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samedi 27 juin 2026

LE MUSÉE BASQUE ET DE L'HISTOIRE DE BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1929 (deuxième et dernière partie)

 

LE MUSÉE BASQUE DE BAYONNE EN 1929.


La devise du musée est : "Hemen sartzen dena bere etxean da", "celui qui entre ici est chez lui."



pays basque autrefois musée labourd bayonne
MUSEE BASQUE BAYONNE - BAIONA
PAYS BASQUE D'ANTAN


Installé depuis 1924 sur le quai des Corsaires, dans la maison Dagourette, à Bayonne, le musée 

Basque et de l'Histoire de Bayonne abrite la plus importante collection ethnographique 

consacrée au Pays Basque, en France.



Voici ce que rapporta à ce sujet W. Boissel, dans la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays 

basque, le 5 février 1930 :


"La vie du Musée Basque en 1929.



... La ville de Bayonne, en bon propriétaire a fait recrépir, badigeonner, repeindre la façade sur la Nive ; nous avons répondu à la sollicitude municipale d'abord en accrochant sur cette façade une belle enseigne ornée d'armoiries, adaptée aussi bien que possible à la fâcheuse dissymétrie des fenêtres qui nous a obligés à supprimer momentanément l'écusson de Bayonne fièrement dressé sur l'ensemble, ensuite en supportant les frais de réfection d'un bon tiers de notre immense toiture. Il nous faudra bien un jour aborder cet autre problème que pose la régularisation indispensable de la façade sur le quai des Corsaires. Les plans sont déjà établis, mais d'où nous viendront les cinquante mille francs nécessaires à leur exécution ?



Ne vous méprenez pas sur le sens de cette phrase interrogative, elle n'implique ni inquiétude, ni découragement ; elle ne veut pas dire que nous n'aurons jamais ces cinquante mille francs ; elle suppose au contraire que nous les aurons, la question étant seulement de savoir qui nous les donnera.



Et puisque nous parlons chiffres, c'est peut-être le moment de vous raconter l'histoire de M. J. H. Lesca.



A la fin de l’année 1928, M. Lesca m’écrivait pour m’annoncer une bonne nouvelle ; il pensait nous avoir trouvé un concours inespéré, mais on désirait connaître avec précision l’étendue de nos besoins. Nos besoins étaient considérables ; je découpais dans leur masse une tranche qui me parut fort importante — peut-être, me disais-je, trop importante — et j’en indiquais la valeur à M. Lesca, avec les justifications nécessaires. M. Lesca me répondit aussitôt qu’il avait bon espoir de nous faire obtenir la somme que j’indiquais, mais qu’on voulait savoir si cette somme pourrait assurer la réalisation du plan d’ensemble dont j'avais souvent parlé. Il n’en était rien, je découpais donc une seconde tranche, plus grosse que la première et qui correspondait à la pleine réalisation de notre programme immédiat. M. Lesca, cette fois, ne me répondit pas, mais, quelques semaines plus tard, lorsque j'allais le voir à Paris, au moment où se préparait la fête des Champs Élysées, il m'annonça fort simplement que cet ami in connu n’était autre que lui-même ; il nous observait depuis longtemps ; il appréciait nos efforts ; il voulait nous faire gagner de nombreuses années et assurer l'achèvement de l’œuvre dont il avait encouragé la naissance ; il mettait donc à ma disposition les 83 500 francs que représentait l’ensemble des travaux à effectuer. 



Ce sont là des minutes qui comptent dans la vie, quand on a de vastes projets et pas beaucoup d’argent. Nous devons à M. J. H. Lesca une grande reconnaissance ; elle s'allie à une haute estime. Vous savez tous quel noble emploi il fait de sa fortune et aussi quel emploi judicieux, car, s’il a le cœur chaud, M. Lesca a la tête froide. Après le Musée Basque, parcelle de Bayonne et du Pays Basque, il a voulu servir Bayonne tout entière et a fondé, à l’Hôpital Saint-Léon, le pavillon qui porte aujourd’hui son nom, sauvant ainsi chaque année nombre de vies humaines, en préservant d’autres de la contagion, adoucissant la fin de celles qui ne sauraient être prolongées. Et ce n’est pas trahir sa confiance que de vous dire ici qu’après Bayonne, il veut servir maintenant le Pays Basque dans son ensemble en dotant magnifiquement une création, souvent envisagée par d’autres, jamais réalisée et qui portera assurément sa marque par la clarté de la conception et la rapidité de l’exécution. Le Musée Basque, messieurs, peut être fier d’avoir mérité l’amitié et l’appui d'hommes tels que M. Lesca et vous approuverez, j'en suis sûr, la décision que nous avons prise de donner son nom à une de nos salles et de placer dans une autre le buste, si remarquable, modelé par notre ami Clément de Swiecinski.



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BUSTE DE JACQUES-HIPPOLYTE LESCA
SCULPURE DE GEORGES-CLEMENT DE SWIECINSKI


M. Lesca est un "américain" (j'emploie ce mot dans le sens qu’on lui donne au Pays Basque) ; américain, aussi, M. J. P. Passicot, qui continue à Buenos-Ayres, à travailler si généreusement, si courageusement pour nous ; américaines Mmes Mendivil et Mendilaharsu, qui poursuivent à Montévideo l’action entreprise avec tant d’ardeur par le regretté Raoul Mendilaharsu ; américain, M. Albert Andraguès, de Saint-Jean-Pied-de-Port, ouvrier de la première heure à qui nous devons beaucoup. Nous pouvons fonder de beaux espoirs sur ces dévouements qui ne se lassent point et entrevoir enfin l’ouverture de cette Section de l’Expansion Basque qui complétera admirablement notre œuvre. On se demande parfois ce qu'elle pourra bien contenir. La réponse se trouve en partie dans les instructions adressées récemment, à titre d’indication, à nos collaborateurs d’Amérique pour orienter et coordonner leurs recherches. Permettez-moi de vous en donner lecture : 


I. — Navigateurs et voyageurs basques ; Portraits ; Itinéraires ; Cartes ; Modèles de navires ; Relations de voyage ; Documents divers. 


II. — L’émigration basque depuis ses origines : Causes ; Recrutement. Principaux points de départ ; Organisation ; Voyage des émigrants ; Conditions matérielles : Etat d’esprit ; Principaux points de débarquement. Portraits ; Cartes ; Lettres, etc.


 III. — Expansion des émigrants ; Zones d’action ; Existence des premiers émigrants ; Professions et métiers divers exercés par eux. 


IV. — Les étapes ; Résultats obtenus par les Basques ; Leur accession à la fortune, aux honneurs, aux grands emplois de l’Etat. 


V. — Types de "basques-américains" d’autrefois et d’aujourd’hui ; Souvenirs et documents de toute nature sur les Basques parvenus à la notoriété. 


VI. — Fondations basques religieuses et civiles. Œuvres sociales. Productions littéraires et artistiques, etc. 


VII. — Répartition actuelle des Basques et descendants de Basques dans le Nouveau Monde. Statistiques. Graphiques, etc. 


VIII. — Relations des Basques-Américains avec la mère patrie. Ceux qui reviennent. "L’Américain" au Pays Basque. 



Cette énumération est assurément incomplète mais elle donne une idée de ce qu’il est possible et souhaitable de faire. Si notre désir se réalise, il semble que le Musée Basque, dépassant ses limites européennes et s’étendant sur le Nouveau Monde tout entier, soit appelé à devenir réellement unique en son genre. 



Que notre ambition soit légitime, il suffit pour s’en convaincre de connaître l'histoire de l’émigration basque et de penser — pour s’en tenir aux plus récents exemples — à la magnifique ascension de ces Basques français dont la maison ancestrale s’élève à Ispoure, en Basse-Navarre, ou à Sare, en Labourd, et qui s’appellent Juan Campistéguy, Président de la République de l’Uruguay, et Hipolito Irigoyen, Président de la République Argentine.



emigration basque uruguay président
JUAN CAMPISTEGUY OXCOBY 1917
PRESIDENT DE L'URUGUAY 1927-1931


Nous sommes maintenant en plein avenir. Ne quittons pas ce domaine, qui est celui de l'espérance, sans parler de nos autres espoirs. Nous comptons bien, cette année, acheter notre chapelle et la sacristie qui lui fait suite. Si nous sommes embarrassés pour quelque détail, nous aurons recours à M. le chanoine Daranatz comme au plus compétent, au plus aimable des conseillers. Déjà on aurait pu le voir, au Musée Basque, semblable au donateur représenté dans le tableau d'un primitif, auprès des deux saints qu'il nous offrait et dont il nous racontera quelque jour la savoureuse histoire. De ce côté nous avons donc toute garantie de ne pas verser dans l'erreur. J'ajouterai que cette chapelle est entourée de la sollicitude générale et que ses destinées paraissent assurées.



pays basque autrefois musée labourd bayonne
MUSEE BASQUE BAYONNE
LA CHAPELLE



La grange-étable pourrait se continuer par une sorte de remise qui abriterait un petit musée de la voiture à Bayonne et au Pays Basque, berline du château, landau du citadin, diligence peinturlurée de jaune et de rouge, charrettes et tombereaux de divers modèles. Il faut se hâter, car ces vénérables témoins du passé sont délibérément disloqués et leurs ossements utilisables entrent dans la composition de véhicules nouveaux. Nous faisons appel aux chercheurs de la région pour nous aider à constituer cette intéressante section.



Au premier étage, nous prévoyons, outre les salles de l'Expansion basque dont je viens de vous parler, celles de l'Art Basque et des Châteaux Basques. Ces deux dernières seront ouvertes pour la saison prochaine.



Nous ouvrirons également la belle salle consacrée à la Navarre et aux "provincias vascongadas". Nous sommes particulièrement heureux de penser que nous pourrons être ainsi agréables — et peut-être utiles — à nos excellents amis d'Espagne, à l'heure où leur pays dirige vers le développement du tourisme un si bel effort. De leur côté, ils nous aideront, j'en suis sûr. Déjà ils nous ont donné les preuves de leur bon vouloir et j'ai eu le devoir — rempli bien volontiers — de remercier, en Guipuzcoa, D. José Angel de Lizasoain, président de la Exa Diputacion, D. Felix de Churrues y Dobres, lieutenant-colonel des miqueletes, D. José Aguirre, directeur du Musée municipal de San Sébastian, en Navarre, D. Daniel Arraiza, député provincial, et D. Vicente Larrondo, secrétaire général du Comité provincial de turismo.



pais vasco antes vascongadas provincias
PROVINCES VASCONGADES ILLUSTREES
PAYS BASQUE D'ANTAN




Ensuite il faudra bien penser au XXe siècle, à la guerre récente, aux années qui l'ont suivie et agrandir notamment notre section bayonnaise qui, déjà à l'étroit, déborde sur le palier et s'oriente tout naturellement vers les combles, vers le troisième étage, que nous serons certainement amenés à occuper. Là d'importants travaux s'imposeront et des dépenses considérables, mais très justifiées. Négligerons-nous en particulier la vie bayonnaise de 1914 à 1918, cette vie qui s'étendait jusqu'aux tranchées, jusqu'au front des armées d'Orient et où la mort se mêlait si étroitement ? Pour s'en tenir aux limites de notre ville, ne pensez-vous pas avec moi qu'il est nécessaire d'évoquer les heures tragiques de la mobilisation, les départs, la Légion étrangère, les bataillons tchèques et polonais qui reçurent à Bayonne leur drapeau, les Américains, l'histoire de nos régiments, le glorieux retour du 49e, l'inauguration du monument aux morts ? C'est déjà du passé, et quel passé ! Nous n'avons pas le droit de nous en désintéresser.



Là, comme dans les autres parties de l'immense domaine que nous avons à mettre en valeur, nous trouverons assurément de nombreuses collaborations. Déjà le gouvernement tchécoslovaque a bien voulu nous apporter la sienne, à la suite de la cérémonie du 23 septembre 1928 et de la visite du Musée Basque. Par l'intermédiaire de M. le Maire de Bayonne nous avons reçu de M. le directeur des Archives et Musée militaires de Prague un splendide envoi, très judicieusement composé, dont bon nombre de pièces sont déjà exposées et qui doit être complété par des envois ultérieurs. Nous souhaiterions, en particulier, avoir la reproduction exacte du fanion qui fut offert au bataillon tchèque par les dames de Bayonne, le 12 octobre 1914, et qui devait servir de linceul à l'héroïque sergent chargé de sa garde.



legion etrangere 1914 1918 pays basque guerre tcheque
VOLONTAIRES TCHEQUES AOÛT 1914


Et puis, il faut enfin penser à nous... Comme nous serons intéressants quand nous serons morts ! Il n'y a aucune raison pour que, dans un siècle, on ne cherche pas à nous "reconstituer" nous aussi. Ménageons-nous donc tout au moins une petite place, même si, comme c'est le cas, nous ne pouvons plus la trouver que dans nos greniers. Je vous laisserai sur des perspectives plus riantes et plus rapprochées, en vous annonçant, pour terminer, que si nous n'avons pu donner, en 1929, notre fête traditionnelle, nous nous proposons d'en organiser deux en 1930 et de permettre ainsi à la jeunesse qui attend toujours avec impatience "le bal pour le Musée Basque", de rattraper le temps perdu.



Bien entendu, je n'ai pas tout dit et je ne saurais résumer en cet exposé d'un quart d'heure une année de labeur. Mais je crois avoir dit l'essentiel, et vous avoir en tous cas prouvé ce que j'avançais en commençant : le Musée Basque vit, si vivre c'est se mouvoir et se développer, et, en même temps, travailler et espérer.


W. Boissel."




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France et Photo 12056304.jpg - Auñamendi Eusko Entziklopedia)








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