En traitant récemment la question de traction électrique du B. A. B. et du Tramway, vous disiez, comme conclusion, que les municipalités de Bayonne et de Biarritz devraient veiller à ce que des combinaisons fantaisistes ne se réalisent pas au détriment du public.
Je vous avoue franchement que je ne vois pas bien pourquoi la municipalité de Biarritz interviendrait pour imposer ses vues à une Compagnie privée au sujet de son mode de traction. Mais il y a un autre point, intéressant le B. A. B. et la population, qui est d'un ordre beaucoup plus général, et sur lequel je crois que nos conseillers municipaux feraient bien de se prononcer — sans retard.
On nous a annoncé, à son de trompe, que la Chambre, bonne enfant, avait sans observation donné son approbation à la concession au Midi de la ligne Négresse-Biarritz-ville. mais on s'est bien gardé de nous informer que, parvenue devant la Commission des finances du Sénat, cette même concession, avec plusieurs similaires, dans un projet de convention entre le gouvernement et la Compagnie du Midi, a été, à l'unanimité, paraît-il, renvoyée au gouvernement. Si bien que tout se retrouve mis en cause, et que le raccordement tant rêvé s'en retourne au pays des songes, tout comme la Fantaisie aux ailes d'or.
Pourquoi cet accroc ? Parce que, assure-t-on, le total des longueurs des embranchements projetés dépasse d'une trentaine de kilomètres le maximum du contingent prévu, dans la désignation des lignes éventuelles sur le réseau du Midi, par les grandes conventions de 1883. Le crédit restant disponible ne permettant pas d'incorporer l'ensemble des lignes projetées, il est évident qu'on va s'efforcer de rogner de ci de là, en rejetant dans les réseaux départementaux celles qui paraîtront avoir le moins de titres à être considérées comme étant d'intérêt général, ou bien qui seront susceptibles d'être remplacés par des chemins à voie étroite, tramways, etc.
Il faut donc s'attendre à ce que, au cours de leur prochaine session, les conseils généraux soient appelés à se prononcer ; et qu'en particulier, dans les Basses-Pyrénées, l'assemblée départementale, saisie déjà de plusieurs projets concurrents au Raccordement, soit incitée à sacrifier ce dernier aux exigences de la situation.
Si Biarritz ne veut pas être leurré et berné par une stupide promesse en l'air il serait bon qu'avant l'ouverture du Conseil général, nos représentants municipaux, réunis d'urgence, manifestent nettement leur sentiment, et, par leur attitude énergique, parent le coup qui va nous être porté.
Agréez, je vous prie, Monsieur le Rédacteur, l'assurance de mes sentiments les plus distingués.
D'autre part M. Forsans, directeur du B. -A. -B., nous fait la communication suivante :
Monsieur le Rédacteur,
Divers journaux, commentant le projet de substitution de la traction électrique à la traction à vapeur sur le chemin de fer B. A. B., ont exprimé la crainte que cette transformation ne fût à la fois contraire aux intérêts du public et nuisible aux intérêts du chemin de fer, désormais dans l'impossibilité d'assurer le transport des voyageurs. On a évalué à 2 500 le nombre de personnes pouvant être transportées en une heure par les moyens actuels, à 600 seulement celles dont le transport pourrait être assuré dans le même temps par la traction électrique, et on en a conclu que la transformation projetées serait pour le B. A. B. une cause d'irrémédiable ruine.
B.A.B. BAYONNE DEPART DU TRAIN POUR BIARRITZ PAYS BASQUE D'ANTAN
Permettez-moi, Monsieur le Rédacteur, afin de dissiper les inquiétudes que de telles conclusions auraient pu faire naître, de rectifier les erreurs qui se sont glissées dans les chiffes sur lesquels elles s'appuient.
Tout d'abord, il est certain que le chemin de fer B. A. B. n'a jamais eu jusqu'ici à assurer des déplacements de 2 500 personnes à l'heure. En réalité, de telles affluences ne se sont jamais produites ; notre matériel n'eut pas suffi pour y faire face. Une simple constatation suffira pour le démontrer.
Des trains avec départs tous les quarts d'heure ont depuis 3 ans ont été organisés à diverses reprises, notamment pendant l'été de 1897, tous les jours, du 1er août au 12 octobre. Ce service comporte 4 trains marchant simultanément et peut exiger la mise en service de toutes nos voitures au nombre de seize. Chaque train est alors composé de 4 voitures au plus et l'on a pu se rendre compte que ce service était plus que suffisant, même aux heures d'affluence, pour assurer le transport des voyageurs.
Or, la contenance moyenne étant de 80 places, c'est au plus, à 320 voyageurs par train, à 1 280 voyageurs par heure, que d'est élevée jusqu'ici la circulation la plus intense sur le chemin de fer B. A. B.
TRAIN B.A.B. PAYS BASQUE D'ANTAN
Il y a loin, comme on le voit, jusqu'au chiffe de 2 500 dont il a été parlé et qui représente à peu près exactement le double du chiffre véritable. L'erreur provient de ce que l'on aura appliqué au service des quarts d'heure un chiffre du transport réalisé accidentellement en un train du service des demi-heures. Mais on oublie que le nombre des voyageurs n'augmente pas en raison directe du nombre des trains. Les déplacements des foules ont forcément des limites en rapporta avec les chiffres de population de Bayonne et de Biarritz et l'expérience a démontré, nos recettes en font foi, que l'organisation de trains de quarts d'heurs, si elle présente des commodités pour le public, n'a pas amené une augmentation sérieuse du nombre des voyageurs.
L'erreur n'est pas moins manifeste en ce qui concerne la puissance de la traction électrique, qu'on limite au transport de 150 personnes par train. On connaît cependant les expériences faites avec succès par les grandes compagnies françaises de chemins de fer, notamment par la Compagnie de l'Ouest, pour employer les moteurs électriques à la traction des voyageurs et des marchandises. Tous les journaux ont dit les résultats obtenus par les moteurs Heilman et les feuilles illustrées en ont publié la description. On n'est pas enfin sans avoir entendu parler de la fameuse locomotive électrique de 96 tonnes, employée sur la ligne de Baltimore and Ohio Belt Line pour la traversée d'un tunnel et dont la puissance est cinq fois plus grande que celle d'une de nos locomotives à vapeur.
MOTEUR ELECTRIQUE BALTIMORE & OHIO By Unknown author - https://web.archive.org/web/20080723164022/http://tardis.union.edu/community/project95/HOH/D.html, Public Domain, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=947359
Il est évident, à priori, que ce qui se fait sur les autres voies ferrées, peut se faire sur le chemin de fer B.-A.-B., et qu'ici, comme ailleurs, les moteurs électriques peuvent remorquer des poids égaux ou supérieurs à ceux des trains relativement légers qui y circulent.
Toute l'affaire est de proportionner la puissance du moteur électrique à l'importance de l'effort à développer, absolument comme on fait pour les machines à vapeur. C'est une question d'étude et de mathématiques.
Si, par exemple, on admet qu'il y a lieu de transporter 500 voyageurs par train, on trouve qu'il suffit d'une voiture motrice pesant 15 tonnes à vide, actionnée par deux moteurs de 60 à 70 chevaux, placés chacun sur un essieu, et remorquant 4 autres voitures. La puissance motrice dont on dispose ainsi est déjà supérieure à celle de nos locomotives, mais elle s'augmente encore de ce grand avantage des moteurs électrique de se prêter, comme la traction animale, à ce qu'on appelle le "Coup de Collier" en développant une plus grande force sur un court trajet, pour gravir une rampe, allant jusqu'à la doubler presque, momentanément, pour opérer le démarrage.
Une voiture motrice de cette force, paraît donc suffisante pour desservir, le cas échéant, le futur raccordement de la Négresse et assurer sur cette ligne le transport des voyageurs et des marchandises. C'est une étude à faire et, quoiqu'il en soit, une fois qu'on aura déterminé le service à obtenir des moteurs, il ne restera plus qu'à les établir en conséquence.
La largeur de la voie du chemin de fer B.-A.-B;, qui est de 1 m. 41, permettrait au besoin, chose qui n'est pas possible avec la voie d'un mètre, d'obtenir des moteurs d'une dimension suffisante pour développer chacun plus de 150 chevaux, capables, par conséquent, de transporter plus de 1 000 voyageurs en un seul train.
Ceci, je crois, est, de nature à dissiper toutes les appréhensions.
Il faut dire, d'autre part, que le profil du chemin de fer B.-A.-B., dont la plus grande rampe ne dépasse pas 24 millimètres sur un court trajet, se prête particulièrement à une application de la traction électrique. Il ne serait pas possible, par exemple, d'opérer sur la voie du tramway, comportant de fortes rampes, les mêmes transports que sur la voie du B.-A.-B. C'est ainsi que la même voiture motrice de 15 tonnes, avec deux moteurs de 70 chevaux qui, sur la voie du B.-A.-B., pourrait remorquer une charge de 78 tonnes, ne traînera plus que 17 tonnes sur une rampe de 55 millimètres, comme en a le tramway.
Après la transformation, qui doit être faite en commun sur les 2 lignes, le B.-A.-B. continuera donc, comme avant, d'être le moyen de transport préféré de ceux qui veulent circuler vite, des foules se déplaçant aux mêmes heures et qui, avec la certitude de toujours trouver place, tiennent à être rapidement conduites à destination. Après comme avant, la situation restera donc la même entre 2 lignes ; chacune d'elles conservant la clientèle qui leur est propre.
B.A.B. DANS LA CAMPAGNE ANGLET PAYS BASQUE D'ANTAN
Mais, à la transformation, le public aura gagné les avantages de la traction de luxe, qu'est la traction électrique : roulement plus doux, moindres risques d'accidents, suppression des inconvénients de la fumée et des projections d'escarbilles, brillant éclairage des voitures, etc., tous avantages appréciables et dont il est légitime de tenir compte.
Ces renseignements suffiront, je l'espère, pour dissiper les appréhensions qui se sont manifestées et qui n'ont pas de raisons d'être, je vous prie, Monsieur le Rédacteur, de vouloir bien leur accorder la bienveillante hospitalité de vos colonnes et, d'avance, je vous en remercie.
Pierre Forsans est un homme politique français, né le 1er septembre à Bonnut (Basses-Pyrénées) et décédé le 16 novembre 1919 à Biarritz (Basses-Pyrénées).
PIERRE FORSANS MAIRE DE BIARRITZ - MIARRITZE PAYS BASQUE D'ANTAN
Directeur des chemins de fer de Biarritz, il fut maire de Biarritz, conseiller général et sénateur
Après trois semaines de maladie, M. Pierre Forsans a rendu le dernier soupir dimanche soir, à neuf heures un quart. Son état semblait désespéré depuis plusieurs jours ; depuis le matin, c'était l'agonie, avec quelques vagues lueurs de vie, pendant lesquelles il serra avec émotions les mains de ses amis, prononçant péniblement quelques paroles, où les mots de mairie, élections, devoir républicain trahissaient les dernières pensées d'un homme qui fut un exemple vivant de probité politique et qui aima par dessus tout notre Biarritz qui lui doit tant.
Nous ne pouvons, en ces lignes hâtives, dire ce qu'il faudrait sur cet homme qui a tenu ici et dans toute la région une place si haute et si grande et qui fut le modèle des vertus civiques.
Biarritz est en deuil. La Démocratie pleure un de ses fils, un de ses meilleurs serviteurs. Ses nombreux amis — c'est-à-dire tous ceux qui l'ont approché, tous ceux qui l'ont connu, tous ceux qui ont eu recours à lui — font une perte irréparable.
PIERRE FORSANS MAIRE DE BIARRITZ - MIARRITZE PAYS BASQUE D'ANTAN
Depuis assez longtemps, M. Forsans souffrait du coeur, mais s'efforçait de n'en laisser rien paraître. Il éprouvait aussi une grande fatigue à la suite du surmenage intense qu'il s'était imposé pendant plus de cinq années de guerre ; on sait que privé de ses adjoints et de la plupart des conseillers municipaux, privé aussi de tout le personnel habitué au travail des bureaux, il suppléa à tout et à tous, organisa et surveilla les oeuvres de guerre, lutta avec une énergie inlassable contre les difficultés du ravitaillement, donnant à cette tâche immense tout son temps, venant, pendant des mois entiers, tous les soirs, s'enfermer à la mairie pour achever le travail auquel la journée n'avait pu suffire et refusant toujours d'écouter ceux qui lui conseillaient de se ménager et de se reposer quelque peu.
Il y a trois semaines, quoique déjà malade il était allé à Paris pour remplir son mandat de sénateur. De retour à Biarritz, il dut s'aliter, mais, dès le lendemain, malgré la fièvre et la souffrance, il voulut quand même aller à Pau pour accomplir ses devoirs de bon conseiller et arbitre des républicains de la première section.
Il rentra de Pau, complètement abattu physiquement, pour s'aliter en proie à une fièvre qui ne le quitta plus et ce fut une longue agonie de plus de deux semaines.
Ainsi est mort cet homme qui a été pendant toute son existence la bonté même, et dont la vie de travail, de dévouement et de conscience mérite d'être citée en exemple.
Pendant près d'un demi-siècle, on a connu, apprécié, aimé à Biarritz ce travailleur infatigable, ce fils d'ouvrier qui débuta dans les plus modestes emplois, qui, se perfectionnant chaque jour par un labeur personnel, était parvenu, échelon par échelon, à la plus haute situation dans la Compagnie du B.-A.-B., à la prospérité de laquelle il a si puissamment contribué.
De bonne heure, il s'était consacré à la vie publique. Tout jeune encore, à 25 ans, il était un des chefs du parti républicain et, en 1880, avec quelques amis, dont le Dr Augey père, il entrait de haute lutte au Conseil Municipal, et depuis lors prit part à toutes nos luttes et participa à toutes les affaires municipales. Il fut adjoint au maire d'une façon continue depuis 1888 et devint maire en 1904.
Quand Biarritz fut érigé en canton, il en fut le premier conseiller général et, il y a dix ans, fut choisi comme sénateur par le département des Basses-Pyrénées. M. Pierre Forsans était chevalier de la Légion d'Honneur et titulaire de nombreux ordres étrangers.
Il disparaît, dans sa 67ème année, après, avoir su s'imposer le respect à tous, même à ses adversaires d'antan qui tous, à une rare exception près, — nous plaignons l'exception ! — s'inclinaient devant ses mérites exceptionnels, sa rare intelligence, l'autorité des services rendus et le prestige de la bonté.
AVIS D'OBSEQUES PIERRE FORSANS BIARRITZ 19 NOVEMBRE 1919
LES OBSÈQUES DE PIERRE FORSANS MAIRE DE BIARRITZ EN 1919.
Pierre Forsans est un homme politique français, né le 1er septembre à Bonnut (Basses-Pyrénées) et décédé le 16 novembre 1919 à Biarritz (Basses-Pyrénées).