ANTAN


Mais c'était un enfant précoce. A douze ans, le génie de la composition le tourmentait déjà, et alors que tant d'entre nous n'en sont encore qu'au stade des billes et du cerceau et ne mettent leur esprit critique qu'aux démêlés compliqués du jeu des gendarmes et des voleurs, lui recherchait déjà "le subtil frottement qui résulte de cet accord de septième majeure qu'il devait incomparablement magnifier dans la suite".



Doué incontestablement, Maurice Ravel apprit de bonne heure que seul l'amour du travail saurait lui dévoiler toutes les ressources d'un art dont la première écorce est particulièrement amère. Et hier, en mêlant mon enthousiasme à celui de cette salle où 3 000 personnes l'applaudissaient, je pensais aux longues séances d'études, aux efforts constants, aux sorties sacrifiées, aux amis éloignés, pour s'adonner entièrement aux leçons et aux exercices qui forment la sensibilité harmonique sans la flatter. Être un très bon élève en tout ce que l'on entreprend, telle est la grande leçon de jeunesse que nous donne cet élève du Conservatoire qui, en 1891, suivait les cours de piano et voyait ses efforts récompensés par la première médaille qu'il recevait.



Vers cette époque, Maurice Ravel fut présenté par son père à Erik Satie, un musicien dont le génie bizarre faisait alors fuir le public. Satie constata aussitôt l'étonnant talent du jeune homme, et, voyant qu'il pouvait comprendre ce que tant de musiciens ne voulaient même pas écouter, il lui révéla la dernière oeuvre qu'il venait de faire. On raconte que le jeune Ravel fut tellement émerveillé par ce monde harmonique inconnu de lui qu'il s'éprit de Satie au point de jouer dans les salles mêmes du Conservatoire, en attendant le professeur, des oeuvres alors considérée comme hérétiques par la docte Faculté. Et quand au loin se faisaient entendre les pas pressés du maître de piano, cette sarabande se terminait sur le plus classique des accords.



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COMPOSITEUR ET PIANISTE ERIK SATIE


Mais déjà le jeune musicien, élève parfait et docile, se livrait à la composition et donnait la prodigieuse Habanera que j'eus la joie d'entendre hier soir, enveloppée de rêves dans la Rapsodie Espagnole.



Tout Paris était accouru, et aux portes du vestibule les imprévoyants se voyaient figés par ce petit carton qui dut en faire loucher plus d'un :

Aucune place de disponible...



Dans la salle, sous le plafond lumineux qui vous renvoie comme un tremplin la plus faible note, pas un bruit. Des dames ajustent leur face-à-main pour... mieux entendre. Avouons qu'il y en est de compétentes. Près de moi, deux (je cherche encore leur nationalité) sont venus avec partition et crayon en mains. Ils suivent, mesure par mesure, Daphnis et Cloé, qui s'en moquent bien dans leurs tournoiements amoureux.



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DAPHNIS ET CHLOE
MAURICE RAVEL


La valse nous enlève dans son tourbillon et nous transporte à la cour impériale, vers 1855, au milieu des couples de danseurs immatériels, sous le cristal des lustres limpides.



Ces deux morceaux sont dirigés avec une fougue de conquistador par le directeur des concerts symphoniques de Lisbonne, M. Pedro de Freitas-Branco. Mais, quand apparaît le maître, petit et fluet, serré dans son habit, toute la salle se tait. Les oreilles, comme les notes, s'accrochent à la baguette magique qui pique de perles l'onde claire et arrache aux instruments étonnés des sonorités ignorées. Car Maurice Ravel n'est pas seulement un compositeur de génie : il est aussi un chef d'orchestre merveilleux qui vous fait sortir de derrière les fagots des bouteilles qu'on n'a jamais vues.



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CHEF D'ORCHESTRE PEDRO DE FREITAS-BRANCO



Espiègle et fin, il s'amuse à tourmenter le bourgeois tout en épatant le gogo ; et, tandis que, de sa main droite, sa baguette drape une phrase des plus classiques, sa main gauche, comme à la dérobée, fait signe à la batterie qui, en un charmant éclat de rire, coupe tous les effets.



Musique très jeune et très à la page. D'un dessin très pur, haute de couleur, nuancée et discrète, elle dénote une palette d'une richesse comparable à celle des musiciens russes, mais employée avec cette mesure caractéristique du génie latin.



Malgré tant de talent le jeune Ravel n'obtint pas le prix de Rome... Au-dessus de ces contingences, loin d'être ému par l'injustice dont il était victime, il en usa comme d'un stimulant et donnait, la même année, des oeuvres souriantes et fraîches : La Sonatine et le Noël des Jouets.



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MAURICE RAVEL
PAYS BASQUE D'ANTAN


Depuis, son talent créateur ne s'est pas ralenti. Et parmi les plus belles oeuvres que vous pouvez entendre il faut compter Le Menuet antique, Pavane pour une infante défunte, Valse, etc.



Comment travaille Maurice Ravel ?



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MAURICE RAVEL


Qui s'en doutait hier dans la grande salle ? Pas ma voisine, certes, qui papotait, et était plus inquiète des regards portés sur sa robe d'un jaune épais que de la verve éblouissante de l'auteur.



Lui-même l'a dit à tous ses amis. Il vit dans la paisible cité de Montfort, îlot breton aux confins de l'Ile-de-France. Là, dans le silence, il médite. Toutes les fois qu'il veut faire une composition, il prend Saint-Saëns, mais aussi Reber et Dubois, qui sont aux musiciens ce que Brachet et Dussouchet seraient aux romanciers. C'est la grammaire. Maurice Ravel est classique, ne l'oublions pas.



Où trouve-t-il ses thèmes ? Celui de son concerto, que nous joua si brillamment Mme Marguerite Long, une pianiste des plus réputées, lui vint, il y a près de 4 ans, entre Londres et Douvres, à son retour d'Oxford.



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PIANISTE MME MARGUERITE LONG


— Le plus souvent, c'est à Montfort, dit-il, où je ne cesse de composer, que prennent naissance ces thèmes. Ils n'ont rien à voir avec le sentiment, mais avec l'idée. Car, pour moi, la musique est l'art le plus intellectuel qui soit.



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MAISON DE MAURICE RAVEL A MONTFORT L'AMAURY
PAYS BASQUE D'ANTAN


Parfois, c'est au cours de ses promenades que surgissent en son esprit ces mélodies qui le hanteront fort tard dans la nuit, alors qu'il travaille encore.



Après la Pavane pour une infante défunte, ce fut le Boléro, écrit par Ravel pour se faire comprendre de tous et dont le plan consiste en la répétition inlassable d'une même phrase qui ensorcelle plus qu'elle ne séduit.



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LE BOLERO
MAURICE RAVEL


C'est là qu'il fallait voir le maître diriger avec cette sorte de sorcellerie qui lui permet de découvrir les meilleurs effets. Il semble que cette même phrase, répétée par les différents éléments de l'orchestre, quitte sa baguette magique ; que les notes fluettes et argentines courent comme des fées de cristal, prenant tantôt à la nuit les silences, tantôt au soleil la douce résonnance des grands rayons d'or. Roucoulement du rossignol comme dans les ballets de Daphnis et Cloe, perles de rosée, gouttelettes d'eau qui tombent d'une roche, tout chante pour la joie de l'auditeur.



Telles sont l'oeuvre et l'histoire d'un musicien qu'il ne faut pas méconnaître pour être à la page. Vous n'aurez peut-être pas la joie de l'entendre exécuter par un orchestre aussi choisi que celui des Concerts Lamoureux. Mais du moins aurez-vous la facilité de vous procurer les disques de ses morceaux et, pour les soirs d'hiver, de passer encore quelques bons moments dans la plus agréable compagnie."



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DISQUE CONCERTS LAMOUREUX




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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vendredi 14 novembre 2025

LE REMPLACEMENT DE PIERRE LOTI À L'ACADÉMIE FRANÇAISE PAR LE PEINTRE ALBERT BESNARD EN JUIN 1926

LE REMPLACEMENT DE PIERRE LOTI À L'ACADÉMIE FRANÇAISE EN JUIN 1926.


Après la mort de Pierre Loti, le 10 juin 1923, à Hendaye, il est remplacé à l'Académie Française, au fauteuil N° 13, 3 ans plus tard, jour pour jour, le 10 juin 1926, par le peintre Albert Besnard.




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ALBERT BESNARD 10 JUIN 1926
PHOTO AGENCE ROLL


M. Albert Besnard est élu à l'Académie française le 27 novembre 1924, devenant le premier 

peintre à entrer dans cette institution, depuis 1760.

Son épée d'académicien est l'oeuvre d'Antoine Bourdelle.



Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le Figaro, le 11 juin 1926, sous la plume de Ch. 

Dauzats :



"A l'Académie Française.

M. Albert Besnard a été reçu hier par M. Louis Barthou.

L'un et l'autre ont dessiné d'émouvantes images de Pierre Loti.



Il était impossible que la solennité d'hier n'eût point un grand éclat, tempéré d'une rare élégance et d'une mélancolie très douce.



Pour entendre un nouvel hommage à la mémoire de l'auteur divin d'Aziyadé, de Pêcheur d'Islande, des Désenchantées, de tant de merveilleux poèmes, hommage rendu par un peintre illustre et par un maître du verbe, la foule se pressait sous la Coupole, une foule qui unissait l'élite des lettres et des arts à la fleur de la société parisienne.



M. Albert Besnard, élu par l'Académie française à la place vacante par la mort de Pierre Loti, venait prendre séance, et M. Louis Barthou l'accueillait au nom de la Compagnie.



Quand le récipiendaire parut entre les deux parrains, M. Marcel Prévost et M. Henri-Robert, on l'acclama ; et tout de suite, M. Barthou donna la parole au directeur de l'Ecole des beaux-arts, ancien directeur de l'Académie de France à Rome, grand-croix de la Légion d'honneur, pour son remerciement.



Ce remerciement fait, M. Albert Besnard dit :


"J'ai le devoir d'expliquer Pierre Loti. Mais ne dois-je pas vous avouer, dès le début, que ma façon de le présenter sera plutôt d'un peintre que d'un écrivain. Car j'eusse considéré comme inopportun de ma part, peut-être même sacrilège, d'en parler en critique, fût-ce pour le louanger."



Et c'est en peintre, en effet, qu'il esquisse l'enfance, la jeunesse, la vie du magicien Pierre Loti, mais en maître peintre qui sut donner à son esquisse toutes les valeurs du coloris et du dessin, tous les plus beaux effets de lumière et d'ombre.



Pourtant, au cours d'une brève analyse des romans du poète magnifique, M. Besnard se montra critique délicat et subtil.



D'abord, il nota que durant toute son existence, Pierre Loti fut poursuivi par la hantise de la mort, qui lui inspirait plus de haine que d'horreur véritable :


"Heureusement que l'artiste excelle à se servir de tout ce qui peut mettre en valeur son individualité ; ainsi Loti, haïssant la mort, s'en sert pourtant, mais il la punit en lui donnant dans ses livres, le rôle odieux... Je le comparerai aux peintres parce que, comme eux, il use de certaines préparations ; les uns ébauchent en bleu, les autres en noir. Loti ébauche en gris, et, grâce à cette méthode, il extériorise en les enlevant en clair sur un fond vigoureux, les luttes intérieures , les sursauts de l'âme, tout en leur offrant comme protagoniste un être idéal qui est lui-même, parlant toujours le même langage. A l'entendre, ses lecteurs gagnent l'illusion d'une présence continuelle qui leur est devenue chère. Ils le reconnaissent à la mélancolie de ses accents. Car avec un sens très avisé de la volupté humaine, il a compris vite que si les hommes aiment la joue, ils lui préfèrent la douleur. Non celle qui fait crier, mais l'autre, compagne plus discrète, qui est la tristesse. Et opportuniste subtil, il le partage avec eux."



Le premier livre de Pierre Loti, dit M. Besnard, c'est Aziyadé




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ROMAN AZIYADE
DE PIERRE LOTI



"L'admirable paysage dont l'a entourée son tuteur empêchera à tout jamais le lecteur de s'apitoyer comme il le devrait sur le sort de cette petite éphémère blottie dans es étoffes somptueuses, tout au fond de cette barque qui flotte silencieusement sur les eaux calmes de la Corne d'Or ; si calmes qu'elles semblent avoir cédé la place au ciel. Ce giaour qui est à ses pieds est un des plus grands paysagistes du monde et un grand poète aussi. Il dit à sa compagne (comme il peut, car il ne parle pas encore le turc) : "Dans trois heures, il faudra partir, quand la Grande Ourse se sera renversée  dans le grand ciel immense", indiquant ainsi d'une façon admirable tout le mouvement de la nuit qui fait pressentit tout l'apparition du jour. Voilà une belle idée de paysagiste et de poète ; mais aussi une idée de marin. C'est qu'en vérité un marin sait seul placer  ces mots-là, les placer où il faut, car mieux qu'un autre il en connaît la portée, ayant la possibilité d'observer la nature dans le silence des nuits du haut de sa passerelle, comme les bergers dans les plaines, comme autrefois les stylites sur leurs colonnes."



Marin, Pierre Loti est dans la vie un pilote attentif à la moindre brise, aux caprices des vagues, dit M. Besnard ; et il perçoit le mouvement de la nuit, il en note les phrases :


"Sur ce bateau qui avance toujours, insensiblement, au devant de ces horizons qui se désagrègent à mesure qu'il s'en approche, lui, le marin, subit le travail constant d'une activité qui s'ignore et cependant agit sur le cerveau.


Tel m'apparaît Loti. Dès lors point ne lui est besoin d'être un imaginatif pour créer, il lui suffit de voir, et s'il met tant de force dans ses peintures, c'est simplement qu'il a vu ce qu'il décrit. L'invention a toujours des flottements, des vides qui sont épargnés à l'inspiration directe. Chez lui, c'est l'oeil qui commande au cerveau. C'est parce qu'il a vu que lui est venue l'idée d'écrire. Sa vision paraîtrait moins spontanée si on y démêlait un arrangement préalable. Aux tempéraments comme le sien l'esquisse est fatale. Je dirais presque : c'est une dépense inutile, ou tout au moins un risque d'émousser son idée. Il lui faut l'excitation d'une sensation nouvelle et immédiate ; il lui faut l'ivresse de la surprise. Alors son écriture a toute l'impétuosité d'une bordée et toute la franchise de l'imprévu. Alor usant de son verbe si simple, n'exprimant que l'essentiel de la vérité, il atteint les régions les plus profondes de l'émotion. Comme dans son évocation de la haute figure de la vieille Pomaré, tenant sur ses genoux encore robustes une frêle enfant, dernier espoir de sa lignée. De ses yeux baignés de larmes, pauvre femme ! elle suit le lent travail de la Mort qui lui enlèvera encore celle-là après les autres. Et la grande douloureuse de Pêcheur d'Islande qui l'oubliera jamais ?"



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ANTOINE BOURDELLE ET ALBERT BESNARD
8 JUIN 1926
PHOTO AGENCE ROLL



C'est avec ce don d'analyse colorée et jusque que le peintre Albert Besnard passe en revue les oeuvres de Loti.



Puis il salue ses crayons, car le poète avait appris de sa soeur, élève de Léon Cogniet, l'art du dessin.



Mais M. Albert Besnard revient au poète, qui montrait, quand il écrivait, les plus hautes qualités des maîtres du pinceau, et il termina ainsi son discours, très applaudi :


"Par le développement rapide de ses inscriptions, Pierre Loti s'est insinué si profondément dans nos âmes, a frappé si fortement nos imaginations, que la synthèse des beautés de la nature n'a jamais été suggérée avec autant de puissance (en quelque langage que ce soit) que par ce peintre de décors sublimes."



M. Louis Barthou a commencé ainsi sa réponse au récipiendaire :




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LOUIS BARTHOU
ACADEMIE FRANCAISE 10 JUIN 1926
PHOTO AGENCE ROLL



"La joie que nous éprouvons à vous recevoir au milieu de nous s'accompagne de la tristesse d'un douloureux anniversaire ; il y a aujourd'hui trois ans, jour pour jour, que Pierre Loti mourait à Hendaye."



Et voici l'émouvante évocation de cette mort :


"Au dehors, dans un après-midi d'été précoce, le temps était splendide. "Les langueurs et les limpidités du midi espagnol" remplissaient l'atmosphère pure et chaude. Pendant que s'éteignaient les deux yeux admirables qui avaient reflété toutes les splendeurs du monde, une procession dominicale parcourait la rue étroite de la petite ville. Les cloches d'Hendaye et de Fontarabie mêlaient par-dessus la frontière leurs vibrations religieuses. Le bruit, adouci comme un murmure, des prières et des cantiques venait jusqu'à la petite maison où le grand voyageur, qui avait vu tant de fêtes mystérieuses et tant de cortèges triomphaux, entrait dans le repos éternel. Les litanies séculaires se déroulaient comme un autre livre, un livre, saint de la Pitié et de la Mort. Aux "choeurs des petits garçons chantés à pleine voix enfantine avec un entrain un peu sauvage" répondaient "les choeurs très doux des petites filles", guidés par "une voix fraîche et claire", semblable à celle de Gracieuse qui, devenue la soeur Marie-Angélique, avait fui dans l'exil d'un couvent l'amour passionné de Ramuntcho. O crux, ave, spes unica ! Pierre loti avait, pour trouver une espérance, fait ce qu'il appelait, dans une dédicace intime, des pèlerinages extravagants à travers le monde. Pèlerin désenchanté et croyant désabusé, il avait fini par admettre la vertu religieuse des habitudes traditionnelles. Il disait : "Faire les mêmes choses que depuis des âges sans nombre ont faites les ancêtres, et redire aveuglément les mêmes paroles de foi, est une suprême sagesse, une suprême force". Protestant, il n'a jamais renié, même en ne la pratiquant pas, la foi de ses ancêtres. Mais, un hasard mystérieux mit des chants catholiques sur le chemin de sa mort. Il n'en aurait pas repoussé la douceur bienfaisante. Tout, dans le pays basque, lui était cher et il n'aurait pas souffert, si la connaissance des choses ne lui avait pas été enlevée avant la vie, de s'endormir dans l'écho des prières qui avaient conduit jusqu'au cloître prochain la gracieuse héroïne d'un des romans où il a répandu le plus de son âme.



Avant de louer l'oeuvre d'Albert Besnard, M. Louis Barthou a rappelé sa jeunesse, ses débuts dans l'art où il allait devenir un maître : 


"En 1870, dispensé du service et engagé volontaire, vous fîtes les coup de feu sous Rueil. A l'Ecole, vous étiez toujours un élève irrégulier, indécis et solitaire. Mais en 1874 il vous arriva un accident, sous la forme d'un grand prix de Rome, pour lequel vous aviez concouru sans ambition et sans espoir, et dont vous appréhendiez les servitudes beaucoup plus que vous n'en goûtiez l'honneur...


A Rome, il y a l'Ecole, la ville et la campagne. L'Ecole n'a exercé sur vous aucune influence, et vos envois ont la sèche correction d'un devoir accompli sans plaisir. Mais il s'en faut que votre séjour dans la Ville Eternelle vous ait été inutile. Il vous a instruit sans gâter vos dons de peintre, qui devaient s'épanouir plus tard sur la vie, sur la nature et sur l'art. Il n'est que de lire deux chapitres de votre livre pittoresque, vivant et souvent mordant, Sous le ciel de Rome, pour comprendre les profits que vous avez retirés de votre stage dans la Villa Médicis."



Et puis, ne fut-ce point à Rome que se fiancèrent Albert Besnard et Mlle Charlotte Dubray, fille d'un statuaire connu, dont elle pratiquait l'art avec talent ? etc...



C'est à Pierre Loti que M. Louis Barthou a consacré la fin de son très beau discours :


"Ses grands chefs-d'oeuvre, puisés dans l'éternelle nature et dans ce que le coeur humain a de plus intime, lui assurent une durée immortelle. Tant qu'on aimera et tant qu'on pleurera, ces deux brèves et musicales syllabes, Loti, tombés un jour des lèvres d'une jeune Tahitienne, chanteront la gloire de celui qui fut, dans le domaine du rêve, un prince magnifique et un incomparable magicien."



Un long applaudissement a souligné cette péroraison.



Après la séance, le secrétaire perpétuel et Mme René Doumic ont reçu les invités de l'Académie au pavillon de Caen."



(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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