LE MUSÉE BASQUE DE BAYONNE EN 1929.
La devise du musée est : "Hemen sartzen dena bere etxean da", "celui qui entre ici est chez lui."
Installé depuis 1924 sur le quai des Corsaires, dans la maison Dagourette, à Bayonne, le musée
Basque et de l'Histoire de Bayonne abrite la plus importante collection ethnographique
consacrée au Pays Basque, en France.
Voici ce que rapporta à ce sujet W. Boissel, dans la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays
basque, le 5 février 1930 :
"La vie du Musée Basque en 1929.
... La ville de Bayonne, en bon propriétaire a fait recrépir, badigeonner, repeindre la façade sur la Nive ; nous avons répondu à la sollicitude municipale d'abord en accrochant sur cette façade une belle enseigne ornée d'armoiries, adaptée aussi bien que possible à la fâcheuse dissymétrie des fenêtres qui nous a obligés à supprimer momentanément l'écusson de Bayonne fièrement dressé sur l'ensemble, ensuite en supportant les frais de réfection d'un bon tiers de notre immense toiture. Il nous faudra bien un jour aborder cet autre problème que pose la régularisation indispensable de la façade sur le quai des Corsaires. Les plans sont déjà établis, mais d'où nous viendront les cinquante mille francs nécessaires à leur exécution ?
Ne vous méprenez pas sur le sens de cette phrase interrogative, elle n'implique ni inquiétude, ni découragement ; elle ne veut pas dire que nous n'aurons jamais ces cinquante mille francs ; elle suppose au contraire que nous les aurons, la question étant seulement de savoir qui nous les donnera.
Et puisque nous parlons chiffres, c'est peut-être le moment de vous raconter l'histoire de M. J. H. Lesca.
A la fin de l’année 1928, M. Lesca m’écrivait pour m’annoncer une bonne nouvelle ; il pensait nous avoir trouvé un concours inespéré, mais on désirait connaître avec précision l’étendue de nos besoins. Nos besoins étaient considérables ; je découpais dans leur masse une tranche qui me parut fort importante — peut-être, me disais-je, trop importante — et j’en indiquais la valeur à M. Lesca, avec les justifications nécessaires. M. Lesca me répondit aussitôt qu’il avait bon espoir de nous faire obtenir la somme que j’indiquais, mais qu’on voulait savoir si cette somme pourrait assurer la réalisation du plan d’ensemble dont j'avais souvent parlé. Il n’en était rien, je découpais donc une seconde tranche, plus grosse que la première et qui correspondait à la pleine réalisation de notre programme immédiat. M. Lesca, cette fois, ne me répondit pas, mais, quelques semaines plus tard, lorsque j'allais le voir à Paris, au moment où se préparait la fête des Champs Élysées, il m'annonça fort simplement que cet ami in connu n’était autre que lui-même ; il nous observait depuis longtemps ; il appréciait nos efforts ; il voulait nous faire gagner de nombreuses années et assurer l'achèvement de l’œuvre dont il avait encouragé la naissance ; il mettait donc à ma disposition les 83 500 francs que représentait l’ensemble des travaux à effectuer.
Ce sont là des minutes qui comptent dans la vie, quand on a de vastes projets et pas beaucoup d’argent. Nous devons à M. J. H. Lesca une grande reconnaissance ; elle s'allie à une haute estime. Vous savez tous quel noble emploi il fait de sa fortune et aussi quel emploi judicieux, car, s’il a le cœur chaud, M. Lesca a la tête froide. Après le Musée Basque, parcelle de Bayonne et du Pays Basque, il a voulu servir Bayonne tout entière et a fondé, à l’Hôpital Saint-Léon, le pavillon qui porte aujourd’hui son nom, sauvant ainsi chaque année nombre de vies humaines, en préservant d’autres de la contagion, adoucissant la fin de celles qui ne sauraient être prolongées. Et ce n’est pas trahir sa confiance que de vous dire ici qu’après Bayonne, il veut servir maintenant le Pays Basque dans son ensemble en dotant magnifiquement une création, souvent envisagée par d’autres, jamais réalisée et qui portera assurément sa marque par la clarté de la conception et la rapidité de l’exécution. Le Musée Basque, messieurs, peut être fier d’avoir mérité l’amitié et l’appui d'hommes tels que M. Lesca et vous approuverez, j'en suis sûr, la décision que nous avons prise de donner son nom à une de nos salles et de placer dans une autre le buste, si remarquable, modelé par notre ami Clément de Swiecinski.
M. Lesca est un "américain" (j'emploie ce mot dans le sens qu’on lui donne au Pays Basque) ; américain, aussi, M. J. P. Passicot, qui continue à Buenos-Ayres, à travailler si généreusement, si courageusement pour nous ; américaines Mmes Mendivil et Mendilaharsu, qui poursuivent à Montévideo l’action entreprise avec tant d’ardeur par le regretté Raoul Mendilaharsu ; américain, M. Albert Andraguès, de Saint-Jean-Pied-de-Port, ouvrier de la première heure à qui nous devons beaucoup. Nous pouvons fonder de beaux espoirs sur ces dévouements qui ne se lassent point et entrevoir enfin l’ouverture de cette Section de l’Expansion Basque qui complétera admirablement notre œuvre. On se demande parfois ce qu'elle pourra bien contenir. La réponse se trouve en partie dans les instructions adressées récemment, à titre d’indication, à nos collaborateurs d’Amérique pour orienter et coordonner leurs recherches. Permettez-moi de vous en donner lecture :
I. — Navigateurs et voyageurs basques ; Portraits ; Itinéraires ; Cartes ; Modèles de navires ; Relations de voyage ; Documents divers.
II. — L’émigration basque depuis ses origines : Causes ; Recrutement. Principaux points de départ ; Organisation ; Voyage des émigrants ; Conditions matérielles : Etat d’esprit ; Principaux points de débarquement. Portraits ; Cartes ; Lettres, etc.
III. — Expansion des émigrants ; Zones d’action ; Existence des premiers émigrants ; Professions et métiers divers exercés par eux.
IV. — Les étapes ; Résultats obtenus par les Basques ; Leur accession à la fortune, aux honneurs, aux grands emplois de l’Etat.
V. — Types de "basques-américains" d’autrefois et d’aujourd’hui ; Souvenirs et documents de toute nature sur les Basques parvenus à la notoriété.
VI. — Fondations basques religieuses et civiles. Œuvres sociales. Productions littéraires et artistiques, etc.
VII. — Répartition actuelle des Basques et descendants de Basques dans le Nouveau Monde. Statistiques. Graphiques, etc.
VIII. — Relations des Basques-Américains avec la mère patrie. Ceux qui reviennent. "L’Américain" au Pays Basque.
Cette énumération est assurément incomplète mais elle donne une idée de ce qu’il est possible et souhaitable de faire. Si notre désir se réalise, il semble que le Musée Basque, dépassant ses limites européennes et s’étendant sur le Nouveau Monde tout entier, soit appelé à devenir réellement unique en son genre.
Que notre ambition soit légitime, il suffit pour s’en convaincre de connaître l'histoire de l’émigration basque et de penser — pour s’en tenir aux plus récents exemples — à la magnifique ascension de ces Basques français dont la maison ancestrale s’élève à Ispoure, en Basse-Navarre, ou à Sare, en Labourd, et qui s’appellent Juan Campistéguy, Président de la République de l’Uruguay, et Hipolito Irigoyen, Président de la République Argentine.
Nous sommes maintenant en plein avenir. Ne quittons pas ce domaine, qui est celui de l'espérance, sans parler de nos autres espoirs. Nous comptons bien, cette année, acheter notre chapelle et la sacristie qui lui fait suite. Si nous sommes embarrassés pour quelque détail, nous aurons recours à M. le chanoine Daranatz comme au plus compétent, au plus aimable des conseillers. Déjà on aurait pu le voir, au Musée Basque, semblable au donateur représenté dans le tableau d'un primitif, auprès des deux saints qu'il nous offrait et dont il nous racontera quelque jour la savoureuse histoire. De ce côté nous avons donc toute garantie de ne pas verser dans l'erreur. J'ajouterai que cette chapelle est entourée de la sollicitude générale et que ses destinées paraissent assurées.
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