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samedi 7 mars 2026

UNE ÉTUDE GÉOLOGIQUE AU PAYS BASQUE EN 1840 (première partie)

UNE ÉTUDE GÉOLOGIQUE AU PAYS BASQUE EN 1840.


En 1840, un ingénieur civil fait une étude géologique, en Pays Basque Nord.



pays basque géologie iparralde
MEMOIRE GEOLOGIQUE SUR LES ENVIRONS DE BAYONNE
DE JULES GINDRE 1840



Voici ce que rapporta Jules Gindre, Ingénieur civil des Mines, en 1840, dans son Mémoire 

géologique sur les environs de Bayonne et sur la non-possibilité d'y trouver de la houille :


"Tout en me proposant dans ce mémoire un examen général des terrains des environs de Bayonne, j'ai surtout en vue de résoudre les questions de géologie appliquée qui sont d'un intérêt tout local. La croyance généralement admise que les chaînes de montagnes sont riches en mines, a donné lieu à bien des tentatives infructueuses ; mais c'est la recherche de la houille qui préoccupe le plus, et quelques bons esprits, frappés de l'aptitude industrielle de la ville de Bayonne, de sa position au confluent de deux rivières, et surtout de la rareté du bois, qui tous les jours se fait sentir davantage, ont souvent désiré que ce combustible minéral pût se trouver sur les bords de l'Adour ou dans les nombreuses collines qui forment le pied de la grande chaîne des Pyrénées.


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BAYONNE 1850
ILLUST BLANCHE FEILLET-HENNEBUTTE



La recherche de la houille est l'idée dominante de toutes les personnes qui ont de vrais projets industriels ; mais la non-possibilité d'une pareille découverte ne me paraît que trop bien prouvée. La nature des terrains qui composent le sol des environs de Bayonne, leurs superpositions bien nettes et apparentes sur un grand nombre de points, ne doivent pas laisser le moindre doute à cet égard. Les vrais terrains carbonifères manquent partout, et tous les travaux entrepris jusqu'à ce jour ont été provoqués par de fausses apparences.



Terrains supra-crétacés.

Les terrains tertiaires ou supra-crétacés, qui forment le sol sur lequel Bayonne est bâtie, qui à l'ouest ne s'étendent guère au delà de Biarritz, et qui enfin sur la rive droite de l'Adour couvrent la presque totalité des Landes jusqu'à Bordeaux, sont représentés par les formations du grès marin supérieur et du calcaire grossier. Des bancs de grès fin coquillier et de nombreuses couches de marnes argileuses, d'argile sableuse, en alternant ensemble, constituent quelquefois sur un grand nombre de points une épaisseur considérable, et c'est dans le haut de ce terrain marin supérieur que se trouvent, par petites couches, nids ou amas qui n'affectent aucune régularité, les minerais de fer hydroxydé des Landes, exploités à ciel ouvert pour les usines du pays.



... Ce calcaire grossier est le prolongement, probablement non interrompu, de celui des bords de la Dordogne et de la Gironde, et on peut en constater fréquemment la présence dans l'étendue des Landes. Ici, dans les environs de Bayonne proprement dits, les terrains tertiaires paraissent n'être représentés que par le groupe marin supérieur, et par le calcaire grossier qui repose toujours directement sur la craie. Les terrains d'eau douce, soit supérieur, soit inférieur au calcaire grossier, manquent complètement, à moins qu'on ne se décide à voir la formation de l'argile plastique dans une couche à peu près insignifiante d'argile noirâtre, qui quelquefois se trouve à la jonction du terrain tertiaire et de la craie. Les deux formations marines supra-crétacées paraissent s'être suivies sans interruption, car les deux terrains passent réellement de l'un à l'autre ; le point de séparation serait chose fort difficile, sinon impossible à indiquer, et l'on ne peut y apercevoir des traces de formations lacustres.



C'est dans les environs de Dax que se trouve le plus grand nombre de coquilles fossiles caractéristiques de ces formations marines, telles que Cérites, Turritelles, Nérites, Olives, Cancellaires, Pleurotomes, Huîtres, Arches, Vénéricardes, etc. Plus près de Bayonne, ces fossiles, qui à Dax sont dans un état de conservation parfaite, ne sont plus guère représentés que par des moules de la coquille. Les grès calcarifères de Biarritz, les analogues du grès et des sables des Landes, renferment surtout une prodigieuse quantité de petits Nummulites, la Nummulites lœvigata, indiquée par M. Alex. Brongniart comme caractéristique de cet étage.



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PORTRAIT D'ALEXANDRE BRONGNIART
PAR CHARLES-EMILE WATTIER



... D'autres gisements plus rapprochés de Bayonne, sur la rive droite de l'Adour, sont d'une importance nulle, soit pour la qualité du combustible soit pour la puissance des couches ; on ne peut les regarder que comme des amas aplatis, sans "continuité dans le sens de la direction et de l'inclinaison. Dans la commune de Saint-Barthélémy, à la hauteur de l'ile de Bérens, il existe un affleurement de lignite terreux brun de tabac, feuilleté et formé de la réunion de végétaux aplatis, parmi lesquels on distingue clairement des tiges et des feuilles de plantes dicotylédones. La couche a près de deux mètres de puissance, mais le combustible en est tellement impur, qu'après l'incinération qui ne s'opère qu'avec beaucoup de difficulté, et presque sans produire de chaleur, il reste des résidus rougeâtres d'un volume à peu près égal à celui du charbon employé. Tout en étant impropre à la cuisson de la chaux, je le crois apte à fournir par sa combustion spontanée à l'air, d'excellentes cendres végétatives dont l'agriculture pourrait tirer un parti avantageux. Alors même que ces couches de lignite ou d'argile bitumineuse seraient exploitables sous le rapport de la qualité du combustible, l'extraction serait excessivement difficile et coûteuse, sinon impossible, parce que le toit et le mur qui sont des couches d'argile et de sable d'une faible consistance et imprégnées d'eau, rendraient le boisage des galeries de mine presque impraticable.



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ÎLE DE BERENX 40 ST BARTHELEMY
LANDES D'ANTAN



... Celle des formations tertiaires qui renferme habituellement des couches de lignite exploitables, des couches étendues et régulières, manque tout à fait aux environs de Bayonne, puisque la série tertiaire s'y trouve représentée par des groupes de terrains dont les analogues, fort nombreux en France, en Europe, sont toujours insignifiants comme gisements carbonifères...



Terrain crétacé.

Le terrain de craie sur lequel reposent les formations marines tertiaires des environs de Bayonne, constitue une assez large bande qui s'étend à l'ouest et au midi, jusqu'au delà de Saint-Jean-de-Luz, jusqu'à Villefranque, Mouguère, Briscous, etc., et qui à l'est se prolonge au delà de Peyrorade et de Bidache.



L'épaisseur et la composition de cette formation sont loin d'être constantes ; dans les environs de Saint-Jean-de-Luz et de Bidache, le calcaire est parfaitement stratifié en couches d'une épaisseur moyenne qui fournissent d'excellentes pierres de construction. Plus près de Bayonne, à Villefranque, à Mouguère, etc., c'est de la vraie craie tufeau avec des couches de marne et d'argile, riches en fossiles ou moules de coquilles caractéristiques de la formation, telles que des Nummulites, des Turrilites costatus, deux ou trois espèces d'Huîtres, et des Pacten quinque-costatus. Dans la craie des environs de Laralde à Villefranque, se trouvent intercalées de puissantes couches de marnes bleues, qui tout en étant très-dures lorsqu'elles sont en place, se délitent et se réduisent aisément en poussière par l'exposition à l'air et aux gelées, et qui par leur forte proportion d'argile, sont très-propres à l'amendement des terres légères ; aussi sont-elles employées avec succès par plusieurs propriétaires.



Des couches d'argile sableuse chloritée, alternant avec des lits non continus de silex corné, constituent par leur ensemble, le groupe auquel on donne habituellement le nom de grès vert, qui complète dans cette contrée la formation de la craie. La stratification en est assez confuse, quoiqu'on puisse distinctement reconnaître que la direction est est-ouest ; l'inclinaison est tantôt vers le nord tantôt vers le sud, et les plis nombreux des couches témoignent de la dislocation qu'éprouvèrent les divers terrains, après le dépôt de la craie lors du soulèvement des Pyrénées.



Le groupe du grès vert, avec sa succession d'argile sableuse, verdâtre, jaune, chloritée, et de lits de silex, forme la plupart des collines peu élevées qui sont au point de partage entre Saint-Pée et Saint-Jean-de-Luz, et celles qui se trouvent dans les environs de Villefranque, de Mouguère, dont on peut suivre le prolongement jusqu'à Saint-Palais. Malgré l'absence presque totale de corps organisés, cet étage inférieur de la craie est nettement défini, et l'étage supérieur, outre les nombreux fossiles particuliers aux marnes de Laralde, renferme à Saint-Jean-de-Luz et à Bidache un grand nombre de Serpules et de belles empreintes d'Algues, dont les espèces déterminées par M. Adolphe Brongniart sont caractéristiques de la craie : le Fucoides difformis et le Fucoides intricatus.



Le terrain crétacé des environs de Bayonne offre très-peu d'intérêt sous le rapport des substances métalliques et du combustible. Le fer hydroxydé que l'on y rencontre quelquefois ne se trouve qu'en nids ou rognons ; nulle part il ne forme une couche ou un amas de quelque importance, et si les terrains de craie sont en général pauvres en combustible, il ne m'a jamais paru que celui-ci fût mieux partagé. Les couches de marnes argileuses noires, dont la coloration est bien due à du carbone, n'ont rien qui ressemble à un gisement de charbon, car ce nom ne peut en vérité être donné à quelques nids isolés de lignite dur, brillant, qui constitue du véritable jayet. Partout où se rencontrent ces nodules de lignite jayet, aux environs de Villefranque, de Mouguère, de Briscous, etc., dans des couches de marnes argileuses noires, il est associé à du succin, et on ne saurait y reconnaître des indices sérieux d'un amas ou d'une couche exploitable. Cette absence de combustible est aussi bien démontrée dans l'un des groupes de la formation que dans l'autre, et quelque pur que soit la plus grande partie du jayet dont il vient d'être question, il y est toujours en trop petite quantité pour qu'on doive le regarder comme un objet d'art exploitable."




A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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