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vendredi 6 mars 2026

LA TOUR D'AUVERGNE ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1793 (première partie)

LA TOUR D'AUVERGNE AU PAYS BASQUE.


Théophile Malo de La Tour d'Auvergne-Corret est un militaire français, né en 1743 à Carhaix, en Bretagne, à qui Napoléon donna le titre de "premier grenadier de la République".



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LA TOUR D'AUVERGNE


Voici ce que rapporta à son sujet Emile Second dans le quotidien Le Mot d'Ordre, le 10 avril 1891 :



"Le Premier Grenadier de la République.



IV. Les deux bataillons du 80e et le bataillon des chasseurs cantabres étaient, au commencement des hostilités avec l'Espagne, les seules troupes de ligne de cette frontière.



Les chasseurs avaient à leur tête Jeannot de Moncey, qui se faisait appeler simplement Moncey et devait illustrer ce nom, devenir duc de Conegliano et maréchal de France. Fils d'un avocat au Parlement de Besançon, il s'était engagé à quinze ans, en 1769, malgré sa famille qui le racheta deux fois. Simple commandant du bataillon des chasseurs cantabres en 1798, Moncey était nommé, l'année suivante, général de division.



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PORTRAIT DU MARECHAL MONCEY
PAR JACQUES-LUC BARBIER-WALBONNE



Le 80e régiment comptait aussi dans ses rangs, à côté de La Tour-d'Auvergne, des hommes remarquables comme Miollis, nommé général en 1794 et qui fut gouverneur de Rome, de 1807 à 1814 ; Lamarque, plus tard général de division, orateur et écrivain de mérite, etc. Il ne fallait rien moins que de telles intelligences pour se tirer de tant de difficultés et de périls.



Dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1793, les Espagnols surprirent les avant-ports français du camp de Sarre, qui était commandé par le colonel de la Chapelette, du 80e. Les volontaires, qui n'avaient pas encore vu le feu, furent saisis de panique et se débandèrent de suite. Le colonel ordonna à La Tour-d'Auvergne d'arrêter à tout prix les ennemis avec sa compagnie de grenadiers, pour qu'ils ne puissent pénétrer dans le camp où il allait essayer d'organiser la résistance. Un autre capitaine du 80e, Dessein (général de division en 1793) se joignit à La Tour-d'Auvergne avec 50 fusiliers du régiment et 40 chasseurs des montagnes. Cette petite troupe, comptant 150 hommes en tout, arrêta une première colonne espagnole et culbuta sa cavalerie.



L'ennemi, ayant reçu des renforts, reprit l'offensive. La Tour-d'Auvergne et Dessein, qui fut blessé, parvinrent encore à résister à cette forte colonne pendant une demi-heure. Mais il fallut à la fin céder au nombre et battre en retraite jusqu'au camp, où régnait une grande confusion.



Les volontaires, qu'on avait ralliés à grand'peine s'étaient affolés de nouveau en voyant apparaître une deuxième colonne ennemie arrivée d'un autre côté, et ils avaient pris la fuite en abandonnant quatre canons, malgré les reproches du colonel de la Chapelette.



Les grenadiers de La Tour-d'Auvergne, sous le feu violent des Espagnols, attelèrent trois pièces, enclouèrent la quatrième, et ne battirent en retraite que lentement, en disputant le terrain pied à pied. Ils rejoignirent le restant de l'armée à Ustaritz, où les volontaires s'étaient arrêtés. Les Espagnols, après avoir pillé et brûlé le camp, rentrèrent dans leurs limites.



On ne pouvait rester sur cet affront. Le 22 juin, le 80e régiment et les volontaires prirent une brillante revanche au sanglant combat de la Montagne de Louis XIV. Le capitaine La Tour-d'Auvergne, avec ses braves grenadiers, attaqua une redoute en gravissant les rochers sous un feu meurtrier et l'enleva. Lorsque les Espagnols battirent en retraite, il les poursuivit jusqu'au pas de Béhobie. Il reçut, ce jour-là, cinq coups de feu dans ses vêtements.



Félicité par le nouveau général en chef, La Bourdonnaye, La Tour-d'Auvergne répondit :

"Citoyen, le général en chef de l'armée ne devait aucun remerciement aux grenadiers ou à leurs officiers pour la conduite qu'ils ont tenue dans la journée du 22 ; ils n'ont fait que leur devoir. Leur conduite a été conforme aux sentiments qu'ils n'ont cessé de montrer depuis le commencement de la Révolution pour le soutien de la cause glorieuse qu'ils ont embrassée."



Le 13 juillet, se livrait un nouveau combat à Biriatou. La Tour-d'Auvergne, qui commandait quatre compagnies de grenadiers, entra le premier dans les retranchements ennemis. Il écrivit au général en chef : "J'ajouterai à ma relation de l'attaque de l'église et du retranchement de Biriatou, que la citoyenne Liberté-Rose Barreau, née à Saint-Malens, district de Cahors, âgée de dix-neuf ans, mariée à un grenadier du 2e bataillon du Tarn, grenadier elle-même dans la compagnie à laquelle est attaché à son mari, s'est montrée plus qu'un homme dans l'attaque du retranchement de l'église crénelée de Biriatou jusqu'au moment où son époux est tombé à ses côtés." La Tour-d'Auvergne termina en recommandant chaleureusement cette femme dont le mari était mort pour la patrie. Il ne voulait rien pour lui, mais il savait solliciter pour les autres, lorsqu'ils le méritaient.



Dix jours après, on se battait encore à Urugne, et La Tour-d'Auvergne faisait de nombreux prisonniers aux Espagnols. On ne se reposait guère dans les armées de la République. Stimulées, harcelées par les représentants du peuple délégués, elles ne faisaient que se battre ou exécuter des travaux de fortification. Soldats et officiers, animés d'un enthousiasme farouche, ne se plaignaient jamais, marchant toujours, supportant toutes les misères, bravant toutes les intempéries, hypnotisés par le sentiment patriotique.



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LA TOUR D'AUVERGNE


Et pourtant, ils n'étaient pas toujours récompensés de leurs peines et de leur dévouement, ces fanatiques soldats. Plus d'un eut à se plaindre d'injustices. Le brave La Tour-d'Auvergne, par exemple, n'eut pas toujours à se louer de la République, comme en fait foi l'intéressante lettre suivante, que nous donnons tout entière parce qu'elle fait le plus bel éloge de celui qui l'a écrite, prouvant son excessive modestie et sa noblesse de caractère :


"1er nivôse 1793, 2e de la République française une, indivisible et éternelle.


Je reçois, mon cher parent, avec un plaisir infini de vos nouvelles de Mézières, après trois années de séparation ; je vous écrivais de Bayonne, il y a près de dix-huit mois, par un jeune homme des environs de Dax qui me fit accroire qu'il allait se faire examiner à Châlons pour entrer dans l'artillerie, mais j'ai sçu depuis qu'il tient une autre route et qu'il passa lâchement aux émigrés. Je suis bien étonné que vous ne soyez encore qu'élève dans votre corps, où il me semblait que vous auriez dû être aussi avancé que je le suis dans le mien, c'est-à-dire capitaine.


Vous m'avez adressé votre lettre sous la désignation de Général : mes talents ne sont pas de ceux qui mènent à ce grade, et il y a apparence que je n'y parviendrai jamais, ma santé et mes forces physiques étant presque entièrement épuisées et ma vue, surtout, s'éteignant de jour en jour. J'achève mes trente-deux ans de service, y compris cinq campagnes, dont trois au service de la République, ayant toujours été employé à la tête de mes grenadiers, aux avant-gardes de l'armée ou aux avant-ports. Aussi le temps m'a-t-il couronné de ses lauriers ; ma belle chevelure est aujourd'hui blanche comme la neige. J'ai la certitude d'un congé d'hiver dont je dois profiter dans les premiers jours de janvier et que je compte passer dans ma chaumière de Lampaut, et en partie chez ma nièce.


Mon faible patrimoine a été séquestré comme si j'avais émigré, et tandis que je combattais pour ma patrie ; vous voyez que je n'ai pas été exempt pour ma part de quelques tribulations ; mais je les compte pour rien, si j'ai le bonheur de voir triompher la cause glorieuse que j'ai embrassée, celle de la liberté et de l'égalité ; je ne varierai jamais pour ces sentiments que j'ai toujours eu au plus profond de mon coeur.


Notre armée se maintient dans une position respectable vis-à-vis des Espagnols, quoique inférieure de moitié en nombre à celle de nos ennemis. Je suis bien fâché, mon cher parent, que ma position ne me permette pas de pouvoir accourir aux devants de vos besoins, mais je me trouve dans la nécessité moi-même d'emprunter pour faire ma route. Les assignats ayant perdu jusqu'à ce moment 50 pour cent à Bayonne et ne recevant pas de secours de chez moi, je me suis vu réduit à faire à pied et sans domestique, les trois campagnes que je viens d'accomplir ; ne croyez pas que ce soit défaite de ma part ; vous me connaissez assez pour être bien assuré que de pareils moyens ne sont pas d'un caractère tel que le mien.


Comment avez-vous pu vous imaginer que les brigands de la Vendée ayent pénétré jusqu'à Carhaix ? J'ai trop confiance dans la valeur et le républicanisme de mes concitoyens et de mes compatriotes les Bas-Bretons pour me prêter à croire qu'ils consentent jamais à retourner sous le honteux joug de l'esclavage.



Souffrons de certaines privations, soyons pauvres, mais sachons apprécier aujourd'hui notre existence morale comme elle doit être sentie de tout être qui a de l'élévation dans l'âme, et tenons jusqu'à la mort à nos serments, à notre foi donnée à la patrie.


Votre parent et frère en Révolution.


Le républicain La Tour-d'Auvergne Corret, capitaine dans la 148e demi-brigade d'infanterie, commandant les compagnies détachées aux avant-postes de l'armée des Pyrénées occidentales sous Fontarabie."



A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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Emile Second. (La suite à demain.)

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