LA CHASSE À LA PALOMBE À ETXALAR EN 1919.
Les villages d'Etchalar, en Navarre et de Sare, en Labourd, peuvent s'enorgueillir depuis une époque immémorable de posséder une des plus belles, sinon la plus fameuse chasse aux pantières (filets verticaux) des cols Pyrénéens.
Voici ce que rapporta à ce sujet Jacques de Saint-Pastou, dans le Bulletin mensuel de la Société
Centrale des Chasseurs du 15 août 1919 :
"Les postes.
Chaque point culminant a son poste, chaque poste son utilité et chaque gardien de poste son rôle.
Mais, s'il est vrai que le plus court croquis en dise plus long qu'un long rapport, n'hésitons pas à placer sous les yeux de nos lecteurs un plan schématique montrant la situation des divers postes et l'emplacement des filets.
A Etchalar, on compte neuf postes : les uns sont al suelo (sur le sol) — et ce sont les plus éloignés — les autres sont situés sur les arbres et sur les tours.
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| PANNEAU : PALOMBIERES D'ETCHALAR NAVARRE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Les postes "al suelo" : guetteurs et rabatteurs.
Les postes "al suelo" — littéralement au sol — sont dans l'ordre, à gauche et à droite de la vallée, celui d'Iroeikoa — de la montagne d'Iroeic — et celui d'Amarikoa — de la montagne d'Amaric. Voilà les guetteurs.
Les rabatteurs "al suelo" tiennent, à gauche, le poste de Larrekoa — poste dit "de la colline" — et celui plus élevé de Gaikoa — poste d'"en haut" — ; à droite, enfin le poste de Domikoa — de la montagne de Domic.
Le gardien des premiers est une véritable sentinelle avancée. Son rôle se borne à annoncer l'arrivée du vol, ce dont il s'acquitte en soufflant dans un cornet à bouquin appelé Manjureta, plus communément, corneta ou turruta.
Le signal varie selon l'importance des passages ; voici, d'ailleurs, la gamme des conventions.
Dès que le guetteur aperçoit le vol, il tire de sa corneta une série de sons brefs. Cinq ou six coups de langue rapides, suivis de trois appels longs signifient qu'un grand vol est en vue : deux appels prolongés signalent un vol d'importance moyenne (regular) ; enfin, l'annonce d'un petit vol se traduit par un seul appel prolongé ou, plus souvent par un cri guttural.
Deux notes longues et une brève indiquent que les palombes volent "haut" ; une suite de notes brèves qu'elles volent "bas".
Si deux vols nombreux se suivent, les guetteurs avertissent deux fois de suite. Il peut fort bien se faire qu'un vol signalé change subitement de direction, qu'il ne s'engage pas dans la passe d'Etchalar ; dans ce cas, il n'y a pas d'avertissement particulier. C'est, seulement, une forte déception pour les chasseurs qui attendent sans voir venir... ainsi que soeur Anne.
Durant la chasse, on conseille aux guetteurs de ne point révéler leur présence. Ils se tapissent dans la bruyère ou entre deux rochers et ils observent.
Cependant, pour parer à toute éventualité, on les munit, comme leurs camarades, des postes intermédiaires, d'une sorte de drapeau, dont nous allons voir l'utilité aux mains des rabatteurs "al suelo".
Les rabatteurs "al suelo", les chatars, ont une mission différente et très définie : ils agitent au bout d'un bâton un linge blanc, afin d'effrayer les palombes qui s'écarteraient de la bonne voie, soit qu'elles aient des velléités de piquer dans la direction de la montagne, soit qu'elles veuillent rétrograder vers la plaine.
Les chatars, tout en faisant claquer au vent leur drapeau poussent des cris aigus : "Hù! Hù! Hù!..."
Les rabatteurs des arbres et des tours.
Des chênes, des frênes et des hêtres montent à l'assaut du col : cependant, tout là-haut, on a déboisé pour laisser le passage libre, ne conservant à droite et à gauche que quelques bouquets d'arbres d'où émerge la plate-forme des tours. A gauche, à une centaine de mètres de la ligne des filets, se trouve un arbre dont la cime dépasse toutes les autres ; sur cet arbre, une cabane occupée par un rabatteur ; un panier, à proximité de l'homme, le fournit abondamment de cet accessoire indispensable : la pala, palette de bois peinte au lait de chaux, qui servira, lancée à plat, à faire baisser le vol ou, verticalement, à le faire s'éloigner.
Ce rabatteur s'appelle par son nom ou par son sobriquet. Celui que l'on désigne par le sobriquet de Thuitha (prononcez Touitia) a plusieurs rôles importants, dont il s'acquitte au commandement de la chasse.
Si le vol oblique dans sa direction, Thuitha a pour mission de l'éloigner, soit en frappant deux palettes l'une contre l'autre, avec un bruit de battoir, soit en se servant d'une palette ainsi que d'un projectile. La palette remplit alors l'office d'une pierre lancée de haut en bas. Mais il arrive, parfois, que le vol s'élève : s'il continue à monter, il survolera les filets : Thuitha doit alors le rabattre ; il jette sa palette horizontalement sous le vol qui plonge, redoutant d'être aux prises avec un épervier.
C'est le directeur qui indique à son collègue la tactique à employer et le moment où il faut l'employer par ces injonctions brèves :
— Thuita! bota! bota! (ou tira! tira! sous-entendu pala)... aphalecoa!
— Thuitha ! jette ! jette la palette par en dessous !
Lorsque le directeur crie :
"Bota! bota goïtic! (jette ! jette la palette en haut !) c'est que le vol se présente à lui comme étant très haut.
Si le vol est à hauteur moyenne, le directeur crie seulement :
"Bota! bota!" (jette ! jette !)
Si le vol passe "bas", le directeur ajoute : "Petic", "en bas".
Thuitha possède dans le rabatteur de la tour d'Arricoa (la tour de pierre) un vis-à-vis qui remplit les mêmes fonctions.
La Tour de la Mort, occupée par le second chef, se situe à environ quinze mètres en avant et à gauche des filets.
| LA TOUR PALOMBIERES SARE PAYS BASQUE D'ANTAN |




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