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jeudi 23 avril 2026

LES BASQUES ET L'UNIFICATION NATIONALE SOUS LA RÉVOLUTION FRANÇAISE (cinquième et dernière partie)

 

LES BASQUES ET L'UNIFICATION NATIONALE SOUS LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.


Le département des Basses-Pyrénées a été créé le 4 mars 1790, en application de la loi du 22 décembre 1789.



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CARTE DES BASSES-PYRENEES
APRES LE DECRET DU 8 FEVRIER 1790



Voici ce que rapporta Michel Etcheverry, dans le Bulletin de la Société des sciences, lettres & arts 

de Bayonne, le 1er janvier 1933 :



"... Troisième Partie : Le loyalisme des Basques.



L'accusation des autorités.



En dehors de l'élément militaire qui fit son devoir, parfois plus que son devoir, quelle fut l'attitude des Basques ? Les non-combattants souhaitaient-ils le triomphe de l'Espagne ? Ce même peuple qui a tant donné de ses fils à la défense de la patrie faisait-il des voeux pour l'insuccès de nos armées et apportait-il son concours à l'ennemi ? Une pareille contradiction apparaît inadmissible et cependant les émissaires du gouvernement en notre pays ont articulé contre le loyalisme de la partie civile les accusations les plus graves. Nous devons nous y arrêter, bien que leur invraisemblance même les réfute à l'avance. Le 20 Avril 1793 les Représentants Ichon et Dartigoueyte écrivent au Comité de Salut Public : "Ne comptez pas trop sur les Basques, car le fanatisme les dispose en faveur de l'Espagne." L'année suivante Pinet, Cavaignac, Monestier s'expriment en termes plus outrageants encore dans une lettre au même Comité de Salut Public du 25 Février 1794 : "Vous êtes instruits depuis longtemps qu'une grande partie du pays qu'on appelait ci-devant Basque et principalement la partie qui avoisine les frontières Espagnoles est habitée par des hommes que la superstition, le fanatisme et l'amour de l'or ont vendus à l'Espagnol". Ils "lui font passer clandestinement leurs bestiaux" et lui "servent d'espions contre nous".



Le 13 Mars enfin ils vont jusqu'à traiter les Basques de "scélérats, créatures et espions des Espagnols" qui ont comploté "de livrer toute la partie des frontières que nous occupons." Que le regret des privilèges perdus chez nous et conservés par nos voisins Euskariens d'Espagne, que le sectarisme anti religieux de nos assemblées publiques aient éveillé chez un certain nombre de Basques cispyrénéens, y compris des prêtres, comme le veut M. Antoine Richard, sympathie et inclination pour des frères de race et de langue mieux partagés, nous l'admettons volontiers. Sont-ils sans excuse ! Ne mettait-on pas leur patriotisme à rude épreuve ? Nous ne disconviendrons pas non plus que des mercantis ont probablement commercé avec l'adversaire, tout en ajoutant que peut-être ils ne regardaient pas comme un crime ce retour aux pratiques autorisées jadis par les traités de bonne correspondance. Nous accorderons même, si l'on veut, qu'il s'est commis quelques actes d'espionnage au profit de l'étranger.



Mais de là à ces généralisations il y a loin. Comment croire que les Basques dans leur ensemble fussent "disposés en faveur de l'Espagne", que "là, une grande partie du pays fut vendue à l'Espagnol" alors que l'Espagnol rencontrait en face de lui des bataillons entiers de Basques ? Comment croire aussi que les Basques aient voulu livrer une frontière que tant des leurs arrosaient d'un sang généreux ? Cela ne se conçoit pas. Il y a là des outrances d'expression qui procèdent de la nature violente, passionnée de ces hommes et de leurs habitudes déclamatoires. Cette tendance à l'ivresse verbale s'aggravait, dans le cas de Pinet, Cavaignac et Monestier, de l'état d'exaspération où ils se trouvaient lors de ces virulentes attaques. Elles venaient à la suite d'un incident — très regrettable — qui se produisit à Itxassou dans la nuit du 19 au 20 Février 1794. Gagnés par des agents royalistes de la légion des émigrés (légion Saint-Simon), peut-être encouragés par leur curé émigré, 47 soldats Basques, après avoir festoyé dans une auberge d'Itxassou, désertaient ainsi que plusieurs habitants. Cette grave et coupable faiblesse jeta les Représentants dans une colère terrible. C'est dans l'ardeur encore frémissante de leur emportement qu'ils rédigèrent leurs dénonciations. Ils voyaient rouge...



On ne saurait même faire état d'un réquisitoire dressés dans de pareilles conditions contre les populations proches du théâtre de ce douloureux épisode, contre "la partie qui avoisine les frontières Espagnoles." Les redoutables proconsuls eurent beau, par leur arrêté du 3 Mars, décréter la déportation et l'internement en masse "des habitants des communes infâmes de Sare, d'Itxassou, d'Ascain et des suspects d'Espelette, d'Ainhoa et de Souraïde", ils eurent beau créer la Commission Extraordinaire de Bayonne, sinistre pourvoyeuse de guillotine, ils n'établissent pas, devant l'impartiale histoire, la complicité de tous ces villages dans les agissements de quelques individus.



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GUILLOTINE SOUS LA TERREUR



Déposition sérieuse ou racontar ?



Nous mentionnerons encore de prétendues tractations entre Basques et Espagnols que les Représentants signalèrent le 17 Mars 1794, au même Comité de Salut Public. La femme du chargé d'affaires de Hollande en Espagne leur avait déclaré, au cours d'un interrogatoire, qu'un député des Basques s'était abouché avec le général Caro pour lui offrir de se soumettre et que ce dernier avait écarté la proposition "à cause des conditions qu'ils y mettaient". Que vaut cette affirmation ? Jusqu'ici rien n'est venu la corroborer. Peut-être les archives de Madrid permettraient-elles de vérifier le fait. En attendant, il n'a d'autre garant que la dénonciation d'une personne isolée. Or pas plus en histoire qu'en jurisprudence un témoignage unique ne saurait suffire pour créer la certitude et d'autre part, il resterait à délimiter la portée exacte de l'événement. Aussi répétons-le, la cause Espagnole eût-elle compté ici ou là des partisans et des soutiens, cela n'autoriserait pas à conclure un état d'esprit général.



Il nous est donc impossible de souscrire aux assertions suivantes de M. Antoine Richard : "Le pays Basque, mal assimilé, fermé de par sa langue, sa mentalité, ses montagnes, aux idées nouvelles, était poussé dans les bras de l'Espagne par ses prêtres et ses nobles. Si, sauf aux Aldudes, son opposition fut contenue, c'est qu'il était occupé par les troupes". (Annales Révolutionnaires T. XIV, 1922 p. 138.)



Au surplus, soutenir que le pays Basque était fermé aux idées nouvelles c'est émettre une opinion trop simpliste. Le Jacobinisme et même le Terrorisme ont bel et bien sévi dans nos contrées ; il n'est pas jusqu'à la passion antireligieuse qui n'y ait revêtu  du moins par endroits   une violence incroyable.



La question des Aldudes.



On vient de voir dans les lignes citées plus haut de M. A. Richard que le village des Aldudes ne sut pas contenir son opposition. Le même historien donne, au cours de cet article, le détail des manifestations qui révélèrent les sentiments antipatriotiques des Français de cette localité. Ils firent cause commune avec les troupes Espagnoles dès que celles-ci eurent enlevé leur village (27 mai 1793) et lors de l'attaque que l'ennemi prononça sur Banca (3 Juin suivant) ils commirent les plus graves excès contre les habitants de cette agglomération. Le 20 Juin ils décidaient, dans une assemblée générale, de demander leur annexion au royaume voisin. Cet état d'esprit persista certainement jusqu'au retour de l'armée Française qui reprenait les Aldudes le 7 Août 1793. Rendus circonspects par la victoire de nos soldats, encouragés par la modération du Représentant Féraud, les partisans et alliés de l'étranger regrettèrent leur attitude, dit M. Richard, et vinrent à résipiscence. Ceci  malheureusement  n'est pas l'expression de la vérité complète et les documents locaux ne permettent pas de douter que beaucoup d'entre eux abandonnèrent leurs habitations pour suivre les vaincus dans leur retraite.



Tels sont les faits. Il s'agit de les examiner et de les apprécier avec impartialité. Il va sans dire qu'une pareille conduite ne saurait se justifier et, pour le dire en passant, personne ne montrera plus de sévérité que les voisins immédiats des Aldudiens à l'égard de ces transfuges obstinés dans leur défection. Le 14 Floréal an III (4 Mai 1795) l'agent national de la municipalité de Baïgorry, le citoyen Jean Harispe, dénonce à ses collègues la réinstallation en "territoire Français d'un grand nombre de traîtres Aldudiens". "C'est, ajouta-t-il, lorsqu'ils ont vu qu'ils n'ont pas réussi dans leur malheureux attentat et qu'ils ont été vaincus étant avec l'Espagne qu'ils veulent se rendre ; mais la prudence dicte la grande méfiance que nous devons avoir de personnes qui nous ont déjà trahis et leurs trames seraient encore bien dangereuses à cause des communications furtives qu'elles pourraient avoir avec l'ennemi." Il propose de demander aux administrateurs du district de Mont-Bidouze (Saint-Palais) la déportation à l'intérieur de tous ces indésirables ; motion acceptée sur-le-champ par tout le corps municipal.



La justice veut néanmoins qu'on accorde à ces égarés  repentants de la première ou de la dernière heure  le bénéfice des circonstances atténuantes. Songeons à la condition singulière qui fut celle des Aldudes sous l'Ancien Régime ; le sol était indivis entre frontaliers des deux versants. La population était mixte ; elle comprenait une proportion sensiblement égale de Français et d'Espagnols, et, naturellement, des alliances avaient resserré les liens entre familles de race différente. Nous n'ignorons pas que la délimitation faite le 27 Août 1785 par le maréchal d'Ornano et le chevalier de Caro traçait enfin une ligne de démarcation à travers ce territoire et cette population mixtes. Mais ce traité exista-t-il ailleurs que sur le papier ? Les recherches si fouillées de MM. Dubarat et Daranatz donnent l'impression que le partage ne fut jamais effectué. L'eût-il été que le sentiment d'une nationalité bien tranchée, bien vivante, n'aurait pas eu le temps de prendre racine. Que l'image de la patrie Française ait apparu aux Aldudiens voilée de quelque brouillard après des siècles de cohabitation, de copropriété et de consanguinité avec l'étranger, cela, en vérité, est-il tellement étonnant ?



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GENERAL DON VENTURA CARO

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COMTE D'ORNANO




Notons, d'autre part, que les indigènes Français des Aldudes n'avaient guère eu à se féliciter du régime sous lequel ils avaient vécu. Cette localité avait toujours été tenue en tutelle par les onze communautés ou "hameaux" de la vallée de Baïgorry. C'est en vain que par deux fois (Octobre 1744 et Juin 1764) elle avait essayé de secouer cette domination. Intendant et Conseil du roi étaient intervenus pour briser impitoyablement leur tentative.



Ces refus répétés d'émancipation civique n'avaient sans doute pas manqué d'aigrir les coeurs et d'y éveiller le désir d'un sort plus honorable et plus heureux, fût-ce par delà une frontière qui, d'ailleurs, comme nous l'avons dit, ne représentait qu'une pure fiction. A la lumière de ces explications, il nous semble que la forfaiture des Aldudiens mérite quelque indulgence.



Quoi qu'il en soit, nous croyons pouvoir formuler cette conclusion : l'épreuve à laquelle fut soumis le Pays basque atteste devant le tribunal de l'histoire que, dans leur ensemble, nos populations surent, après des résistances compréhensibles, adopter finalement et définitivement la devise : "France... d'abord" !





(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France) 







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