CYCLOTOURISME AU PAYS BASQUE EN 1932.
Dès 1885, la revue Le Véloce-sport publie des circuits de randonnées à vélo.
Voici ce que rapporta à ce sujet le Bulletin officiel de la Fédération française des sociétés de
cyclotourisme, en date du 1er décembre 1932 :
"Il y a en effet, dans ce peuple pacifique, un goût pour la danse et aussi le théâtre. Tout jeunes, ses fils apprennent à remuer leurs jambes en cadence et à figurer dans des pastorales. C’est le soir, les travaux achevés, qu’ont lieu les répétitions, à la lueur vacillante d’une chandelle de suif. Le maître rustique s’installe, examine les gamins qui gambillent à son appel, il met au point la position de leurs pieds, la tenue de leur buste, l’élégance de leurs entrechats, la souplesse de leurs bonds. Et pendant ce temps, un compère, juché sur quelque barrique, siffle un vieil air, bizarre et cadencé, qui vient du fond des temps. C’est surtout dans la Vallée de la Soule que cet art s’est maintenu et perfectionné. Il n’est pas rare d’y voir des enfants de dix à douze ans y porter avec crânerie les costumes rouge et or et les hauts diadèmes à feuilles d’argent des danseurs traditionnels et y exécuter avec une admirable précision les pas les plus difficiles : par exemple cette fameuse "danse du verre", qui consiste à décrire, autour d’une coupe pleine, une série de mouvements très compliqués, puis bondir sur elle, un pied en l’air, s’y maintenir un instant, et sauter enfin sans la briser ni la renverser.
Outre les danses traditionnelles exécutées avec des costumes étranges dont l'origine remonte au moyen âge, nous avons, dans ce pays basque, quelques autres danses dont le nom est plus répandu et connu de tous les assidus de dancings. Ce sont : le fandango (danse nationale basque), la Pasa Calle, le Paso Doble, la valse espagnole.
Toutes ces danses marquent une cadence très prononcée. Le plus souvent, les castagnettes à mains viennent donner le rythme et exciter le danseur. On sent bien par cette musique, un peu le territoire espagnol d’ailleurs tout proche.
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| CARTE BRODEE FOLKLORE PAYS BASQUE |
Une autre passion (je n’ose pas dire don) tient les Basques : c’est la contrebande. Malgré son apparence calme, le Basque est très "tracassier". Demandez-le plutôt aux douaniers et aux gardes-frontières.
Beaucoup d’entre eux sont des contrebandiers et, malgré que cela vous paraisse étrange, sachez qu’être contrebandier, cela constitue pour eux un respect des traditions. Car, de tout temps, le Basque fut ainsi en marge des accords douaniers franco-espagnols. Ce métier très honorable chez les Basques n’est pas sans dangers ni difficultés, ni efforts. Car ces derniers gravissent dans la montagne des sentiers arides et pénibles, prenant souvent des positions fatigantes sous de lourds fardeaux et étant sans cesse en garde contre les douaniers toujours à l’affût. La caravane ne se compose généralement que de six à huit hommes dont un part bien en avant et sert d’éclaireur. Il se juche sur un endroit un peu surélevé et observe les environs. Si rien de suspect n’est aperçu par lui, il fait aussitôt entendre un cri imitant un oiseau quelconque (cri convenu avant le départ seulement) et la caravane surgit de sa cachette et bondit à une autre, et ainsi de suite jusqu’à l’arrivée. Le dernier se contente d’observer si rien ne peut surprendre l’arrière-garde.
Si par malchance un groupe de douaniers les surprend le guide pousse trois cris et aussitôt chacun de jeter dans les fourrés son chargement et c’est le sauve-qui-peut général. Le bénéfice est perdu. Ce sera pour une autre fois.
Si par bonheur la caravane arrive au lieu désigné, elle pose la marchandise et reçoit immédiatement sa part de bénéfice. Son travail est terminé. Généralement près de cet endroit se trouve, comme un fait exprès, une voiture de foin ou de paille qui reçoit naturellement la cargaison composée fort souvent de tabac, absinthe, châles, etc... Pour ce "travail", il faut être fort entraîné et connaître la montagne, comme sa poche. Or, la plupart des Basques connaissent à fond leur pays.
Maintenant que vous connaissez un peu la vie des Basques, je vais vous mener, chers amis lecteurs, vers une jolie promenade en ce beau pays choisi comme lieu de résidence et illustré par deux grands hommes : Edmond Rostand et Pierre Loti.
| EDMOND ROSTAND |
La Vallée de la Nive (Le Labourd et la Basse-Navarre)
Nous partons de Bayonne au petit jour, en direction de Saint-Jean-Pied-de-Port, dont la route se détache de celle de Biarritz, à l’extrémité de la belle promenade dite "des Glacis". Elle suit la Nive tout en traversant plusieurs vallons avant d’arriver à Ustaritz, agréable petite ville dans un site fort joli, ancienne capitale du Labourd. Un peu plus loin, Larressore, avec son séminaire, actuellement sanatorium pour tuberculeux. Puis, voici que tout à coup, nous apparaît placée sur un coteau, face à nous, une vision magnifique : c’est l'Arnaga, belle demeure de style basque transformée en palais avec son parc féerique. Tout au souvenir du maître incontesté, le poète de Cyrano, de l'Aiglon, etc. ; chef-d'œuvres immortels d’un Edmond Rostand, qui y prolongea sa vie chancelante et dont la mort prématurée termina une carrière de gloire fulgurante.
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| TABLE RONDE DU PAVILLON ARNAGA CAMBO-LES -BAINS PAYS BASQUE D'ANTAN |
Quelle belle entrée pour la jolie ville thermale de Cambo ! Nous traversons une large terrasse d’où la vue embrasse la vallée de la Nive et le quartier, aux archaïques maisons, du bas Cambo, avec, comme fond, l’imposant massif de l’Ursuya, véritable éponge dont les eaux suffisent à alimenter Bayonne ainsi que les localités environnantes. Nous arrivons au quartier de l’établissement de bains avec son parc longeant la Nive où l'on peut goûter un repos restaurateur, loin des grandes voies sillonnées d’automobiles. Partout ce ne sont que de nombreuses et coquettes villas.
Après Cambo, la route traverse une sorte de col et, par une descente rapide, atteint Itxassou, village au pied de deux montagnes entre lesquelles coule la Nive au fond d’une gorge profonde. Cet étroit défilé, un peu sauvage, est célèbre par son "Pas de Roland". On appelle ainsi un rocher percé qui se serait ouvert sous le choc de Durandal, l’épée de Roland, pour donner passage à ses preux lors de la désastreuse retraite de l’armée de Charlemagne, poursuivie par les Vascons. La vérité est plus simple : on se trouve sur l’ancien chemin suivant le torrent et il paraît plus commode de percer la roche plutôt que d’y pratiquer une tranchée. Du "Pas de Roland", on aperçoit à droite le Pic Mondarrain (750 mètres), surmonté par de gigantesques rochers et les ruines d’une ancienne redoute qui fut témoin des luttes héroïques des soldats du Premier Empire lorsque, en 1813, les troupes du maréchal Soult défendirent le pays contre l’invasion des armées du général Wellington.
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| LE PAS DE ROLAND ITXASSOU 1932 PAYS BASQUE D'ANTAN |
Puis, retournant sur Itxassou, nous rejoignons la route N. 132, qui nous amène à Louhossoa, joli village aux blanches maisons, groupées autour de sa massive église du XIIIe siècle.
Aussi, dès que nous pénétrons dans Louhossoa, nous sentons quelque chose de changé dans ce qui nous environne. Ici les maisons sont d’un style nouveau — crépis moins clairs, disparition des toits inégaux et du poutrage apparent — tout cela nous témoigne d’un changement de province. En effet, quelques kilomètres plus loin, nous quittons le Labourd pour entrer dans la Basse-Navarre.
Nous côtoyons de nouveau la Nive. Nous roulons ainsi entre des pyramides rocheuses, déchiquetées et les prairies souriantes qui bordent cette belle rivière ; puis ce sont les maisons dispersées, aux tuiles chaudement patinées, de Bidarray, un nom cher aux pêcheurs de truites. C’est le premier village de la Basse-Navarre, agréablement situé au carrefour de trois vallées, dont l’une, celle du Baztan, conduit en Espagne. Un vieux pont lancé sur la Nive, presque entièrement couvert de lierre, donne un aspect poétique dès l’entrée du village.
| LE PONT D'ENFER BIDARRAY PAYS BASQUE D'ANTAN |
Comme je le disais plus haut, les maisons ont un aspect différent de celles rencontrées jusqu’alors, et dont on a fait, bien à tort, le type unique de la maison basque. Beaucoup d’entre elles sont de belles et solides maisons en pierre, qui portent souvent au-dessus de la porte d’entrée, des sculptures, des dessins et des inscriptions fort intéressantes à étudier.
Le centre du village est placé sur un plateau occupé par l’église (monument classé), qui dépendit primitivement d’une commanderie appartenant au monastère de Roncevaux. On trouve dans les diverses parties du pays basque de nombreuses traces d’établissements de cette nature tenus au moyen âge par des moines chevaliers pour la protection des pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle.
| PLACE DE BIDARRAY PAYS BASQUE D'ANTAN |




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