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lundi 22 juin 2026

LA FERME LABOURDINE AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (troisième et dernière partie)

 

LA FERME LABOURDINE.


La maison Basque (Etxea) est au coeur de la société. La ferme labourdine regroupe les hommes et les animaux et le matériel agricole.



pays basque maison ferme labourd sare communes
FERME LAPHITZEA SARE
BMB N°20 1941



Voici ce que rapporta à ce sujet Pierre Dop dans le Bulletin du Musée Basque N°20 1941 :



"Laphitzea. Type de ferme labourdine.


Type — Vues sur le passé — Description — Disposition intérieure — Domaine rural.


... Quatre portes s'ouvrent sur le lorio, une de chaque côté, deux dans le fond, dont une plus petite, donne accès à l'escalier qui conduit au premier étage.



L'étable occupe le fond de l'immeuble dans toute sa largeur, au-delà du mur rejoignant les deux murs de refend. Le reste comprend les dépendances. On y loge les porcs, les instruments aratoires, etc... Dans la partie droite on remarque un vieux four désaffecté, ainsi que les vestiges du monumental pressoir à cidre d'autrefois, le dolharea.



L'escalier, qui a perdu son ancienne rampe et ses beaux balustres dont il ne reste qu'un ou deux exemplaires, est coupé par un palier d'où il se continue à angle droit. Au premier étage il débouche sur un large vestibule garni d'armoires et de ces vieux coffres très simples tels qu'on les rencontre dans toutes les vieilles fermes du pays et qui, contrairement à ceux de l'autre côté des Pyrénées,
sont en bois uni dépourvu de toute décoration.



A gauche un petit couloir conduit à la cuisine. Celle-ci occupe la partie sud-est dans l'espace compris entre le mur méridional et le mur de refend de ce côté. C'est la cuisine traditionnelle du Basque, avec sa vaste cheminée à manteau, son évier creusé dans le mur où sont aménagées aussi des étagères pour les cruches ou herrades, et ses divers meubles utilitaires. Nous avouerons qu'elle se trouve fâcheusement déparée aujourd'hui par un grand four construit à l'intérieur de la pièce entre la cheminée et l'évier, et remplaçant celui que nous avons signalé au rez-de-chaussée dans
un état qui n'en permet plus l'usage.



pays basque maison ferme labourd sare communes
HERRADE
PAYS BASQUE D'ANTAN




Centre, comme il convient, de l'installation paysanne, elle communique d'une part, avec une petite chambre suivie de deux autres du côté du midi, et, d'autre part, avec une vaste pièce qui occupe sur la façade toute la partie médiane entre les murs de refend. Cette pièce dite sala se retrouve dans les grandes fermes de la région. C'est la chambre des maîtres de maison, de l'etcheko-jaun et de l'etcheko-andere, dont ordinairement les lits sont logés dans des alcôves susceptibles de se clore entièrement. Ici il n'y a pas d'alcôves. Trois grands lits sont dans la pièce, dont le milieu est occupé par une longue table. C'est l'endroit où l'on reçoit, où se donnent les grands repas à l'occasion de la fête du village ou des événements de famille.



Des deux grandes fenêtres à meneaux qui éclairent la pièce on jouit d'une vue étendue sur la campagne. Au premier plan les champs de la maison ; plus loin une chaîne de collines, dont la plus élevée se couronne d'un boqueteau qui marque l'emplacement d'une antique chapelle dédiée à Sainte Barbe et démolie par la création d'une redoute lors des guerres napoléoniennes. Au fond, la
ceinture de montagnes qui ferme le vallon du côté de l'Espagne.



Il n'y a pas très longtemps, paraît-il, que ces fenêtres sont munies de châssis vitrés, et encore pareille amélioration est-elle absente de la partie supérieure, maintenue close par des volets qui constituent sa seule fermeture.



En constatant les conditions de ces intérieurs d'autrefois, comme l'on comprend les avantages du zizaïlou placé devant la cheminée et opposant aux courants d'air la défense de son haut dossier. Hélas ! ce meuble si bienfaisant est relégué aujourd'hui à Laphitzea dans la pièce à
débarras qui communique avec la sala.



pays basque maison ferme labourd sare communes
ZUZULU OCHAGAVIA NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Dans cette pièce il n'est pas que des objets hors d'usage. C'est aussi un lieu de resserre pour les produits du jardin mis en conserve ou attendant, comme les tomates, une complète maturité près de la fenêtre. Au plafond pend tout un lot de balais, dont la matière est une récolte de la ferme
en bordure des champs de maïs, et la confection, l'œuvre du fermier les soirs d'hiver.



pays basque maison ferme labourd sare communes
FERME LAPHITZEA SARE
BMB N°20 1941



C'était autrefois la cuisine d'un second appartement plus petit, qui occupait la partie nord de l'immeuble. Cet appartement avait son accès propre, grâce à un escalier en pierre extérieur à la maison. Il comprenait, avec la cuisine, deux autres petites pièces. Existait-il à l'origine ? Ou
l'a-t-on créé depuis lors ? Nous n'avons pas pu être renseigné à ce sujet. De pareils appartements secondaires se rencontrent dans beaucoup d'autres grandes fermes de Sare. En général, ils sont occupés par un ménage de vieux hors d'état de travailler ou d'ouvriers travaillant au dehors.



Toute la partie du fond de l'immeuble au-dessus de l'étable est consacrée au grenier à fourrages, du premier étage à la toiture. Ce grenier est relié à l'étable par un escalier. En outre, le long du mur ouest, des ouvertures sont aménagées dans le plancher pour permettre de pourvoir directement les râteliers.



On accède au second étage par un escalier qui continue celui du premier et dans les mêmes dispositions. Cet étage, limité vers le fond par le grenier à fourrages, n'a pas d'autres divisions que celles que lui donnent les murs de refend. Il est affecté au logement des diverses récoltes.



Le domaine comprend environ 6 hectares de culture, qui se partagent en prés et champs de labour. Cinq hectares s'étendent ainsi devant la maison et contre son mur méridional, enclos de murs sur deux autres côtés, se trouvent le jardin potager et un petit verger planté de quelques arbres
fruitiers. Sur le mur lui-même trois jeunes plants de vigne commencent leur ascension. Ce sont les successeurs d'une ancêtre disparue, la vieille treille traditionnelle aux belles grappes violettes dont les proportions se jugent par les grandes pierres taillées en forme de crochet qui furent
fichées dans la muraille pour soutenir ses branches et s'y voient encore, comme aussi dans plusieurs fermes voisines.



A la suite du potager, et exposé comme lui au midi, est cultivé un petit champ de vigne dont la récolte assure le vin nécessaire à la consommation familiale.



Derrière la maison, du côté du nord, un terrain ouvert la sépare du chemin qui mène en Espagne. Il est planté d'une douzaine de vieux chênes taillés en têtards, suivant la pratique générale du pays. Ce terrain ainsi boisé, rude et raviné, présente un échantillon — il s'en rencontre pas
mal ça et là — de la nature de la contrée avant les défrichements qui l'ont transformée peu à peu.



De l'autre côté du chemin, le domaine se continue sur les premières pentes de la montagne. Il y a un hectare de prés, tout autant de bois, et, plus loin, sur la hauteur, des fougeraies, dont quelques-unes remplacent d'anciennes châtaigneraies que la maladie a fait disparaître.



Dans un voyage fait il y a quelques années à travers le pays basque, M. Rivière, conservateur du Musée des Arts et Traditions, installé au Palais de Chaillot à Paris, remarqua tout spécialement Laphitzea. Il vient d'en demander le classement au Ministère des Beaux-Arts comme type de ferme labourdine.


Pierre Dop."




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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vendredi 22 mai 2026

LA FERME LABOURDINE AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (deuxième partie)

 

LA FERME LABOURDINE.


La maison Basque (Etxea) est au coeur de la société. La ferme labourdine regroupe les hommes et les animaux et le matériel agricole.



pays basque maison ferme labourd sare communes
FERME LAPHITZEA SARE
BMB N°20 1941



Voici ce que rapporta à ce sujet Pierre Dop dans le Bulletin du Musée Basque N°20 1941 :



"Laphitzea. Type de ferme labourdine.


Type — Vues sur le passé — Description — Disposition intérieure — Domaine rural.



... Cette maison se fait remarquer par ses belles dimensions, la symétrie, la régularité de ses lignes architecturales.



Elle a 19 mètres de largeur sur 25 mètres de longueur, occupant ainsi une superficie de près de 5 ares, soit exactement 475 mètres carrés. Bien qu'importants, ces chiffres ne l'inscrivent pas en tête de liste, si l'on classe les maisons de Sare au point de vue de la surface couverte. Nous en connaissons plusieurs qui la dépassent, comme Garatea : 594 m. c. ; Haristeguia : 511 m. c. ; Berroueta : 480 m. c. Elle s'inscrit cependant en fort bon rang. Une particularité de ses dimensions est la proportion de la largeur par rapport à la longueur, proportion qui atteint les 3/4. Quand on l'aborde par le côté, l'importance de la construction ne frappe pas spécialement. C'est de face qu'elle prend toute sa valeur.



Nous voyons dans Laphitzea le modèle de la maison labourdine dans sa plus grande pureté.



pays basque maison ferme labourd sare communes
MAISON LABOURDINE SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Comme le type se caractérise surtout par la structure de la façade, nous donnerons de celle-ci une description détaillée.



Tandis que sur trois côtés les murs sont édifiés tout entiers en maçonnerie, la façade est composée de matériaux semblables jusqu'au niveau du 1er étage seulement. Au-dessus, elle est constituée par une armature de pans de bois, avec remplissage de briques.



Pareille construction réclame le renfort de murs de refend dans les exemplaires quelque peu importants. A ce propos, on trouve la plus grande variété. Certains de ces murs s'élèvent jusqu'à la toiture. D'autres s'arrêtent au niveau du 1er étage. Certains soutiennent la maison sur toute sa profondeur, d'autres, et cela le plus souvent, sur une partie seulement. Parfois il y en a deux, parfois un seul. Dans ce dernier cas on en voit beaucoup qui sont édifiés en dehors de l'aplomb du faîte de la toiture, même quand les deux versants de celle-ci sont d'une égale longueur.



A Laphitzea il y a deux murs de refend s'élevant jusqu'à la toiture. Débordant légèrement sur la façade, ils en coupent la blancheur par la belle couleur de leurs pierres polies. Avec le souci de la symétrie qui se manifeste dans la construction, ces deux murs sont élevés de part et d'autre à la même distance du faîte, plus rapprochés cependant de ce dernier que des murs latéraux. De cette façon, la façade se trouve divisée en trois parties, celle du centre d'une largeur un peu supérieure à celle des deux autres, qui sont égales entre elles.



Ces murs de refend se prolongent jusqu'à une distance de 6 mètres du fond, où ils sont reliés entre eux par un autre mur. Leur hauteur ne se maintient pas la même dans cette prolongation. Sur une longueur de 8 mètres ils supportent directement la toiture, ensuite s'abaissent au niveau du 2e étage, continuant leur office par l'intermédiaire de poteaux.



Au rez-de-chaussée ces deux murs constituent l'encadrement d'une ouverture formant abri, de la même hauteur que ce rez-de-chaussée et profonde de 4 m. 75. C'est le lieu dit lorio. Il ne manque dans aucune ferme de Sare. C'est une particularité de ce village, et si on le rencontre ailleurs, c'est surtout dans sa région proche. La commodité a créé cette disposition qui donne tant d'originalité à la construction. On y abrite avec facilité toutes sortes de choses, en particulier, charrettes, instruments aratoires. C'est un lieu de jeux pour les enfants, de menus travaux pour les grandes personnes.



A Laphitzea le lorio s'ouvre de plain-pied sur une grande cour qui précède la maison, et où on loge les hauts tas de fougère destinée à la litière des animaux. Cette cour rectangulaire, aussi large que la façade, a sa clôture pittoresquement constituée par d'énormes pierres plates fichées en terre, usage très répandu dans la région proche de la montagne, bel exemple du rude travail des anciens qui ne reculaient pas devant les difficultés pour faire œuvre durable.



Signalons aussi au rez-de-chaussée, à droite quand on regarde la façade, une belle fenêtre, encadrée de pierres taillées et avec appui en saillie. Son ouverture est divisée par des meneaux en forme de croix. C'est un genre de fenêtres que l'on retrouve dans d'autres belles maisons de Sare, et toujours au rez-de-chaussée. Il y en a une à Leremburua, qui est voisine de Laphitzea. Dans certaines, Ithurbidea, Haristeguia, par exemple, il y en a même deux, une de chaque côté du lorio, quand celui-ci s'ouvre au milieu de la façade. A Laphitzea, la partie gauche est percée d'une vulgaire porte d'étable et de simples fenêtres à montants de bois. Ces ouvertures nous paraissent de création relativement récente. Par les exemples que nous venons de citer, et par le souci de symétrie qui se révèle dans le reste de la construction, nous nous demandons si elles n'ont pas remplacé bien fâcheusement une fenêtre semblable à celle de la partie droite. C'est probable.



La maison possède deux étages. Ils sont marqués chacun par un léger encorbellement sur la façade. Cet encorbellement est marqué aussi sur les quatre murs de soutien. Dans l'ouverture du lorio une forte poutre, reposant sur les murs de refend, porte l'extrémité des solives du premier étage, qui s'appuient sur la maçonnerie dans le reste de la façade. Ces têtes de solives, ressortant extérieurement pour soutenir l'encorbellement, sont moulurées en forme de corbeaux.




pays basque maison ferme labourd sare communes
FERME LAPHITZEA SARE
BMB N°20 1941



L'assemblage des pans de bois est des plus simples. Posés verticalement avec un écart variant entre 0,55 et 0,65 cm. d'axe à axe, et longs de toute la hauteur de l'étage, ils s'encastrent à leur base sur une pièce de bois transversale et sont reliés entre eux par un bandeau saillant à la hauteur des fenêtres dont il constitue l'appui au passage. Aux deux étages, ce bandeau est sculpté de dentelures. C'est le seul travail ornemental que nous relevons sur la façade en dehors des abouts de pannes qui soutiennent l'avant-toit. Très simplement elle tire toute sa décoration des pans de bois qui forment sa bâtisse. Non revêtus de peinture, et probablement n'en ayant jamais reçu, ces bois ont acquis du temps une superbe couleur noire d'un ton velouté qui tranche admirablement sur le mur crépi et blanchi à la chaux.



Si nous nous sommes arrêtés à la description de leur assemblage, ce n'est pas qu'il soit particulier à Laphitzea. On le retrouve reproduit dans toutes les fermes du Labourd. Mais il caractérise le type.



Au premier étage les fenêtres sont placées symétriquement, deux dans la partie médiane, une dans chacune des deux autres. En largeur elles occupent deux intervalles de pans de bois plus espacés que dans les parties pleines, et sont divisées en croix par des meneaux. Chacune des quatre parties résultant de cette division est fermée par un panneau de bois orné de clous à large tête. Au deuxième étage ce genre de fenêtres ne se reproduit que dans la partie médiane. Sur les côtés il y a bien une ouverture, mais elle est de moindre dimension, logée dans un seul intervalle de pans de bois et tout près des murs de refend, disposition commandée par l'inclinaison des versants du toit, qui affecte la hauteur de l'étage, en dehors de la partie médiane, à tel point que ces versants viennent aboutir à 0,50 cm. seulement au-dessus du plancher.



Contrairement au mur de la façade, les trois autres n'ont pas reçu de crépissage. Ils gardent intacte la couleur brune de leurs pierres. Leurs fenêtres sont très réduites, aussi bien en nombre qu'en dimension, même du côté du midi, mais surtout à l'ouest où on n'en compte que deux. Une telle parcimonie s'explique. Autrefois, les châssis vitrés manquaient même dans les parties habitées de la maison, et les volets seuls servaient à se défendre contre le froid et la violence des vents. Toutes ces ouvertures, du moins les anciennes, sont largement ébrasées, d'une ébrasure soignée, en pierres taillées.



La couverture de la maison est constituée par des tuiles creuses sur une toiture à deux versants. La charpente qui supporte celle-ci est d'une grande simplicité, de cette même simplicité architecturale qui a présidé aux conceptions de la construction tout entière. Elle est composée de fort belles poutres en chêne — quelques-unes d'une longueur de 12 à 13 mètres — portées par de simples poteaux non étayés.



La toiture s'avance d'environ 1 mètre au-dessus de la façade. Il faut être averti pour se rendre compte que les consoles ornées de sculptures qui soutiennent cet avant-toit ont été, à une certaine époque, mutilées de leurs extrémités, et reconnaître par suite qu'il a perdu sa largeur primitive. Cependant l'aspect général de la façade n'en est pas affecté."





A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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mercredi 22 avril 2026

LA FERME LABOURDINE AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (première partie)

LA FERME LABOURDINE.


La maison Basque (Etxea) est au coeur de la société. La ferme labourdine regroupe les hommes et les animaux et le matériel agricole.





pays basque maison ferme labourd sare communes
FERME LAPHITZEA SARE
BMB N°20 1941



Voici ce que rapporta à ce sujet Pierre Dop dans le Bulletin du Musée Basque N° 20 en 1941 :



"Laphitzea. Type de ferme labourdine.


Type — Vues sur le passé — Description — Disposition intérieure — Domaine rural.



C'est à Sare, semble-t-il, que l'on rencontre les plus jolis types de construction labourdine. Et la variété en égale le nombre. En effet, il serait difficile de trouver deux maisons identiques.



Quand ce n'est pas par les grandes lignes ou les traits principaux, elles diffèrent tout au moins par des dispositions de détail. Ainsi chacune présente sa physionomie propre, tout en manifestant le même air de famille, air de famille un peu plus accentué parfois entre celles qui font partie d'un même quartier.



Dans cette variété, quelques-unes se distinguent cependant par des caractères qui nous paraissent réaliser la perfection du type.   



Tel est le cas de celle dont nous entreprenons l'étude.



Des flancs du massif de la Rhune se détache vers l'est une longue croupe, à l'altitude peu élevée mais uniforme, que suit l'antique chemin reliant Sare à Vera, sa voisine espagnole. Elle porte le nom de Lehembiscaye (lehen, premier, biskar, dos, croupe, ce qui est vrai pour le voyageur venant de la frontière). Ce nom, elle l'a donné à son tour au groupe des habitations qui ont essaimé sur les bords du chemin, s'échelonnant de part et d'autre, tournées vers le levant.



pays basque maison ferme labourd sare communes
VUE SUR LENBISCAY SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Tout au bout, vers l'Espagne, sur un site légèrement dominant, le dos à la montagne proche, Laphitzea, sous les larges ailes de son toit, offre, comme ses voisines, aux rayons du soleil matinal son ample façade blanche, striée de noir, et veille sur ses champs étalés en éventail autour d'elle.



Le nom de Laphitzea, qu'on écrit aussi Lapitzea et qui se prononce comme tel, vient de laphitzu, lieu abondant en marne à couleur et consistance d'ardoise. Or, pareille terre se trouve non loin de là, à 150 mètres environ, au pied du mont Olhain.   



Quand cette maison fut-elle bâtie ? Elle ne porte pas, comme quelques autres, de millésime fixé sur la pierre.



D'après le plus ancien registre paroissial qui ait été conservé — il fut tenu par le célèbre curé Axular — une famille Laphitz existait à Sare dès le XVIe siècle. Le 20 février 1609, est baptisé Martin de Hiribarren, fils de Catalina de Laphithz, soit une personne dont la propre naissance remontait au siècle précédent. Il est à présumer que, dès cette époque, Sare possédait une famille Laphitz, et que celle-ci dut tirer son nom de la maison qu'elle habitait, cas très général dans notre pays, après que fut imposée sous François Ier, par l'ordonnance de Villers-Cotterets en 1539, la tenue régulière de registres paroissiaux de naissances et de décès. Dans celui dont nous extrayons le renseignement ci-dessus, les noms de famille sont, tous, des noms de maisons de Sare qui existent encore, sans qu'ils soient accompagnés eux-mêmes de l'indication des demeures. Sans doute, les uns et les autres, se confondaient-ils encore, ce qui s'explique par le peu de temps écoulé depuis l'ordonnance. Mais les exceptions devant se multiplier peu à peu, on fut bientôt amené à faire suivre le nom des familles de celui des habitations. C'est ce que nous constatons dans des registres postérieurs de quelque 30 ans.



Selon toute vraisemblance, il y avait donc à Sare, tout au moins dès le XVIe siècle, une maison du nom de Laphitzea. S'agirait-il de l'actuelle ? Nous en doutons. On n'y découvre pas, comme dans certaines que nous avons relevées à Sare, un détail d'architecture distinctif de cette époque ou d'une époque antérieure. Nous pensons plutôt que, bâtie au XVIIe siècle à l'instar de plusieurs qui sont datées, elle aurait succédé à une autre de moindre importance.



Le XVIIe siècle se signala dans le pays par un essor de prospérité. En sont la preuve le grand nombre d'agrandissements ou reconstructions d'églises et d'habitations effectués à cette époque. On se cantonnait moins exclusivement dans l'industrie pastorale, même au voisinage de la montagne. Les défrichements s'étendaient, la culture des céréales se développait, spécialement celle du maïs introduit récemment.



Il se passa peut-être pour Laphitzea ce que la tradition orale rapporte pour un autre domaine distant d'un kilomètre environ, Argaïnea. La maison primitive, très modeste, qui existe toujours, est accrochée au flanc de la Petite Rhune à proximité des pâturages offerts par la montagne. Plus tard, les propriétaires, ayant acquis des terres en contre-bas, y bâtirent une grande et belle ferme, à laquelle l'ancienne passa son nom, prenant pour elle celui de Gaineko-etchea, ce qui veut dire "maison d'en-haut".




pays basque maison ferme labourd sare communes
MAISON ARGAINIA SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Rien ne s'opposerait à une répétition du cas pour Laphitzea. Derrière elle, de l'autre côté du chemin qui mène à Vera, les premières terres sur les pentes de la montagne font partie de son domaine. On y voit les ruines d'une bergerie importante : Laphitzecoborda. Tout à côté, séparée seulement par un chemin, une vieille et fort misérable maison porte le nom d'Etchegoyen, qui se traduit par "la maison la plus élevée". Mais nous n'avons pas recueilli de tradition à l'appui de la question.



Dans un acte de baptême de 1710 figure comme marraine une Marie de Martinena, qualifiée "dame ancienne" de Laphitzea. Comme nous l'apprennent d'autres actes de la même époque, son gendre, Pierre de Lahetjuzan, en était le "maître jeune". Celui-ci mourut à l'âge de 80 ans, en 1761. Il passa l'héritage à une fille qui avait épousé certain Martin Laphitz. Avec ce dernier la famille de ce nom reprenait possession d'une maison, qui était probablement son berceau. Mais ce fut pour une génération seulement. A la suivante c'est encore une femme qui recueille la succession, Jeanne, épouse Ducassou. Au début du XIXe siècle sa fille, à son tour, passa la propriété, par son mariage, à la famille Dithurbide. Le dernier représentant de cette famille, qui exerçait la médecine et fut maire de Sare, mourut sans postérité en 1883 et laissa tous ses biens pour l'établissement et l'entretien d'un hôpital aménagé dans sa propre maison d'habitation, près du bourg. C'est ainsi que Laphitzea est actuellement bien communal, avec cette affectation spéciale."



A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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jeudi 9 mai 2024

L'ART ET L'ARCHITECTURE PAR HENRI GODBARGE AU PAYS BASQUE EN AVRIL 1921 (deuxième et dernière partie)

 

L'ART ET L'ARCHITECTURE AU PAYS BASQUE EN 1921.


Depuis longtemps, il existe au Pays Basque un art architectural.




pays basque autrefois architecture maison
MAISON BASQUE 1892
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet Henri Godbarge dans le quotidien local La Gazette de Biarritz-

Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 4 avril 1921.



"Y a-t-il un Art Basque ? 



Nos lecteurs trouveront ci-dessous la fin de l'article que M. H. Godbarge a bien voulu écrire à leur intention. Est-ce à dire que tous ccs détails architectoniques si intéressants et dus simplement à des nécessités ce construction ou à des besoins, n’existent tels, et à nuls autres pareils, que dans l’architecture de la métairie basque ?... 



Evidemment il y a eu des constructions en pans de bois dans toutes les provinces de France, puisque le bois était en abondance ; il y a eu des encorbellements, des corbeaux, des contrefiches... dans des constructions de paysans, même dans celles des artisans de bourg, mais pour le touriste éduqué qui a étudié les exemples existants en tous les coins de France, pour le professionnel curieux qui recueille les documents de l'histoire de l’art architectural, il se révèle, de l'examen pénétrant de cet ensemble d’habitations Euskariennes, des caractéristiques bien marquées, bien tranchées, d’un art simple, primitif presque, mais bien spécial. Par exemple, suivant les intempéries et suivant les matériaux de couverture de la contrée, la toiture a telle ou telle inclinaison : entre toutes, l’inclinaison du toit de la métairie basque est bien particulière et propre à son climat. En revanche tel autre détail semble être la copie de tel autre faisant partie d’une architecture bien différente. Exemple : le corbeau de pierre dure de profil, en quart de rond. Est-ce à dire que les deux ouvriers qui ont exécuté les deux mêmes objets se sont copiés ? Est-ce à dire que les deux architectures sont faites d’identiques éléments ? Nullement. Les deux ouvriers éloignés à des centaines de lieux l'un de l’autre, sous des cieux différents, ont employé le même profil à cause de nécessités impérieuses, dont la première est la dureté de la matière employée. Mais même ce détail qui paraît être la copie de l’autre, en l’examinant bien, n'est pas identiquement le même et révèle une exécution différente, la mentalité, le génie d’une race différente. Les outils employés sont différents ; rarement, les matériaux eux-mêmes, l'éducation des deux ouvriers complètement dissemblable. Celui-ci, est un pasteur de la montagne, celui-là, est ouvrier de ville importante et appartient à une corporation. Les œuvres qui sortent de leurs mains reflètent ces différences. L’un a une manière professionnelle d’éduqué, précieuse même parfois, l’autre, une manière naïve, maladroite, et cela, même en exprimant la même chose, en exécutant le même objet de construction. Le paysan basque utilitaire, ouvrier occasionnel simplifiait "shématisait" et, de ce fait, stylisait au primitif. D’où, même dans l’expression, un style simple, bien régional, bien adéquate à la mentalité locale, aux besoins du pays et qui ne ressemble en aucune façon aux styles avoisinants ou éloignés, style qui est l’expression d’un art fait directement des nécessités des us et coutumes d’une contrée vivant d’une vie propre, sans réminiscences, sans reflets extérieurs, d’où qu'ils viennent, — ou peu nombreux — art de terroir spécial, art basque. 


Henri Godbarge

Architecte diplômé."



Nos lecteurs auront certainement lu avec le plus grand intérêt le très joli article que le distingué architecte M. Henri Godbarge — à qui on doit tant de ravissantes villas — a bien voulu envoyer à la Gazette. En somme M. H. Godbarge conclut qu’il n’y a pas un art basque, mais qu’il y a "tout au plus" une architecture basque


Tous nos lecteurs sont-ils de cet avis ? Si certains d’entre eux s’intéressaient à cette question, la Gazette leur donnerait bien volontiers la parole. 


N. D. L. R."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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dimanche 14 avril 2024

L'ART ET L'ARCHITECTURE BASQUE PAR HENRI GODBARGE EN AVRIL 1921 (première partie)

L'ARCHITECTURE AU PAYS BASQUE EN 1921.


Depuis longtemps, il existe au Pays Basque un art architectural.




pays basque autrefois architecture maison
MAISON BASQUE 1892
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien local La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-

Luz, le 3 avril 1921.



"Y a-t-il un Art Basque ? 


Le distingué architecte basque M. Henri Godbarge pense qu’il a tout au moins une architecture basque.



Dans une récente interview accordée à un collaborateur de la Gazette, M. Petit, maire de Biarritz, disait entre autres choses : "Les architectes pourront bientôt recommencer leurs travaux et égrener, avec la diversité de styles qui leur assura tant de succès, un chapelet de gracieuses et confortables villas le long des falaises encore libres". 




pays basque autrefois architecture maison labourd
VILLAS SUR LA FALAISE BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN



Les admirateurs de Biarritz souhaiteraient que, dans cet accès vers la beauté de notre région, les futurs propriétaires de villas fussent bien persuadés que le style basque est celui qui convient le mieux à notre pays. 



Mais y a-t-il un style basque ? 



Il y a en tous cas, une architecture basque.



Je veux dire qu’il y a des exemples d’une architecture locale qui ne doit rien à aucun emprunt étranger qui est issu directement des besoins des matériaux du pays et de la main-d’œuvre locale, donc une architecture originale, qui présente ses caractéristiques, au même titre qu’une architecture normande, bretonne, alsacienne, etc... 



On a, certes, écrit sur l’architecture basque. Bien des écrivains, en particulier, ont tracé les grandes lignes de l'histoire des différentes habitations, aux diverses époques précédentes ; et en effet il est nécessaire, pour bien saisir dans ces caractéristiques cette architecture, d’avoir tout au moins quelques notions de l’histoire du pays basque. 




pays basque autrefois architecture maison labourd
MAISON
PAYS BASQUE D'ANTAN



Mais je n’ai pas la prétention de rivaliser de science avec tous ces écrivains distingués. Là n’est pas du reste le but de cet article. Je veux simplement résumer quelques-unes de mes impressions personnelles recueillies au cours du voyages d’études en pays basque, notamment en pays basque français. Des villages presque entièrement ont gardé leur caractère de vieux villages euskariens, avec leur vieille église, leur cimetière juxtaposé, leurs maisons en pans de bois ou en pierre de la Rhune, jaunie par le temps et le soleil. Certaines villes même, telles Fontarabie et Ciboure, ont encore des quartiers entiers, des ruelles complètes sans une bâtisse moderne. — Il y a matière à méditation. Il y a des sources inépuisables de documentation pour le dilettante éduqué, comme pour le technicien curieux. — Ces habitations visiblement construites à des époques différentes, avaient aussi manifestement des destinations différentes suivant les conditions sociales de ceux qui les habitaient. Construites en matériaux solides plus ou moins bien employés, généralement peu déformées cependant, peu transformées au cours des âges, elles évoquent en leurs diversités, la vie historique, les coutumes, les besoins de ceux qui les habitaient. 



Même d'un rapide examen, il apparaît que trois types principaux se dégagent : 

La métairie, habitée par le laboureur. 

La maison de ville, habitée par l’homme du bourg en général, artisan ou marchand. 

Le Castel ou Caserio habités par le noble ou le gentilhomme. 



En pays basque Français, la plus répandue, la plus caractéristique, donc la plus intéressante, c’est la métairie. 



Pour le voyageur qui croit connaître un pays, en le parcourant, dans un compartiment de chemin de fer, la ferme qu’il aperçoit dans l'encadrement de sa fenêtre à guillotine, est pour lui le prototype et le seul de la maison basque. Ce jugement quoique excessif et incomplet contient, cependant, une partie de la vérité. La ferme basque, en France, est, en effet, celle qui symbolise le mieux l’abri nécessaire à la famille basque "Etche-Ondoa". Elle est la maison souche, bâtie pour abriter les générations de cultivateurs, de pasteurs, d’éleveur de bétail, comme l’ont été les Basques de tout temps. 




pays basque autrefois architecture maison labourd
FERME
PAYS BASQUE D'ANTAN



Cette maison est bien celle qui convient aux besoins du paysan basque, celle qui lui est nécessaire, sans enjolivements superflus, sans luxe dont il n’a nul souci. 



L'extérieur et l'intérieur d'une habitation basque



La métairie est judicieusement placée à l'endroit le plus favorable pour préserver des intempéries. Elle est la plupart du temps adossée à une colline qui amortit le choc des grands vents de mer et qui préserve en partie son mur postérieur et son toit. La façade presque généralement en pans de bois de chêne au contraire, est tournée vers l'Est, vers le soleil ; sur cette façade donnent les jours des pièces d’habitation, les entrées de bétail, toutes baies à l'abri du mauvais temps. Les trois autres façades sont constituées par de grands murs en grosses maçonneries percées strictement de jour nécessaires à l’éclairage ou à la ventilation, fortement abritées généralement par de grands auvents débordants. La toiture est à deux eaux, la plus facile à construire. Deux versants souvent inégaux, en tuiles creuses du pays retenues par de grosses pierres. Le grand versant abrite ou des hangars ou des écuries. Voilà, dans ses grandes lignes extérieures, ces fermes de gracieux aspect ou isolées sur le fond vert de la colline, ou agglomérées, formant un village basque, nichées comme un campement à mi-côte, se détachant en notes blanches rayées de lignes brunes ou rouges entre des bouquets de chênes ou de platanes, non loin du clocher trapu de la vieille église. 



pays basque autrefois architecture maison labourd
FERME
PAYS BASQUE D'ANTAN



La distribution intérieure, parfaitement délimitée par de gros murs, dont le prolongement se manifeste en façade, est presque toujours semblable, répondant à de simples besoins traditionnellement les mêmes. 



Au rez-de-chaussée : l’étable, la place des instruments aratoires, les charrettes, l’aire pour le froment et le maïs. 




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GRANGE ESCARATZA MUSEE BASQUE BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Au premier étage, généralement, les pièces d'habitation. D’un côté, les logements du vieux ménage, de l’autre ceux du jeune ménage, chaque logement ayant sa cuisine ; cette intéressante cuisine basque, pièce commune de la famille, avec sa cheminée en hotte sur gros corbeaux, ses vaisseliers, son évier de dure pierre, ses grosses poutres noircies. Des balcons en bois de chêne sur la façade en pans de bois, doré, au levant, ajoutent aux commodités de l'intérieur et au pittoresque de l’extérieur. D'ailleurs, nulle superfluité ; tout est la traduction d’une nécessité. La fenêtre n’est pas disposée pour le souci de la symétrie, mais elle éclaire la pièce qui a besoin de lumière et elle a la dimension qui convient. Les portes sont à la demande des passages réclamés par les besoins. La pierre est celle de la carrière voisine et posée sans taille, sans art même, les poutres sont celles du bois voisin simplement équarries par des outils primitifs, mais d'un chêne bien choisi et séché. 



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CUISINE MUSEE BASQUE BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Tous les détails architectoniques dérivent également des nécessités les plus strictes et de la variété do celles-ci naît la variété de ceux-là, formant un ensemble parfois d’une originalité que les constructeurs modernes plus instruits recherchent, provoquent par des artifices, mais qui, certes, était le moindre des soucis de ces simples constructeurs d'autrefois. Tantôt c'est un escalier extérieur qui permet l'accès au premier étage et forme l'ensemble des lignes imprévues d’un fort heureux effet. 



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CASERIO
PAYS BASQUE D'ANTAN


Tantôt de longues contrefiches allongent la silhouette du toit pour préserver certains côtés particulièrement exposés. Tantôt c’est une véranda qui forme sur le blanc de chaux de la façade une tâche sombre, un coin d'ombre qui a sa fraîcheur, certains jours de grand soleil. Tantôt ce sont des balcons qui, juchés sous le grand auvent protecteur, soulignent d’une ligne horizontale plus fortement accusée, les différentes hauteur d’étage, encore qu'ils aient, bien entendu, leur utilité pour établir une communication ou servir de séchoir, certains jours. Tantôt, c’est la porte principale en plein centre, avec de longs clavaux en pierre dure qui, pour laisser passage à des charriots ou au bétail, troue, fort agréablement, la façade crépie de mortier de chaux. Tantôt des encorbellements ou en lignes verticales ou en lignes horizontales et du plus heureux effet, permettent d’agrandir l’espace intérieur des étages et ils enlèvent, ainsi, la platitude à la façade principale, forment des jeux d’ombres sur ces murs ensoleillés. Tantôt des linteaux surchargés d’inscriptions, aux lettres sculptées en relief, se détachent, en notes sombres, sur le blanc laiteux des murs. Tantôt, c'est un mur ou extérieur ou intérieur qui se prolonge pour préserver le plus d'espace de la bourrasque d’Ouest."



A suivre..


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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vendredi 25 août 2023

LE PAYS BASQUE PAR PIERRE LHANDE EN 1926 (première partie)

LE PAYS BASQUE PAR PIERRE LHANDE EN 1926.


Pierre Lhande Heguy, né le 4 juillet 1877 à Bayonne (Basses-Pyrénées) et mort le 17 avril 1957 à Tardets-Sorholus (Basses-Pyrénées), est un écrivain, prêtre jésuite et académicien basque français, apôtre des banlieues et surtout connu pour le succès de ses "radio-sermons", une grande nouveauté dans les années 1930.


ecrivain religion pays basque lhande
PIERRE LHANDE


Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La Croix, le 17 janvier 1926, sous la plume de 

Charles Baussan :



"Le Pays basque à vol d'oiseau par Pierre Lhande.



 De tous les peuples dont l'heureux assemblage fait l'harmonieuse unité du peuple français, il n'en est point qui garde mieux sa personnalité propre que le peuple basque, car c’est bien un vrai peuple, un peuple qui a sa race, sa langue, son pays à lui. On ne peut l'approcher sans se sentir en présence de "quelqu’un", sans être attiré vers lui, et le mystère dont il semble enveloppé accroît chez tous la curiosité de : le connaître. C’est à ce désir que répond, et à merveille, ce livre : le Pays basque à vol d'oiseau, œuvre d’un des Basques qui font aujourd’hui le plus d'honneur à la petite patrie comme à la grande, le R. P. Lhande. 



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LIVRE LE PAYS BASQUE A VOL D'OISEAU
DE PIERRE LHANDE 1925



La vie basque, l’âme basque, la pensée basque ont pour centre le foyer, la maison : c’est à la maison que va le P. Lhande. Mais il y a le chemin qui y mène, il y a le pays Ce n’est qu’après l’avoir traversé — et regardé — que l’on pourra frapper à la porte. 



Le P. Lhande dessine donc, tout d’abord, en géographe qui serait en même temps peintre, la carte du pays basque ; il en teinte, chacune d’une couleur différente, les sept provinces, les sept sœurs "qui ne font qu’un" ; les trois provinces françaises : le Labourd, la Basse-Navarre, la Soule, et les quatre espagnoles : le Guipuzcoa, la Biscaye, l’Alava, la Haute-Navarre


pays basque autrefois 7 provinces
ZAZPIAK BAT





S’il salue Fontarabie et Pampelune, s'il n’a garde d’oublier et si nous ne pouvons plus que lui oublier de monter, après le monastère de Leyre, sépulture des rois, dans la pierre haute, jusqu’à ce château d'où partit un jour ce "petit Basque aventureux et tendre, François Xavier", c’est au pays basque français que le P. Lhande donne aujourd'hui, dans ce livre, la plus grande part de son temps et qu'il s'attache davantage. Il en peint le décor : le Labourd, "pays de coteaux bruns aux chênes rares et rabougris, couvert de fougères et d'ajoncs épineux, et que seule éclaircit, au printemps, la floraison d'or des beaux genêts" ; pays de landes incultes qui favorisèrent, aux siècles passés, le brigandage et la sorcellerie ; pays pourtant qui se déride au voisinage de la mer ou dans les grandes vallées et qui sourit à Biarritz, à Bidart, à Guéthary, à Saint-Jean-de-Luz, aux "doux loisirs" de Sare, dans la haute montagne même, avec la verdure, les chalets aux larges tuiles, "la paix des glèbes et la poésie tranquille des sommets". 


 

pays basque autrefois labourd
SARE VUE PRISE DE GALARRETA
PAYS BASQUE D'ANTAN



"Toute ruine finit par se vêtir de fleurs." Ainsi en est-il de notre Navarre française : ce beau nom de l'histoire se cache aujourd’hui sous une poignée de délicieux villages, sous la gloire des plateaux et la richesse des blés. 



C’est dans la Soule, pays tour à tour riant et sauvage, que le Basque qui nous montre sa terre basque s’arrêtera devant l’église romane de Sainte-Engrace, devant les grottes fantastiques d’Holzarte, devant le chapelet des maisons de Tardets, égrenées au bord du gave, et que Francis Jammes a chantées ; devant le château fort de Mauléon, où le regard cherche encore, au sommet de la tour, le drapeau rouge au lion vert. 



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CHÂTEAU DE MAULEON SOULE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Ceux que nous rencontrons sur le chemin, hommes ou femmes, ont des traits énergiques : ils parlent "une langue sans analogie bien établie avec les langues actuellement connues" dans le monde entier. C'est une race à part. D'où vient-elle ? 



De peintre qu’il était tout à l’heure, le P. Lhande se fait ethnographe et historien. Il scrute les origines et il interroge tour à tour la légende et l’histoire. La langue euskarienne est-elle celle qu’Adam parlait au Paradis terrestre ou l’une des 75 langues nées de la confusion de la Tour de Babel ? Les pères des forgerons du Guipuzcoa ont-ils appris de Tubalcaïn leur métier ? Le P. Lhande rappelle en souriant ces légendes. Puis il écoute les historiens et leurs diverses hypothèses. Tout d’abord, il constate que des noms euskariens sont semés tout au long de la carte du monde antique, du Caucase à Cadix, de l’Orient à l’Occident. Le peuple basque est donc un peuple migrateur, qui a essaimé ou qui est venu de loin. 



Les Basques sont-ils des Ibères? Deux camps se partagent les historiens ; le camp ibériste et le camp antiibériste. Le P. Lhande désigne les chefs et donne les arguments de l’un et l’autre parti. Entre les deux s’est placé M. Camille Jullian : "Les Ibères sont bien des Basques, dit-il, mais ceux-ci ont été auparavant des Ligures, c'est-à-dire qu’ils ont appartenu à ces immenses populations qui couvrirent tout notre sol depuis le Rhin jusqu’aux Pyrénées, depuis les Alpes jusqu’à l’Océan. 



Mais les Ligures, ancêtres présumés des Euskariens, sont-ils partis du centre de l’Afrique ou du Caucase ? Nouvelle bataille. Tout compte fait, l’énigme subsiste sur les origines des Basques ; une race à part, "très ancienne, très émigrante, mais surtout profondément mystérieuse, c’est tout ce que parviennent à nous révéler les efforts des historiens". 



Cette race n’a pas de monuments littéraires, comme les Niebelungen ou la Chanson de Roland, mais elle a, avec sa langue, sa littérature. "La littérature basque existe, affirme le P. Lhande, non seulement la littérature de folk-lore (proverbes, devinettes, chansons), mais la littérature proprement, dite, l’expression hautement littéraire du génie lyrique ou esthétique d’un peuple, d'une race, d’une langue." Les Basques ont leurs chansons de geste, leurs légendes poétiques, leurs œuvres en prose, leurs poèmes, leur théâtre, leurs romans même. 



Pourquoi cotte littérature est-elle méconnue ? Pour deux raisons une langue "vraiment inaccessible" est une muraille que l’on n’essaye point de franchir, et, d’autre part, la beauté de cette littérature a un caractère tout spécial. Cette beauté tire tous ses éléments de la simplicité des sentiments, d’une émotion douce et populaire ; l’art littéraire basque est fait de notations pures comme les mélodies grégoriennes et d’un jeu particulier qui jette l’idée au bout de la phrase, comme la pelote au but. 



Après avoir présenté et fait chanter, dans un tournoi d’improvisations, deux bardes basques et après avoir donné une très intéressante bibliographie de la littérature basque, le P. Lhande défend ainsi la poésie populaire : "Un peuple demeure d’autant plus poète — donc littéraire dans le vrai sens du mot — qu’il reste plus illettré. Cette poésie populaire vaut ce qu’elle peut au jugement de la critique et devant les règles, mais, au point de vue psychologique, elle est de la poésie, puisqu'elle est l'expression idéaliste d’un peuple." La poésie basque chante la pensée basque : elle chante le foyer. 



Nous voici devant la maison.


 

PAYS BASQUE AUTREFOIS MAISON ETXE
FERME BASQUE
PAYS BASQUE D'ANTAN


C’est un village de la vallée de la Soule. "A l’exception du presbytère, de l’école, du château et des villas d’"Américains", toutes les maisons sont des habitations de laboureurs ; quatre ou cinq sont des fermes ou des métairies, les autres abritent toutes les mêmes familles depuis un temps immémorial." 



Les maisons ont des noms, noms tirés des entours : saules, source blanche, bruyères rouges, chênes, etc. ; noms qui sont très vieux et durent toujours. Si la vigne a remplacé la bruyère, l’ancien nom n’en demeure pas moins, et avec lui le souvenir des aïeux. 



C'est la famille qui a pris le nom de la maison. Il y a dans la famille basque deux degrés d’ancienneté. Si la famille originaire s’est toujours perpétuée et a toujours eu un héritier mâle, la maison et la famille ont le même nom. Si l’ancienne famille s’est éteinte et a été remplacée par une autre venue d’ailleurs ou si, à défaut de fils, la maison a passé entre les mains d’une fille qui s’est mariée, la famille actuelle a légalement un autre nom, mais les gens du pays continuent à l’appeler du nom de l’ancienne, du nom de la maison



C’est la maison qui garde la famille. 



pays basque autrefois maison ferme
MAISON BASQUE OCTOBRE 1916


Et à la pérennité, l’immutabilité du foyer veille la coutume basque, la famille-souche tant admirée de Le Play."



A suivre...




(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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