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dimanche 15 mars 2026

"L'AFFAIRE ST-JEAN" SUR LA ROUTE DE BAYONNE À BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN JUIN 1869 (deuxième partie)

L'AFFAIRE SAINT-JEAN EN 1869.


En juin 1869, a lieu un crime sordide à Bayonne.



pays basque autrefois crime labourd faits divers
BAYONNE 1870
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Mercure d'Orthez, le 7 août 1869 :


"Cour d'assises des Basses-Pyrénées.

Audience du 3 août 1869.

Présidence de M. De Bordenave-d'Abère, conseiller.


Affaire St-Jean.

Double assassinat suivi de vol.



... La demoiselle Baltet avait-elle été réveillée par le cri de sa domestique ou désirait-elle s’enquérir de son état ? A ce moment elle sortit de sa chambre, n’ayant pour vêtement qu’une chemise, et tenant un chandelier à la main. St-Jean s’élança aussitôt vers elle. Dès qu'elle l’aperçut, elle jeta un cri d’effroi et recula vers l’escalier. Il courut après elle, l’atteignit sur la troisième marche et lui asséna sur la tête plusieurs coups de son marteau. La violence de ces coups fut si grande que le sang rejaillit sur les murs et le plafond, et bientôt ruissela dans les escaliers.


Uranie Baltet, frappée encore par son meurtrier, tomba pour ne plus se relever.


Ces deux crimes consommés, St-Jean remonta dans la chambre de la domestique, plaça sur la table et sur une brochure qui s’y trouvait, le testament qu’il avait préparé.


Cela fait, il s’empara d’une montre en or, et d’une chaîne en argent placées au chevet du lit de Marie Machicotte, puis, entrant dans la chambre de la demoiselle Baltet, il enleva une bourse en perles, une boîte qui contenait une chaîne en or, deux boucles d’oreilles, deux bagues, une broche et une pierre fine. Il redescendit alors, reprit sa corde et sa tarière, et emporta la clef de la porte de la maison qu’il ferma après lui.


Il chercha alors à faire disparaître sur ses instruments et ses habits les traces de sang qui s’y trouvaient ; il jeta la clef dans les lieux d’aisances, puis entra dans sa chambre et se coucha.


Le lendemain matin, il se rendit à Biarritz, et, à cinq cents mètres environ de cette ville, il cachait dans une haie épaisse, où on les a retrouvés sur son indication, les bijoux qu’il avait soustraits.


Tels sont les faits que l’information a établis et que l’accusé, dans l’impossibilité de nier en présence des charges relevées contre lui, s’est décidé à corroborer par ses aveux. Sa culpabilité est donc certaine et ne saurait plus être contestée ; mais ces crimes affreux ne sont pas les seuls dont l'accusé s’est rendu coupable et dont il ait à répondre aujourd’hui.


Placé, en 1857 ou 1858, comme domestique chez M. Lagelouse, il ne tarda pas à soustraire des sommes d'argent assez importantes : obligé d’avouer sa culpabilité, il protesta de son repentir, el M. Lagelouse se contenta de le renvoyer à ses parents sans dénoncer sa conduite à la justice. Ces faits sont aujourd’hui couverts par la prescription, mais ils doivent montrer quels étaient dès son enfance les instincts de l’accusé. Ce n’est pas tout encore. Au moment de son arrestation, on trouvait dans son atelier un grand nombre d’outils et une certaine quantité de marchandises. Tous ces objets ont été reconnus par son ancien patron, le sieur Cazaubon, au préjudice duquel il les avait soustraits, et l’accusé a été obligé de reconnaître qu’il s’était rendu coupable de ces soustractions. Enfin, vers l’année 1868, St-Jean se serait rendu coupable d’un fait plus grave encore. Rencontrant, vers onze heures du soir, le nommé Larrebat, âgé de 78 ans, charpentier à Bayonne, qui rentrait chez lui, il l’accosta et, lui frappant sur l’épaule, il lui dit : "— C’est quinzaine ce soir, eh Papin ?" Deux courtes paroles furent échangées entre eux ; puis ils se séparèrent. Mais, après quelques instants, Larrebat vit de nouveau passer auprès de lui St-Jean suivi d’un autre individu. Arnaud lui adressa de nouveau la parole, puis, s’élançant sur lui avec son compagnon, ils renversèrent ce vieillard et lui enlevèrent un sac renfermant une somme de vingt francs en or et quelque menue monnaie de billon. Le surlendemain, Larrebat raconta à son frère et à son maître l’attaque dont il avait été l’objet, et il déclare aujourd'hui que s’il n’en fit pas connaître l’auteur et s’il n’avertit pas l’autorité, c’est qu’il craignit la vengeance de l’accusé dont il connaissait la violence.


St-Jean, confronté avec Larrebat, protesta de son innocence ; mais la réputation parfaite de ce dernier, les détails dont il appuie son témoignage ne peuvent laisser de doute sur la vérité de ses déclarations.



pays basque autrefois crime labourd faits divers
VUE GENERALE DE BAYONNE 1870
PAYS BASQUE D'ANTAN

En conséquence, Arnaud St-Jean est accusé de s’être rendu coupable :


1° D’avoir, dans la nuit du 14 au 15 juin 1869, à Bayonne, soustrait frauduleusement, au préjudice de la demoiselle Baltet, une montre en or, une chaîne en argent, et divers autres objets ; — avec ces circonstances que ce vol a été commis la nuit, à l’aide d’escalade, d’effraction extérieure dans une maison habitée, et que ledit St-Jean était porteur d’armes apparentes ou cachées.

Crime prévu et puni par les art. 379, 381, 384 et 385 du code pénal.


2° D’avoir, dans la même nuit et au même lieu, commis volontairement et avec préméditation, un homicide sur la personne de la nommée Marie Machicotte. — Avec la circonstance que ce crime en a précédé, accompagné ou suivi d’autres.

Crime prévu et puni par les articles 296, 297, 302 et 304 du code pénal.


3° D’avoir, dans la même nuit et au même lieu, commis volontairement et avec préméditation, un homicide sur la personne de Madelaine-Marie Baltet. — Avec ces circonstances que ce crime en a précédé, accompagné ou suivi d’autres.

Crime prévu et puni par les articles 295, 296, 297, 302 et 304 du code pénal.


4° D’avoir, dans le courant du mois de juin 1869, à Bayonne, dans l’intention de s’approprier frauduleusement la succession de Magdeleine-Marie Baltet, commis un faux en écriture privée, en fabricant un faux testament qui contenait un legs universel à son profit, et en y apposant la fausse signature d’Uranie Baltet.

Crime prévu et puni par l’article 150 du code pénal.


5° D’avoir, de 1868 à 1869, ou, en tout cas, depuis moins de dix ans, à Bayonne, soustrait frauduleusement et à diverses reprises dans l’atelier ou magasin du sieur Casaubon, divers instruments et outils. Avec celte circonstance qu’il était l’ouvrier dudit Casaubon.

Crime prévu et puni par les articles 379 et 384 du code pénal.


6° D’avoir, depuis moins d’un an, aux environs de Bayonne, soustrait frauduleusement sur un chemin public, la nuit, avec le concours d’une ou plusieurs personnes, et à l’aide de violences une certaine somme d’argent, au préjudice de Martin Larrebat.

Crime prévu et puni par les articles 379, 381, et 383 du code pénal.



Interrogatoire de l'accusé.

D. Quels sont vos nom, prénoms et profession ?

R. Arnaud St-Jean, âgé de 24 ans, ouvrier charron, demeurant à Bayonne.

D. Quel est la profession de vos parents ?

R. Mon père est jardinier, ma mère est ménagère ; j’avais un frère, mais il y a dix-neuf ans qu’il est parti en qualité de marin.

D. Où logiez-vous ?

R. Je restais avec mes parents qui habitaient en qualité de locataires la maison de la demoiselle Baltet, sur la route de Bayonne à Biarritz. Ils y étaient depuis douze ans, à raison de 8 fr. par mois.

D. Vous avez reçu une instruction primaire soignée. Vous aimiez la lecture des livres instructifs. Vous avez été longtemps enfant de coeur ?

R. Oui. J’ai suivi l’école jusqu’à l’âge de douze ans et demi, où j’ai fait ma première communion. J’étais en même temps enfant de choeur à la cathédrale. A l’âge de treize ans, je fus placé en qualité de commis chez M. Lagelouze, négociant à Bayonne ; je faisais des commissions et des recouvrements.

D. Ne vous laissait-on pas seul dans les bureaux, et n’avez-vous pas profilé de cette liberté pour commettre des détournements au préjudice de votre maître ?

R. Oui, j’enlevai à diverses reprises de petites sommes dont le montant s'élève à 200 fr. environ. J’en fis l’aveu à mon maître qui me pardonna.

D. Quel emploi faisiez-vous de l’argent que vous voliez ?

R. Mes parents ne pouvant pas me donner d’argent, et mes camarades en ayant toujours quelque peu, je voulais aller au café comme eux. C’est dans ce but unique que j’ai volé. C’était enfantillage de ma part.

D. Où êtes-vous allé en sortant de chez M. Lagelouze ?

R. Je suis entré comme apprenti charron chez M. Laban ; j’y suis resté deux ans ; puis j’ai travaillé pour M. Lartigue, comme ouvrier charron ; j’y suis resté quatre ans et demi ; je gagnais dans les commencements 75 centimes par jour, et, à la fin, 2 fr. 25 c.

D. Les renseignements recueillis prouvent que votre conduite satisfaisait votre maître ; mais vous étiez très-sensible au reproche. N’est-il pas vrai que vous avez quitté M. Lartigue par suite d’une observation qu’il vous avait faite à l’occasion d’un travail mal fait ?

R. Non. Je l’ai quitté parce que je voulais entrer chez un carrossier.

D. Où avez-vous travaillé ensuite ?

R. D’abord chez M. Darismorou, puis chez M. Casaubon, où je suis resté trois ans, gagnant 2 fr. 50 par jour.

D. Avez-vous fait des économies ?

R. Je ne pouvais guère en faire : les loyers et les vivres sont trop chers. Je fournissais au ménage de mes parents ; je leur donnais tout ce que je gagnais, me réservant seulement 5 fr. par quinzaine pour mes menus plaisirs.

D. Dans les premiers mois de l’année, vous avez formé le projet de vous marier avec Etiennette Hiriart ?

R. Oui, M. le président.

D. Depuis ce moment, ne vous êtes-vous pas montré moins assidu au travail ? Ne le quittiez-vous même pas remettant vos habits du dimanche pour courir en ville ?

R. Je ne pouvais pas aller en négligé chez les personnes que j’allais visiter. C’étaient M. le curé et M. l’abbé Boutoey que j’allais voir, pour tâcher de me procureur les choses qui m’étaient nécessaires pour mon mariage.

D. La demoiselle Baltet, chez laquelle vous logiez, avait des revenus assez restreints s’élevant à 1 200 fr. Cependant elle vous aidait ainsi qu’à vos parents, elle vous faisait quelques cadeaux de vêtements, elle soignait vos parents quand ils ont été malades. Elle avait même légué 1 000 fr. à votre mère.

R. Elle ne m’a jamais donné que quelques paires de bas.

D. La demoiselle Baltet avait depuis 6 ans une domestique appelée Marie Machicotte. Celle-ci étant tombée malade, n’avez-vous pas été appelé à la remplacer pour certains travaux et notamment pour porter de l’eau ? 

R. Non.

D. A l’occasion de votre mariage, n’avez-vous pas dit que votre future portait en dot 3 000 fr. ?

R. Je l’ai dit en riant.

D. N’avez-vous pas ajouté que vous en portiez autant ?

R. Non.

D. La demoiselle Baltet vous avait-elle promis quelque chose à l’occasion de votre mariage ?

R. Elle m’avait promis de me louer une petite maison occupée par un sieur Léon Lafourcade, pour y établir mon atelier de charron et, de plus, de m’aider pour entrer en ménage.

D Avez-vous rappelé à Mlle Baltet ses promesses ?

R. J’ai dit à ma mère d’aller la trouver. Elle y alla en effet : Mlle Baltet me reçut ; je lui rappelai ce qu'elle m’avait promis. Elle me répondit qu’elle ne m’avait rien promis et me renvoya durement en me disant d’aller me promener.

D. Ne vous dit-elle pas qu’elle ne voulait pas renvoyer son locataire Lafourcade qui payait bien ?

R. Ma mère ne m’a rien dit de semblable.

D. Mlle Baltet ne vous a-t-elle pas demandé 600 fr. de loyer et n’avez-vous pas dit dans l’atelier que celle somme augmentée de 100 fr. de patente vous ruinerait ?

R. Non. J’aurais payé à Mlle Baltet le prix que payait Lafourcade et que je connaissais parfaitement. Il était de 650 fr.

D. Avez-vous proposé à Mlle Baltet de lui acheter une petite maison qu’elle possédait ?

R. Je suis allé chez M. l’abbé Boutoey, lui disant que je voulais bâtir un petit atelier. Il me dissuada de ce projet en me disant qu’il valait mieux acheter une maison toute faite. Il ajouta qu’il avait prêté 6 000 fr. à Mlle Baltet ; que celle-ci pourrait céder sa maison qui avait à peu près cette valeur, et qu’il la déchargerait de sa dette. Mlle Ballet me demanda 10 000 fr. de sa maison. M. l’abbé Boutoey me dit que le prix était trop élevé."





A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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