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samedi 2 mai 2026

UNE HISTOIRE DE LA GRANDE PÊCHE BASQUE EN 1941 (cinquième partie)

  

UNE HISTOIRE DE LA GRANDE PÊCHE BASQUE.


Depuis des siècles, il y a des pêcheurs au Pays Basque.



pays basque autrefois pêche baleine morue
TERRE-NEUVAS 1941
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta à ce sujet Madame Maxime Degros dans le Bulletin de la Société des 

sciences, lettres & arts de Bayonne, en avril 1941 :



"La grande Pêche Basque des Origines à la fin du XVIIIe siècle (Suite).


Les relations franco-anglaises. Le déclin de la pêche basque du traité d’Utrecht à la Révolution.



pays basque autrefois pêche baleine morue
TRAITE D'UTRECHT 1713



Les armements baleiniers déclinèrent aussi beaucoup au XVIIIe siècle. Dès 1719 les jurats de St-Jean-de-Luz se plaignent "et par la discontinuation que nous avons fait de la pêche de la baleine à cause de nos guerres où nos matelots les plus experts oint vieilli, ce canton se trouve dans l'impossibilité de pouvoir équiper la moitié des vaisseaux d’auparavant pour cette pêche, laquelle les Hollandais voudraient faire sans aucun concurrent..."



Les baleiniers qui partaient à Terre-Neuve couraient les mêmes dangers que les morutiers, et beaucoup furent capturés. Les risques étaient semblables sur la route du Groenland. Pendant les hostilités de 1756, deux navires furent enlevés alors qu’ils en revenaient. 



En outre, des conditions économiques défavorables, des concurrences étrangères et des mésintelligences locales, la défectuosité des ports basques, entravaient cette pêche



Les résultats particulièrement désastreux de 1765 mirent fin aux expéditions jusqu’à la Révolution. 



Il aurait fallu un système d’encouragement pour les équipages, de primes pour les armateurs, mais trop de difficultés assaillirent le gouvernement pour qu’il eût le loisir de songer sérieusement à la pêche. 



Des statistiques plus abondantes dans les archives du XVIIIe siècle que dans celles de la période antérieure vont permettre d'indiquer avec plus d’exactitude ce que furent les armements basques à leur déclin. 



Après le traité d’Utrecht, ils furent partagés surtout entre Terre-Neuve et l’Ile Royale. En 1716 Saint-Jean-de-Luz expédia 11 morutiers avec 534 hommes à l’Ile Royale. Trois ans plus tard il équipa 10 bâtiments jaugeant en tout 1 020 tonneaux ; Bayonne en équipa 9 jaugeant 1 082 tonneaux et Ciboure n’en équipa que 3 faisant 260 tonneaux. 



Pour la première fois en 1720, les Basques allèrent au Détroit Davis où leur expédition fut assez heureuse. Aussi en 1722 sur 60 navires envoyés pour les deux pêches, 26 allèrent au Détroit. 



pays basque autrefois pêche baleine morue
CARTE DU DETROIT DE DAVIDS 1703



En 1724, 50 navires partirent pour ces pêches. 



A cette époque, Saint-Jean-de-Luz, dont la richesse était déjà supérieure à celle de Bayonne au XVIIe siècle, se trouva nettement à la tête des villes basques et "soutint assez jusqu’en 1734 les mauvais succès occasionnés par la concurrence des Hollandais plus à la portée des parages".



De 1724 à 1738, il envoya 265 navires au Groenland et au Détroit Davis. Mais, mal protégés par le gouvernement, les armateurs luziens durent ensuite réduire leur flotte. On compte : de 1724 à 1729, une moyenne annuelle de 22 baleiniers de Saint-Jean-de-Luz, 6 de Bayonne (jaugeant de 150 à 300 tonneaux, avec 40 à 70 hommes) et 11 terre-neuviers (40 à 150 tonneaux, 15 à 30 hommes). 



En 1730 : 31 baleiniers de Saint-Jean-de-Luz à qui une pêche très mauvaise fit perdre un million et 45 morutiers. 



De 1731 à 1733 à Saint-Jean-de-Luz 26 baleiniers et 40 morutiers ; à Bayonne une quinzaine de bâtiments. 



En 1735, à Saint-Jean-de-Luz, 15 baleiniers ; 10 en 1738 avec 18 morutiers, plus 8 de Ciboure. En 1740, 12 baleiniers à Saint-Jean-de-Luz. Durant les hostilités de 1744, Bayonne essaya d’obtenir une suspension d’armes pendant la saison de pêche à Terre-Neuve. Il n’y eut pas d’armement baleinier et plusieurs morutiers furent pris. 



Le pays basque se releva très difficilement. Une compagnie fondée par deux armateurs, Martin Chibau et Moracin de Berins, obtint en 1749 la franchise d’octroi, arma 4 baleiniers par an jusqu’en 1755 mais ne put tenir plus longtemps. 



Les armateurs auraient eu besoin de 400 à 900 000 livres pour équiper, quatre par quatre, une nouvelle flotte de douze navires, et surtout de l’aide sérieuse du gouvernement, car sans elle, tous les moyens proposés pour rétablir la pêche devaient demeurer inutiles. 



Un essai de pêche à Madagascar eut lieu en 1756. Un certain Bondet de Villelmet arma deux baleiniers avec des marins basques. Ce fut un échec.



En 1765, deux baleiniers, armés par Monsieur de Laborde, partirent au Groenland ; l’un fut très endommagé par les glaces, l’autre revint sans profit. 



Ce fut la dernière expédition baleinière jusqu’en 1782, où sous l’impulsion de Louis XVI, partirent à Spitzeberg deux baleiniers armés grâce à une forte subvention de l’Etat. Ils firent deux campagnes ; la première échoua. L’équipage de l’un d’eux refusa de s’embarquer pour la seconde campagne, tant le navire était vieux et en mauvais état ; on l’y obligea, mais force fut de laisser en route le bâtiment qui réellement n’avançait pas. 



L’autre partit trop tard ; aussi malgré une prime de quarante livres par barrique d’huile, le profit ne couvrit que les trois-quarts des frais d’armement d’un seul navire. 



En 1784, le roi fit encore la dépense d’un armement, sans profit semble-t-il. Les Basques, lassés, n’armèrent plus. 



Ce fut donc en 1765 qu’eut lieu, pour la dernière fois avant la Révolution, une véritable expédition baleinière basque ; c’est-à-dire armée par des armateurs basques, avec des capitaux basques et des équipages basques. 



En 1786, le gouvernement appela des Nantuckois qui s'installèrent à Dunkerque et s’associèrent avec les armateurs et les équipages français. 



Grâce à cette impulsion, Dunkerque fut la seule ville qui arma des baleiniers, dans les toutes dernières années de l’Ancien régime. 



Pour envoyer des baleiniers sans avoir l'ennui et les frais de les construire et les remettre à neuf chaque année, les Basques eurent l'idée d’utiliser les vaisseaux de guerre nationaux. En temps de paix, ils serviraient à la pêche sous le commandement de leurs propres officiers pour qui ce serait une très bonne école. 



Le projet séduisit le gouvernement, mais en raison des lenteurs administratives, il ne put être réalisé avant la Révolution. A ce moment, la France eut besoin de ses navires de guerre et l’affaire n’eut pas de suite. 



La guerre de 1744 fit baisser aussi les armements pour Terre-Neuve ; en 1750, Saint-Jean-de-Luz arma 8 navires, Bayonne en arma 4. Les armateurs, ne pouvant plus s’offrir le luxe de perdre chaque année plusieurs milliers de livres, n’osaient pas risquer les frais d’un départ, et la flotte ne se reconstitua pas avant le traité de Paris. A ce moment, elle parut reprendre une nouvelle importance. 



En 1764, on compte 1 armement à Ciboure pour Port-à-Choix ; 7 à Bayonne (dont 2 pour Port-à-Choix, 4 pour Saint-Pierre, 1 pour le Grand Banc), 15 à Saint-Jean-de-Luz (6 pour Port-à-Choix, 5 pour Saint-Pierre, 4 pour le Grand Banc) mais le "profit a suffi avec peine à l’approvisionnement du païs et de ceux qui sont d’ans l’usage d’y recourir. Il est vrai que nos armateurs n’y ont fait que des pêches médiocres."



pays basque autrefois pêche baleine morue
CARTE DE TERRE-NEUVE CANADA



En 1765, il y eut 17 navires à Saint-Pierre, 14 à Port-à-Choix ; en 1766 Saint-Pierre reçut 8 terreneuviers. 



En 1767, 7 allèrent au Granc Banc, 8 à Saint-Pierre, 11 à Port-à-Choix ; en 1768, 3 au Grand Banc, 8 à Saint-Pierre, autant à Port-à-Choix ; Saint-Pierre reçut 6 bâtiments en 1769, 14 en 1770, etc..."



A suivre...




(Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France et Wikipédia)


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jeudi 2 avril 2026

UNE HISTOIRE DE LA GRANDE PÊCHE BASQUE EN 1940 (quatrième partie)

 

UNE HISTOIRE DE LA GRANDE PÊCHE BASQUE.


Depuis des siècles, il y a des pêcheurs au Pays Basque.



pays basque autrefois pêche baleine morue terre-neuve
TERRE-NEUVAS 1941
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta à ce sujet Madame Maxime Dégros dans le Bulletin de la Société des 

sciences, lettres & arts de Bayonne, en juillet 1940 :



"La grande Pêche Basque des origines à la fin du XVIIIe siècle.



... Sous l’impulsion de Vrolicq, la compagnie havraise finit en 1635 par obtenir pour cinq ans le monopole de la pêche dans la région de Terre Verte et du Refuge français, créant ainsi au sud de l’archipel, une petite France arctique. Vrolicq y installa des fourneaux, des loges et des quais en bois. Mais deux ans plus tard, les Danois à qui il avait lui-même appris l’art de la pêche, prétendirent interdire l’accès de la côte aux pêcheurs français ; ils détruisirent les établissements de Vrolicq, rendirent sa pêche impossible et le roi Christian IV déclara à Louis XIII que l’Océan arctique lui appartenait. 



La situation très critique des Français fut heureusement sauvée par l’ingéniosité du Luzien François Sopite, qui trouva une méthode pour fondre le lard à bord supprimant ainsi aux navires l’obligation d’accéder à la côte. 



Ni les Hollandais, ni les Anglais, ne découvrirent le moyen employé par Sopite. 



Ils devaient attendre d’être à terre pour fondre la graisse, aussi leur huile avait-elle une odeur qui la rendait très inférieure à l’huile basque. 



La pêche aurait pu reprendre alors une nouvelle activité ; mais en 1636, les Espagnols ravagèrent St-Jean-de-Luz, Ciboure et Socoa. Ils s’emparèrent de quatorze navires revenant du nord, chargés de lard et de fanons, gardèrent la marchandise et brûlèrent les navires. Ce fut une perte irréparable pour les Basques qui durent, pendant le temps nécessaire à la construction d’une nouvelle flotte, se borner à quelques armements privés (on sait que quelques frégates continuèrent à faire relâche en Norvège) ou à louer leurs services. 



Un autre coup leur fut porté quand, en septembre 1644, Mazarin laissa créer, sous la direction de Claude Rousseau, bourgeois de Rouen, une "Compagnie du Nord pour entreprendre le commerce, fonte et pêche des balaynes... es contrées du nord et autres lieux et faire le débit des huilles et fanons en provenant"... 



Les Bayonnais firent connaître au gouvernement "que les Basques se trouvent privés de l’exercice de ladite chasse et pêche qui leur est si naturel que les estrangers mesmes sont contrainctz d’avouer qu’ilz le tiennent d’eux et qui, outre la ruine entière des dits habitants ... les réduirait à la nécessité de sortir hors du royaume ..."



Deux ans plus tard, les Basques réagissant à leur tour créent la "Compagnie de mer de St-Jean-de-Luz et de Siboure" et Mazarin partage entre les deux compagnies le monopole de la pêche. Toutes deux armeraient séparément mais le même nombre de navires, emportant des barriques de même jauge ; elles fourniraient tout le royaume d’huile et de fanons, devant pour cela se mettre d’accord pour établir le prix de vente. 



La compagnie de St-Jean-de-Luz parvint à équiper vingt-cinq vaisseaux, qu’elle arma en guerre. Son privilège fut renouvelé en 1669. 



Malgré cela, les baleiniers basques allèrent de moins en moins au Spitzberg, car les guerres franco-hollandaises les obligèrent, soit à munir de canons leurs bâtiments de pêche, ce qui les alourdissait, soit à les faire protéger par des navires de guerre, ce qui augmentait les frais. 



Les grandes expéditions dans le Nord prirent fin et avec elles disparut la France arctique.  



Tandis que se créait, puis se désorganisait la ligne commerciale vers l’océan glacial, les Basques continuèrent à prendre chaque année le chemin de Terre-Neuve. Les guerres incessantes du XVIIe siècle le leur rendirent périlleux, à cause des corsaires qui sillonnaient l’Atlantique. Dans l’île même, leurs pêcheries souffrirent de toutes les tracasseries imaginées par les Anglais. 



Le gouvernement fit escorter les bateaux de pêche par des navires de guerre, ou armer en guerre les baleiniers eux-mêmes (en 1625 quatre baleiniers commandés par Lohobiague, Aretche, Hirigoyen et Haristéguy, de St-Jean-de-Luz, protégèrent la flotte basque) mais cela n’empêcha pas les captures. Dix navires de Capbreton revenant chargés de Terre-Neuve sont pris en 1648 ; deux autres qui viennent de quitter St-Jean-de-Luz le sont en 1653. 



Le premier moyen, réellement efficace de protection, fut en 1660 la concession du port de Plaisance, faite par Louis XIV à Nicolas Cargot qui le fortifia en construisant le fort St-Louis, et en fut le premier gouverneur. D’autres lui succédèrent jusqu’en 1713. 



Vers 1690, le gouvernement songea sérieusement à s’établir à Plaisance. 



Il s’enquit avant tout de l’appui des pêcheurs basques "sans quoy il est inutile de songer à aucun établissement... tout le revenu qu’on a... consiste dans la pêche par le moyen des pêcheurs qui ont accoustumés jusqu’à présant de venir du pays basque". Les commissaires de marine de Bayonne et St-Jean-de-Luz promirent de ne pas empêcher les départs et en 1696, le chevalier d’Iberville prit officiellement possession de l’île qui fut déclarée colonie française ; ceci n’arrêta pas, au contraire, l’hostilité des autres nations. 



En 1693, après avoir fait campagne contre les Hollandais dans les mers du nord, trois navires basques commandés par de célèbres corsaires : Croisic, Louis de Harismendy, Larreguy avaient dû partir en Amérique pour protéger le retour des tereneuviers français. 



Deux navires de St-Jean-de-Luz sont pris par les Hollandais en 1706, deux de Ciboure par les Anglais en 1708. 



Il faut dire que les Basques étaient un peu responsables de la capture de leurs propres vaisseaux, car ils refusaient, comme l’indiquait l’Ordonnance de la marine de 1681, d’armer une partie de leur équipage (le tiers au moins aurait été nécessaire). Ils prétendaient que, s’ils étaient pris sans armes, ils se libéraient à bien meilleur compte. 



La guerre mit Louis XIV, en 1709, dans l’obligation d’interdire la pêche ailleurs que dans la baie de Plaisance ; mieux valaient des limites restreintes et plus facilement défendables ; et ce fut une frégate royale, uniquement montée par des Basques, qui protégea les pêcheurs cette année-là.



 

L’année suivante commencèrent les préliminaires de la paix. On parla de céder Terre-Neuve à l’Angleterre. Très inquiets, les Basques écrivirent lettre sur lettre au Contrôleur général ; il les assura que la pêche continuerait à être libre et que par conséquent, ne disparaîtrait pas leur principal moyen d’existence. 



Après cet historique, les statistiques qui vont suivre permettront de se faire une idée de l’évolution des armements basques, entre le début du XVIIe siècle et le traité d'Utrecht. 



Le XVIIe siècle, malgré les difficultés de ses dernières années, fut le beau moment de la pêche basque, dont l’apogée s’affirma nettement entre 1620 et 1680. 



Dans cette période partirent, uniquement pour la grande pêche, 60 navires et 3 000 marins tous les ans. Ce fut le moment de la grande richesse du pays. La fortune acquise par la vente des produits de leur pêche, permit aux habitants d’embellir leurs villes, et leurs demeures. Bayonne et St-Jean de-Luz se développèrent beaucoup, St-Jean-de-Luz surtout, où chaque famille de pêcheurs posséda une maison confortable et où les armateurs jouirent alors d’une grosse fortune. 



pays basque autrefois pêche baleine morue
CARTE DE TERRE-NEUVE 1783


4 500 matelots sont recensés en Labourd en 1635. En 1660 on en compte 3 000 au moins pour 80 navires. En 1664, il y a 16 baleiniers et 9 morutiers à Bayonne ; 18 baleiniers et 18 morutiers à St-Jean-de-Luz ; à cette date Bayonne possède 19 bâtiments de plus de 100 tx (sur 200 dans toute la France). En tout elle a 39 navires ; son amirauté occupe en France le treizième rang, mais comme elle est la plus petite au point de vue territoire elle arrive proportionnellement avant celle de Marseille. 



En 1667, un tarif douanier très protecteur arrive à point, car à partir de ce moment les Basques se trouvent aux prises avec de grosses difficultés ; ils souffrent de la guerre, les ravages que la mer occasionne dans leurs ports commencent à leur coûter fort cher. Anglais et Hollandais leur font alors une dangereuse concurrence ; les pêcheurs établis à Terre-Neuve sont maltraités sans cesse par des émigrants anglais qui se fixent dans l’île ; en France, le nombre des marins diminue ; certains, séduits par une importante rémunération, partent servir des armateurs de Nantes, La Rochelle, ou Bordeaux ; d’autres surtout sont enlevés aux armateurs par l’introduction du système des classes. 



Malgré toutes ces raisons, la prospérité du pays ne déclina pas grâce au tarif douanier de 1667. 



En 1672, à eux seuls, St-Jean-de-Luz et Ciboure envoyèrent à Terre- Neuve 39 baleiniers de deux et trois ponts, jaugeant 300 tx et 19 morutiers. 



Vingt six ans plus tard, ils n’avaient en tout que 34 navires. 



pays basque autrefois pêche baleine morue
CARTE TERRE-NEUVE 1807


4 000 marins partent pêcher la baleine en 1675. 



A Bayonne en 1679, sur un total de 2 736 matelots, 960 partent pour la pêche de la morue et 768 pour celle de la baleine. 



De 1680 à 1687, on arma annuellement dans la région 40 baleiniers de 200 à 250 tx presque tous à trois ponts. 



En 1694 St-Jean-de-Luz et Ciboure signalent 15 à 20 vaisseaux. 



Un recensement du Labourd en 1695 n’indique que 982 marins ; beaucoup sont alors employés sur des navires de guerre ; d’autres ont passé à l’étranger, dépités par quelques années de mauvaise pêche, de sorte que "quoiqu’il ne reste que 22 vaisseaux dans le pays, quy ne font pas l’amoytié de ceux qu’il y avoit autrefois, on n’a pu envoyer à la pêche l’année dernière que 9 vaisseaux seullement ...". Les deux communes de St-Jean-de-Luz et Ciboure "sont réduites à un accablement et à une dernière misère et ensuite tout le dedans du pays. Cette navigation n'estait pas seulement avantageuse pour les Basques elle l’était pour tout le royaume qui tirait des proffits considérables par la vente des huiles, fanons de baleines, des morues et par l’achapt du sel et diverses denrées pour l’avituaillement de leurs vaisseaux dont les droits se payaient au roi".



Au début du XVIIIe siècle, Bayonne et St-Jean-de-Luz n’envoyèrent chaque année que 12 à 15 baleiniers. 1707 fut une année de très mauvaise pêche pour tout le monde ; aussi en 1708, ni Bayonne ni St-Jean-de-Luz n’armèrent de baleinier, seule Ciboure en équipa trois. 



pays basque autrefois pêche baleine morue terre-neuve
CARTE DE L'ÎLE DE CAP BRETON VERS 1750

Les dernières années du XVIIe siècle, et les premières années du XVIIIe , virent donc la pêche basque décliner assez fortement. Il faut en incriminer surtout les événements politiques (beaucoup d’autres raisons s’ajouteront à celle-ci plus tard). Cependant jusqu’au traité d'Utrecht, le déclin des Basques n’est que relatif. La "dernière misère" dont parlent les habitants de Ciboure est encore une misère très dorée."



A suivre...





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dimanche 1 mars 2026

UNE HISTOIRE DE LA GRANDE PÊCHE BASQUE EN 1940 (troisième partie)

 

UNE HISTOIRE DE LA GRANDE PÊCHE BASQUE.


Depuis des siècles, il y a des pêcheurs au Pays Basque.



pays basque autrefois pêche baleine morue terre-neuve
TERRE-NEUVAS 1941
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta à ce sujet Madame Maxime Dégros dans le Bulletin de la Société des 

sciences, lettres & arts de Bayonne, en juillet 1940 :



"La grande Pêche Basque des origines à la fin du XVIIIe siècle.



... Il est difficile d'admettre que, si à l'arrivée des Basques, les indigènes avaient parlé espagnol ou portugais ils se fussent donné la peine, ceux-là d'enseigner un langage nouveau, ceux-ci de l'apprendre ; que si les Basques avaient entendu nommer les sites naturels de la région par des vocables espagnols ou portugais ils les eussent débaptisés pour leur donner des appellations tirées de leur propre langue.



D'ailleurs les Espagnols semblent avoir été précédés aussi des Bretons, car dans une transaction du 14 décembre 1514, entre les moines de Beauport et les habitants de l'île Bréhat, ceux-ci déclarent payer au couvent depuis 60 ans, une dîme en poissons pêchés "en la coste de Bretaigne, Terre-Neufve, Irlandre".



Donc, sans parler des Scandinaves qui connurent certainement l'Amérique dès le haut Moyen-Age, mais dont il ne reste aucune trace, les Espagnols n'y pénétrèrent qu'après les Bretons et surtout après les Basques. En admettant donc que ce soient les Basques qui aient les premiers abordé le rivage Américain, on peut se demander à quel côté de la frontière pyrénéenne ils appartenaient ; aux deux vraisemblablement, dirigés peut-être par des Capbretonnais, car Capbreton dans de nombreux documents réclame l'honneur de la découverte.



Attribuons-le lui puisqu'aucune aucune autre ville ne le revendique et que c'est la plus importante de la région vers 1390, époque où peut se situer la première expédition.



Autre question : où abordèrent-ils ? sans aucun doute à Terre-Neuve ; sur la côte sud probablement. Peu à peu, ayant découvert l'île de Capbreton, ils remontent par l'ouest, font le tour de l'île, donnent aux trois pointes des noms basques : caps de Grat, de Raze, de Raye ; s'établissent de préférence sur la côte sud, plus favorable à la pêche, puis pénètrent sur le continent proprement dit, par le golfe St-Laurent qu'ils appellent la Grande baie, suivent la côte canadienne (en 1535 Jacques Cartier note la présence de nombreux pêcheurs basques au Canada), une île de la rivière de Québec s'appelle déjà "île des Basques",) finalement atteignent le Labrador.



pays basque autrefois pêche baleine morue terre-neuve
CARTE DE L'ÎLE DE CAP BRETON VERS 1750



Ayant trouvé à Terre-Neuve des baleines et des morues, les Basques y retournent tous les ans établissant ainsi, très probablement, la première ligne commerciale entre les deux continents, et si leur découverte demeura inconnue, c'est qu'elle fut seulement à l'époque une affaire commerciale et locale, sans aucune reconnaissance officielle.



La colonisation du pays fut tardive et ne fut pas l'oeuvre des Basques.



Il faut attendre 1550 pour voir la France s'intéresser sérieusement à l'île, considérée alors comme une dépendance de notre colonie canadienne. A ce moment les Basques partaient chaque été pour l'île, y possédaient des établissements pour la préparation des morues et un certain nombre d'entre eux s'y étaient fixés définitivement.



Ils avaient des relations amicales et régulières avec les indigènes et une situation nettement prépondérante dans l'île ; d'où leur rivalité constante avec les Espagnols et les Anglais dès que ceux-ci, à leur tour, vinrent pêcher à Terre-Neuve.



Il aurait fallu que le gouvernement protégeât les pêcheries en fondant une véritable colonie, avec des établissements officiels fixes ; l'Angleterre le fit bien avant la France. Celle-ci se bornait à faire escorter ses bateaux de pêche par des bâtiments de guerre qui patrouillaient sur les bancs pendant la saison.


Nos pêcheries souffrirent beaucoup des luttes entre la France et la Maison d’Autriche ; pour éviter les corsaires espagnols chaque flottille de pêche était protégée par des navires de guerre. Il y eut cependant de nombreuses pertes et les colons basques de Terre-Neuve vécurent alors une mauvaise période. 


Le traité de Cateau Cambrésis, en mettant fin à cette guerre, rendit la sécurité à nos pêcheries qui se développèrent alors très rapidement, non par le nombre des habitants fixés au pays, mais par les encouragements qu’au début du XVIIe siècle le gouvernement leur donna, et l’impulsion qu’elles ressentirent du développement de nos colonies acadienne et canadienne. 


Mais si en temps de paix, l’Angleterre et l’Espagne laissèrent tranquilles les pêcheries françaises, une lutte officieuse continua toujours sur mer. 


En 1568 les habitants de Capbreton déplorèrent la perte de navires "venans du veaige de Terreneufve" et capturés par des corsaires. Les prises de cette sorte furent constantes et d’autant plus acharnées, que l’habileté des Basques et la faiblesse relative de la concurrence qu’ils subissaient alors, leur permirent des armements assez nombreux. 


En 1578 par exemple, sur 180 baleiniers français partis pour Terre-Neuve, on en compta 30 basques, auxquels il faut adjoindre un nombre environ égal de navires basques espagnols pêchant de concert avec eux.


Mais, dès ce moment, la pêche basque espagnole perdit de son importance au profit de la pêche basque française. 


En 1584, des navires de St-Jean-de-Luz débarquèrent des chargements de morues à St-Sébastien, à Bilbao en 1613. Vers 1625, une importation régulière s’établit en Biscaye. En 1631, le Guipuzcoa n’envoie plus un seul bâtiment à Terre-Neuve. 


Les Basques connurent au XVIIe siècle l’apogée de leur pêche à Terre-Neuve ; ils n’en furent que plus jalousés par les autres puissances, surtout quand un nouveau terrain de pêche s’ouvrit pour eux dans les mers boréales. 




pays basque autrefois pêche baleine morue
CARTE TERRE-NEUVE 1807

Les expéditions au Spitzberg. Le développement de la pêche et son apogée jusqu’au traité d’Utrecht.


S’il est vraisemblable que, dès la fin du Moyen-Age, les Basques aient fréquenté les mers du Nord et après escale à Bruges, qu’ils aient relâché sur la côte de Norvège, apportant du sel de France, rapportant des baleines et de la rogue achetée à Bergen, il est certain en tous cas qu’ils allaient en Ecosse au début du XIVe siècle.


Au  début du XVe siècle, vers 1412 peut-être, ils atteignirent l’Islande (une chronique islandaise relate à cette date l’arrivée de 20 navires basques et bayonnais à Groenderfioerd et dans le golfe de Grunder). 


Ils entretinrent des relations avec les indigènes, car certains de leurs usages furent adoptés par les Islandais, (entre autres : la fabrication de la cilia, boisson d’orge et d’eau) ; mais ils ne paraissent pas y avoir installé d’établissements pour préparer la morue, pratiquant seulement la pêche dérivante, ce qui expliquerait le peu de produits qu’ils en rapportaient.  


En 1535 ils découvrirent le Groenland, puis vers la fin du siècle, parvinrent à la côte sud-ouest du Spitzberg. Ce sont eux, probablement, qui baptisèrent "Baye des Franchoys" l’actuel Bellsond. 


Comme ils rencontrèrent d’autres Français, des Anglais et des Hollandais, ils restèrent cantonnés dans cette Baye des Franchoys, dans le Refuge français (plus tard Port-Louis) et dans la Baye des Basques.



pays basque autrefois pêche baleine morue
CARTE DE TERRE-NEUVE 1783

Il ne semble pas qu’il y eut, à l’origine, d’expéditions organisées, mais quelques armements individuels et surtout des enrôlements de Basques sur des navires étrangers. 


Le Spitzberg était déjà fréquenté par les Hollandais, qui l’avaient découvert en 1596 et par les Anglais. Les uns et les autres, pour apprendre l’art de la pêche, avaient eu recours aux Basques dont l’habileté, pour harponner surtout, était unanimement reconnue. Par des flatteries, en leur élevant des statues par exemple, en leur promettant un plus grand débouché pour leurs produits, ils les attirèrent chez eux, "estants lesdits basques de nation françoise et par naturelle adresse et longue expérience, seuls capables de ce faire (pêcher)". 


L’éducation des Hollandais date de cette époque, celle des Anglais remonte au début du XVIe siècle quand ils voulurent aller à Terre-Neuve. 


Les Basques acceptèrent de louer leurs services comme harponneurs ou dépeceurs. Sur les navires hollandais, le second capitaine était Basque, c’était le "Speck-synder", coupeur de lard ; il prenait la direction de la pêche quand le navire, conduit par le capitaine hollandais, était arrivé à destination. 


En se louant à l’étranger, les Basques commirent une grosse faute, car, une fois instruits, leurs élèves allaient devenir leurs rivaux. 


Ce fut probablement en 1612 que pour la première fois, une véritable flottille de pêche partit des ports basques à destination du Spitzberg. Elle se composait "d’une navire de Biscaye, lesquels... sont plus habiles à tirer ou prendre les balaines, qu’aucune autre nation de la chrestienté (qui) sont retourné avecques raisonnable prouffit et trois frégates de St-Jean-de-Luz. En outre, de douze Luziens au service de la Hollande : 3 maistres harponiers, 3 maistres de chalupe et les 6 autres pour servir à cuire les huilles et couper les baleines ..." 


En 1613, les navires principaux furent la "Grâce de Dieu", bâtiment de 600 tx, de St-Jean-de-Luz, commandé par Miguel Haristéguy et les "quatre fils Aymon" avec Miguel d’Etchepare. 


L’expédition eut à souffrir des mauvais traitements que lui infligèrent Hollandais et Anglais furieux de voir porter atteinte au monopole de leurs compagnies respectives : la Moscovia et la Company of the Muskovia merchants. 


Sept vaisseaux anglais forcèrent un petit navire de St-Jean-de-Luz à rebrousser chemin et sommèrent les autres de quitter la Baye des Franchoys ; devant l’attitude énergique des Basques, ils les laissèrent continuer leur pêche mais sur la promesse de leur abandonner tous les fanons de baleines et la moitié de l’huile recueillie "pour ce que les Français scavoyent bouillir si vistement et en si peu de temps une grande quantité de la graisse mieux qu’autres nations". 


Bien soutenus par les jurats de St-Jean-de-Luz et les échevins de Bayonne, les Basques continuèrent à envoyer une flotte chaque année. Mais l’histoire de la pêche ne fut qu’une suite de luttes entre pêcheurs de différentes nations. 


En 1614, Lassale, député de Bayonne à Paris, presse le gouvernement de protéger la flotte que les Anglais veulent empêcher de partir. En 1615 le "St-Jehan l’Evangeliste" navire de Dieppe dont les harponneurs étaient Basques, fut capturé par les Hollandais. 


Officiellement, les gouvernements anglais et hollandais recommandaient à leurs nationaux de ne pas entraver la pêche, mais ils fermèrent volontairement les yeux, ou les capitaines passèrent outre leurs défenses. 


Un accord passé en 1619 entre l’Angleterre, la Hollande et le Danemark partagea les côtes du Spitzberg, n’attribuant aux Français que l’extrême nord (cap de Biscaye)


Pour protéger ses droits et sur la demande des Basques pour qui la pêche était le seul moyen d’existence, la France recourut elle aussi au système des compagnies. Ce fut d’abord, en 1621, la "Royale et Générale compagnie du commerce pour les voyages de long cours ... et la pêche des baleines". Le siège central s’installa au Havre où les Basques apportèrent les produits de leur pêche et d’où partirent les expéditions.  


En 1628, la Compagnie havraise de Moscovie remplaça la précédente et mit la flotte française sous la direction du Luzien Jean Vrolicq qui fréquentait déjà ces parages depuis une dizaine d’années. 


Tout se passa relativement bien jusqu’en 1631, où des capitaines hollandais vinrent demander à Vrolicq à Port St-Pierre (sud-ouest) qui lui avait donné l’autorisation de pêcher au Spitzberg. Il répondit que le pays, étant inhabité, était commun à tous. 


En 1632 malgré la compagnie néerlandaise qui avait interdit à Bayonne d’envoyer sa flotte, Vrolicq se trouva avec trois navires au Port St-Pierre ; il y fut attaqué par les Hollandais mais leur résista victorieusement, aidé par le Danois Braem. 


L’année suivante, quatre navires havrais et dieppois, furent pris par les Hollandais. Des marchands de St-Jean-de-Luz et Ciboure, qui en étaient commanditaires perdirent ainsi 2 000 écus."




A suivre...





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dimanche 1 février 2026

UNE HISTOIRE DE LA GRANDE PÊCHE BASQUE EN 1940 (deuxième partie)

 

UNE HISTOIRE DE LA GRANDE PÊCHE BASQUE.


Depuis des siècles, il y a des pêcheurs au Pays Basque.



pays basque autrefois pêche baleine morue
TERRE-NEUVAS 1941
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta à ce sujet Madame Maxime Dégros dans le Bulletin de la Société des 

sciences, lettres & arts de Bayonne, en juillet 1940 :



"La grande Pêche Basque des origines à la fin du XVIIIe siècle.



... Les relations avec l'Espagne. — Les premiers voyages.



En même temps qu'ils pêchaient dans le golfe de Gascogne, les Basques se portèrent sur les côtes d'Espagne, allant chercher les animaux au-delà même du Cap Finistère ; ce fut visible très longtemps par des traces de tours et de fours établis sur le littoral.



Il semble que de très bonne heure, de Bilbao à Bayonne, tout habitant était pêcheur, alors qu'aucun indice ne permet de dire que d'autres populations françaises aient pris part à la pêche des baleines.



Basques français et espagnols étaient mêlés dans ces entreprises maritimes, ils étaient de la même race, et entre eux, il n'était pas question de frontière territoriale, aussi est-il impossible de distinguer la part respective de chaque population dans le haut Moyen-Age.



Pendant tout l'Ancien Régime, les Basques restèrent unis par tout ce qui concernait la pêche, tant celle de la baleine que celle de la morue. Matelots espagnols et français furent souvent enrôlés sur les mêmes bateaux. Lorsque, et cela arriva fréquemment, la France et l'Espagne étaient en guerre, les Basques des deux nations continuaient la pêche en bonne camaraderie ; ainsi le 21 décembre 1353, marins biscayens et bayonnais s'interdirent réciproquement prises de marchandises et tout autre dommage, et cet accord fut confirmé le 9 juillet 1354.



Non seulement les guerres n'interrompirent pas les voyages en commun, mais même quand le trafic entre les deux pays était interdit il y eut, grâce à des traités de bonne correspondance, ancêtres de nos accords commerciaux, des dérogations pour tout ce qui concernait les produits de la pêche. Un arrêt du conseil des finances du 7 Août 1604 autorise les habitants de la côte d'Hendaye à Capbreton à débiter leur poisson en Espagne, malgré un récit édit interdisant les relations commerciales entre les deux pays "pourveu néantmoings qu'en allant à la pêche, ils ne mènent aucunes denrées et marchandises de ce royaume en Espagne ny pareillement à leur retour d'Espagne en ce royaume."



En 1639 on accorde à Bayonne l'autorisation de vendre les morues de sa pêche en Espagne. Le 4 Juillet 1653 Louis XIV, par lettres patentes, ratifia les accords de bonne correspondance passés entre le Labourd et le Guipuzcoa, où l'on convenait que, moyennant passeports réciproques, aucun des deux gouvernements ne saisirait les barques de l'autre et qu'ils pourraient faire entrer l'un chez l'autre toutes sortes de marchandises, sauf des minutions.



Plusieurs fois ces traités de bonne correspondance furent renouvelés (1667-1675-1690-1719).



Non seulement les Basques, français et espagnols, restèrent toujours unis pour ce qui concernait la pêche, mais ils se rendirent des services réciproques quand l'une des deux nations était en guerre avec une troisième. Ils allèrent même en quelque sorte jusqu'à se prêter leur nationalité ; c'est ainsi qu'en 1711 pour échapper plus facilement aux Anglais, les vaisseaux baleiniers et morutiers français arborèrent le pavillon espagnol ; à d'Aguesseau qui s'en étonnait on répondit que les Basques "n'avaient point hésité de composer l'équipage d'un vaisseau meslé des sujets des deux couronnes et d'obéir au capitaine de la nation du pavillon qu'on avait arboré et estimé le plus convenable suivant les occurrences pour assurer leur commerce..."



Cet accord entre les provinces basques de part et d'autre de la frontière n'excluait pas quelques rivalités locales. Pêcheurs d'Hendaye et de Fontarabie, par exemple, vivaient presque constamment en mauvaise intelligence, et quand une baleine entrait dans l'estuaire de la Bidassoa, sa capture donnait lieu à des disputes sanglantes ; mais en fait les bonnes relations dominèrent dans les rapports entre les pêcheurs des deux nations. 



La pêche côtière se poursuivit, en déclinant, jusqu'à la Révolution, les baleines ne venant plus que rarement jusqu'à la côte. On possède encore en date du 6 Septembre 1783, le compte des frais faits par un certain Harismendy pour acheter les ustensiles nécessaires à l'équipement de deux chaloupes qui pêchaient dans le golfe.



La pêche n'avait été très brillante que jusqu'au XVe siècle ; malgré cela poussés par le goût de l'aventure quelques pêcheurs s'étaient enhardis bien avant à aller à la recherche des baleines. Ils remontèrent l'Atlantique jusqu'en Irlande, passèrent en Ecosse où ils pêchèrent les premières morues.



Il est impossible de préciser à quand remonte leur premier voyage, mais il est certainement antérieur au XIVe siècle.



C'est en poursuivant encore leurs expéditions pour découvrir le repaire des baleines qu'ils se trouvèrent un jour sur le chemin de l'Amérique.



Les Basques et la découverte de l'Amérique.

Les débuts de la pêche à Terre-Neuve.



C'est en 1512 qu'on trouve la première mention d'une pêche basque à Terre-Neuve ; il s'agit d'un capitaine bayonnais partant "à la pesque à les Terres Nabes" et en parlant comme d'une chose coutumière. Il est certain qu'à cette date l'habitude était prise d'y envoyer une flotte tous les ans ; mais de quand cette habitude date-t-elle ? en quelle année les Basques allant au-devant des baleines, abordèrent-ils le nouveau continent ? la question est importante, car il s'agit de savoir qui, en réalité, a découvert l'Amérique. Or les documents des XIV et XVe siècles manquant complètement pour y répondre, de nombreux auteurs purent donner leur avis et l'amour-propre national entrant en jeu, chacun en attribua la découverte à son pays.



Résumons brièvement les principales opinions avant de donner la nôtre.



Les Espagnols pensent que Christophe Colomb aborda le premier en Amérique en 1492, qu'Estienne Gomez découvrit les bancs de Terre Neuve en 1525 et que les Basques ne vinrent que vers 1540.



Mais Matias Echevete qui fit plusieurs voyages à Terre Neuve sur des navires français dit en 1545 être le premier Espagnol qui y soit allé.



Les Portugais attribuent les deux découvertes respectivement à Colomb et Corte Real (celle-ci au début du XVIe siècle).



gênes explorateur espagne portugal amérique
PORTRAIT PRESUME DE CHRISTOPHE COLOMB
ATTRIBUE A RIDOLFO DEL GHIRLANDAIO


C'est aux Basques, plus d'un siècle avant Colomb, qu'est due la découverte, d'après Guillaume Postel : "des Merveilles des Indes et du Nouveau Monde" 1553 ; d'après Marc Lescarbot : "histoire de la Nouvelle France" 1608 ; d'après Cleirac qui écrit en 1647 dans "Us et coutumes de la mer" : "Les grands profits et la facilité que les habitants de Capbreton prez Bayonne, et les Basques de Guyenne ont trouvés à la pêcherie des baleines ont servi de lurre et d'amorce à les rendre hazardus à ce point que d'en faire la queste sur l'océan par les longitudes et les latitudes du monde. A cet effect, ils ont cy devant équippé des navires, pour chercher le repaire ordinaire de ces monstres. De sorte que suivant cette route ils ont descouvert cent ans avant les navigations de Christophe Colomb le grand et le petit banc des morues, les terres de Terre-Neufve, de Capbreton et Baccaleos (qui est à dire morue en leur langage), le Canada ou Nouvelle France où c'est que les mers sont abondantes et foisonnent en baleines".



Deux Flamands, Corneille Wisfler et Antoine Magin pensent de même ainsi que Lamarre et beaucoup d'autres. Tous ces auteurs se basent sur des documents aujourd'hui perdus ou simplement plutôt sur la tradition.



Postérieurement, on cita pour prouver que les Basques débarquèrent en Amérique un siècle ou plus avant Colomb un mémoire datant de 1710.



Les négociants basques parlant de la pêche à M. de Planthion, syndic du Pays de Labourd, lui disent qu'"ils la commencèrent d'un temps immémorial sur les côtes de leurs propres pays, où les baleines étant devenues rares..." ils s'arrêtèrent "jusqu'à ce que l'usage du compas et de la balestrille fussent été connus." A ce moment, ils prirent la route de l'ouest "pour diriger leurs poursuites et parvenir par ce moyen au banc de Terre-Neuve où ils en trouvèrent par troupes... ils y trouvèrent aussi une quantité prodigieuse de morues... Ayant trouvé Terre neuve ils lui donnèrent le nom de Bacaillao, de celuy qu'ils y avaient déjà donné à ces poissons qu'ils avaient trouvé en si grande abondance... comme qui dirait terre de morues en leur langue"...



Ce mémoire plusieurs fois publié servit de base aux allégations de nombreux auteurs.



Il en existe cependant un autre auquel on doit plutôt se référer puisqu'il date de 1684 ; écrit par les Bayonnais pour répondre à une enquête sur le commerce entreprise par Seignelay, il attribue aussi aux Basques l'honneur de la découverte, plus d'un siècle avant Colomb qui n'aurait lui-même effectué son expédition que piloté par un Basque.



Cette idée, émise déjà par le père Fournier, fut reprise dans un mémoire de 1715 qui donne la date approximative de 1392 ; dans un autre de 1775 qui fournit celle de 1372 ; dans nombre d'autres et dans plusieurs auteurs modernes. Alphonse Sanchez de Huelva, au retour de Terre Neuve, aurait été jeté par la tempête dans l'île de Madère ; il y serait mort en 1492 après avoir livré son secret à Christophe Colomb qui l'avait recueilli et qui serait ensuite parti emmenant des marins basques dont l'un des plus célèbres : Jean de Biscaye.



Sur quels faits matériels, à défaut de précisions documentaires, ces opinions s'appuient-elles ?



En faveur des Basques, on remarque d'abord une carte de navigation, terminée vers 1500 par Juan de la Cosa, mentionnant leur passage dans les parages sud de Terre Neuve ; puis dans toutes les cartes du XVIe siècle l'île est appelée "Baccaleos", or baccaleos est le nom que les Basques donnèrent aux morues, ce qui explique très bien qu'ils l'aient donné ensuite à la région où ils en trouvèrent.



pays basque autrefois pêche baleine morue
MAPPA MUNDI
CARTE DE JUAN DE LA COSA
VERS 1500



En outre, surtout sur la côte ouest, la terminologie est basque. Cette partie de l'île était alors, suivant le mot de M. de la Roncière "un fief basque".



Voici en effet une liste des principaux vocables basques de Terre-Neuve.



Sur la côte Est : cap de Grat (gratta : lieu favorable pour y établir une pêcherie). Peritouca (les petites oies). Caruge (chapeau rouge). St Jan. Cap de Bonavista ou Bone Bise. Urrunn ou Ourrugnousse (Urrugne). cap de Raze (arraze : très proche, il faut le longer).



A l'Ouest : Capbreton, plus tard cap Anguille. Ollicillho (trou à mouches) plus tard baie de St-Georges. Barrachoa. Ophor Portu (vase à lait). Baya Ederra (Bayonne) plus tard bonne baie. Anngnachar. Barbotcilho plus tard cap Riche. Portuchoa (petit port) Anton Portu (port Antoine).



Au Sud : Sasco Portu. cap de Raye (arraico : approchez-en car les courants sont peu éloignés).



Cette nomenclature basque subsista mais les géographes francisèrent les termes originels et les altérèrent. Ophor Portu devint Port-au-port ; Portuchoa devint Port-à-Choux ou Port à Choix ; Anngnachar fut appelé Ingornachoix...



pays basque autrefois pêche baleine morue
CARTE TERRE-NEUVE 1807



Ceux qui contestent aux Basques la découverte de l'Amérique, s'appuient sur le fait que les premiers établissements bayonnais fixés à Terre-Neuve sont très postérieurs à Colomb ; mais cela ne prouve absolument rien car il put très bien y avoir des expéditions annuelles qui n'aient laissé à leur départ aucun baraquement ni aucune trace sur le rivage.



S'il nous est permis, après tous ces auteurs, de donner notre opinion, donnons-la en faveur des Basques. 



Il n'existe pas de documents mais on ne peut rien en conclure. Y en eut-il, actuellement perdus, c'est peu probable, car à moins d'avoir été détruits il y a très longtemps, bien des auteurs cités plus haut, auraient pu les connaître.



Y en a-t-il en Espagne qui n'aient jamais été dépouillés ? c'est possible. Il est possible aussi qu'il n'y en ait jamais eu car aux XIVe et XVe siècles, les marins plus que tous autres étaient illettrés. Peut-être, d'autre part, tenaient-ils à garder le secret de leur route et à ne pas consigner par écrit des renseignements qui auraient facilité les voyages des autres peuples et leur auraient enlevé le monopole de la pêche.



Deux faits sont probants à notre avis : c'est d'abord la cartographie de Terre-Neuve où nous avons vu la terminologie basque dès les premières années du XVIe siècle. 



pays basque autrefois pêche baleine morue
CARTE DE TERRE-NEUVE 1783



C'est ensuite que "Dès le premier temps auquel les Basques faisaient la pêcherie des baleines et morues dans le golfe de St-Laurent ils firent amitié avec tous les sauvages de cette contrée... et formèrent une espèce d langue franque composée de basque et de deux langues de ces sauvages par le moyen de laquelle ils s'entendaient fort bien tous," et il fallait connaître le basque pour être compris des tribus indiennes de la grande baie."



A suivre...





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