LE PEINTRE GEORGES BERGÈS.
Georges Bergès, né le 26 novembre 1870 à Bayonne (Basses-Pyrénées) et mort le 5 janvier 1935 à Anglet (Basses-Pyrénées), est un peintre français.
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| PEINTRE GEORGES BERGES |
Voici ce que rapporta à son sujet Pierre Labrouche dans le Bulletin du Musée Basque N° 21-22,
en 1942-1943 :
"Un peintre et un poète que j'ai connus.
I Georges Bergès.
A mesure que passent les années, voici que les choses qui ont charmé notre enfance, enchanté notre jeunesse, ou causé les derniers plaisirs de notre âge mûr commencent à s'estomper dans le lointain. Ce ne sont plus parfois que des fantômes, des ombres qui nous environnent ; mais parmi ces ombres, celles qui reviennent avec le plus de charme, de douceur, ce sont celles des amitiés anciennes.
Ce sont les lumières brillantes du souvenir, et puisqu'ici les murs sont précisément les fidèles gardiens des souvenirs, je voudrais qu'aujourd'hui les vôtres, comme les miens, aillent d'abord au peintre bayonnais Georges Bergès.
Il est vraisemblable qu'une fée, la fée de la lumière, avec tous ses chatoiements, aura présidé à la naissance de Georges Bergès. Peu de peintres auront eu, dés le début, une pareille joie dans les yeux. Néanmoins il se complut, dans sa jeunesse, à faire parfois quelques tableaux dans des notes un peu sourdes, comme cette poétique fuite en Egypte actuellement au musée de Pau.
Mais la vraie nature de Bergès, dès que ses voyages lui firent découvrir l'Espagne et l'Andalousie, allait vers la clarté. Vous connaissez tous, certainement, ses exquis jardins andalous si lumineux. Voici les bancs de mosaïque léchés de soleil, les faïences azurées, les ombres bleues, les cyprès, les haies de buis taillés, à l'odeur amère, sur lesquelles rampe un rayon de soleil, comme un éclair d'émeraude. Voici les grilles, au travers desquelles se devine l'enchantement d'un jardin embaumé, les fleurs, les fontaines au soleil qui lancent des jets d'eau, les margelles des vasques humides, les murs roses de l'Alhambra et puis les allées de sable qui semblent de brique pilée.
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| FONTAINE DANS PATIO PAR GEORGES BERGES |
Combien il aura senti, compris avec toute son intelligence émue, sa délicatesse et traduit avec son métier si libre, si aisé, ces paysages incomparables. Je me souviens à Paris d'une exposition qu'il fit principalement sur Séville. Il y avait là des petites rues dans l'ombre, mais si claires, si bleutées, si reflétées, avec leurs maisons blanches aux fenêtres grillagées, qu'il semblait qu'on baignait dans une atmosphère de rêve.
De simples petites places, très humbles, très populaires, mais où il avait su choisir avec tant de goût, un mur couleur pistache, rose ou citron avec des miradors discrets. Le tout était ouaté, très clair, sans violence, délicieux.
Le poète Toulet a écrit : "Un bonheur sans réveil n'habite-t-il pas les cours de Séville et d'Alger, parmi la fraîcheur des faïences et des dalles, l'odeur des lianes et le bruissement de l'eau...".
Il semble que ces lignes eussent été spécialement écrites pour Georges Bergès. Voilà... C'est ce bonheur qu'il a si bien compris et peint avec tant d'heureuse joie et de talent.
J'ai encore en mémoire, en dehors de ses toiles d'Andalousie, une falaise d'Etretat. Ce n'est qu'une falaise par un temps gris, un des plus charmants tableaux qu'il ait exécutés, nacré, fin, léger, diapré comme un ciel de printemps.
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| FALAISE D'ETRETAT PAR GEORGES BERGES |
Puis, ce fut la série des beaux paysages que Bergès peignit sur les lacs italiens, aux îles Borromées, au lac Majeur, choisissant de préférence le moment où ces adorables rives sont dans l'épanouissement des floraisons. Il en rapporta une suite d'étonnants bouquets printaniers au travers desquels brillent les eaux du lac.
Coupés d'arbres de-ci de-là, des cascades de rhododendrons, des écroulements de massifs fleuris.
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| ROSERAIE VILLA TRIANA ANGLET PAR GEORGES BERGES |
Il semble qu'un secret instinct l'avertissait d'aller bien vite, de se hâter de créer ces fanfares de couleurs, que ce bonheur serait fugitif et de courte durée.
Vous savez tous la cruelle destinée qui a précédé sa fin. Je le rencontrai avant son dernier voyage à Grenade, tout heureux d'y partir travailler. Arrivé là-bas, il eut l'affreux chagrin de voir que sa vue baissait à un tel point que, très vite, force lui fut d'abandonner son travail.
Il me raconta le drame que fut le voyage de retour, où il n'y voyait presque plus. C'était, renouvelée, la pathétique histoire que conte Kipling dans son livre La Lumière qui s'éteint... un peintre qui devient aveugle. La montée au calvaire allait commencer pour lui.
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| LIVRE LA LUMIERE QUI S'ETEINT PAR RUDYARD KIPLING |





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