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lundi 15 décembre 2025

LA "RACE BASQUE" PAR LE DR RENÉ COLLIGNON EN 1894 (deuxième et dernière partie)

 

ÉTUDE ANTHROPOLGIQUE SUR LA "RACE BASQUE" PAR LE DR RENÉ COLLIGNON EN 1894.


René Collignon, né en 1856 et mort en 1932, est un médecin militaire et anthropologue qui s'est particulièrement distingué par ses études d'hygiène publique, de médecine sociale et d'anthropologie.



pays basque autrefois race origines collignon anthropologie
TYPES BASQUES
DESSIN SCHERBECK 1929

Voici des extraits d'une de ses publications en 1894 au sujet de la "race basque" :


"La Race basque : étude anthropologique / par le Dr R. Collignon.



... Il en ressort : 

1° qu'au coeur du pays basque, là où les limites arbitraires des cantons n'englobent pas des communes basques avec des communes béarnaises ou gasconnes, ce type de race particulier se rencontre dans toute sa pureté sur plus de 41 pour 100 de la population et ne laisse pas que d'imprimer un cachet spécial au reste de celle-ci, composé de ses métis ; 

2° que quelques Basques se retrouvent dans les cantons frontières traversés du reste très capricieusement par la limite de séparation des deux langues ; 

et 3° qu'enfin en dehors de celle-ci cette race n'existe plus. Les 19 jeunes gens présentant le type basque, qui ont été remarqués au milieu des 2 008 conscrits du Béarn, sont en effet tous, ou récemment émigrés dans des villes comme Orthez, Pau ou Nay, ou fils d'émigrés (carte II). 


CARTE DE LA REPARTITION DE LA LANGUE BASQUE
DANS LES BASSES-PYRENEES 1894


Une seule exception se rencontre. Hors de la frontière linguistique existe, à l'est du pays basque, un canton où l'on trouve 22,4 pour 100 de sujets du type basque : c'est le canton d'Aramitz. Mais ce nom seul, profondément euskuarien, prouve qu'il s'agit d'un recul de la langue, phénomène qui s'explique de lui-même par la situation topographique de cette vallée séparée par la montagne des cantons basques de la Soule et qui n'a de communication possible qu'avec Oloron et ses environs, c'est-à-dire avec le pays béarnais. L'exception ne fait donc que confirmer la règle (carte I). 



CARTE DU PAYS BASQUE FRANCAIS
ET DES REGIONS ENVIRONNANTES 1894



Ajoutons que pour faire contre-épreuve, chaque fois qu'en mesurant les hommes des régiments de la région, régiments où le recrutement régional verse naturellement de nombreux Basques, chaque fois, dis-je, que j'ai remarqué un sujet présentant ce type, je n ai pas manqué de lui dire : "N'êtes-vous pas basque ?" et jamais je n'ai reçu de réponse contraire ; tous étaient basques, ou issus de parents basques. En Espagne, où le type est bien moins net, MM. les officiers qui voulaient bien me faire l'honneur de me guider dans mon examen me disaient, aux premiers sujets que je mesurais : "Ceux-ci n'ont pas le type basque, ce sont des citadins, ou des gens de plaine." Mais dès qu'un sujet du type que j'ai décrit, précédemment vint à se présenter, ils le signalèrent unanimement comme réellement basque. Or, enfants eux-mêmes des provinces vascongades, ils en connaissaient bien la véritable race, et ce fut pour moi un précieux moyen de contrôle que ce témoignage impartial qu'ils me donnaient.



Toutefois, il est incontestable que ce type, que d'un commun accord nous considérons comme réellement basque, est relativement rare en Espagne. 



pays basque autrefois race origines collignon anthropologie
TYPE BASQUE
DESSIN SCHERBECK 1929


Le reste de la population, du moins dans le Guipuzcoa (car je n'ai pu observer que bien peu de sujets de Biscaye, d'Alava, ou de Haute-Navarre), se compose d'un mélange complexe d'éléments hétérogènes. Ce que j appellerais volontiers l'Espagnol moyen, c'est à-dire ce type qui domine dans l'Espagne du centre et dans la vallée de l'Ebre (celui du midi est en effet un pur Berbère) en forme la majeure partie. Son influence se fait sentir sur la taille qu'il a abaissée, sur le crâne qu'il a rendu nettement dolichocéphale dans les moyennes, sur l'indice nasal dont il a, par le rétrécissement de la largeur, accru la leptorrhinie. En outre, quelques sujets rappellent franchement le type du vieillard de Cro-Magnon, d'autres plus rares des types sporadiques très particuliers, certainement anciens et faiblement représentés des deux côtés des Pyrénées tant en pays basque que dans les vallées béarnaises, gasconnes ou languedociennes. 



En somme, par un phénomène assez paradoxal, il se trouve que le type ethnique euskuarien est infiniment plus rare et moins net en Espagne, dans son pays d'origine, qu'en France. Nous l'expliquerons d'ailleurs facilement dans un instant. Bornons-nous pour le moment à poser ce fait prépondérant, c'est que, s'il n'y avait, dans les provinces vascongades d'Espagne, une certaine proportion du sang de cette race si particulière que nous avons décrite plus haut, ses populations ne différeraient en rien de celles qui les avoisinent en ce pays. 



En France, tout au contraire, la séparation ethnique est aussi nette et aussi tranchée que la séparation linguistique. 




pays basque autrefois race origines collignon anthropologie
TYPE BASQUE
DESSIN SCHERBECK 1929


Les populations qui avoisinent l'ilot basque, minutieusement étudiées par nous, ne sauraient d'aucune manière être considérées comme des éléments modificateurs ayant pu donner à celui-ci ses caractères si spéciaux. En effet, voici leur répartition : 


Au nord, les environs de Dax sont habités par une population plutôt dolichocéphale (ind. céph. 80 à 81), plus petite de taille, dolichopside, moins hypsicéphale, moins leptorrhinienne et qui est sinon autochtone du moins extrêmement ancienne en ce pays. En effet, les crânes néolithiques de Sordes, trouvés dans une caverne du canton de Peyrehorade situé à la limite même de notre Basse Navarre, rappellent prodigieusement ceux des habitants actuels de ce canton et des cantons du Dacquois. II y a là filiation évidente ; nous avons en présence les lointains aïeux et leurs petits-fils. Rien ni chez les uns, ni chez les autres ne rappelle même de loin, nos Basques. Ce même type de Sordes, atténuation lointaine du type bien connu de Cro-Magnon, se retrouvera vers l'est auprès d'Oloron ainsi que dans les vallées pyrénéennes comprises entre les sources du Gave d'Oloron et celles de la Garonne ; nous le trouverons probablement plus loin encore dans les vallées de l'Ariège et des Pyrénées Orientales, lorsqu'elles auront pu être étudiées comme les précédentes. 



Les populations apparentées à cette race (si ancienne dans cette région qu'il n'est pas douteux que ce ne soit elle que visaient César et Strabon en séparant les Aquitains des Gaulois proprement dits (Celtes et Beiges) et en les rapprochant des Ibères, bordent de tous côtés l'ilôt basque sans le pénétrer. Plus excentriquement ; elles sont à leur tour pressées de toutes parts par une ligne continue de cantons peuplés par une race brachycéphale que rien ne nous permet de différencier des Auvergnats, des Savoyards et des autres représentants de ce type que Broca appelait "celtique", parce qu'il prédominait dans l'ancienne Celtique de César et de l'époque romaine. Pas plus qu'à la précédente, nous ne pouvons lui trouver l'ombre d'une analogie avec nos Basques. Ceux-ci ne peuvent, à aucun titre, être regardés comme un croisement d'une population semblable à ce que sont les Guipuzcoans et les Biscaïens actuels avec n'importe quelle race de France. Il s'ensuit qu'il est plus légitime d'admettre qu'une influence modificatrice a agi sur les Euskuariens d'Espagne, en respectant ceux qui peuplaient le versant nord des Pyrénées, puisqu'aucune race française n'a pu produire la résultante actuelle et qu'au contraire, comme nous l'avons vu, les points par lesquels les Basques diffèrent en Espagne de leurs frères de France sont précisément ceux par lesquels ils se rapprochent des Espagnols pris en masse. 




pays basque autrefois race origines collignon anthropologie
TYPE BASQUE
DESSIN SCHERBECK 1929


La raison de ce phénomène nous semble assez simple. Il faut d'abord, conformément à l'ensemble des historiens et contrairement à l'opinion de M. Bladé, qui ne peut plus se soutenir en présence de de la dualité de race des populations situées au nord et au sud de l'Adour sur un territoire qui, aux temps de Strabon et de Ptolémée, était certainement occupé par un seul peuple, les Tarbelli, il faut, dis-je, admettre l'arrivée récente en France des Basques ou plutôt des Vascons. Qu'elle se soit produite ou non en 587 peu m'importe, elle est en tout cas postérieure à la chute de l'empire romain. Lorsque celui-ci florissait, divers petits peuples ibères, cantonnés dans les monts Cantabres ou sur le versant sud des Pyrénées, avaient, grâce à une ténacité dont leurs descendants donnent encore l'exemple, conservé dans leurs montagnes une semi-indépendance, attestée par la persistance de l'idiome national : c'étaient les Vardules, les Caristes, les Autrigons et les Vascons. Ces derniers occupaient le cours supérieur de l'Ebre, c'est-à-dire sensiblement la Navarre actuelle. 



Les invasions barbares mirent à feu et à sang la Gaule, et les documents de l'époque nous prouvent combien l'Aquitaine avait été particulièrement ravagée et dépeuplée par eux. Les Wisigoths, maitres des deux versants des Pyrénées pendant un certain temps, se virent peu à peu refoulés par les Francks plus barbares encore qu'eux-mêmes et finalement complètement repoussés de l'ancienne Aquitaine. On peut supposer que vers cette époque ils voulurent expulser les Vascons de leur territoire, notamment des environs de Pampelune, région riche et d'une haute importance stratégique pour eux. Ceux-ci, vaincus à la suite de luttes dont l'histoire ne nous a pas conservé le souvenir, reculèrent vers la montagne et, trouvant devant eux des plaines presque dépeuplées, les occupèrent, très probablement en 587, comme le laisse penser Grégoire de Tours. 



pays basque autrefois race origines collignon anthropologie
TYPE BASQUE
DESSIN SCHERBECK 1929


Plus tard, lorsque les Sarrazins conquirent l'Espagne, ce fut dans les vallées des Pyrénées et de la chaîne cantabre que se recréèrent les petites unités espagnoles qui devaient plus tard les expulser de la péninsule ; en tout cas, i] y eut forcément, nécessairement même, des refoulements dans les montagnes. Des représentants de toutes les nations espagnoles s'y réfugièrent isolément ou par petits groupes, la chose est absolument certaine, parce qu'il est impossible qu'elle n'ait pas été, d'où mélange fatal avec les populations primitives et constitution de groupes humains, mixtes par la race, mais gardant, par le fait même des circonstances, la langue du groupe prédominant au moment des apports de sang exotique. Pendant ce temps, les Vascons émigrés hors d'Espagne en Aquitaine n étaient, si j'en excepte le passage de l'armée d'Abder-Rhaman, inquiétés en rien par les Sarrasins ; nominalement soumis aux Francks, ils conservaient avec leur réelle indépendance la pureté de leur sang, en sorte qu'actuellement leur type physique primitif a pu rester prédominant dans le pays, alors qu'il s'atténuait en Espagne, où de nos jours il n'est plus représenté presque que par ses métis. 




pays basque autrefois race origines collignon anthropologie
TYPE BASQUE
DESSIN SCHERBECK 1929


Cette hypothèse rendrait compte aussi de la répartition actuelle des Basques en France. Nouveaux venus dans un pays presque désert, ils ont facilement soit absorbé, soit expulsé les rares Gallo-Romains, ou plutôt Aquitano-Romains qui subsistaient. Leur établissement fut définitif, parce qu'il s'agissait d'une véritable émigration avec femmes et enfants, mais à aucun litre il ne peut être admis, sauf en ce qui concerne le petit canton d'Aramitz, qu'ils aient à aucune époque dépassé les bornes de leur territoire actuel, marqué exactement de nos jours par la frontière linguistique. A aucun degré, il ne peut être acceptable en tout cas qu'ils l'aient occupé ni avant ni pendant la période gallo-romaine. Les Tarbelli allaient jusqu'aux Pyrénées, nous le savons ; or comme nous constatons dans le temps une filiation de race ininterrompue entre les néolithiques qui enterraient leurs morts sur ce territoire, à Sordes et les habitants actuels de la région de Dax, ancienne capitale des Tarbelli, nous sommes autorisé à conclure que des populations de même race s'étendaient jadis jusqu'à la montagne dans les vallées basques actuelles, comme elles le font encore de nos jours dans celles qui se trouvent à l'est du pays euskuarien. L'enclave actuelle est due à une poussée relativement récente et ayant marché du midi au nord, le fait peut être considéré comme acquis. 



Nous pouvons aussi nous expliquer de la sorte un fait qui jadis frappait déjà Broca : la plus complète conservation de la langue et des coutumes basques en France qu'en Espagne. Broca ne connaissait en réalité que le type Guipuzcoan, car sa série de crânes de Saint-Jean-de-Luz n'est basque que de nom, et, surpris de trouver en France une population différente de celle qu'il avait observée à Zaraus, il était persuadé que celle-ci était la seule exacte représentation de la race euskuarienne ; aussi s'étonnait-il à juste titre que, tandis que la langue et que les coutumes gardaient sur le versant nord des Pyrénées un caractère de pureté plus grand que sur le versant sud, le type de race y eût au contraire presque disparu...."



pays basque autrefois race origines collignon anthropologie
CRÂNE MASCULIN DE ST-JEAN-DE-LUZ
P BROCA 1862



(Source : EMD Fondation Sancho el Sabio Fondation : La Race basque : étude anthropologique / par le Dr. R. Collignon et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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samedi 15 novembre 2025

LA "RACE BASQUE" PAR LE DR RENÉ COLLIGNON EN 1894 (première partie)

ÉTUDE ANTHROPOLGIQUE SUR LA "RACE BASQUE" PAR LE DR RENÉ COLLIGNON EN 1894.


René Collignon, né en 1856 et mort en 1932, est un médecin militaire et anthropologue qui s'est particulièrement distingué par ses études d'hygiène publique, de médecine sociale et d'anthropologie.


pays basque autrefois race origines collignon anthropologie
TYPES BASQUES
DESSIN SCHERBECK 1929


En 1894, le Dr Collignon compare les observations qu'il a personnellement tirées des conseils de 

révisions des Basses et Hautes-Pyrénées et Landes, avec l'examen d'un régiment espagnol du 

Gipuzkoa.



Voici ci-après des extraits d'une de ses publications en 1894 au sujet de la "race basque" :


"La Race basque : étude anthropologique / par le Dr R. Collignon (Médecin major à l'Ecole supérieure de guerre).



On sait à quelles divergences de vues sont arrivés tous ceux qui se sont adonnés à l'étude du peuple euskuarien ou basque. Qu'il s'agisse de ses coutumes, de sa langue, de son type physique même, on se heurte à des opinions inconciliables. Quant à ses origines, les ténèbres les plus épaisses le couvrent, et ce peuple paradoxal, vivant débris de temps que l'histoire n'a pas enregistrés, pose, comme l'antique sphinx, son éternelle énigme aux historiens, aux linguistes et aux ethnographes, sans que ni les uns ni les autres aient su, jusqu'ici, la résoudre d'une façon même approximative.



Nous abordons, à notre tour, ce problème en anthropologiste et nous pensons être autorisé à croire que, comme tel nous serrons la vérité de plus près que nos devanciers. Le type physique du Basque se trouve, pensons-nous, définitivement fixe, et les rapprochements qui découlent de cette découverte nous indiquent, si non les origines de la race, du moins ses relations ethnogénétiques, ce qui limite le champ des recherches dans cet ordre d'idées. 




pays basque autrefois race origines collignon anthropologie
TYPE BASQUE
DESSIN SCHERBECK 1929



Effectué en 1893, au cours des opérations du conseil de révision des Basses-Pyrénées, notre travail porte : pour la France, sur l'ensemble du contingent, c'est-à-dire sur tous les jeunes gens de 20 à 21 ans, nés en pays basque ; pour l'Espagne (et seulement à titre de contrôle), sur l'examen des hommes d'un régiment espagnol du Guipuzcoa ; et enfin accessoirement sur tout le contingent annuel des départements français accolés au pays basque, Landes, Basses et Hautes-Pyrénées ; ce qui nous a permis de comparer aux Basques leurs proches voisins, Béarnais, Gascons, etc., etc., et même, grâce à nos recherches antérieures, les populations plus éloignées, comprises en bloc dans un vaste segment allant de La Rochelle à la Bidassoa et aux Pyrénées d'une part, de l'Océan à l'Auvergne et au Languedoc, de l'autre. 



Nous ne pouvons entrer dans le détail des mesures relevées, aussi nous bornerons-nous à résumer, dans un tableau comparatif, les principales moyennes obtenues en France et en Espagne, renvoyant, pour les détails et pour la discussion des résultats, à notre travail in extenso. 


pays basque autrefois race origines collignon anthropologie
TYPE BASQUE
DESSIN SCHERBECK 1929


Le simple vu de ces chiffres accuse, entre les deux séries, de notables dissemblances en ce qui concerne la conformation crânienne. Les Basques de France sont brachycéphales, ceux d'Espagne dolichocéphales ; en revanche, elle les réunit en ce qui concerne les caractères de la face, en tendant au contraire à les écarter des autres populations déjà étudiées de l'Europe, et notamment de toutes celles qui les entourent en France, soit au nord, dans les régions dolichocéphales de Dax ou très brachycéphales de Saint-Sever, soit à l'est dans les basses vallées des Pyrénées, ou dans le Béarn proprement dit. 



En deux mots, pris en bloc, les Basques diffèrent de tous leurs voisins par des caractères communs, et en outre leurs deux fractions principales diffèrent entre elles. 


pays basque autrefois race origines collignon anthropologie
TYPE BASQUE
DESSIN SCHERBECK 1929


Ce phénomène, signalé par tous les précédents observateurs, prouve-t-il l'antique dualité de race d'une population très ancienne, dont les deux fractions survivantes n'auraient de commun que la langue et dont les caractères similaires s'expliqueraient, comme le pensait Broca, par leur égale antiquité, ou bien ne serait-il qu'un accident du aux croisements subis par les uns ou par les autres ? En ce cas où chercher le véritable type basque, en Espagne ou en France, chez les dolichocéphales ou chez les brachycéphales ? Question épineuse et que, après mûre réflexion, nous n'hésitons pas à trancher en faveur des Basques français. 



L'anthropologiste qui, venant du Béarn ou des Landes, pénètre dans les cantons basques, et qui surtout a la bonne fortune d'avoir pu, comme nous, examiner des deux côtés de la frontière linguistique les individus qu'il voulait étudier dans le costume primitif exigé pour le passage devant le conseil de révision, est immédiatement frappé du changement radical qu'il observe. On a maintes fois fait remarquer combien pour les coutumes, pour les jeux, pour le costume même, la transition est brusque entre les Basques et leurs voisins. Non seulement d'un village à l'autre, mais même d'une maison à la voisine, dans les hameaux de la frontière où il y a eu émigration réciproque, on observe avec surprise une différence du tout au tout, suivant que les habitants sont basques on non. 



C'est la même impression que j'ai ressentie dès qu'en séance du conseil je me suis trouvé en présence du contingent basque, et celle-ci n'a fait que se fortifier au fur et à mesure que, poursuivant sa route de chef-lieu de canton en chef-lieu de canton, l'itinéraire du conseil de révision me mettait en présence de toutes les fractions de notre population euskuarienne. Un type d'hommes nouveau, profondément différent non seulement de tous ceux que dans les mêmes conditions j'avais observés en France, mais aussi de tous ceux que j'avais étudiés dans l'Afrique du nord, se révélait à mes yeux. 




pays basque autrefois race origines collignon anthropologie
TYPE BASQUE
DESSIN SCHERBECK 1929



Ce type, en le dégageant soigneusement de ce que des mélanges séculaires ont pu y introduire d'éléments adventices bien connus, comme aussi des immigrés, fils de fonctionnaires ou autres, compris dans le contingent pris en bloc, peut se caractériser de la sorte : 


Pour le corps. — Taille élevée, de beaucoup supérieure à la moyenne française pour les populations globales de même âge. Thorax tronconique allongé, large aux épaules qui affectent le type carré des statues égyptiennes ; très développé dans son périmètre qui, à taille égale, est de plusieurs centimètres plus long que celui de n'importe quelle autre race de France. Bassin droit et rétréci, toujours comme les anciens Égyptiens et comme la plupart des Berbères. Courbures rachidiennes très accentuées, très flexibles et donnant à la démarche une grâce toute particulière. Jambes grêles, mollets peu saillants. Membres supérieurs, grêles également.  


Pour la tête. — tête très allongée dans le sens vertical antéro postérieur. Crâne sous-brachycéphale par son indice céphalique, qui atteint 83,02 (sur le vivant), mais long d'avant en arrière en chiffres absolus, prodigieusement gonflé au-dessus des tempes, précisément au niveau du point où se prend le diamètre transversal maximum, caractère absolument propre à cette race et qui permet de considérer sa brachycéphalie comme factice et accidentelle. Le crâne est en outre haut dans son diamètre vertical. 



pays basque autrefois race origines collignon anthropologie
CRÂNE MASCULIN DE ST-JEAN-DE-LUZ
P BROCA 1862



La face est très allongée, très étroite et affecte la forme d un triangle renversé ; le front, étroit à sa partie inférieure, est haut et droit. Les arcades zygomatiques minces et effacées lui succèdent sans élargir sensiblement la figure qui ensuite se rétrécit brusquement pour aboutir à un menton prodigieusement pointu et à une mâchoire inférieure dont les angles postérieurs se rétrécissent concentriquement. Sur le squelette on se rend compte des causes anatomiques auxquelles se lie cet aspect, en remarquant la gracilité extraordinaire des maxillaires supérieurs qui semblent être comme comprimés en tous sens et renfoncés sous la voûte crânienne, fait observé déjà par Broca lorsqu'il remarquait que les arcades dentaires tendaient à se rejoindre en arrière chez certains sujets et que, bien loin d'être prognathes, quelques uns d'entre eux étaient opisthognates. 



pays basque autrefois race origines collignon anthropologie
TYPE BASQUE
DESSIN SCHERBECK 1929



De profil le front est élevé, droit, la glabelle effacée, la racine du nez assez enfoncée, celui-ci est en général busqué ; long et leptorrhinien, le bas de la figure allongé. Enfin les cheveux sont bruns, légèrement ondulés, et les yeux, tout en se rangeant dans la catégorie des foncés, seraient à plus juste titre classables dans une catégorie intermédiaire entre les yeux bruns véritables et les yeux dits de teinte moyenne ; ils sont aux yeux réellement foncés ce que les cheveux dits bruns sont aux cheveux noirs. De la barbe je ne saurais parier, tous sont rasés. 



Dans cet ensemble, les deux particularités frappantes et réellement caractéristiques sont le renflement du crâne au niveau des tempes et le prodigieux rétrécissement de la face vers le menton. La race qui les présente n'a pu les tenir d'aucune autre race connue ; ce sont donc là de véritables caractères ethniques, secondaires peut-être dans une classification générale des variétés humaines, mais strictement distinctifs pour celle dont il s'agit.



pays basque autrefois race origines collignon anthropologie
TABLEAU : NOMBRE DES SUJETS PRESENTANT
LE TYPE BASQUE DANS LES BASSES-PYRENEES



Ainsi déterminée, la véritable race basque est absolument facile à reconnaitre. Grâce à un pointage particulier, j'ai pu rechercher la proportion numérique en laquelle elle se présentait dans le département entier des Basses-Pyrénées et dresser le tableau ci-contre."



A suivre...



(Source : EMD Fondation Sancho el Sabio Fondation : La Race basque : étude anthropologique / par le Dr. R. Collignon et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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jeudi 23 octobre 2025

LA LIGUE INTERNATIONALE DES AMIS DES BASQUES EN 1938 ET 1939

LA LIGUE INTERNATIONALE DES AMIS DES BASQUES.



C'est le 16 décembre 1938, qu'est fondée, à Paris, La Ligue Internationale des amis des Basques (LIAB).


 

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LIGUE INTERNATIONALE DES AMIS DES BASQUES


L'objectif principal de cette association est de soutenir les dizaines de milliers de Basques exilés 

durant le franquisme, dans le monde entier, en créant des sections dans différents pays, mais aussi 

d'être un puissant relais international pour le gouvernement d'Euzkadi.



En février 1939, il est décidé que La section Française de la Ligue sera composée de deux comités 

réunis par un secrétariat commun sous le commandement du député démocrate-chrétien Ernest 

Pezet :


  • le Comité de secours aux Basques présidé par Mgr Clément Mathieu : c'est un Comité 
humanitaire d'aide matérielle aux réfugiés ;



MONSEIGNEUR CLEMENT MATHIEU
EVÊQUE D'AIRE ET DE DAX DE 1930 A 1963





FRANCOIS MAURIAC 1933
PRIX NOBEL DE LITTERATURE 1952


Les objectifs du Comité de secours aux Basques sont :


— de regrouper tous les sympathisants et amis des Basques dans le monde entier ;

— d'organiser la création de Comités locaux pour aider les Basques exilés ;

— d'organiser des bourses de travail, des offices d'information industrielle pour les Basques qui désirent travailler, chercher des capitaux, ou s'établir ;

— d'organiser un Comité spécial en faveur des prisonniers basques et en faciliter l'échange, travailler à la suppression des persécutions, etc... établir des contacts dans ce but auprès de divers groupements, ambassades, etc... ou encore avec d'autres personnalités qui, sous une forme ou une autre, peuvent coopérer à cette oeuvre humanitaire, comme aussi avec le Saint-Siège et la Croix Rouge Internationale ;

— le même Comité spécial décrit dans le paragraphe précédent devra aussi se charger du problème de la reconstitution familiale qui aura pour but particulièrement de rassembler les enfants avec leurs parents, les épouses avec leurs maris, et en général de s'occuper d'adoucir les tragiques circonstances par lesquelles passent actuellement les familles basques ; 

— de promouvoir la création de refuges pour les enfants, qui, ne pouvant pas être à côté de leurs parents, ou qui sont orphelins, sont actuellement dans une situation de détresse.



Les objectifs du Comité des Intérêts généraux d'Euzkadi sont :


— d'organiser un Centre d'informations qui recueille et fasse connaître les problèmes historiques et actuels d'Euzkadi ; ce Centre serait chargé de procurer aux Ambassades et aux Agents Diplomatiques de divers pays tous les renseignements concernant les Basques et leurs problèmes ; ses portes seraient ouvertes aux journalistes, historiens, ethnologues et autres écrivains qui voudraient s'occuper de la question basque ;

— de suivre de près l'évolution politique de la situation d'Euzkadi, afin d'étudier et de suggérer au moment propice en particulier à l'heure de la paix, les solutions susceptibles de sauvegarder, dans la Constitution du futur régime de la Péninsule Ibérique et de ses relations avec Euzkadi, les principes de justice et d'humanité, qui respecteront les libertés et les droits de la tradition sociale, politique et religieuse du peuple basque ;

— de faire mieux connaître les institutions et les caractéristiques du peuple basque, en particulier sa langue, sa musique, ses danses, sa peinture, etc... ;

— de coopérer de la manière la plus efficace à l'économie basque sur le plan international et d'organiser l'économie des basques exilés.



La Ligue a eu une grande importance en tant que porte-parole de la politique étrangère du Gouvernement Basque en exil, diffusant dans le monde entier les problèmes rencontrés par le pendant la guerre civile.



La Ligue est entrée dans l'histoire comme l'organisation étrangère la plus consolidée et la plus prestigieuse pour l'aide et le soutien du peuple Basque.



Voici ce que rapporta au sujet de la Ligue le journal La Jeune République, le 12 mars 1939 :



"Les Amis des Basques.



Eusko Deya, l'organe des Basques à Paris, annonce en ces termes la fondation d'une Ligue internationale des amis des Basques :


Il y a quelques jours a été constituée la Section française de la Ligue internationale des Amis des Basques, destinée à grouper les amis qu'ont les Basques dans le monde entier.


La Section française se compose de deux Comités, l'un intitulé de "Secours aux Basques", sous la présidence effective de Son Eminence le Cardinal Verdier, archevêque de Paris. Il a pour but d'aider le peuple basque en exil, de regrouper les familles dispersées, secourir les orphelins, et intervenir en faveur des prisonniers, en améliorant leur situation et en facilitant leur échange. L'autre Comité, intitulé "d'Intérêts généraux d'Euzkadi", est présidé par M. François Mauriac, de l'Académie française. Les buts que poursuit ce groupe sont : organiser un centre d'informations pour répandre la connaissance de la culture du peuple basque, intervenir en faveur de la reconnaissance des libertés traditionnelles d'Euzkadi, aider à l'instauration d'une économie des Basques en exil, et enfin coopérer à la restauration de l'économie d'Euzkadi.


Parmi les personnalités qui jusqu'à présent ont adhéré à la Section française de la Ligue figurent, en plus de celles déjà citées : M. Herriot, président de la Chambre des députés ; M. A. Champetier de Ribes, ministre des Pensions ; Son Exc. Mgr Feltin, archevêque de Bordeaux ; Son Exc. Mgr Mathieu, évêque de Dax ; Mgr Fontenelle ; M. Rivollet, ancien ministre et secrétaire général de la Confédération nationale des Anciens Combattants ; M. Philippe Serre, ancien ministre ; M. Louis Gillet, de l'Académie française ; MM. Ernest Pezet et Raymond Laurent, députés ; MM. Jacques Maritain, Georges Hoog, Claude Bourdet, etc..."




(Source : Wikipédia et Eusko Ikaskuntza et gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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jeudi 26 décembre 2024

LES BASQUES EN 1817 (deuxième et dernière partie)

 LES BASQUES EN 1817.


Depuis des centaines d'années, de nombreux voyageurs, traversant le Pays Basque, ont donné leur sentiment sur les Basques.




pays basque autrefois origines peuple 1817
TABLEAU VUE DE BAYONNE 19EME SIECLE
PAR LOUIS GARNERAY




Voici ce que rapporta à ce sujet Etienne de Jouy dans l'hebdomadaire Mercure de France, le 5 

avril 1817 :



"L'ermite en Province.

Les Basques.



... Je réponds à cela que les Cantabres, qui préféraient leurs rochers à toute la splendeur romaine, se gardèrent bien d'apprendre ce latin que l'ambition étudiait pour s'avilir avec élégance ; et que les barbares envahisseurs ne corrompirent pas la langue des Basques, parce qu'ils ne séjournèrent pas au milieu d'eux, et qu'ils ne firent, en quelque sorte, qu'enjamber par-dessus leurs pays. Les Basques préféraient leurs rochers à tout, et on ne se souciait pas de leurs rochers ; il en est de même encore aujourd'hui.



Il n'y a point de ville dans le pays basque ; dès lors la population ne s'y divise qu'en 2 classes, les nobles et les cultivateurs ; la noblesse (à l'exception des Belzunce et de 2 ou 3 autres familles) est pauvre sans illustration, mais sociable et hospitalière. C'est un trait particulier du caractère de la nation basque que d'exercer l'hospitalité la plus généreuse envers les étrangers qui visitent leur pays, et de prendre en aversion ceux qui veulent s'y établir ; je rappellerai à ce sujet un fait historique bien remarquable.



A l'époque où les Goths inondèrent la France et l'Espagne, en corps de nation armée, ils laissèrent dans les cantons basques des malades, et ce qu'on appelle vulgairement des traînards : plusieurs d'entre eux trouvèrent ce séjour plus agréable que celui de la Gothie et ne voulurent plus en sortir : ils se fixèrent parmi les Basques, mais ils ne purent jamais s'y naturaliser ; devenus chrétiens, ainsi que les Aborigènes, ceux-ci persistèrent pendant plusieurs siècles à n'avoir rien de commun avec eux, même dans les églises ; bénitiers, tombeaux, tout était séparé. Le nom de Goths ou d'Agoths, donné et reçu comme une cruelle injure, a fait couler le sang en plus d'une occasion. Cette aversion absurde a perdu presque toute sa violence ; de nos jours les Basques purs vivent en paix avec les Agoths, mais le préjugé a cependant encore assez de force pour devenir un obstacle aux alliances des familles, et mon guide m'a cité de jolies personnes, et qui, plus est, de grandes dots refusées sous le prétexte d'origine Agoth.



Une autre race étrangère s'était introduite beaucoup plus anciennement dans le pays basque ; elle y vivait comme dans tous les lieux où elle est répandue, dans un isolement absolu de la société dont elle ne fait jamais partie. Je veux parler de cette race vagabonde fort improprement appelée Bohémiens, et qui déjà, du temps d'Auguste et de Tibère, allait à Rome, sous le nom d'Egyptiens (que les Anglais lui donnent encore), vendre de petites images d'Isis et d'Osiris, enseigner leur doctrine religieuse et dire la bonne aventure aux maîtres du monde.



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LES BOHEMIENS EN VOYAGE DE CHARLES BAUDELAIRE
TABLEAU D'ALFRED DEHODENCQ 1852


On ignore l'époque reculée où ces Bohémiens se fixèrent entre les Pyrénées et Bayonne, d'où ils viennent enfin d'être chassés sans retour. Les Bohémiens erraient de temps immémorial dans cet espace ; ils y vivaient du produit de leur rapine, sans autre domicile que les forêts, les granges ouvertes et les ruines des maisons abandonnées.



"Il m'est arrivé souvent (me dit M. Destère), en voyageant la nuit, de voir des bandes de Bohémiens et des Bohémiennes danser au bruit des castagnettes autour d'un chêne en feu, où ils faisaient cuire les viandes du festin. Ce spectacle avait quelque chose de fantastique, dont l'imagination était vivement frappée."



Au milieu d'une espèce de promiscuité des deux sexes, il y avait sans doute des préférences assez longues pour qu'on puisse leur donner le nom de mariages ; cependant les enfants ne connaissaient que leurs mères, et les pères se dispensaient assez volontiers de prendre un titre auquel ils n'avaient presque jamais qu'un droit éventuel.



Quelques individus de ces bandes vagabondes se fixaient autour des habitations, et devenaient des intermédiaires dangereux, au moyen desquels les plans de rapines se combinaient mieux, et s'exécutaient plus sûrement.



Dans l'année 1804, M. de Castelane, alors préfet des Basses-Pyrénées, reçut l'ordre du Gouvernement de purger le pays des Bohémiens, dispersés en 20 endroits différents : dans une seule nuit tous furent enveloppés comme dans un filet, et conduits à bord de vaisseaux, qui les débarquèrent sur la côte d'Afrique. Cette mesure vigoureuse, qui reçut dans son exécution tous les adoucissements que la justice et l'humanité réclament, fut un véritable bienfait pour le département, et ce n'est pas le seul dont l'administration de M. Castelane y ait gravé le souvenir.



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BOHEMIENS EN VOYAGE 1861
TABLEAU D'ACHILLE ZO


M. Destère entremêla de quelques anecdotes cette courte digression sur les Bohémiens. Je citerai celle qui a pour garantie son propre témoignage.


"Dans ma première jeunesse, me dit-il, je fis rencontre à Bayonne sur le pont Mayou, d'une jeune Bohémienne devenue très célèbre sous le nom de Maytémina. J'en demande pardon à l'amour, mais je n'ai jamais rien vu de si joli ; et puisqu'il faut le dire, à ma honte, peut-être, n'ai-je jamais rien tant aimé. Je ne crois pas devoir pousser plus loin cet aveu ; je pourrais encore être d'humeur à justifier à mes propres yeux de semblables folies ; mais je ne suis plus d'âge à inspirer aux autres la même indulgence. Je fus vite, mais non pas longtemps, heureux avec ma belle aventurière, qui partit au bout de quelques mois pour aller briller sur un plus grand théâtre. Bientôt il ne fut bruit à Paris que de la charmante Bohémienne, et des conquêtes superbes qu'elle avait faites ; on allait jusqu'à dire qu'elle n'était point étrangère à certaines transactions de la plus haute politique.



Au bout de 2 ou 3 ans, Maytémina, s'apercevant que son crédit baissait avec ses charmes, profita de cette observation pour revenir à cette vie de Bohémienne, qu'elle regrettait au milieu des jouissances du luxe dont l'environnaient l'amour-propre et l'amour. Elle était depuis longtemps de retour dans nos montagnes, lorsqu'une circonstance bizarre, et fort heureuse pour l'un et pour l'autre, nous réunit quelques moments.


Un soir que je descendais les hauteurs d'Agnoa pour me rendre dans un petit château qu'habitait mon père, à une lieue de ce village, je fus attaqué par une troupe de Bohémiens-contrebandiers qui dépouillaient les passants quand ils n'avaient rien de mieux à faire. Je fis d'abord assez bonne contenance ; mais en voyant arriver un renfort de brigands, je laissai dans les mains de ceux qui m'avaient attaqué mon cheval et mon porte-manteau, et je me sauvai dans les montagnes. J'errais depuis une demi-heure de colline en colline, sans pouvoir retrouver la route, lorsque je me vois de nouveau poursuivi par ces mêmes Bohémiens, que devançait une femme qui agitait un mouchoir en l'air en criant : Maytémina ! Ce nom, qui n'avait jamais retenti sans plaisir à mon oreille, suspendit ma frayeur et ma course, et j'attendis la Bohémienne. Qu'on juge de ma surprise, c'était Maytémina elle-même. Chef des contrebandiers qui m'avaient dévalisé, en visitant mon porte-manteau, elle avait trouvé son portrait sur une boîte qu'elle m'avait donnée jadis, et que je possède encore ; éclairée par cet indice, elle volait sur mes pas, et venait me rendre mon cheval et les effets qui m'avaient été pris. Peu d'années avaient opéré sur Maytémina de sévères changements : ma reconnaissance n'emprunta rien d'un sentiment plus tendre. Elle me conduisit jusqu'à la porte de la maison où je me rendais, en riant des conseils que je lui donnais, et des craintes que je témoignais sur l'avenir qui lui était réservé. Nous nous séparâmes.



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GITANS REMPAILLEURS A HENDAYE
PAYS BASQUE D'ANTAN

Peu de jours après, je fus informé, à Bayonne, des dispositions qui se faisaient pour s'assurer de la bande des Bohémiens-contrebandiers ; et comme il est toujours plus ou moins désagréable de voir pendre l'objet qu'on a aimé, et dont on a le portrait dans sa poche, je fis parvenir à Maytémina un avis secret dont elle pouvait seule profiter, et au moyen duquel cette célèbre Bohémienne parvint à se soustraire au châtiment qui ne tarda pas à atteindre ses associés".



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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jeudi 28 novembre 2024

LES BASQUES EN 1817 (première partie)

LES BASQUES EN 1817.


Depuis des centaines d'années, de nombreux voyageurs, traversant le Pays Basque, ont donné leur sentiment sur les Basques.




pays basque autrefois origines peuple 1817
TABLEAU VUE DE BAYONNE 19EME SIECLE
PAR LOUIS GARNERAY




Voici ce que rapporta à ce sujet Etienne de Jouy dans l'hebdomadaire Mercure de France, le 5 

avril 1817 :



"L'ermite en Province.

Les Basques.


Hum non populi fasces, non purpura regum, 

Flexit, et invidos agitans discordia fratres.

Virg. Georg. 9



La pompe des faisceaux, l'orgueil du diadème,

L'intérêt dont la voix fait taire le sang même,

De ces hommes heureux ne troublent point la paix.

Delille.



Après avoir fait plusieurs excursions aux environs de Bayonne, après avoir parcouru le joli bois de Mousserol et visité l'habitation de M. M***, hors la porte d'Espagne, mon bon génie m'avait conduit le cours de la Nive ; de là j'embrassais une grande partie des vallées et des montagnes où vivent les Basques séparés, en quelque sorte, du monde entier par leur territoire et par leur langue : je réfléchissais que cet isolement ne les avait pas mis à l'abri de la renommée, et que César, dans une phrase très précise de ses Commentaires, fait d'eux un éloge après lequel il n'y a plus d'éloges, en parlant des races et des tribus de l'espèce humaine. Je me rappelais qu'en 1795, un ministre prussien (M. Humbold) était venu s'établir dans leur pays pour apprendre leur langue...



pays basque autrefois langue allemand
GUILLAUME DE HUMBOLDT


L'espèce de curiosité réfléchie que je mettais à parcourir des yeux ce vaste paysage, attira l'attention d'un homme d'un certain âge qui s'était approché de moi, et qui paraissait jouir de mon admiration. "Monsieur est étranger, me dit-il, en portant la main à son Berret. — Je suis né en France, lui répondis-je ; mais j'en suis sorti à quinze ans, et j'y suis rentré à soixante-douze, après avoir successivement habité les cinq parties du monde : vous voyez, Monsieur, que j'ai de la marge pour me choisir une patrie. — Vous n'hésiteriez pas, reprit-il vivement, si vous aviez, ainsi que moi, le bonheur d'être Basque. J'ai, comme vous, parcouru bien des pays, mais j'en reviens toujours à mes montagnes ; et plus j'observe ce petit coin de terre, plus je le compare à tout ce que j'ai vu, plus je trouve de raisons pour justifier à mes propres yeux la préférence que je lui donne.



C'était l'homme qu'il me fallait ; il ne se lassait ni de courir ni de parler ; je ne me lassai ni de le suivre ni de l'entendre. Ce personnage singulier avec lequel je me trouvai lié au bout d'une demi-heure, comme si je l'eusse connu depuis dix ans, est, à tous égards, un homme très distingué. Sa vaste instruction dont l'étude de l'antiquité parait avoir été l'objet principal, lui donne une sorte d'existence spéculative qui ne lui montre, dans le présent, qu'un point de départ vers les choses qui ont été, ou vers celles qui doivent être : on dirait qu'il a besoin de mettre les siècles et le générations au bout les uns des autres pour les apercevoir. Les Grecs, les Romains sont pour lui des peuples d'hier, et l'antiquité prodigieuse qu'il suppose à la petite nation basque, entre pour beaucoup dans l'amour qu'il a pour son pays natal. M. Destère (c'est le nom sous lequel il s'est fait connaître) m'a rappelé ces brames de l'Indoustan qu'il regarde comme les dépositaires de la sagesse humaine, et c'est, je n'en doute pas, a l'avantage que j'ai eu de vivre quelque temps avec les descendans des anciens brachmanes, que je suis en partie redevable de la considération qu'il m'a témoignée pendant la semaine que nous avons passée ensemble à battre les rochers et les vallons du pays basque. Ce qu'on va lire est le résultat de nos promenades et entretiens.



Les Basques sont des Phéniciens venus dans les Pyrénées, il n'y a pas moins de 5 000 ans pour en exploiter les mines, et l'on trouve encore leurs traces dans les excavations immenses des montagnes où les fouilles ont été faites.



Sous le nom de Cantabres, les Basques entrèrent sous la domination de Rome, plus difficilement et plus tard que les autres tribus de la péninsule. Cette domination, si pesante au reste de la terre, ne fut jamais pour eux un véritable joug ; ils avaient conservé leur langue, leurs moeurs et leurs coutumes administratives et judiciaires... Ce n'était pas un Lycurgue qui leur avait donné les lois orales qui les régissaient depuis tant de siècles ; ils les avaient reçues de la nature seule et tous avaient travaillé à les établir ; mais ces lois, que personne n'avait faites, ils les aimaient avec fureur, et les premiers historiens de Rome n'ont pu s'empêcher d'en parler avec une sorte de respect philosophique qu'ils n'ont pas toujours pour les institutions des autres peuples.



pays basque autrefois origines peuple 1817
LYCURGUE DE SPARTE
PAR MERRY-JOSEPH BLONDEL



Les Basques habitent sur les revers opposés des Pyrénées occidentales ; la plus grande partie de cette nation est soumise à l'Espagne et forme la population de la Navarre, de l'Alava, de la Biscaye et de Guipuscoa.



Les Basques français occupent, le long des Pyrénées, un petit territoire divisé en trois contrées que l'on nomme la Basse-Navarre, la Soule et le Labour, lesquelles, avec le Béarn, forment le département des Basses-Pyrénées. Les Basques espagnols et français sont une seule et même race d'hommes ; leur taille est moyenne, mais svelte et bien proportionnée ; leurs traits sont prononcés, leur physionomie à la fois douce et fière ; ils sont vifs, laborieux et d'une agilité passée en proverbe. Les basques parlent une langue qui n'a d'analogie avec aucune des langues vivantes : quelques mots identiques qui se retrouvent dans les langues anciennes de la Grèce et de l'Egypte servent de base au système d'un homme célèbre, compatriote de M. Destère, lequel donne à la langue basque une origine phénicienne (mon docte compagnon entama sur ce point une discussion dans les profondeurs de laquelle je craindrais de m'engager ; je le rejoins au moment où ses raisonnements me semblent appuyés sur des faits). La langue basque paraît avoir été jadis la seule en usage dans toute l'étendue de la péninsule ; en effet, de Cadix jusqu'au Ferrol, de Lisbonne jusqu'à Pampelune on est étonné du grand nombre de rivières, de montagnes, de monument et de ruines qui portent encore des noms basques. M. de La Borde, dans son Itinéraire d'Espagne, nous dit : "que dans le royaume de Valence il a vu des souterrains antiques qu'on croit avoir servi de greniers ; il ajoute que dans le pays on les nomme siloa." Or, siloa est un mot basque qui signifie trou, souterrain, excavation (remarquons, en passant, qu'en hébreu, le mot siloe avait la même signification). Au fond du Portugal on trouve une ville bâtie ou rebâtie par un Romain, et qu'on nomme Hivi-Flavia (ville de Flavius) du mot basque hivia, qui veut dire ville : je pourrais, continua M. Destère, vous citer cent autres exemples de ces noms basques venus d'aussi loin, sans avoir changé sur la route.



pays basque autrefois origines peuple 1817
LIVRE ITINERAIRE DESCRIPTIF DE L'ESPAGNE
D'ALEXANDRE DE LABORDE



pays basque autrefois origines peuple 1817
ROUTE DE BAYONNE A BURGOS 1ERE FEUILLE
LIVRE ITINERAIRE DESCRIPTIF DE L'ESPAGNE
D'ALEXANDRE DE LABORDE





Maintenant, ajouta-t-il, comment cette langue basque, étouffé si vite par la langue latine dans le reste de la péninsule, s'est-elle maintenue dans un coin des Pyrénées ? comment a-t-elle échappé seule à la corruption introduite par les envahissements successifs des Vandales, des Alains, ddes Goths et des Maures ?"



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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