mercredi 11 octobre 2017

CHILHAR LE PELOTARI DE SOURAIDE EN LABOURD AU PAYS BASQUE AUTREFOIS


JEAN-BAPTISTE DUHALDE DIT CHILHAR : LE PELOTARI DE SOURAÏDE.

Parmi les nombreux pelotaris de renom, figurent un joueur de pelote de Souraïde : Chilhar.

Voici ce qu'en racontait le journal Match dans son édition  du 14 juin 1932 :

"Les pilotaris ne sont pas des surhommes : ils ont leur petite vanité. Quand l'âge ne leur permet plus de marteler la pelote à mains nues ou de se ganter du chistera, ils aiment bien raconter leurs exploits. L'un d'eux terminait régulièrement ses récits par cette conclusion : 

"J'avais gagné la partie."

— Mais alors, risque un auditeur, vous ne perdiez jamais ?...

— Les parties que j'ai perdues, répondit le vieux joueur en souriant par tous les plis de son visage ridé, ce sont les autres qui les racontent !... "

Cette fine répartie que Mayi Elissague dans ses Silhouettes basques, met sur les lèvres d'un joueur imaginaire, Ganichou, Jean Ybarnégaray l'a attribuée à Chilhar lorsque, sur la place d' Espelette, il inaugura au mois d'août 1928 le médaillon que la Fédération française de Pelote Basque a consacré à la mémoire du célèbre pilotari.

pays basque autrefois
JEAN-BAPTISTE DUHALDE DIT CHILHAR
PAYS BASQUE D'ANTAN

Tout Chilhar est dans cette réplique; car s'il fut des joueurs plus puissants, au cours du siècle dernier, il n'y en a certainement pas eu un qui ait égalé son adresse et sa finesse. Jean-Baptiste Duhalde était né, en 1856, à Souraïde, petit village tout proche d'Espelette, qui, lui, a connu récemment la gloire d'un premier prix au concours du village coquet.

CHILHAR ET SA FEMME A SOURAÏDE
PAYS BASQUE D'ANTAN


La vaste et simple maison de laboureur où il naquit s'appelait "Chilharenia" d'où l'on tira- plus tard son surnom. A quelque distance de la sienne s'élevait une maison plus menue, mais au type basque très pur, où, plus tard il irait chercher sa future "andrégaia", Mme Chilhar.


Bâti en souplesse plus qu'en force, le visage anguleux, racé au possible, l'oeil pétillant de malice, le Chilhar de la prime jeunesse, celui qui tint restaurant à Espelette — devenue bientôt sa patrie d'adoption — garda la même silhouette, la même allure jeune jusqu'à sa mort, survenue en 1928, quelques mois à peine avant l'inauguration de son monument, à laquelle ses amis espéraient bien qu'il assisterait. 


Je me contenterai donc de glaner parmi les souvenirs qui ont été recueillis sur lui, en particulier par le docteur Colbert, maire de Cambo, et par un des chroniqueurs les mieux informés et les plus ardents de la pelote basque, Honoré Tastet, de Saint-Jean-de-Luz. 


Ce dernier raconte que Chilhar débuta en 1874 à Saint-Pée, secondé par ses compatriotes Dionné et Olhagua; il joua contre les Luziens Zubieta, Cattalin et Marinela un match épique, à mains nues, qui, commencé à dix heures, ne se termina qu'à...trois heures après midi. Toujours à mains nues, on cite de lui une victoire sur le fameux Ciki, d'Urrugue — toujours de ce monde— et une retentissante partie où, faisant équipe, cette fois, avec Ciki et Otharré d'Ascain (le "Ramuntcho" de Loti), il défit le célèbre trio Théophile-Santiago-Chabaténé. Sa sûreté était déjà proverbiale et M. de Saint-Jayme rapporte que, jouant à Saint-Palais à l'âge de dix-huit ans, Chilhar se paya le luxe de ne commettre qu'une seule faute durant les trois heures d'une formidable partie. 


Cette adresse, ce coup d'oeil infaillible — allié à une grande puissance du bras— lui permettaient de voir instantanément le "trou"parmi la défense adverse et d'y placer la balle avec une rapidité foudroyante.


De pareilles qualités, encore amplifiées par une vive intelligence et une ruse qui, d'ailleurs n'excédait jamais les limites de la loyauté, devaient faire de Chilhar un joueur hors de pair au grand jeu de rebot. Il y disputa des parties épiques, comme celle d'Irun, qu'Honoré Tastet raconte en ces termes :

"Chilhar, Yatsa, Rosario, Patsola (ce dernier toujours sur la brèche) furent opposés à Belloqui, Vitoriano, Chiquibar, Makarra, joueurs espagnols. La partie fut fixée en 13 jeux. Âpre fut la lutte, l'émulation grande et les paris fort nombreux. Yatsa, indisposé, tomba en défaillance. Chilhar le suppléa comme premier refileur : les Français furent sérieusement menacés : 9 à 4!... Chilhar se multiplia, se surpassa, rejoignit à 11 jeux. Plusieurs prolongations et égalisations suivirent. Pas de solution. A son tour, saisi par les crampes et vaincu par la fatigue, Chilhar s'écroula. Le maire d'Irun intervint et, d'accord avec le jury, fit cesser ce combat émouvant, les joueurs ayant fait plus de 26 jeux". 


Les parties de rebot devenant — déjà ! — difficiles à organiser, Chilhar se mit à jouer au blaid à chistera et s'y révéla comme un maître. Il avait du reste brillé au petit gant de cuir au même titre que les Ondicola, Yatsa, Ciki, Otharré.


Le chistera lui permit de franchir l'Océan à deux reprises. Dame, "les Amériques", comme on dit chez nous, exerçaient déjà leur pouvoir fascinateur sur les Basques, même sur les pilotaris, et l'on sait que l'Amérique du Sud et le pays basque ont longtemps échangé leurs "as", pour la plus grande joie des amateurs d'ici et de là-bas. Chilhar et ses camarades — car il ne partit pas seul — firent, en Uruguay d'abord, en Argentine ensuite, de glorieuses, et fructueuses campagnes, et le joueur de Souraïde dut alors évoquer cette journée de ses débuts où deux parties jouées et gagnées en Espagne lui avaient respectivement rapporté 80 et 20 francs ! Je gage que ce premier gain de 100 francs en un seul jour — une fortune, pour l'époque.! — l'impressionna plus vivement que ceux qu'il put réaliser depuis au pays du "peso" et de la piastre !


Un journal de l'Uruguay manifestait comme il suit son admiration pour Chilhar, alors dans la plénitude de sa forme (1889) :


"Nous sommes restés muets quand nous avons vu plusieurs fois cet homme jouer seul contre trois formidables adversaires avec une habileté et une vigueur qui dépassent tout ce qu'il nous a été donné de voir jusqu'à ce jour. Il suffit de dire que, dans toute la partie, il n'a manqué que quatre balles."


De retour en France, il n'eut pas de peine à prouver qu'il n'avait rien perdu de son endurance : témoin cette partie jouée à Cambo, avec deux compagnons, contre trois Louhossoars, dont Larralde, et qu'il gagna en 90 points ! La revanche, jouée à Louhossoa, dut être arrêtée à 99 partout, les joueurs étant épuisés.


Un dernier trait sur sa finesse. C'était à Saint-Jean-de-Luz, en présence de la reine Nathalie de Serbie .


"Chilhar placé à droite et à l'arrière du fronton, dit Honoré Tastet, disputait aux joueurs espagnols un point long et difficile. Saisissant la pelote de volée, il fit mine delà lancer vers la gauche. Prompts, ses deux adversaires s'y précipitèrent. Mais un habile coup de revers avait lancé la balle du côté opposé."


On devine la joie et l'enthousiasme du public La reine Nathalie rit elle-même de bon coeur, fit appeler Chilhar, le félicita et le récompensa.


Lorsque Chilhar prit sa retraite, il demeura néanmoins attaché par toutes les fibres de son être au jeu qu'il avait tant aimé. II s'intéressa aux jeunes, leur donna de précieux conseils; il a pu voir, à Espelette, se lever une brillante étoile, le très sympathique champion professionnel Auguste Darraïdou ; il a contribué à l'accession au championnat de France à mains nues des jeunes amateurs Anorga et Légassa, également d'Espelette. II a été pour la Fédération française de Pelote Basque un conseiller technique très écouté, et celle-ci s'honora elle-même en faisant de Chilhar, en 1926, son président d'honneur.

pays basque autrefois
DERNIERE PHOTO DE J.B. DUHALDE dit CHILHAR 1926
PAYS BASQUE D'ANTAN

C'est à cette occasion que le vieux champion fut photographié à Saint-Jean-de-Luz, presque par surprise, dans une tenue de fantaisie et avec un chistera d'emprunt. Dernière et précieuse effigie de celui qui inspirait à Jean Ybarnégaray les nobles paroles suivantes, prononcées devant le médaillon de Chilhar, par le président de la Fédération française de Pelote Basque : "Jeunes gens, étant pilotaris, soyez deux fois des hommes, et lorsque, le soir, après les luttes du fronton, vous vous retrouverez autour de la table amie, évoquez les anciens, les vieux souvenirs, les histoires prodigieuses d'un passé de légende. Le nom de Chilhar restera écrit dans l'immortalité parmi les plus beaux et les plus aimés. »


Merci ami lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans ce 674ème  article.


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