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dimanche 29 mars 2026

L'ÉCRIVAIN PIERRE HARISPE DE SAINT-JEAN-DE-LUZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE AUTREFOIS

L'ÉCRIVAIN PIERRE HARISPE.


Pierre Harispe ou Jean-Pierre Harispe, né à Saint-Jean-de-Luz (Basses-Pyrénées) le 6 avril 1854 et mort à Paris le 5 novembre 1929, est un prêtre catholique et écrivain français.



LIVRE LE PAYS BASQUE
DE PIERRE HARISPE




Voici ce que rapporta à son sujet, Emile Baumann, dans le Figaro du 9 février 1931 :



"Pierre Harispe Basque.



Le triomphe à Bordeaux, du Perkain de P.-B. Gheusi et de Jean Poueigh est une occasion de commémorer celui qui aurait eu grande joie s'il avait pu vivre 14 mois de plus, jusqu'à cette gloire de son héros. Pierre Harispe, Basque de Saint-Jean-de-Luz (ville qui, dans la langue du pays, s'appelle d'un joli nom : Donibané), avait eu la première conception d'un poème lyrique où s'enchâsseraient, autour du légendaire et réel pelotari, les chants et les danses de la région.




pays basque musique opéra aldudes pelote
OPERA PERKAIN
LE JOURNAL 28 JANVIER 1934


Le pays basque, dont il s'est fait l'historien comme Gaétan Bernoville s'en est fait le peintre, inflige un puissant démenti au lieu commun sur les vieilles races. Le passé des Basques, de même que les origines de leur langue, se perd dans la nuit des temps. Les gens doctes attribuent à ces Ibères des ancêtres asiatiques. Je le croirais volontiers : le long d'un admirable film sonore que j'ai vu présenter récemment, la chorale de Saint-Jean-de-Luz faisait entendre les cantilènes nationales ; ce qu'elles ont de nostalgique, de grave, la brusque alternative de langueur et de gaîté ivre évoque les mélodies russes ; les laboureurs, les bergers d'Ustaritz m'ont rappelé, avec de plus honnêtes visages, les montagnards de la Cilicie. Or, ces hommes de souche antique n'annoncent pas une humanité déclinante ; la plupart sont splendides par la stature, la carrure, la vigueur souple ; ils portent en eux la richesse d'un sang que l'usure des générations n'a pas amolli.



Le paysan basque, d'ordinaire taciturne et replié, se débride dans les fêtes, laisse jaillir de son fon des sources naïves de lyrisme ou de drôlerie malicieuse. Religieux par-dessus tout ; et la paroisse est là, comme dans l'ancienne France, comme au Canada, l'unique force vitale de la communauté. Il demeure étonnamment fidèle à ses traditions, même aux superstitions familiales (quand le maître d'une maison meurt, l'héritier va en avertir, parmi les ruches, les abeilles protectrices du logis).



Mais ce pays aux cimes abruptes a des pentes vertes d'une merveilleuse douceur ; loin d'être bloqué dans ses montagnes, il regarde vers l'Océan. Cette race de laboureurs têtus est aussi une race de marins que l'esprit d'aventure, de conquête, de chimère aussi emporte jusqu'aux Amériques.



Pierre Harispe exprimait dans sa personnalité complexe les multiples aspirations du génie basque. Même au physique, malgré tout ce que raffinement de la culture et les souffrances de la vie peuvent modifier dans le type ancestral, il restait bien l'homme de son pays. Sous le béret qu'il gardait, comme tout vrai Basque, chez lui, du matin au soir, ses yeux saillants, son nez long et charnu, son menton fort auraient pu le faire prendre pour un vieux capitaine qui a beaucoup navigué. Sa parole avait le son et, si j'ose dire, le goût du terroir. C'était un conteur et un improvisateur persuasif, tour à tour pathétique et mordant, âpre et d'une tendresse enveloppante. S'il s'indignait, il devenait parfois grand orateur. Avec de tels dons, il aurait pu s'imposer, réussir n'importe où.



Mais son esprit d'indépendance et sa fierté lui rendaient tous les jougs insupportables. Par là il demeurait Basque jusqu'aux moelles. Les Basques sont un des derniers peuples qui tiennent à leurs franchises ou qui voudraient au moins en sauver quelque chose. Il fallait entendre Harispe glorifier les fueros, ces immunités locales que les Basques des provinces espagnoles ont conservées plus intactes.



pais vasco antes fueros
LES FUEROS DU PAYS BASQUE ET DE LA NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN

Harispe ne se résignait à devenir l'esclave de personne et surtout des gens qu'il sentait eux-mêmes des esclaves. En outre, il se tenait sans cesse prêt à combattre pour les causes qu'il chérissait ; il bataillait à la vieille mode, défiant au besoin l'adversaire en champ clos. Tout cela était parfaitement basque, mais ne pouvait le mener aux succès faciles.



Par surcroit, chez cet homme si fidèle en ses amitiés, si généreux en ses dévouements, il y avait une étrange instabilité d'action. Une idée le captivait, tant qu'elle demeurait dans les limbes du possible ; il s'évertuait avec une fougue magnifique à l'en faire sortir ; dès qu'il se voyait assuré de la mener à bien, il s'en déprenait et rêvait d'autre chose comme un marin qui, ayant fait le tour d'une île, se rembarque pour des parages moins connus.



Le point ferme de son activité, c'tait l'énergie de ses croyances. Il égalait par la simplicité de sa foi les plus humbles de ses compatriotes. Néanmoins, l'intelligence basque demeure intuitive et réaliste, si peu tournée vers l'abstraction que la langue n'a pas un mot pour signifier l'âme et ne saurait nommer Dieu sans une périphrase : le Seigneur du ciel. Pierre Harispe, au contraire, était doué d'éminentes aptitudes métaphysiques ; il les a déployées dans son poème thomiste : La Divine Tragédie, et, en prose, dans les effusions éloquentes des Etapes de Dieu vers nous.



Mais son mysticisme religieux et social nous laisse retrouver une singularité basque. On sait qu'à Saint-Jean-de-Luz se sont établis de nombreux Bretons ; et les Basques fraternisent avec eux ; les deux races font très bon ménage. Or, Harispe s'est principalement signalé par ses études sur Lamennais. Une passion l'attira vers le Celte obstiné, chimérique, à l'imagination visionnaire.



Là encore, il dut sa plus nette originalité aux inspirations latentes du pays natal. Son exemple, entre mille autres, dément le préjugé humanitaire qui travaille à détruire les liens des âmes avec la terre, la paroisse, la région, la patrie. Un homme ne grandit pas quand il se déracine ; un peuple non plus, quand il cesse d'être lui-même. La force est dans la fidélité à tout ce nous a faits ce que nous sommes. Une humanité fondue en un amalgame, si elle pouvait être, ne serait qu'un ramassis de poussières piétinées par quelques tyrans."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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