LA PÊCHE À LA SARDINE AU PAYS BASQUE EN 1914.
La pêche à la sardine existe, au Pays Basque, depuis de très nombreuses années, et en particulier depuis le début du 20ème siècle.
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DEBARQUEMENT DE LA SARDINE PORT DES PÊCHEURS BIARRITZ PAYS BASQUE D'ANTAN |
Voici ce que rapporta à ce sujet la revue mensuelle illustrée Pyrénées-magazine, le 1er février
1914, sous la plume de G. Ouvrard et L. Teillery :
"Pêche à la sardine.
Autrefois, sur nos côtes de l'Atlantique, de Biarritz à Hendaye, la pêche à la sardine se faisait sans appât, avec un grand filet traînant sur yole à voiles, non pontées ou sur traînières ; depuis plus d'un an, on fait la nouvelle pêche à la mode d'Arcachon, en appâtant avec de la rogue.
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SARDINIERS REPARANT LE FILET 33 ARCACHON |
Aujourd'hui, pour cette pêche, on se sert de chaloupes à vapeur, ayant quinze mètres de long sur trois mètres de large, de la force d'environ 20 chevaux. Le port de Biarritz comprend cinq chaloupes à vapeur et deux pinasses à moteur, appartenant à des pêcheurs ou à des particuliers ; la flotte sardinière de St-Jean-de-Luz a vingt chaloupes à vapeur et une pinasse à moteur. L'équipage se compose d'un mécanicien, d'un chauffeur et dix hommes. Sur le pont, emboîtés les uns dans les autres, quatre à cinq doris (petits bateaux, à fond plat, manoeuvrant à la godille, larges de 1m 50 sur 3m de long, servant à lancer les filets et la rogue sur les lieux de la pêche).
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DEBARQUEMENT DE LA SARDINE SAINT-JEAN-DE-LUZ PAYS BASQUE D'ANTAN
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Les petits filets servant à la pêche à la sardine ont douze mètres de long sur cinq mètres de tombant, la maille réglementaire est de douze millimètres ; les grand filets servant à la pêche de l'anchois ont quatre-vingt à cent mètres de long, sur douze mètres de tombant, la maille a dix millimètres. Les filets sont en fil, teints en vert ou en bleu.
Dans le port, les chaloupes sont prêtes, chargées de leur provision de briquettes. Le départ a lieu suivant la marée, de 1 heure à 2 heures du matin.
Pour suivre cette pêche, nous embarquâmes dans le port de St-Jean-de-Luz, par une nuit tiède de Décembre. Le ciel était étoilé ; nous attendions le départ. La sirène se fit entendre, et en route ; la mer est calme, la chaloupe a l'avant élevé, glisse, avance fièrement sur la mer, faisant dans les flots sombres un large sillon, couronné d'une écume blanche. Rien de plus féérique, de plus beau que de contempler à cette heure matinale les quais de St-Jean-de-Luz, éclairés de loin en loin par les réverbères minuscules comme des étoiles, indiquant que l'on fuit la côte.
Le long des côtes que nous longeons, Guéthary, Bidart, Biarritz, drapés dans un voile nocturne, parsemés de milles petites lumières. Nous piquons au travers de Contis, dans le Nord, bien plus loin que Capbreton ; il faut quelquefois cinq ou six heures pour arriver sur les lieux propices à la pêche.
Nous voici en pleine mer ; les phares espagnols et les phares de la côte brillent dans le lointain. La lune se lève, reflétant son croissant dans les eaux de l'Océan en d'infinis reflets d'argent.
L'hélice tourne toujours à grande vitesse, mêlant son tic-tac au sillage de l'eau ; nous approchons du lieu de la pêche.
Pendant que les pêcheurs sont groupés sur le pont et trient la rogue qui doit servir à appâter la sardine, nous dirons un mot sur ce poisson de mer.
En Mars, pour frayer, la sardine s'approche des côtes jusqu'en octobre ; mais elle varie beaucoup dans ses migrations. La pêche se fait de Juin à Octobre, mais il y a des années où elle se fait jusqu'en février — quelquefois presque toute l'année. Après la pêche à la sardine, c'est la pêche à l'anchois. La sardine porte différents noms, suivant les pays :
Dans les Pyrénées-Orientales : Sarda, Sardinyola.
Dans la Charente : Royan.
Sur les côtes picardes et normandes : Célan, Célerin, Pilchard, hareng de Bergues.
... L'hélice tourne sans cesse. Entre le ciel et l'océan une longue traînée de feu, un incendie, c'est Phoebus qui chasse la nuit.
Sept heures. — Nous voici sur le lieu de la pêche : on commence par jeter la sonde ; si elle accuse 18 à 20 brasses de profondeur, l'endroit est favorable ; on stoppe pour pouvoir mettre à la mer un doris — sur lequel prend place un pêcheur avec un filet et un seau de rogue.
On abandonne le doris, le pêcheur égrène son filet et sème la rogue pour attirer la sardine qui en est très friande.
La rogue sort des oeufs de morue fortement salés ; son prix est de 60 à 70 francs les cent kilos.
Trois cents mètres plus loin, un second pêcheur est laissé avec un autre doris et ainsi de suite jusqu'à ce que tous les doris soient à la mer.
Nous suivons les sauts gigantesques des marsouins qui sont à la poursuite d'un banc de sardines ; les mouettes aux ailes blanches sont de la partie. Bon signe pour nous, car nous avons un filet de réserve et, tout en voguant, nous jetons notre filet, ce qui nous permet d'en capturer quelques centaines seulement car le bruit de l'hélice ne les laisse pas assez approcher ; le marsouin, très méfiant, s'échappe.
Lorsque les lièges des filets surnageant à la surface des flots s'enfoncent, c'est une preuve que la sardine abonde, la chaloupe à vapeur s'avance du premier filet jeté et les trois hommes restés à bord tirent le filet pour recueillir la sardine prise dans les mailles.
Il faut toucher le moins possible à la sardine car elle ne se conserverait pas ; elle est jetée sur le pont. Le filet est ensuite replacé par le doris et l'on va à un autre doris pour lever le filet.
La pêche terminée, les doris sont remis à bord. Alors les pêcheurs trient les sardines par grosseur, et les comptent. Pour les compter on se sert d'une caisse spéciale contenant environ 360 sardines ; de cette façon on a le total approximatif de la pêche.
La chaloupe pique vers St-Jean-de-Luz ; pendant ce temps nos pêcheurs arrangent les filets et font la toilette du bateau.
Notre chauffeur ne perd pas de temps, lui non plus ; une grande casserole est bien vite mise au foyer de la machine, quelques tomates, morues sèches et sardines fraîches, voilà le régal que nos braves pêcheurs ont bien mérité, sans oublier le "chahakua".
Là-bas, dans le lointain, le soleil se couche dans un manteau de pourpre, reflétant ses derniers rayons dans les eaux de l'Océan.
Lorsque la pêche est fructueuse, la chaloupe reprend vite la route du port. Quelques chaloupes même viennent vendre les produits de leur pêche à Bayonne, sur les quais de la Place de la Liberté, quand elles ne peuvent, à cause de la marée, rentrer au port. S'il y a beaucoup de sardines, un pavillon est hissé au bout d'une rame pour indiquer aux cascarottes attendant l'arrivée des chaloupes chaloupes qu'il y a de la sardine. Au port, cinquante à soixante cascarottes ou marchandes de sardines, attendent anxieuses le débarquement de la sardine. Rien de plus comique que cette vente ; au milieu de cris aigus, les mots tendres ne sont pas épargnés.
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LES MARCHANDES DE POISSONS BAYONNE 1905 PAYS BASQUE D'ANTAN |
La sardine est achetée, suivant le cours, de 10 à 45 francs le mille.
Les cascarottes se répandent vite à travers la ville, et vont dans les rues de Bayonne crier d'une voix rauque ou argentine :
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LES KASCAROTS DE ST JEAN DE LUZ ET CIBOURE
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"Chardine frais"
"Anchoa friaou"
"Anchoa tout bibot"
Depuis quelques années la sardine abonde sur nos côtes et chaque fois qu'il fait vent d'ouest avec un peu de houle, temps très favorable pour cette pêche, chaque chaloupe rentre avec 50 à 100 000 sardines.
Du 29 Novembre au 2 Décembre 1913, 3 millions 500 sardines étaient débarquées. Cette année, la plus grosse pêche pour une chaloupe a été de 129 000 sardines. Les sardines fraîches, fortement salées, sont mises en caisses pour être expédiées dans les grandes villes. On en fait aussi des conserves à l'huile dans des boîtes de fer blanc.
Dans cette région, il n'existe pas d'usine ; aussi les pêcheurs sont obligés de vendre toute la sardine en frais, d'où pour eux un moindre bénéfice.
Ailleurs, c'est le contraire, les usiniers se plaignent du manque de sardine.
Il serait, croyons-nous, utile de trouver une solution pour mieux vendre nos pêches et donner un plus fort gain à nos braves pêcheurs, dont la fatigue et la peine méritent d'être récompensés encore davantage.
G. Ouvrard & L. Teillery.
Nota. — Nous n'ajouterons qu'un mot à l'article intéressant et documenté de MM. Ouvrard et Teillery. Depuis deux ans environ que la pêche à la sardine se pratique à la rogue les prises sont très importantes, au point que ces poissons se vendent souvent à vil prix. Les mareyeurs font parfois des affaires d'or à St-Jean-de-Luz ! Mais cela va changer bientôt, car une grosse maison de Nantes doit installer dans la région des usines de conserves. Nos pêcheurs y auront tout avantage.
Il existe depuis longtemps, entre pêcheurs français et espagnols un conflit provenant d'une différence de réglementation appliquée sur les deux côtes par leurs gouvernements respectifs. La zone neutre est à 3 milles des côtes françaises, et à 6 milles des côtes espagnoles. Donc les pêcheurs espagnols peuvent capturer le poisson à 3 milles de nos côtes, et ils en usent largement, tandis que les pêcheurs français doivent se tenir à 6 milles de la côte espagnole. Il y a là une injustice flagrante qu'un accord entre les deux Etats devrait faire disparaître. Les doléances de nos pêcheurs à ce sujet ont été présentées au récent Congrès de Lorient. Il faut espérer qu'elles parviendront à intéresser les Pouvoirs Publics. Que font donc le contre-torpilleur de Hendaye, et la canonnière de Socoa ? Ne sont-ils pas tous deux spécialement chargés de protéger nos pêcheurs ?
La Direction."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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