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dimanche 1 mars 2026

UNE HISTOIRE DE LA GRANDE PÊCHE BASQUE EN 1940 (troisième partie)

 

UNE HISTOIRE DE LA GRANDE PÊCHE BASQUE.


Depuis des siècles, il y a des pêcheurs au Pays Basque.



pays basque autrefois pêche baleine morue terre-neuve
TERRE-NEUVAS 1941
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta à ce sujet Madame Maxime Dégros dans le Bulletin de la Société des 

sciences, lettres & arts de Bayonne, en juillet 1940 :



"La grande Pêche Basque des origines à la fin du XVIIIe siècle.



... Il est difficile d'admettre que, si à l'arrivée des Basques, les indigènes avaient parlé espagnol ou portugais ils se fussent donné la peine, ceux-là d'enseigner un langage nouveau, ceux-ci de l'apprendre ; que si les Basques avaient entendu nommer les sites naturels de la région par des vocables espagnols ou portugais ils les eussent débaptisés pour leur donner des appellations tirées de leur propre langue.



D'ailleurs les Espagnols semblent avoir été précédés aussi des Bretons, car dans une transaction du 14 décembre 1514, entre les moines de Beauport et les habitants de l'île Bréhat, ceux-ci déclarent payer au couvent depuis 60 ans, une dîme en poissons pêchés "en la coste de Bretaigne, Terre-Neufve, Irlandre".



Donc, sans parler des Scandinaves qui connurent certainement l'Amérique dès le haut Moyen-Age, mais dont il ne reste aucune trace, les Espagnols n'y pénétrèrent qu'après les Bretons et surtout après les Basques. En admettant donc que ce soient les Basques qui aient les premiers abordé le rivage Américain, on peut se demander à quel côté de la frontière pyrénéenne ils appartenaient ; aux deux vraisemblablement, dirigés peut-être par des Capbretonnais, car Capbreton dans de nombreux documents réclame l'honneur de la découverte.



Attribuons-le lui puisqu'aucune aucune autre ville ne le revendique et que c'est la plus importante de la région vers 1390, époque où peut se situer la première expédition.



Autre question : où abordèrent-ils ? sans aucun doute à Terre-Neuve ; sur la côte sud probablement. Peu à peu, ayant découvert l'île de Capbreton, ils remontent par l'ouest, font le tour de l'île, donnent aux trois pointes des noms basques : caps de Grat, de Raze, de Raye ; s'établissent de préférence sur la côte sud, plus favorable à la pêche, puis pénètrent sur le continent proprement dit, par le golfe St-Laurent qu'ils appellent la Grande baie, suivent la côte canadienne (en 1535 Jacques Cartier note la présence de nombreux pêcheurs basques au Canada), une île de la rivière de Québec s'appelle déjà "île des Basques",) finalement atteignent le Labrador.



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CARTE DE L'ÎLE DE CAP BRETON VERS 1750



Ayant trouvé à Terre-Neuve des baleines et des morues, les Basques y retournent tous les ans établissant ainsi, très probablement, la première ligne commerciale entre les deux continents, et si leur découverte demeura inconnue, c'est qu'elle fut seulement à l'époque une affaire commerciale et locale, sans aucune reconnaissance officielle.



La colonisation du pays fut tardive et ne fut pas l'oeuvre des Basques.



Il faut attendre 1550 pour voir la France s'intéresser sérieusement à l'île, considérée alors comme une dépendance de notre colonie canadienne. A ce moment les Basques partaient chaque été pour l'île, y possédaient des établissements pour la préparation des morues et un certain nombre d'entre eux s'y étaient fixés définitivement.



Ils avaient des relations amicales et régulières avec les indigènes et une situation nettement prépondérante dans l'île ; d'où leur rivalité constante avec les Espagnols et les Anglais dès que ceux-ci, à leur tour, vinrent pêcher à Terre-Neuve.



Il aurait fallu que le gouvernement protégeât les pêcheries en fondant une véritable colonie, avec des établissements officiels fixes ; l'Angleterre le fit bien avant la France. Celle-ci se bornait à faire escorter ses bateaux de pêche par des bâtiments de guerre qui patrouillaient sur les bancs pendant la saison.


Nos pêcheries souffrirent beaucoup des luttes entre la France et la Maison d’Autriche ; pour éviter les corsaires espagnols chaque flottille de pêche était protégée par des navires de guerre. Il y eut cependant de nombreuses pertes et les colons basques de Terre-Neuve vécurent alors une mauvaise période. 


Le traité de Cateau Cambrésis, en mettant fin à cette guerre, rendit la sécurité à nos pêcheries qui se développèrent alors très rapidement, non par le nombre des habitants fixés au pays, mais par les encouragements qu’au début du XVIIe siècle le gouvernement leur donna, et l’impulsion qu’elles ressentirent du développement de nos colonies acadienne et canadienne. 


Mais si en temps de paix, l’Angleterre et l’Espagne laissèrent tranquilles les pêcheries françaises, une lutte officieuse continua toujours sur mer. 


En 1568 les habitants de Capbreton déplorèrent la perte de navires "venans du veaige de Terreneufve" et capturés par des corsaires. Les prises de cette sorte furent constantes et d’autant plus acharnées, que l’habileté des Basques et la faiblesse relative de la concurrence qu’ils subissaient alors, leur permirent des armements assez nombreux. 


En 1578 par exemple, sur 180 baleiniers français partis pour Terre-Neuve, on en compta 30 basques, auxquels il faut adjoindre un nombre environ égal de navires basques espagnols pêchant de concert avec eux.


Mais, dès ce moment, la pêche basque espagnole perdit de son importance au profit de la pêche basque française. 


En 1584, des navires de St-Jean-de-Luz débarquèrent des chargements de morues à St-Sébastien, à Bilbao en 1613. Vers 1625, une importation régulière s’établit en Biscaye. En 1631, le Guipuzcoa n’envoie plus un seul bâtiment à Terre-Neuve. 


Les Basques connurent au XVIIe siècle l’apogée de leur pêche à Terre-Neuve ; ils n’en furent que plus jalousés par les autres puissances, surtout quand un nouveau terrain de pêche s’ouvrit pour eux dans les mers boréales. 




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CARTE TERRE-NEUVE 1807

Les expéditions au Spitzberg. Le développement de la pêche et son apogée jusqu’au traité d’Utrecht.


S’il est vraisemblable que, dès la fin du Moyen-Age, les Basques aient fréquenté les mers du Nord et après escale à Bruges, qu’ils aient relâché sur la côte de Norvège, apportant du sel de France, rapportant des baleines et de la rogue achetée à Bergen, il est certain en tous cas qu’ils allaient en Ecosse au début du XIVe siècle.


Au  début du XVe siècle, vers 1412 peut-être, ils atteignirent l’Islande (une chronique islandaise relate à cette date l’arrivée de 20 navires basques et bayonnais à Groenderfioerd et dans le golfe de Grunder). 


Ils entretinrent des relations avec les indigènes, car certains de leurs usages furent adoptés par les Islandais, (entre autres : la fabrication de la cilia, boisson d’orge et d’eau) ; mais ils ne paraissent pas y avoir installé d’établissements pour préparer la morue, pratiquant seulement la pêche dérivante, ce qui expliquerait le peu de produits qu’ils en rapportaient.  


En 1535 ils découvrirent le Groenland, puis vers la fin du siècle, parvinrent à la côte sud-ouest du Spitzberg. Ce sont eux, probablement, qui baptisèrent "Baye des Franchoys" l’actuel Bellsond. 


Comme ils rencontrèrent d’autres Français, des Anglais et des Hollandais, ils restèrent cantonnés dans cette Baye des Franchoys, dans le Refuge français (plus tard Port-Louis) et dans la Baye des Basques.



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CARTE DE TERRE-NEUVE 1783

Il ne semble pas qu’il y eut, à l’origine, d’expéditions organisées, mais quelques armements individuels et surtout des enrôlements de Basques sur des navires étrangers. 


Le Spitzberg était déjà fréquenté par les Hollandais, qui l’avaient découvert en 1596 et par les Anglais. Les uns et les autres, pour apprendre l’art de la pêche, avaient eu recours aux Basques dont l’habileté, pour harponner surtout, était unanimement reconnue. Par des flatteries, en leur élevant des statues par exemple, en leur promettant un plus grand débouché pour leurs produits, ils les attirèrent chez eux, "estants lesdits basques de nation françoise et par naturelle adresse et longue expérience, seuls capables de ce faire (pêcher)". 


L’éducation des Hollandais date de cette époque, celle des Anglais remonte au début du XVIe siècle quand ils voulurent aller à Terre-Neuve. 


Les Basques acceptèrent de louer leurs services comme harponneurs ou dépeceurs. Sur les navires hollandais, le second capitaine était Basque, c’était le "Speck-synder", coupeur de lard ; il prenait la direction de la pêche quand le navire, conduit par le capitaine hollandais, était arrivé à destination. 


En se louant à l’étranger, les Basques commirent une grosse faute, car, une fois instruits, leurs élèves allaient devenir leurs rivaux. 


Ce fut probablement en 1612 que pour la première fois, une véritable flottille de pêche partit des ports basques à destination du Spitzberg. Elle se composait "d’une navire de Biscaye, lesquels... sont plus habiles à tirer ou prendre les balaines, qu’aucune autre nation de la chrestienté (qui) sont retourné avecques raisonnable prouffit et trois frégates de St-Jean-de-Luz. En outre, de douze Luziens au service de la Hollande : 3 maistres harponiers, 3 maistres de chalupe et les 6 autres pour servir à cuire les huilles et couper les baleines ..." 


En 1613, les navires principaux furent la "Grâce de Dieu", bâtiment de 600 tx, de St-Jean-de-Luz, commandé par Miguel Haristéguy et les "quatre fils Aymon" avec Miguel d’Etchepare. 


L’expédition eut à souffrir des mauvais traitements que lui infligèrent Hollandais et Anglais furieux de voir porter atteinte au monopole de leurs compagnies respectives : la Moscovia et la Company of the Muskovia merchants. 


Sept vaisseaux anglais forcèrent un petit navire de St-Jean-de-Luz à rebrousser chemin et sommèrent les autres de quitter la Baye des Franchoys ; devant l’attitude énergique des Basques, ils les laissèrent continuer leur pêche mais sur la promesse de leur abandonner tous les fanons de baleines et la moitié de l’huile recueillie "pour ce que les Français scavoyent bouillir si vistement et en si peu de temps une grande quantité de la graisse mieux qu’autres nations". 


Bien soutenus par les jurats de St-Jean-de-Luz et les échevins de Bayonne, les Basques continuèrent à envoyer une flotte chaque année. Mais l’histoire de la pêche ne fut qu’une suite de luttes entre pêcheurs de différentes nations. 


En 1614, Lassale, député de Bayonne à Paris, presse le gouvernement de protéger la flotte que les Anglais veulent empêcher de partir. En 1615 le "St-Jehan l’Evangeliste" navire de Dieppe dont les harponneurs étaient Basques, fut capturé par les Hollandais. 


Officiellement, les gouvernements anglais et hollandais recommandaient à leurs nationaux de ne pas entraver la pêche, mais ils fermèrent volontairement les yeux, ou les capitaines passèrent outre leurs défenses. 


Un accord passé en 1619 entre l’Angleterre, la Hollande et le Danemark partagea les côtes du Spitzberg, n’attribuant aux Français que l’extrême nord (cap de Biscaye)


Pour protéger ses droits et sur la demande des Basques pour qui la pêche était le seul moyen d’existence, la France recourut elle aussi au système des compagnies. Ce fut d’abord, en 1621, la "Royale et Générale compagnie du commerce pour les voyages de long cours ... et la pêche des baleines". Le siège central s’installa au Havre où les Basques apportèrent les produits de leur pêche et d’où partirent les expéditions.  


En 1628, la Compagnie havraise de Moscovie remplaça la précédente et mit la flotte française sous la direction du Luzien Jean Vrolicq qui fréquentait déjà ces parages depuis une dizaine d’années. 


Tout se passa relativement bien jusqu’en 1631, où des capitaines hollandais vinrent demander à Vrolicq à Port St-Pierre (sud-ouest) qui lui avait donné l’autorisation de pêcher au Spitzberg. Il répondit que le pays, étant inhabité, était commun à tous. 


En 1632 malgré la compagnie néerlandaise qui avait interdit à Bayonne d’envoyer sa flotte, Vrolicq se trouva avec trois navires au Port St-Pierre ; il y fut attaqué par les Hollandais mais leur résista victorieusement, aidé par le Danois Braem. 


L’année suivante, quatre navires havrais et dieppois, furent pris par les Hollandais. Des marchands de St-Jean-de-Luz et Ciboure, qui en étaient commanditaires perdirent ainsi 2 000 écus."




A suivre...





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