2 996 ENFANTS FURENT ENVOYÉS EN RUSSIE POUR ECHAPPER À LA GUERRE CIVILE ESPAGNOLE.
Suite au bombardement de Guernica le 26 avril 1937, le Gouvernement Basque, relayé par le Gouvernement Républicain, lance un appel à de nombreux pays pour que les enfants soient accueillis en toute sécurité.
Rien qu'en 1937, plus de 36 000 enfants de moins de 14 ans ont péri dans cette guerre civile, ce
qui correspond à 28% des morts de cette année là.
Plusieurs pays acceptèrent rapidement, pour des raisons humanitaires, de recevoir des
enfants, en particulier la France, la Belgique, l'Angleterre, le Mexique, les Usa, la Suisse et le
Danemark.
L'Union soviétique, pour sa part, accepta elle aussi mais un peu plus tard.
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APPEL A L'AIDE POUR LES ENFANTS ESPAGNOLS |
Ainsi, des bateaux changèrent de direction, au dernier moment, et la destination finale de
presque trois mille enfants (Basques, Asturiens mais aussi de toute l'Espagne) ne fut pas
l'Angleterre, mais l'Urss.
Il ne faut pas oublier que l'Urss bénéficiait, en 1937, d'une large sympathie en Espagne, parmi
les combattants Républicains.
En effet, de nombreux soviétiques étaient venus au secours de la République Espagnole et
luttaient au sein des Brigades Internationales, dont les quartiers généraux étaient dans la ville
d'Albacete (en Castille-Manche).
Cette ville fut d'ailleurs bombardée, comme beaucoup d'autres par les forces fascistes
(allemandes et italiennes), les 19 et 20 février 1937.
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BRIGADES INTERNATIONALES A ALBACETE EN 1937 |
L'évacuation des enfants se mit en place vite et dès la mi-juin 1937, ce fut un premier groupe
d'enfants qui quitta le Pays Basque Sud et l'Espagne à destination de l'Urss.
Quatre convois, au total, se succédèrent pendant l'été 1937.
Plusieurs bateaux tels que le "Palo de Cabos", "la Habana" et le "Félix Dzerjinski" partent
de Carthagène, Valence, Bilbao, Barcelone et Gijon, avec à leur bord des centaines d'enfants
espagnols, grâce à une chaîne de solidarité internationale.
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ENFANTS ESPAGNOLS EN ATTENTE DU DEPART |
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ENFANTS ESPAGNOLS EN ATTENTE DU DEPART |
Le Centre espagnol de Moscou fait état de 2 996 enfants au total évacués en Union soviétique.
Ce furent principalement des familiers de résidents, Républicains déjà établis en Urss, grâce au
travail colossal mené par le Secours Rouge International, en collaboration avec le Parti
Communiste Espagnol et le Ministère de L'Instruction Publique Espagnol.
Les fiches individuelles de ces enfants montrent que c'est le Commissariat du Peuple à
l'Instruction Publique de l'Urss qui prend la responsabilité du séjour de ces enfants et que les
enfants dépendent directement de ce Ministère.
Pour une grande partie des Espagnols de cette époque, et surtout pour tous les gens proches
des Partis Socialiste et Communiste, l'Urss fait figure de véritable "paradis terrestre".
Y a-t-il un meilleur endroit au monde pour envoyer ses enfants ?
De plus, au milieu de l'année 1937, les parents, comme d'ailleurs une grande partie de la
population Espagnole, croient fermement que la guerre civile va être de courte durée et que les
Républicains vaincront.
Dolorès Ibarruri, la Pasionaria, l'a bien déclaré, il y a presque un an, le 19 juillet 1936 : "No
pasaran" !
La majorité de ces enfants sont d'origine Basque et Asturienne mais en réalité toute l'Espagne
est représentée : de Malaga, de Madrid, de Terruel, de Barcelone, d'Oviedo ou de Gijon, toutes
ces villes où les combats font ou ont fait rage.
Ces enfants ont entre deux et quinze ans et sont issus, pour la plupart, de la classe ouvrière et
paysanne espagnole, avec des parents militant qui dans des syndicats ouvriers comme l'Ugt ou
la Cnt, qui dans des partis politiques de gauche comme le Psoe, le Pce ou le Parti Radical.
Néanmoins, l'Urss qui les accueille ne semble pas faire de ce militantisme une condition pour
recevoir ces enfants.
En Union soviétique, ils sont reçus comme des héros.
Poing levé et au son de l'internationale, ces "orphelins" Espagnols descendent les passerelles
des bateaux à Léningrad ou Yalta et ils sont accueillis avec des fleurs et des guirlandes par un
important comité de pionniers locaux et des komsomols (organisation de jeunesse communiste).
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ENFANTS ESPAGNOLS A L'ARRIVEE EN URSS |
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ARTICLE RELATANT L ARRIVEE DES ENFANTS ESPAGNOLS A LENINGRAD |
Ensuite, c'est le transport en train avec des gares décorées et fleuries, tout le long de leur trajet,
pour les réfugiés Basques et Espagnols.
Cet accueil fastueux (concerts et gala au Bolchoï) est utilisé par la propagande soviétique (films
et photos) pour montrer au monde que l'Urss est le seul pays capable de prendre la défense des
opprimés et de mener une lutte effective contre la barbarie fasciste.
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ARRIVEE DES ENFANTS ESPAGNOLS EN URSS |
Dès leur arrivée, les enfants sont l'objet de nombreux égards et soins : un bon bain, un examen
médical, de nouveaux vêtements (des uniformes pour tous) et des repas succulents, avec même
du caviar au menu.
Avant de découvrir leur nouvelle maison, ils font même un séjour dans un sanatorium pour se
reposer de leur périple.
Au fur et à mesure qu'ils arrivent en Union soviétique, les enfants sont accueillis dans les seize
Maisons d'Enfants, que le Narkompros (le Commissaire du peuple pour l'Enseignement
Soviétique) avaient créées spécialement dans différentes provinces de la Fédération Russe
(Léningrad, Moscou) et en Ukraine (Kiev, Odessa, Kherson et Kharkov) pour les enfants
espagnols évacués.
Ces centres accueillent un nombre plus ou moins similaire d'enfants, la maison N°1, inaugurée
le 1er août 1937, située dans la région de Moscou, accueille 358 enfants.
L'Urss ne lésine pas pour bien accueillir ces nouveaux invités.
Rien que pour la maison N°1 et ses nouveaux locataires, l'Etat dépense plus d'un million trois
cent mille roubles.
C'est une somme considérable, sachant qu'en plus, il y a quinze autres maisons qui sont
destinées à recevoir ces enfants.
Pour la nourriture aussi, le coût initialement prévue par personne et par jour est pratiquement
doublé car les repas servis sont proches de la cuisine espagnole.
Les témoignages d'ex-enfants indiquent que du café au lait était servi au petit-déjeuner.
Ceci était un privilège réservé à la haute nomenclature soviétique, alors qu'en Ukraine sévissait
quelques années auparavant une famine atroce.
On estime la dépense au minimum à plus de 350 roubles par mois et par enfant.
A titre de comparaison, le docteur de la maison N°1 avait un salaire mensuel de 500 roubles.
On eut donc considérer que ces enfants sont vraiment des hôtes privilégiées du pouvoir
soviétique.
D'autant plus, que des sculptures achetées 5 500 roubles pièce décorent la maison d'enfants
N°1, un piano est acheté dans la foulée en 1937.
La maison N°5 dispose, par exemple, d'une bibliothèque avec plus de 400 titres en espagnol.
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ANIMATION DES ENFANTS ESPAGNOLS EN URSS |
L'enseignement est dispensé en espagnol car la venue des enfants est perçue comme temporaire
et les soviétiques font tout pour que les enfants ne coupent pas les liens avec l'Espagne et
puissent reprendre ensuite leur scolarité dans leur pays, quand le conflit sera terminé.
La République Espagnole envoie à cet effet en Urss 213 adultes espagnols, pour la majorité
des instituteurs et des surveillants.
Une importance toute particulière est donnée au travail politique des enfants, par les
organisations de pionniers et les komsomols.
Cela exprimerait la volonté sous-jacente du pouvoir soviétique d'endoctriner ces enfants avant
un éventuel retour en Espagne.
Les enfants assistent à des conférences politiques et parlent le russe avec de plus en plus
d'aisance.
Chaque classe se réunit tous les lundis après le dîner, entre 20h et 21h30 et on vérifie ainsi leurs
tendances politiques.
Les enfants doivent préparer leurs exposés sur des thématiques bien précises.
En 1939, la guerre civile espagnole est remportée par les franquistes et les enfants présents en
Urss ne peuvent pas rentrer chez eux alors que ceux envoyés en Angleterre, France, Belgique
ou Danemark peuvent retourner en Espagne.
Après une guerre qui a épuisé l'Espagne, à Moscou, on croit à un effondrement du régime
fasciste à Madrid.
Les enfants grandissent et beaucoup finissent leur scolarité, intègrent les universités ou
obtiennent une profession industrielle ou technique.
Ces jeunes espagnols obtiennent la citoyenneté soviétique.
Mais leur existence jusqu'alors paisible est rattrapée par l'histoire lorsque le 22 juin 1941, les
soviétiques apprennent par Molotov l'invasion de leur territoire par les les troupes d'Hitler.
La situation de ces enfants va complètement changer et je vous en parlerai dans un article
ultérieur.
(Source : http://baladeenpaysbasque.centerblog.net/4987-les-enfants-de-la-guerre et http://retirada37.com/?p=2137)
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
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