L'AVIRON BAYONNAIS EST CHAMPION DE FRANCE DE RUGBY LE 21 MARS 1943.
Le championnat de France de rugby à XV de division unique de la FFR 1942-1943, 44e édition de la compétition et première édition sous ce format, est remporté par l'Aviron Bayonnais qui bat le SU Agen en finale : 3 à zéro.
Après trois saisons de compétitions non officielles, la FFR décide de rétablir le championnat de France sous forme de "division unique".
Divisée en deux par l'armistice de 1940, la FFR réussit à organiser un championnat par zone et la finale interzones est disputée, au stade de Colombes, le 21 mars 1943, entre l'Aviron Bayonnais et le SU Agen respectivement vainqueurs de leur zone.
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le journal, dans son édition du lundi 22 mars 1943,
sous la plume de Pierre Lorme :
"Au stade de Colombes, devant 25 000 spectateurs.
Après un match très coloré et indécis jusqu'à la fin l'Aviron Bayonnais a battu Agen et enlevé le titre de champion de France de rugby.
(De notre envoyé spécial Pierre Lorme, par téléphone.)
... Considérations.
Ce ne fut pas tout à fait la grande partie que l'on attendait ; et certains spectateurs quittèrent le stade olympique un peu déçus Ceux-là n'avaient certes pas réalisé l'importance de l'enjeu. Les deux équipes étaient farouchement décidées à vaincre ; elles pensaient peut-être davantage à la défense qu'à l'attaque ; et il était évident que le score ne pourrait qu'être étroit. On le vit bien dès le début quand des placages sévères étouffèrent dans l'oeuf la plupart des offensives, et ceci de part et d'autre. Plus question de jeu élégant, spontané, voire chevaleresque mais une rude empoignade entre deux quinze de valeur sensiblement égale.
La ligne d'avants d'Agen, plus athlétique, plus lourde et tout aussi mobile que celle d'en face s'assura un net avantage à la mêlée et à la touche. Les Basques, en dépit de tout leur courage, se trouvèrent souvent malmenés par ce pack accrocheur en diable où Bruneteau, Basquet et Matheu se signalèrent entre tous.
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| EQUIPE RUGBY SU AGEN 1943 |
Maîtres du ballon en mêlée fermée, beaucoup plus efficaces à la touche, les Agenais rivalisaient aussi d'activité dans le jeu ouvert avec leurs adversaires. Ils donnèrent de ce fait de multiples occasions à leurs lignes arrières. Malheureusement, les trois-quarts de la cité des pruneaux se plaçaient mal, et ils n étaient pas assez rapides, tant à l'ouverture qu'au centre, pour déborder leurs vis-à-vis.
Par dessus le marché, la blessure de Calbet désorganisa grandement le quatuor d'attaque ; et bien que le capitaine agenais soit revenu sur le terrain comme deuxième arrière, il n'en était pas moins réduit à un rôle uniquement passif.
Le meilleur homme du quinze agenais fut sans conteste Bruneteau. Le fameux "Roux-Poil" sema maintes fois le désordre dans les rangs basques. Tant comme avant troisième ligne que comme demi d'ouverture, Winger aux trois-quarts. Bruneteau servit son équipe de façon splendide.
Il est regrettable que le magnifique travail des avants ait été gâché par les hésitations, les courses en biais et la tactique monocorde des attaquants agenais. Il est vrai qu'ils avaient affaire à forte partie.
Chez les Bayonnais, les avants, surclassés, durent jouer "le match de leur vie". Ils firent preuve d'un courage magnifique de bout en bout ; mais derrière ce pack archibattu, la tâche des attaquants n'était guère aisée. Les Agenais interdirent absolument aux Basques de pratiquer leur jeu habituel, ils le désorganisèrent constamment par leurs incursions rapides et leur façon de suivre constamment la balle.
Cependant il y eut de beaux départs à la main des avants basques. Derrière eux, c'est Dauger qui se signala le plus dans les rangs bayonnais, ainsi d'ailleurs que le quasi-vétéran Celhay, qui reste en dépit des ans un attaquant toujours redoutable.
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| PHOTO DE JEAN DAUGER FINALE RUGBY 1943 AVIRON BAYONNAIS OMNISPORTS |
La paire de demis des Basques fut assez nettement supérieure à celle d'en face (qui n'avait déjà pas brillé beaucoup face à Montferrand) ; et Arotça, aussi bon qu'il l'était il y a dix ans, s'avéra le meilleur des troisième ligne chez les bleu et blanc.
L'absence du puissant Boudon se fit largement sentir chez les vainqueurs, dont le succès fut accueilli par la foule parisienne avec un enthousiasme, digne des rencontres internationales de jadis.
Ce qu'est L'Aviron Bayonnais.
A Bayonne, tout le monde naît pelotari et rugbyman. Les enfants, dès qu'ils sont en âge de courir, font des passes avec une balle de chiffons. Ceci explique qu'une ville aussi petite, à laquelle Le Boucau et Biarritz empruntent encore de jeunes sportifs, puisse se permettre d'être champion de France...
Avant-guerre (nous parlons de l'autre guerre), l'Aviron Bayonnais fit une entrée éclatante dans le monde du sport en écrasant, en finale, le S. C. U. F., que commandait Cadenat. Le Gallois Roë, Iguinitz, Fernand Forgues, le junior Lasserre, Hédembaight, étaient alors les vedettes des bleu et banc. Beaucoup de ces magnifiques athlètes devaient d'ailleurs donner leur vie pour la France...
Après 1918, l'Aviron Bayonnais se retrouve. Il a alors pour demi d'ouverture l'excellent Billac, pour trois-quart aile Laurent Pardo. Puis apparaissent les fameux frères Béhoteguy, deux centres éblouissants. Lasserre s'épanouit et d'arrière passe trois-quart, puis avant troisième ligne. Etchepare se signale par ses trouées rapides. Les Zabaletta, Lauga, Arotça, Celhay, Elissalde, à leur tour, prennent place dans l'équipe première, où ils sont rejoints par Dauger, par Boudon, par Larré.
| LES FRERES ANDRE ET HENRI BEHOTEGUY EQUIPE DE FRANCE DE RUGBY 1928 |
Le jeu bayonnais est surtout caractérisé par la grande adresse de tous les joueurs et leur aptitude particulière à bien se placer. Quiconque s'échappe n'est pas livré à lui-même ; il trouve toujours deux ou trois coéquipiers prêts à l'assister. Ce n'est pas un jeu très rapide, la race n'étant pas une race de sprinters, mais l'activité générale est énorme, comme énormes les qualités de coeur et d'énergie. Ces jeunes gens de taille moyenne mais larges d'épaules et solides, présentent tous des vertus morales — camaraderie, cran, enthousiasme, amour de leurs couleurs — qui leur permettent des exploits imprévus. On n'est jamais sûr, avant le coup de sifflet final, de les avoir vaincus.
Avec cela des adversaires sympathiques et courtois, dont on ne peut redouter aucune traîtrise.
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| MAURICE CELHAY ET L'EQUIPE DE RUGBY DE L'AVIRON BAYONNAIS DEVANT VESTIAIRE PARC DES PRINCES 21 MARS 1943 |





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