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mardi 31 mars 2026

LE CHEMIN DE FER D'INTÉRÊT LOCAL D'URT À CAMBO EN LABOUR AU PAYS BASQUE EN 1883 (troisième et dernière partie)

LE CHEMIN DE FER D'INTÉRÊT LOCAL D'URT À CAMBO EN 1883.


Les chemins de fer d'intérêt local ont été pour la première fois par une loi du 12 juillet 1865, qui avait en vue la création de lignes devant être construites et exploitées à bon marché.



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GARE 64 CAMBO-LES-BAINS
PAYS BASQUE D'ANTAN


D'après cette loi, les départements et les communes étaient autorisés à exécuter soit eux-mêmes, soit par voie de concession, avec le concours et sous le contrôle de l'Etat, des chemins de fer destinés principalement à relier aux grandes lignes les localités secondaires.



L'exposé des motifs de la loi indiquait clairement le but qu'on voulait atteindre : il s'agissait de créer en quelque sorte la vicinalité des chemins de fer. Une entière liberté était d'ailleurs laissée aux départements et aux communes pour le mode de construction des lignes et la largeur de la voie.



Cette loi n'a pas réalisé les espérances conçues par ses auteurs ; c'est ainsi qu'au 31 décembre 1870, la longueur livrée à l'exploitation n'était que de 268 kilomètres, celle en construction ou à construire, de 1 502 kilomètres.



Au 31 décembre 1880, la longueur totale concédée n'atteignait encore que 3 681 kilomètres, savoir : Longueur exploitée 2 189 kilomètres. En construction ou à construire 1 492 kilomètres.



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GARE A CHÂTEAU CELHAYA 64 CAMBO-LES-BAINS
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta à ce sujet La Revue de Saint-Jean-de-Luz et des Stations Thermales et 

Balnéaires des environs, le 23 Décembre 1883 :



"Chemin de fer d'intérêt local d'Urt à Cambo.

Supplément au Rapport que nous avons publié dans notre Revue du 26 novembre.

Analyse de ce Rapport.



Eléments de prospérité de cette voie.



Dans nos deux derniers numéros, nous nous sommes faits les échos empressés et conscients d'une grande idée mise au jour par des esprits compétents et pratiques : c'est la construction du chemin de fer d'Urt à Cambo, se reliant au département des Landes par le pont que l'on doit incessamment jeter sur l'Adour. Cette question nous a paru tellement opportune, palpitante d'actualité et capitale, que nous éprouverons le besoin d'y revenir, bien résolus à ne faire le silence autour d'elle qu'après satisfaction complète de nos légitimes aspirations, car elle intéresse au plus haut point l'avenir de notre cher pays.



Déjà quelques spéculateurs clairvoyants, et à l'affût de placements rémunérateurs, ont été frappés de son importance au double point de vue des intérêts à desservir et des bénéfices à réaliser. En effet, dans deux articles successifs, exempts d'exagération, mais au contraire marqués au coin d'une prudente réserve, nous avons essayé d'énumérer, à la suite les unes des autres et dans leur ordre topographique, les localités ou les embranchements qui, sauf meilleur avis pourtant, devraient, selon nous, être desservies ; de grouper tous les commerces, toutes les industries s'exerçant au grand soleil ; les carrières à ciel ouvert de pierres, d'ardoises, de marbres, et celles à découvrir ; les mines à exploiter et celles à l'état latent trahies par des indices révélateurs ; les gisements présumés et ceux que des sondages ou la science de quelque géologue distingué saurait fixer encore ; enfin les produits abondants et variés du sol, les stations balnéaires, les foires, les marchés, les voyageurs, les touristes, tous ces multiples éléments qui contribuent d'une manière déterminante à la prospérité d'une ligne ferrée, sans faire entrer en ligne de compte la fièvre généreuse d'émulation, d'exploitations, de transactions et de mouvement qui pourra se produite et qui se produira certainement à la faveur de la vigoureuse impulsion d'initiatives générales et privées.



Bien que cette nomenclature puisse paraître significative, il ne faut pas croire que le dernier mot soit dit, car au fur et à mesure que l'on scrute les ressources du pays, le champ des découvertes s'agrandit. C'est ainsi que nous sommes amenés aujourd'hui à mettre en vue d'autres industries, ou timides, ou effacées, ou forcément dépendantes faute de débouchés directs, mais qui, toutes, sont susceptibles de grands développements si nous savons secouer notre torpeur et doter notre terre promise d'une de ces voies qui sont comme les ailes de la fortune et du progrès : nous voulons parler du chocolat, des jambons, du vin, des conserves, du schiste, des laines, du tabac, du vin, du miel, du charbon, des bois de fusain ou bourdaine, appelés vulgairement ici bois sanguin et du chardon.



Chocolat— Parmi les chocolats estimés dont l'usage est universel en Europe, il en est un qu'on renomme entre tous : c'est celui de Bayonne. Loin de nous la pensée de vouloir diminuer, en quoi que ce soit, le réel mérite de notre chef-lieu, dont nous sommes si fiers, et qui fabrique supérieurement ; cependant nous devons à la vérité de dire qu'autant que lui Cambo, Hasparren, St.-Jean-de-Luz, Labastide-Clairence, Ustaritz et Espelette, ses tributaires, ont contribué à cette vogue, qui à juste titre va toujours croissant.



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CHOCOLAT CAZENAVE  BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Jambons— Il en est des jambons comme du chocolat, avec cette différence toutefois que Bayonne fabrique beaucoup de chocolat et ne fait pas de jambons. Ceci n'empêche pas que la réputation des jambons de Bayonne n'est plus à faire ; qu'elle a fait le tour du monde, et cela, comme toujours d'ailleurs, grâce à une heureuse application d'une figure de rhétorique permettant de saisir la partie pour le tout. Ce n'est certes pas un mal, et, jusqu'à ce que nous trouvions mieux, c'est dans l'ordre des choses : le ruisseau ne va-t-il pas à la rivière ? Toujours est-il que ce sont les produits réunis des communes que l'on sait, augmentées de celles du Béarn et des Landes, qui ont établi cette incontestable supériorité qui est loin d'être à son apogée, car aucune terre mieux que la nôtre ne se prête à l'élevage de la race porcine par la bonté et la variété des engrais ; ainsi elle abonde en pâturages, glands, châtaignes, maïs et pommes de terre.



Vins— Au nom de cette liqueur tant chantée, qu'on aime tant, et qui, selon les cas, produit sur notre économie tant d'effets salutaires ou fâcheux, nous voyons d'ici poindre quelque ironique sourire trahissant cette question : Où est votre vin ? Cette interrogation n'a pour le moment rien d'insolite ; elle prouve que celui qui la fait n'ignore pas que l'oïdium et le phylloxéra sont venus nous visiter, hélas ! Mais est-il quelque chose d'éternel sur notre planète ? La machine terrestre est ronde ; elle tourne, et chaque chose arrive à son heure. Après l'orage vient le beau temps, c'est l'éternelle loi. 


Il en sera de même pour la viticulture. Evidemment chez nous elle est en souffrance ; ce n'est qu'un fait accidentel. Les crûs nous restent, c'est le principal ; or ils sont excellents et exposés à souhait. Nous avons de plus le climat et la nature du sol favorables. Si de nouvelles relatons s'établissent, on n'hésitera pas à recourir, s'il le faut, à de nouveaux cépages ; encouragés par la perspective d'un écoulement facile et rémunérateur, les vignerons sauront prodiguer leurs sueurs et leurs soins, et ne reculeront pas devant la dépense pour l'application ingénieuse des moyens propres à combattre le fléau et à conjurer le mal. Vous verrez qu'alors nos vignobles, si bien assis au soleil, refleuriront de plus belle ; que les coteaux de Labastide-Clairence, d'Hasparren, d'Urt, de Mouguerre, de Lahonce et d'Urcuit, de Guiche, de Bardos, de Bidache, fourniront encore des vins désaltérants, clairs, colorés, sains, généreux, dont les rubis et le vermeil tenteront le palais des gourmets, et qui seront couronnés dans les concours agricoles. Interrogez à ce sujet M. Larapide d'Uhagon, si compétent dans la matière, et dont les vins comptent de si brillants succès dans les concours régionaux. Mieux que personne il vous en donnera des nouvelles.



Conserves— On sait combien est répandu l'usage des conserves alimentaires, et les perfectionnements successifs apportés à ce genre de fabrication qui fait si bien la part de la classe nécessiteuse et de la gourmandise humaine. Outre qu'elle joint l'utile à l'agréable, cette industrie, quand elle s'exerce dans un milieu fécond, devient lucrative pour tout le monde ; c'est dire que les centres, pouvant y prétendre, ne devraient jamais négliger une semblable aubaine.


Malheureusement, il n'en est pas toujours ainsi. Que voulez-vous ? on n'y pense pas, on s'endort. C'est un tort immense, on doit toujours profiter des dons du bon Dieu. En voulez-vous une preuve entre mille ? la voici, nous la prenons tout près pour plus d'évidence. A une époque assez rapprochée de nous, dans une petite ville qui n'est pas loin, et qui se mire coquette et gracieuse dans la mer, la pêche du thon et de l'anchois était très abondante, tellement abondante que ces denrées étaient vendues à vil prix, et que parfois même on les poussait du pied pour les épandre sur la terre. Personne ne songeait à en tirer un parti quelconque. Mais un jour un homme vint ; il jeta autour de lui un regard étonné ; puis il sourit, mais d'un sourire de Marseillais tout fier de sa Cannebière. L'occasion est comme la fortune ; il faut la saisir au vol. Sans perdre une minute, cet homme se mit à l'oeuvre, éleva une fabrique, et fonda le marinage de l'anchois et du thon. Quand St.-Jean-de-Luz ouvrit ses grands yeux, M. Rivet avait fait sa fortune. Il a eu des successeurs, et tous ont su réaliser de jolis bénéfices.


L'exemple est probant ; puisse-t-il être contagieux ! A bon entendeur salut.


La circonscription qui nous intéresse est entourée de rivières poissonneuses ; l'Adour, l'Arran, la Nive et l'Ardanabie, où le saumon abonde, la sillonnent en tous sens. Pourquoi ne pas mariner le saumon ? Pourquoi ne pas faire pour ce délice des tables ce qui a lieu pour le thon ? Si, comme il est à craindre, aucun de nous n'ose lancer l'affaire, bien sûr, tôt ou tard, un autre étranger la tentera. Il aura raison, car, en même temps que le saumon, nos savoureux champignons, nos frais légumes, nos fruits embaumés et le gibier qui foisonne à deux pas de nous, en Espagne, attirant son attention, exciteront son initiative. Est-ce qu'en fait de conserves de gibier, les premiers essais n'ont pas été des coups de maître ? Est-ce que les hôtels de France de St.-Jean-de-Luz, et de St.-Martin de Cambo, n'en préparent pas ? Oui, certes ; pour leurs besoins seulement, il est vrai, mais ils les réussissent à merveille, à telle enseigne que, pour ce motif, les noms de ces traiteurs figurent en gros caractères sur les calepins du prince de Galles, du grand-duc Constantin et des sommités de la noblesse et de la finance. Lorsque le clairvoyant étranger aura pris lieu et place, qu'il sera maître de la situation, les regrets se feront jour, mais il ne sera plus temps.



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PRINCE ALBERT-VICTOR DE CLARENCE
PRINCE DE GALLES 1883



Schiste. — De même que le mouvement perpétuel, le génie de l'homme s'agite sans cesse ; toujours à l'affut des découvertes du moment, il flaire, pour s'en emparer aussitôt, celles qui lui paraissent les plus avantageuses. Ainsi, à propos des gisements de schiste que nous avons dit exister dans la contrée, plusieurs demandes nous sont déjà parvenues ; toutes ont pour objet de solliciter de plus amples renseignements. Dans l'impossibilité de préciser davantage, nous croyons ne pouvoir mieux faire que de conseiller aux intéressés de s'adresser au savant géologue M. l'abbé Richard, qui a studieusement exploré les terrains, et qui garde un certain secret. Tout ce que nous pouvons ajouter, c'est que, confiants dans sa parole, nous croyons que le schiste existe, et qu'il n'y aura qu'à le prendre pour l'expédier."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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