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mercredi 22 avril 2026

LA FERME LABOURDINE AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (première partie)

LA FERME LABOURDINE.


La maison Basque (Etxea) est au coeur de la société. La ferme labourdine regroupe les hommes et les animaux et le matériel agricole.





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FERME LAPHITZEA SARE
BMB N°20 1941



Voici ce que rapporta à ce sujet Pierre Dop dans le Bulletin du Musée Basque N° 20 en 1941 :



"Laphitzea. Type de ferme labourdine.


Type — Vues sur le passé — Description — Disposition intérieure — Domaine rural.



C'est à Sare, semble-t-il, que l'on rencontre les plus jolis types de construction labourdine. Et la variété en égale le nombre. En effet, il serait difficile de trouver deux maisons identiques.



Quand ce n'est pas par les grandes lignes ou les traits principaux, elles diffèrent tout au moins par des dispositions de détail. Ainsi chacune présente sa physionomie propre, tout en manifestant le même air de famille, air de famille un peu plus accentué parfois entre celles qui font partie d'un même quartier.



Dans cette variété, quelques-unes se distinguent cependant par des caractères qui nous paraissent réaliser la perfection du type.   



Tel est le cas de celle dont nous entreprenons l'étude.



Des flancs du massif de la Rhune se détache vers l'est une longue croupe, à l'altitude peu élevée mais uniforme, que suit l'antique chemin reliant Sare à Vera, sa voisine espagnole. Elle porte le nom de Lehembiscaye (lehen, premier, biskar, dos, croupe, ce qui est vrai pour le voyageur venant de la frontière). Ce nom, elle l'a donné à son tour au groupe des habitations qui ont essaimé sur les bords du chemin, s'échelonnant de part et d'autre, tournées vers le levant.



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VUE SUR LENBISCAY SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Tout au bout, vers l'Espagne, sur un site légèrement dominant, le dos à la montagne proche, Laphitzea, sous les larges ailes de son toit, offre, comme ses voisines, aux rayons du soleil matinal son ample façade blanche, striée de noir, et veille sur ses champs étalés en éventail autour d'elle.



Le nom de Laphitzea, qu'on écrit aussi Lapitzea et qui se prononce comme tel, vient de laphitzu, lieu abondant en marne à couleur et consistance d'ardoise. Or, pareille terre se trouve non loin de là, à 150 mètres environ, au pied du mont Olhain.   



Quand cette maison fut-elle bâtie ? Elle ne porte pas, comme quelques autres, de millésime fixé sur la pierre.



D'après le plus ancien registre paroissial qui ait été conservé — il fut tenu par le célèbre curé Axular — une famille Laphitz existait à Sare dès le XVIe siècle. Le 20 février 1609, est baptisé Martin de Hiribarren, fils de Catalina de Laphithz, soit une personne dont la propre naissance remontait au siècle précédent. Il est à présumer que, dès cette époque, Sare possédait une famille Laphitz, et que celle-ci dut tirer son nom de la maison qu'elle habitait, cas très général dans notre pays, après que fut imposée sous François Ier, par l'ordonnance de Villers-Cotterets en 1539, la tenue régulière de registres paroissiaux de naissances et de décès. Dans celui dont nous extrayons le renseignement ci-dessus, les noms de famille sont, tous, des noms de maisons de Sare qui existent encore, sans qu'ils soient accompagnés eux-mêmes de l'indication des demeures. Sans doute, les uns et les autres, se confondaient-ils encore, ce qui s'explique par le peu de temps écoulé depuis l'ordonnance. Mais les exceptions devant se multiplier peu à peu, on fut bientôt amené à faire suivre le nom des familles de celui des habitations. C'est ce que nous constatons dans des registres postérieurs de quelque 30 ans.



Selon toute vraisemblance, il y avait donc à Sare, tout au moins dès le XVIe siècle, une maison du nom de Laphitzea. S'agirait-il de l'actuelle ? Nous en doutons. On n'y découvre pas, comme dans certaines que nous avons relevées à Sare, un détail d'architecture distinctif de cette époque ou d'une époque antérieure. Nous pensons plutôt que, bâtie au XVIIe siècle à l'instar de plusieurs qui sont datées, elle aurait succédé à une autre de moindre importance.



Le XVIIe siècle se signala dans le pays par un essor de prospérité. En sont la preuve le grand nombre d'agrandissements ou reconstructions d'églises et d'habitations effectués à cette époque. On se cantonnait moins exclusivement dans l'industrie pastorale, même au voisinage de la montagne. Les défrichements s'étendaient, la culture des céréales se développait, spécialement celle du maïs introduit récemment.



Il se passa peut-être pour Laphitzea ce que la tradition orale rapporte pour un autre domaine distant d'un kilomètre environ, Argaïnea. La maison primitive, très modeste, qui existe toujours, est accrochée au flanc de la Petite Rhune à proximité des pâturages offerts par la montagne. Plus tard, les propriétaires, ayant acquis des terres en contre-bas, y bâtirent une grande et belle ferme, à laquelle l'ancienne passa son nom, prenant pour elle celui de Gaineko-etchea, ce qui veut dire "maison d'en-haut".




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MAISON ARGAINIA SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Rien ne s'opposerait à une répétition du cas pour Laphitzea. Derrière elle, de l'autre côté du chemin qui mène à Vera, les premières terres sur les pentes de la montagne font partie de son domaine. On y voit les ruines d'une bergerie importante : Laphitzecoborda. Tout à côté, séparée seulement par un chemin, une vieille et fort misérable maison porte le nom d'Etchegoyen, qui se traduit par "la maison la plus élevée". Mais nous n'avons pas recueilli de tradition à l'appui de la question.



Dans un acte de baptême de 1710 figure comme marraine une Marie de Martinena, qualifiée "dame ancienne" de Laphitzea. Comme nous l'apprennent d'autres actes de la même époque, son gendre, Pierre de Lahetjuzan, en était le "maître jeune". Celui-ci mourut à l'âge de 80 ans, en 1761. Il passa l'héritage à une fille qui avait épousé certain Martin Laphitz. Avec ce dernier la famille de ce nom reprenait possession d'une maison, qui était probablement son berceau. Mais ce fut pour une génération seulement. A la suivante c'est encore une femme qui recueille la succession, Jeanne, épouse Ducassou. Au début du XIXe siècle sa fille, à son tour, passa la propriété, par son mariage, à la famille Dithurbide. Le dernier représentant de cette famille, qui exerçait la médecine et fut maire de Sare, mourut sans postérité en 1883 et laissa tous ses biens pour l'établissement et l'entretien d'un hôpital aménagé dans sa propre maison d'habitation, près du bourg. C'est ainsi que Laphitzea est actuellement bien communal, avec cette affectation spéciale."




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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