dimanche 21 janvier 2018

L'HISTOIRE DU CHÂTEAU D'ARCANGUES - ARANGOITZE EN LABOURD AU PAYS BASQUE


LE CHÂTEAU D'ARCANGUES EN 1930.


Après vous avoir présenté le château d'Urtubie à Urrugne, dans un article précédent, je vais vous parler aujourd'hui du château d'Arcangues.

arcangues autrefois
CHÂTEAU ARCANGUES - ARRANGOITZE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce qu'en raconta La Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays Basque, dans son édition 

du 16 septembre 1930 :

"Les belles demeures, les beaux domaines du Pays Basque : Arcangues.

Après la conférence du Marquis d’Arcangues.

Nous avons dit le succès obtenu vendredi dernier, au Musée Basque, par le marquis d’Arcangues avec sa conférence sur un château basque. Rappelons, aujourd'hui, l'histoire du château d’Arcangues, d'après les feuillets que publia naguère M. J. Nogaret, dans le Bulletin du Musée Basque : 

Le premier emploi qu’ils occupèrent, celui de procureur du roi, était de création relativement récente. Cette institution s’étendit au pays de Labourd vers 1540. Les magistrats qui en étaient pourvus représentaient les droits du souverain auprès des tribunaux; plus tard, ils devinrent des officiers de justice dont la charge se vendait et s’acquérait comme les autres offices royaux et souvent aussi devenait héréditaire. 


On ignore à quelle époque l’un d’eux fut investi de ces fonctions ; mais on trouve Jean, écuyer, en possession de cette charge en 1582. Son contrat de mariage et divers actes de procédure en font foi; c’est du reste tout ce que l’on sait de lui. 


Son fils Laurent lui succéda et on possède à son sujet des renseignements plus complets. Il était en fonctions lorsque se produisirent, au commencement du dix-septième siècle, les affaires de sorcellerie dont il a déjà été question et qui désolèrent le pays de Labourd. 


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CHÂTEAU ARCANGUES - ARRANGOITZE
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Une première fois, en 1605, une commission composée de membres du Parlement, avait été chargée d’une enquête et, cinq ans plus tard, le conseiller de Lancre, avait reçu mission de réprimer les "crimes de sorcellerie". 


Le procureur du roi n’eut pas à intervenir à cette occasion; mais, quelques années plus tard, il dut s’occuper d’une affaire similaire qui laisse une pénible impression sur l’état d’esprit des populations à cette époque. 


Il y avait à Saint-Jean-de-Luz, un certain nombre de Juifs portugais convertis, mais qu’on supposait ne l’être que de nom et ne pratiquer les exercices de la religion que pour ne pas être inquiétés. Un jour, une femme appartenant à cette secte, prenait la communion à l’église, lors qu’un vicaire remarqua qu’elle retirait l’hostie de sa bouche et la cachait dans son mouchoir. 


Le vicaire cria au scandale et fit mettre cette femme en prison, tandis que les autorités de Bayonne étaient informées de ce sacrilège. Mais la nouvelle de ce qui venait de se passer se répandit rapidement; des attroupements se formèrent et les marins se montrèrent les plus excités pour demander qu'en présence d'un crime aussi épouvantable, la coupable fut punie sans autre forme de procès. Les esprits étaient si montés que les magistrats municipaux eurent la plus grande peine à protéger cette femme contre la fureur populaire en attendant la venue de Bayonne des autorités chargées de l'enquête.


Le lendemain à midi arrivèrent M. Laurent d'Arcangues, procureur du roi, assisté de Martin de Crutchette, lieutenant particulier du sénéchal et de Michel Doyharat , official du diocèse. Ces magistrats s'installèrent dans la sacristie et donnèrent l'ordre d'amener la Portugaise pour procéder suivant les règles; mais ils ne purent terminer leur mission. Voici la fin du procès-verbal  de ce qui suivit, rédigé par Michel Doyharat, tel qu'il figure aux archives :

"...Ils (les marins) criaient qu'ils n'auraient jamais le courage d'implorer l'aide de Dieu parmi les dangers de la mer auxquels ils étaient exposés chaque jour, si cette détestable qui venait de faire une si étrange ignominie, demeurait impunie.


Auxquels n'ayant pu satisfaire ni faire entendre aucune parole à cause du grand bruit et tumulte, à la persuation du recteur et bayle, nous nous serions retirés de la foule devant le grand autel, d'où nous aurions aperçu plusieurs de ladite foule se jeter sur la porte de la sacristie pour se saisir de la prisonnière. 


Et s'étant le procureur du roy voulut s'opposer à leur entrée, aucuns de la troupe lui auraient parlé en ces termes :

Eh quoy, Jésus-Christ n'a-t-il pas enduré aussy bien pour nous que pour vous et pour les plus grands du monde? Pourquoi ne nous ressentirions-nous pas , nous aussi, de l'offence qui luy a été faite? Ce crime n'est pas comme un meurtre, larcin ou autres semblables."


Et un peu après, ayant cette malheureuse été tirée de la sacristie; comme elle fut au milieu de l'église, toute la population se rua sur elle, criant "la voici! la voici!". Et le tocsin sonnant, elle fut amenée sur la place publique du dit lieu.


Et ensuite, en compagnie des recteur, bayle et jurats, et des principaux du dit lieu, passant sur ladite place, y avons vu un grand feu, environné de force de peuple, auquel cette misérable fut brûlée toute vive, chacun y apportant du bois et y accourant comme à un feu de joye.


De laquelle violence étant bien marris et déplaisans, nous nous serions retirez chacun chez soy"...

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Laurent d’Arcangues eut aussi à s’occuper d’une affaire qui eut les plus déplorables conséquences pour le pays et à laquelle il a été fait allusion dans les articles précédents. 


Les grandes lignes de l’organisation du Labourd et notamment le rôle du syndic y ont été exposées. Il a été fait mention aussi de la rivalité des Saint-Pée et des Urtubie, à la suite de la nomination de Salvat comme bailli du Labourd. 


A l’époque où ces événements se produisaient, le syndic était M. de Chourio, notaire à Ascain, homme ambitieux, remuant, tracassier et dépourvu de tout scrupule. En 1647, il avait été accusé de faux dans la rédaction d’un acte et, à la demande de Laurent d’Arcangues, Mathieu d’Olives, lieutenant du bailliage avait commencé contre lui une information. Chourio parvint à se justifier, mais le procureur du roi n’en conserva pas moins des doutes sérieux sur son honorabilité. Or Chourio était un des zélés partisans des Saint-Pée et, par conséquent, un adversaire d’Urtubie. Il se joignit au premier pour fomenter contre son rival un mouvement d’opinion, à tel point que plusieurs paroisses, à son instigation, refusèrent de reconnaître ce dernier comme bailli. 


Cette attitude de Chourio était un sujet de préoccupations pour Laurent d’Arcangues qui avait à veiller, comme procureur du roi, au maintien de l’ordre. Mais il avait un grief de plus contre le trésorier du Bilçar, c’est que, depuis trois ans, il n’avait pas rendu ses comptes de gestion, ce qui était tout à fait contraire au règlement. 


Estimant que cet état de choses ne devait pas se prolonger, Laurent d’Arcangues réunit le Bilçar, le 20 février 1655. L’assemblée, après avoir reconnu Urtubie comme bailli, condamna les agissements de Chourio, le destitua de ses fonctions et nomma, à sa place, un notaire d’Ustaritz, nommé Mondutéguy. 


Cette décision irrita au plus haut point l’ancien syndic qui, donnant libre cours à son ressentiment, entra en lutte ouverte avec les officiers royaux. Il convoqua le Bilçar, y fit venir ses partisans en armes, leur demanda de casser l’élection de Mondutéguy et de le maintenir dans ses fonctions. Il obtint tout ce qu’il voulut.


Voyant la mauvaise tournure que prenaient les choses, Laurent d’Arcangnes intervint de nouveau. Il lança un mandat d’amener contre Chourio et ses principaux complices, pour assemblée illicite et ordonna l’arrestation des meneurs qui furent envoyés à la prison d’Ustaritz; mais le syndic, que ses amis trouvèrent le moyen de cacher, échappa aux poursuites.


Parmi ses partisans, il y avait un cabaretier d’Àrcangues nommé Sanco, qui excita les esprits les plus exaltés contre le procureur du roi et les persuada de lui faire un mauvais parti. Dans ce but ces énergumènes se rendirent, au nombre d’une trentaine, à Arcangues, mais, n’ayant trouvé personne au château, ils se bornèrent à le piller et à tout saccager. Puis, les émeutiers dont le nombre allait toujours croissant, se dirigèrent vers le fort de Socoa, y enlevèrent deux pièces d’artillerie qu’ils traînèrent jusqu’à Ustaritz où ils enfoncèrent les portes de la prison à coups de canon. Ils délivrèrent ainsi les prisonniers et menacèrent les officiers du bailliage qui s’efforçaient de calmer les esprits. Le procureur du roi était parmi ces derniers. Un des émeutiers déchargea sur lui son fusil et il n’échappa à la mort que par miracle. Les autres, fortement malmenés eux aussi, n’eurent d’autre parti à prendre que de traverser avec lui la Nive à la nage, et, après bien des tribulations, ils purent se réfugier à Bayonne. 


Le Parlement de Bordeaux, informé de ce qui se passait, donna commission en juin 1657, à Lambert, huissier à cheval, de procéder à l’arrestation de Chourio. Lambert arriva à Ascain avec trente hommes d’armes prélevés sur la garnison de Bayonne, mais il trouva le clocher de l’église, ainsi que plusieurs maisons, barricadés par les complices du syndic qui le reçurent à coups de fusils. Il n’eut d’autre parti à prendre que de se retirer. 


L’émeute triomphait et le Labourd devenait le théâtre d’une véritable guerre civile. Les émeutiers en armes et organisés en bandes, se répandirent au nombre d’environ trois mille dans le pays, rançonnèrent les habitants et commirent toutes sortes de déprédations. On se demandait comment finirait cet état de choses, lorsqu’il y eut un dénouement soudain et imprévu. 


Chourio vint à mourir de mort naturelle. Cet événement inattendu déconcerta ses partisans qui se débandèrent. L’ordre une fois rétabli, les officiers royaux purent être réintégrés dans l’exercice de leurs charges; en outre le procureur du roi exerça des poursuites contre les principaux rebelles et instruisit leur procès. 


Cette trop longue lutte avait eu les conséquences les plus graves. Le Labourd avait été traité par les complices de Chourio en pays conquis, et les habitants avaient subi des pertes énormes. Pour les évaluer, on nomma une commission composée de Mgr d’Olce, évêque de Bayonne, Urtubie, bailli de Labourd, Arcangues, procureur du roi, Haraneder, vicomte de Macaye et Saint-Martin, juge de la seigneurie de Bidache. Après avoir parcouru toutes les paroisses, cette commission fixa le total des indemnités à 139 500 livres qui formèrent une imposition extraordinaire. Les jurats la répartirent, dans chaque paroisse, entre ceux qui avaient subi le plus de pertes. Laurent d’Arcangues eut, pour sa part, 650 livres qui l’indemnisèrent en partie des dégâts causés à son château.


Les descendants de Laurent occupèrent la charge de procureur du roi jusqu’en 1690, puis de 1704 à 1749. Le dernier fut Gaspard, dont le fils hérita le titre de marquis dans les circonstances suivantes : 

Il y avait à Hendaye, une terre, sans doute ancienne seigneurie, qui portait le nom d’Iranda. Elle appartenait à Nicolas d’Aragorri qui eut un fils et deux filles. Une de ces dernières épousa Michel d’Arcangues, écuyer, fils du précédent. Le fils Simon, fixé en Espagne, eut une brillante carrière; non seulement il réalisa une grosse fortune, mais il sut gagner les faveurs du roi dont il devint le conseiller, puis le ministre et qui le combla de biens. En 1769, en considération de ses services, Charles III lui conféra, pour lui et ses héritiers, un titre de Castille, sous la dénomination de "marquis d’Iranda". 


Simon mourut sans postérité et laissa sa fortune et son titre à son neveu Nicolas-François-Xavier, fils de Nicolas et de Rose d’Aragorri. Le titre des "marquis d’Iranda" présente un cas unique dans les annales héraldiques, c’est d’être espagnol en même temps que français. Cette dualité résulte des lettres patentes accordées par le roi Louis XVI au premier marquis de ce nom; elle a été reconnue par Napoléon Ier et, plus tard, par Napoléon III, en faveur des descendants du premier titulaire. 


Nicolas participa comme délégué de la noblesse, à l’assemblée d’Ustaritz, en 1789. pour l’élection des députés aux Etats Généraux. La même année, lui et son frère signèrent l’adresse par laquelle les nobles Labourdins demandaient l’abolition des privilèges et invitaient le peuple à l’union. 


Contrairement à ce qui s’est passé pour la plupart des familles nobles du pays, celle des Arcangues s’est toujours continuée par les mâles et s’est sensiblement accrue au cours du dix-neuvième siècle. Michel, en effet, eut huit enfants dont on trouve des descendants dans la région et ailleurs; les Lasa, les Langourian, les Cardenau et bien d’autres. Quant à la branche aînée, elle est représentée aujourd’hui par M. Pierre d’Arcangues, marquis d’Iranda, père de trois fils. Le nom est aussi porté par son frère Jean et ses deux cousins Miguel et Antoine. A eux quatre les messieurs d’Arcangues ont douze enfants dont neuf fils; le nom n’est donc pas près de s’éteindre.


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CHÂTEAU ARCANGUES - ARRANGOITZE
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On ne sait rien de la première demeure familiale. Tout ce que l’on peut dire, c’est qu’elle était à Arcangues, sans doute sur le même emplacement que le château actuel. Lorsque, pendant les guerres qui devaient se terminer par le traité des Pyrénées, les Espagnols occupèrent une partie du Labourd, en 1636, et 1637, ils firent de Saint-Jean-de-Luz une base d’incursions dans le pays. Au cours de l’une d’elles, ils arrivèrent à Arcangues et brûlèrent le château qui fut entièrement détruit. 


Reconstruit peu après, il subit, un siècle plus tard, quelques agrandissements qui en firent une belle demeure pour l’époque. Elle était placée dans un endroit des plus pittoresques d’où, grâce à sa situation élevée, elle dominait tout le pays d’alentour. C’est pour cette raison que les hauteurs environnantes jouèrent un grand rôle dans les opérations militaires qui se déroulèrent en 1813 et qui ont été le prélude de la bataille de Saint-Pierre. Pendant plusieurs jours, Wellington ne quitta pas ce point d’une importance stratégique de premier ordre. Il avait établi son quartier général au château où l’on peut voir encore le mobilier de la chambre qu’il occupa à cette occasion. 

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CHÂTEAU ARCANGUES - ARRANGOITZE
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En 1900, cette antique demeure ne répondant plus aux besoins de l’époque, M. Miguel d’Arcangues décida de la reconstruire et il substitua à l’ancien manoir, qui avait abrité plusieurs générations, l’élégante habitation actuelle. 


Lorsqu’il en arrêta les plans, il tint à lui donner un aspect seigneurial sans rien sacrifier du confort le plus moderne. Ce sont partout de vastes pièces ouvrant sur un hall spacieux d’où part un élégant escalier sous une arche aux lignes harmonieuses. 


D’un côté on pénètre dans un salon où l’on se croirait transporté en plein dix-huitième siècle et dont les meubles qui datent de l’époque de la Régence, ont toujours été dans la famille. De là on passe dans un gracieux petit salon Louis XV aux boiseries vertes. 


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A l’autre extrémité du hall se trouve la salle à manger avec d’anciennes tapisseries et de luxueuses boiseries sculptées. 


Mais ce qui attire surtout l’attention, c’est la cheminée monumentale surmontée du portrait du premier marquis d’Iranda. Au-dessous on peut lire, gravée sur la pierre, une inscription basque qui se traduit ainsi : 

La dent forte pour manger, La langue douce au prochain


Au premier étage, les pièces ouvrent sur une galerie entourant le hall et formant bibliothèque. Les ouvrages qui la composent sont des plus variés, depuis de vénérables livres de droit sous leur sévère enveloppe de parchemin, jusqu’aux romans les plus modernes, avec d’élégantes reliures de cuir repoussé. On se sent là dans un milieu où les exigences de la vie mondaine font une large place aux travaux intellectuels. Le château est entouré d’un parc d’une belle ordonnance, avec des arbres plus que centenaires."


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