Libellés

lundi 23 mars 2026

LES BASQUES ET L'UNIFICATION NATIONALE SOUS LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (quatrième partie)

 

LES BASQUES ET L'UNIFICATION NATIONALE SOUS LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.


Le département des Basses-Pyrénées a été créé le 4 mars 1790, en application de la loi du 22 décembre 1789.



pays basque autrefois basses-pyrenees révolution béarn
CARTE DES BASSES-PYRENEES
APRES LE DECRET DU 8 FEVRIER 1790



Voici ce que rapporta Michel Etcheverry, dans le Bulletin de la Société des sciences, lettres & arts 

de Bayonne, le 1er janvier 1933 :



"... Troisième Partie : Le loyalisme des Basques.



"Il est certainement  impossible d'augmenter l'amour des Basques pour la France" affirmait la missive envoyée au nom du Bilzar en Novembre 1789. Peu à peu, la première amertume passée, cet attachement survécut seul, dominant et effaçant le regret des immunités violées. De leur côté les Souletins, on l'a déjà vu, avaient reconnu de bonne heure le fait accompli. Tout semble indiquer qu'ils en vinrent graduellement à accepter la sujétion au droit commun  si contraire à leur première attente  d'un coeur non seulement résigné, mais allègre et confiant. Et dès Décembre, ainsi qu'il a été dit plus haut, la Navarre avait ratifié son annexion  longtemps refusée  à la grande patrie ; le sentiment de la solidarité française y allait grandissant. Le temps réalisait partout son oeuvre de rapprochement. Mais un autre facteur contribuerait, dans un avenir prochain, à cimenter pour toujours l'alliance des Basques avec le reste de la nation : la menace étrangère. Dans la guerre avec l'Espagne, en particulier, l'âme Euskarienne se donnerait avec générosité, avec prodigalité.



Les hommes de fer dans la montagne.



Les intentions hostiles des Bourbons de la péninsule et de la majorité des Espagnols se découvrirent nettement à la fin de l'été 1792. Des rassemblements militaires se formaient dans le Guipuzcoa. Le doute n'était plus permis. Les trois Commissaires du Conseil Exécutif Provisoire envoyés à Bayonne, le 23 Septembre, Lamarque, Garrau décidèrent la création d'une armée, destinée à soutenir le choc éventuel. Mais tout était à faire et l'agression pouvait venir pendant la période d'organisation. C'est alors que la jeunesse de nos montagnes se leva d'elle-même — début d'Octobre 1792 — pour couvrir la frontière et permettre, derrière le rideau protecteur, le recrutement et la concentration des troupes. Carnot comprit les ressources qu'offrait cette humeur guerrière — attisée d'ailleurs par le souvenir des différends séculaires avec les voisins Transpyrénéens ; mais en même temps il se rendit compte du besoin d'indépendance qui caractérise nos populations. Le 22 Octobre il autorisa l'institution de compagnies franches, composées de ces unités qui s'étaient vouées bénévolement à la garde de la montagne et de quelques éléments Gascons et Bordelais qu'on fondit avec elles. Le 1er Décembre, quatre de ces compagnies tenaient le secteur de Saint-Jean-Pied-de-Port sous les ordres de Harispe (futur maréchal de France), d'Iriart, Lassalle et Bérindoague. L'endurance et la vigilance de ces corps libres de se démentirent pas de tout l'hiver, aussi les partis Espagnols ne tentèrent-ils pas de coup de main.




pays basque baïgorry révolution 18ème 19ème siècle maréchal
MARECHAL JEAN ISIDORE HARISPE 


La situation devait fatalement s'aggraver. En février 1793, la Convention priait le gouvernement Espagnol de disperser les forces réunies à la frontière. Sur son refus, elle retirait notre ambassadeur le 23 Février et le 7 Mars, après lecture d'un rapport du Haut-Pyrénéen Barrère, elle déclarait la guerre à l'Espagne.



Les chasseurs Basques.



revolution française soldats basques pays
CHASSEURS A PIED BASQUES
1794-1815


Les soldats de race Euskarienne avaient fait leurs preuves. La campagne qui s'ouvrait n'aurait qu'à gagner si on en multipliait le nombre, tout en leur laissant leur liberté d'allures. "On fit appel aux Basques... Ils s'offrirent en foule" et l'on put, le 6 Mars 1793, constituer avec ces nombreux volontaires de nouvelles compagnies franches, toutes employées dans la région de Saint-Jean-Pied-de-Port et Baïgorry. Les exploits de ces hardis corsaires de la montagne (de ces chasseurs Basques, suivant le terme qui prévalut dès lors) sont restés légendaire. La défense du col d'Ispéguy (20 Avril 1793), du col de Berdaritz (20 Mai), la prise d'Ondarolle (23 Mai), la conquête et la défense du rocher d'Arrola (3 et 4 Juin), l'opiniâtre résistance au Château-Pignon lors de l'affaire du 6 Juin et la brillante conduite de Harispe et de deux compagnies franches à Ispéguy le même jour, l'enlèvement du col d'Ispéguy (2 Juillet), la reprise des Aldudes (7 Août), l'échec infligé à l'ennemi qui cherchait à s'emparer de Baïgorry (21 Octobre), forment les pages les plus connues de ce glorieux album. Les noms des officiers qui commandaient ces dix compagnies (depuis le 1er Septembre, un supplément de contingents, accourus à la voix d'Etchats, Fargues, Basterretche, avait permis de grossir les unités déjà existantes et d'ajouter des compagnies), méritent une mention. C'étaient, en dehors des quatre déjà cités, Sainte-Marie, Ernautène, Apestéguy, Harismendy, La Victoire. (Une des dix compagnies, rattachée aux troupes du camp de St-Pée n'était pas, semble-t-il, commandée par un Basque, du moins un Basque Français).



pays basque revolution francaise
COMPAGNIE FRANCHE DE BAYONNE 1793
PAYS BASQUE D'ANTAN


Vers la fin de l'année 1793, le général Muller, commandant en chef l'armée des Pyrénées Occidentales, estima que l'instrument donnerait des résultats meilleurs encore si l'on groupait ces compagnies isolées, dans des formations à effectif principalement quoique non exclusivement indigène. Il en constitua trois bataillons. Appelés à élire leurs chefs, les Basques nommèrent respectivement La Victoire pour le premier (il fut remplacé dans la suite par Harriet), Harispe pour le deuxième et Lassalle pour le troisième. Un peu plus tard, un quatrième fut créé avec des recrues Pyrénéennes ; à sa tête se trouva placé le Souletin Darhampé.



Dans cette nouvelle organisation les chasseurs Basques continuent leurs beaux faits d'armes. Ils apportent plus que jamais à la défensive leurs qualités d'endurance, de ténacité, d'entrain, le 27 Avril 1794, ils culbutent la légion des émigrés à Baïgorry.



L'heure tant désirée de l'offensive sonne enfin le 3 Juin 1794. C'est maintenant que les Basques donneront leur vraie mesure. Dès ce premier en avant du 3 Juin la griserie de l'attaque décuple leur valeur. Le 2e bataillon en particulier se surpasse et Harispe, son chef, se révèle entraîneur et manoeuvrier de premier ordre ; il apparaît comme le principal artisan de cette victoire qui nous ouvre la vallée de Baztan. Frappés d'admiration, les représentants Pinet et Cavaignac lui confèrent le grade d'adjudant-général chef de brigade puis, le 13, l'appellent au commandement des 3 bataillons Basques réunis en demi-brigade. "C'est, disent-ils dans les considérants de leur décret, aux bonnes dispositions qu'il prit et au courage inconcevable des braves soldats qui étaient sous ses ordres que nous dûmes l'heureux succès de cette belle journée."



Puis se déroulent les épisodes prodigieux de la pénétration et de l'avance en Espagne. Les chasseurs de la demi-brigade Harispe sont de toutes les affaires, remplissent les missions les plus difficiles, sauvent plus d'une fois des situations compromises, méritent enfin les félicitations de tous les généraux qui les conduisent au feu. Jomini constate que "ces braves montagnards avaient pénétré l'ennemi de respect et de terreur" et salue en eux, "les meilleurs volontaires de la République".



Conscription.



Il est donc hors de doute que les enrôlements volontaires ont amené sous les drapeaux de la France un corps nombreux et excellent de Basques. Le recrutement forcé a eu des débuts plus pénibles dans ces provinces soustraites de temps immémorial au service militaire régulier. Le 23 Août 1793 la Convention ordonnait la mise en réquisition permanente de tous les Français. En exécution de cette mesure, les Représentants prescrivirent pour notre département la levée immédiate de tous les hommes de 18 à 25 ans célibataires. Que la nouveauté de la contrainte ait rencontré chez les Basques une tenace résistance, on ne peut le nier, mais ces prélèvements obligatoires donnèrent lieu aux mêmes difficultés dans les pays contigus aux nôtres. Le zèle des municipalités s'appliqua et réussit en partie à pallier les effets de ce désarroi général. En dépit de défaillances trop nombreuses — qui d'ailleurs, répétons-le, se produisirent aussi bien dans d'autres régions — l'on est en droit d'affirmer que les enrégimentés Basques apportèrent un appoint appréciable à l'armée des Pyrénées-Occidentales."




A suivre...




(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France) 








Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 7 000 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/

N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire