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samedi 14 mars 2020

REVENDICATIONS À SAINT-JEAN-DE-LUZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN JUIN 1905


REVENDICATIONS LUZIENNES EN 1905.


En 1905, de nombreux habitants de St-Jean-de-Luz réclament des changements économiques.



pays basque autrefois plage
PLAGE ET POINTE SAINTE BARBE
SAINT JEAN DE LUZ 1905
PAYS BASQUE D'ANTAN

Voici ce que rapporta à ce sujet la presse locale, La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-

de-luz, dans son édition du 16 juin 1905 :



"A Saint-Jean-De-Luz.




Dimanche, M. Mascuraud, les membres du Comité républicain du Commerce, M. Forsans et nombre de Biarrots répondaient à l’invitation du Comité d’Action et de Défense républicaine de Saint-Jean-de-Luz. Ils furent reçus dans cette ville par M. Leremboure, président, conseiller d’arrondissement ; M. Monin, vice-président de la section du Comité Républicain du Commerce ; M. Vic, maire d'Hendave, conseiller d’arrondissement, etc. 




Un grand nombre de citoyens de St-Jean-de-Luz et des localités environnantes se trouvaient réunis dans la grande salle du Casino, où l’estudiantina l'Oursin fit entendre le meilleur de son répertoire. 




M. Leremboure prend la parole en ces termes : 



Monsieur le Sénateur, 

Messieurs les Délégués, 




Parmi les obligations que m’imposent les fonctions de Président du Comité d'Action et de Défense Républicaine que je dois à la confiance de mes concitoyens, il en est une qu’il m’est plus particulièrement agréable de remplir : c’est celle de souhaiter la bienvenue dans notre beau Pays Basque à Monsieur le Sénateur de la Seine Mascuraud et à Messieurs les Délégués des Ministres qui raccompagnent. 



homme politique autrefois france
ALFRED MASCURAUD SENATEUR DE LA SEINE 1905-1926

Votre visite est d’autant plus précieuse, Messieurs, que nous savons tous les éminents services que le Comité Républicain du Commerce et de l'Industrie a déjà rendus à la France républicaine. 




Le chemin déjà parcouru, les nombreux et réels résultats obtenus par le Comité Mascuraud nous sont un sûr garant du brillant avenir réservé à une œuvre dont M. Mascuraud a été l'initiateur et dont il n’a point cessé d’être l’apôtre zélé, infatigable et compétent. Aussi me permettrez-vous de mettre à profit sa présence pour lui demander, pour demander, à la Section des Basses-Pyrénées, que M. Mascuraud a tenu à venir inaugurer, de prendre en mains la défense des intérêts légitimes de notre population si intéressante. 




Nos revendications sont de plusieurs natures, et sans entrer dans des détails que j’aurai l'honneur de développer dans des mémoires spéciaux à chacune d’elles, ne ferai-je que les énumérer rapidement pour ne pas vous retenir trop longtemps. 




Je citerai, en première ligne, l’imperfection actuelle de notre port, que nous vous ferons visiter dans un instant, Messieurs. 




Ce port a eu ses heures de gloire et de célébrité, car vous n’ignorez pas que nos ancêtres de Saint-Jean-de-Luz et de Ciboure ont eu, jadis, le monopole de la pêche de la baleine et, plus tard, de la pêche de la morue. 




pays basque labourd port
PORT ST JEAN DE LUZ 1905
PAYS BASQUE D'ANTAN

Je pourrais, pour l’attester, vous citer un édit de Louis XII, réglant le partage entre les communes et les monastères, des haleines que les tempêtes jetaient sur nos côtes. 




Un manuscrit d’un sénéchal de Dax, consigne qu’à une époque, les jardins de Saint-Jean-de-Luz, de Bidart et de quelques villages circonvoisins de la frontière d’Espagne étaient clôturés par des os de baleine. 




Les Basques, marins intrépides, découvrirent Terre-Neuve en 1504, mais ils ne l'occupèrent que quelques années plus tard, avec les Normands qui les suivirent bientôt. 



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CARTE BASQUE TERRE-NEUVE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Le tableau des armements pour la pêche de la baleine faits à Saint-Jean-de-Luz porte qu’en 1730, il fut armé 25 navires ; en 1731, 20 ; en 1732, 22. etc. Ces navires étaient de 250 à 300 tonneaux de jauge et ils entraient à celte époque dans notre port qui en a contenu jusqu’à 80 à la fois. 


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BALEINE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Dans ce port, vient déboucher la Nivelle, petit fleuve côtier et par suite des apports constants de ce fleuve, le port se trouve aujourd’hui envasé à tel point, que des chaloupes à vapeur d’un faible tirant d’eau et dont le nombre n’est pas inférieur à vingt-huit, ne peuvent plus ni entrer dans le port ni en sortir aux heures voisines de l’étale de basse mer. 




Laissez-moi mentionner en passant que le recensement de 1730 porte le chiffre de la population de Saint-Jean-de-Luz à  9 500 habitants, et celle de Ciboure à 3 500. 




Voilà, Messieurs, ce qu’était en 1730 le port de Saint-Jean-de-Luz, et vous constaterez dans un moment ce qu’il est devenu par l’incurie de l’Etat, car aucun travail sérieux n’y a été fait depuis cette époque si reculée. 




Nous avons besoin aujourd’hui de ce port pour l’industrie de la pêche, que les résultats obtenus dans les dernières campagnes de pêche a fait renaître, mais qui ne s’applique plus qu’à la sardine, à l’anchois, au thon et à la brème de mer ou rousseau. 





Une autre de nos revendications est relative à la modification des tarifs appliqués par les Compagnies de chemins de fer aux transports des produits de la pêche. 




Point n’est besoin d’insister sur l’importance capitale de cette question, et elle ne nous échappera pas. 




Je signale enfin les avantages qui résulteraient tant pour le fisc que pour nos populations, de la modification du tarif des droits de douane afférant à l’entrée en France des petits chevaux de montagne de provenance espagnole. 




Le droit actuel et par cheval est de 150 francs pour des animaux ayant une valeur moyenne de 75 francs ; c’est donc un tarif prohibitif, en d’autres pays, mais qui, pour nos agiles montagnards, constitue une prime à la contrebande et la facilité avec laquelle la jeunesse de notre frontière gagne de l’argent par la fraude entraîne la démoralisation de cette jeunesse.




Telles sont, rapidement esquissées, nos principales revendications, Messieurs, et nous avons la ferme confiance que le Comité Républicain du Commerce et de l’Industrie prendra en mains la défense de nos intérêts pour obtenir des résultats qui contribueront au bien-être de notre contrée. 





Vous excuserez, Messieurs, la longueur de cet exposé, parce qu’il m’a paru qu’il était nécessaire. 




Mes chers concitoyens, je sais que je suis l’interprète fidèle de vos sentiments en remerciant ici, en votre nom, M. le Sénateur Mascuraud, pour tous les services qu’il a rendus au commerce et à l’industrie de notre pays. 




Puisse l’expression de notre sympathie lui faire oublier les attaques imméritées et les injures même que ne lui ont point ménagé nos adversaires politiques. 




Nous vous remercions, Messieurs, de votre visite ; nous remercions aussi nos amis de Biarritz qui vous font cortège, et vous me permettrez une mention spéciale à mon cher collègue Forsans, le vaillant maire de Biarritz, notre sœur aînée du littoral, que M. le Sénateur Mascuraud qualifiait hier si justement de perle de la côte d’argent. 




Nous faisons les vœux les plus ardents pour que l’œuvre que vous venez de fonder dans les Basses-Pyrénées soit viable, prospère et féconde en résultats, comme elle l’a été ailleurs, pour le plus grand bénéfice de cette France qui répand dans le monde entier les trésors de la science à pleines mains et des torrents de lumière et pour la République, si chère à nos cœurs. 




Puis M. Mascuraud, au milieu des applaudissements, se lève et après avoir remercié les Luziens de leur accueil, leur expose le but et les intentions du Comité présidé par lui. Il dit quel profond attachement, quelle ardeur quel dévouement sont dûs à la République, combien sont désirables et nécessaires les réformes qu’elle doit nous donner à brève échéance : service de deux ans, séparation des Eglises et de l’Etat, création des retraites ouvrières, impôt sur le revenu ; il signale les dangers du cléricalisme qu’il faut réduire à l’impuissance de nuire et de s’opposer au progrès.... 




Nos Basques ont été profondément impressionnés par ce langage clair et sincère qui diffère tant des mystérieux mensonges dont on a coutume de les nourrir, et l'impression a été excellente.




Après une visite au port de St-Jean-de-Luz, on s’est retrouvé à l’Hôtel d’Angleterre, où M. Monin avait fait servir un lunch exquis. 


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HÔTEL D'ANGLETERRE ST JEAN DE LUZ
PAYS BASQUE D'ANTAN



M. Raynaud a porté le toast suivant : 


Messieurs, 




Devant cette grandiose manifestation de sympathie envers notre cher Président, permettez-moi, mes chers collègues, de vous exprimer mes remerciements émus. 




Comme vous l’a très bien dit M. Mascuraud, vous pouvez compter que le Président de votre section sera vis-à-vis du Comité Républicain du Commerce et de l’Industrie votre fidèle interprète pour appuyer toutes les questions ou revendications qui intéressent notre région.




Certaines mises déjà à l’étude sont en voie de solution ; je citerai les transports sur chemins de fer, l'expédition des poissons frais, la mise en circulation de wagons frigorifiques, la répression de la contrebande des chevaux de la province d'Orense, etc., etc. 




Comptez que nous reviendrons sur toutes ces questions et ne les laisserons que lorsque nous aurons obtenu satisfaction. 




Je bois à notre Président, à MM. Leremboure et Monin qui nous accueillent d’une façon si charmante, à notre Comité, à la République. 




D’autres toasts ont été prononcés per MM. Mascuraud, Leremboure, Vic, Bailly, Seitz et la journée s’est terminée par des promenades aux environs.




Le soir, il y a eu réception à Biarritz, au Cercle Républicain. 




Et, encore une fois, nos hôtes, en se séparant de nous, ont manifesté leur très vif désir de revenir bientôt dans ce pays qui les a enthousiasmés, et chez les nouveaux amis qui les ont reçus avec tout leur cœur."




Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

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