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samedi 6 juin 2026

LA TOUR D'AUVERGNE ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1793 (quatrième et dernière partie)

 

LA TOUR D'AUVERGNE AU PAYS BASQUE.


Théophile Malo de La Tour d'Auvergne-Corret est un militaire français, né en 1743 à Carhaix, en Bretagne, à qui Napoléon donna le titre de "premier grenadier de la République".



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LA TOUR D'AUVERGNE


Voici ce que rapporta à son sujet Emile Second dans le quotidien Le Mot d'Ordre, le 12 avril 1891 :



"Le Premier Grenadier de la République.

— Suite.


Tous les épisodes que nous avons racontés sont rigoureusement exacts, tirés de documents officiels d'une authenticité indiscutable. Nous nous sommes abstenu de citer des actes et des propos que beaucoup d'écrivains ont attribués à La Tour-d'Auvergne, et qui paraissent appartenir plus à la légende qu'à l'histoire. Quelques anecdotes curieuses ont paru, à l'époque, dans le Moniteur universel, et, plus tard, dans d'autres journaux, racontées par des personnages qui disaient avoir connu particulièrement le capitaine de la 148e. Peut-être sont-elles exactes ? En voici quelques-unes :


Un représentant du peuple en mission à l'armée des Pyrénées-Occidentales, enthousiasmé par les hauts faits de La Tour-d'Auvergne, ne cessait de le complimenter et de lui offrir sa puissante protection. L'officier lui dit un jour :


— Alors, citoyen représentant, vous êtes vraiment très influent ?

— Certainement. Tout ce que vous me demanderez, vous l'obtiendrez.

— Eh bien, tâchez donc d'avoir des souliers pour mes pauvres grenadiers et pour moi, car nous en avons un besoin urgent.



Le mot est invraisemblable, étant donnés l'indépendance de caractère et le mépris pour les honneurs de celui à qui on l'attribue. Les troupes manquèrent souvent des choses les plus nécessaires, surtout lorsque l'incapable Pache parvint par l'intrigue au ministère de la guerre, où il réussit à se maintenir du 18 octobre 1792 au 4 février 1793.



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JEAN-NICOLAS PACHE
LITHOGRAPHIE DE FANCOIS-SERAPHIN DELPECH



Un ingénieur, qui se trouvait à Socoa en 1789, a raconté que La Tour-d'Auvergne s'occupait sans cesse d'améliorer la situation de ses soldats ; que, s'étant aperçu que l'eau du fort où ils étaient laissait à désirer, il avait sollicité et obtenu de construire une fontaine à laquelle il travailla lui-même pour activer les travaux.



"Il se baignait souvent à la mer, à l'entrée du port de Socoa ; deux de ses soldats se trouvant un jour entraînés par la marée, il s'élance à leur secours ; il y est entraîné lui-même. Un jeune tambour, bon nageur, se précipite et le sauve ; ses camarades sont également mis à terre par les marins ; mais les spectateurs ont été pendant quelques instants, qui leur ont paru bien longs, en proie à une horrible inquiétude. Ah ! brave jeune homme ! tu sais comme tu fus porté en triomphe par tous tes camarades ! Comme tu fus béni d'avoir sauvé leur commandant, mais plus encore leur ami. Il méritait ce titre, car il leur consacrait la plupart de ses moments ; les autres étaient employés à l'étude, ainsi qu'à faire des notes sur les médailles qu'il me montrait souvent et qui lui servaient à son ouvrage des Origines gauloises."



Un ami intime, ancien camarade de collège, l'archevêque Le Coz, dans un livre publié seulement en 1815, a dit que La Tour-d'Auvergne, lorsqu'il fut nommé colonel, rassembla ses grenadiers : "Camarades, j'ai un avis à vous demander." A ce propos, les grenadiers de s'entre-regarder en souriant. "Eh ! oui, reprend leur capitaine, je vous ai donné quelquefois de bons conseils ; aujourd'hui, j'exige aussi votre avis sur une affaire qui me concerne. On vient de m'envoyer un brevet de colonel du régiment de Champagne : dois-je accepter ? Qu'en pensez-vous, mes enfants ?" Les grenadiers, mornes et tristes, se taisent. Enfin, l'un d'eux prenant la parole : "Notre capitaine, dit-il, non seulement ce grade, mais un grade supérieur vous est dû depuis longtemps et, à cet égard, toute l'armée pense comme nous. Mais nous, nous perdrons donc notre père ? — Nous ne pouvons, ajoutèrent les autres grenadiers, vous dissuader d'accepter cet avancement ; mais nous..." Des larmes coulèrent des yeux !



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LA TOUR D'AUVERGNE


"Mes amis, reprit La Tour-d'Auvergne, attendri lui-même, je vois que cela vous afflige. Vous êtes contents de moi. — Ah ! si nous le sommes !... Mais l'êtes-vous aussi de vos grenadiers ? — Mes amis, content, très content. Vous êtes tous de braves gens, et je vous aime comme mes enfants. Je vais donc renvoyer ma commission. — Mais, capitaine... — Je n'écoute plus rien, je voulais votre avis ; je le connais ; cela me suffit. Vous viendrez tous dîner avec moi, camarades ; aucun de vous n'y manquera.


Il quitte ses grenadiers étonnés et attendris, et va ordonner un repas militaire et frugal. A l'heure marquée, les grenadiers arrivent, et La Tour-d'Auvergne se place au milieu d'eux. On dîna gaiement. A la fin du repas, La Tour-d'Auvergne se lève et s'adressant à toute la compagnie : "Mes camarades, renouvelons ici un engagement mutuel, moi, de ne pas vous quitter, vous, de m'être toujours fidèles", et ce traité fut cimenté par les larmes de tous.


La Tour-d'Auvergne renvoya donc sa commission de colonel ; mais il garda le beau cheval d'Espagne que le ministre lui avait envoyé en même temps. Et quel usage en faisait-il ? Des soldats de sa compagnie me l'ont appris. Quand ils allaient à quelque expédition, le cheval suivait ; mais il était conduit par la bride. Quelque grenadier paraissait-il fatigué de la marche :"Camarade, lui disait le capitaine, monte ce cheval ; il me gêne à conduire ainsi. "Il fallait obéir".



S'il faut, comme l'ordonnent les règlements militaires, que "l'autorité soit paternelle", il ne faut cependant pas qu'elle soit faible et abdique ses droits. La discipline serait difficile, surtout à notre époque, avec ces procédées et ces plébiscites introduits dans l'armée. Du reste, nous ne dissimulerons pas que cette anecdote nous paraît, sinon fausse, du moins si exagérée dans es détails qu'elle a dû être dénaturée.



Enfin, on a encore raconté que La Tour-d'Auvergne avait toujours refusé de se marier parce que son coeur s'était trouvé dominé de bonne heure par un violent amour, sans espoir, auquel il demeura fidèle toute sa vie.



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LA TOUR D'AUVERGNE


Son histoire a, depuis sa mort, été très enjolivée. On en a exagéré les côtés romanesques. Nous avons tenu, pour ne rien omettre de ce qui peut éclairer sur le caractère de La Tour-d'Auvergne, à signaler quelques anecdotes de ses anciens biographes..."




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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