jeudi 29 juin 2017

LES ENFANTS BASQUES EN RUSSIE DE 1941 A 1965 (2ème partie)

LES ENFANTS BASQUES EN RUSSIE DE 1941 A 1965.


Le 22 juin 1941, les enfants, ainsi que la majorité de la population soviétique, écoutent avec perplexité l'adresse radiophonique de Molotov annonçant l'invasion du territoire soviétique par les troupes allemandes. 


En outre, cette date commémore presque jour pour jour le quatrième anniversaire de l'arrivée 

des premiers enfants dont je vous ai parlé dans un article précédent.

Il marque également la fin d'un heureux séjour en URSS et le début d'une tragédie.


pays basque autrefois
ENFANTS BASQUES EN RUSSIE 1937




pays basque autrefois
ENFANTS BASQUES EN RUSSIE 1937




pays basque autrefois
ENFANTS BASQUES EN RUSSIE 1937




pays basque autrefois
ENFANTS BASQUES EN RUSSIE 1937

pays basque autrefois
ENFANTS BASQUES EN RUSSIE 1937





En effet, très vite, disparaissent de nombreux éducateurs, partis combattre sur le front tandis 

que les enfants les plus âgés sont enrôlés dans l'Armée rouge en tant que Soviétiques


Au total 130 « enfants » espagnols sont enrôlés dans l'Armée rouge, 50 tombent sur le champ 

de bataille, 47 sont faits prisonniers par les Allemands et rapatriés en Espagne et 33 seulement 

survivent. 


La déroute de l'armée soviétique ne laisse pas de temps pour évacuer toutes les maisons. 

Ceux qui sont à Léningrad, par exemple, subissent le terrible siège de la ville. 

Pour les autres, la situation n'est en rien enviable. 

Une fois atteintes les régions éloignées pour échapper à la fulgurante avancée allemande, les 

enfants ne trouvent que désolation et pénuries en tout genre. 


Manque de nourriture, manque de vêtements appropriés, des conditions hygiéniques 

pitoyables, la mort est omniprésente. 


Sur les 358 enfants de la maison no 1 en 1942, 28 ont la tuberculose, 29 sont victimes de la 

malaria, 57 sont touchés par des intoxications diverses, 7 ont des problèmes cardio-vasculaires, 

10 souffrent d'atteintes à leur système nerveux et psychologique, 9 éprouvent des malaises aux 

yeux, 14 ont de sérieux problèmes à l'ouïe et un enfant a développé une tumeur au foie. 

133 enfants seulement sont en bonne santé. 

Les 61 manquants ne tombent malades que « sporadiquement » mais jamais, pendant toute la 

durée de la guerre, ces enfants n'ont manqué d'éducation. 


Les rapports des instituteurs continuent à se faire périodiquement, rappelant toutefois la 

dureté des conditions matérielles subies et se félicitent de pouvoir remplir le programme 

scolaire. 

Leur ration alimentaire est drastiquement limitée, ce qui crée d'indéniables problèmes de 

santé. 

Les rations minimales mensuelles pour les maisons, en tenant compte de la guerre et de la dure 

situation du pays, ne peuvent pas être respectées et demeurent le plus souvent lettre morte. 

Les maisons ne reçoivent, en effet, que très peu de produits : en tout 80 kg d'huile animale, 235 

d'huile végétale, 660 kg de semoule, 200 kg de sucre par mois, bien en dessous de la norme 

mensuelle, et ne fait qu'accentuer la mortalité infantile. 

Au total, 251 enfants mourront pendant la guerre.



La fin du conflit mondial marque un autre moment pour pouvoir rapatrier les enfants. 


À partir de 1945, lorsque des millions de personnes retournent à leur pays d'origine après les 

grands bouleversements de la guerre mondiale, les parents des enfants espagnols réfugiés en 

URSS depuis 1937 commencent à les réclamer. 


L'Union soviétique n'entretient pas de relations diplomatiques avec l'Espagne, ce qui 

complique le rapatriement, mais les demandes se font à travers les ambassades de France, du 

Mexique ou de l'Argentine, pays auprès desquels de nombreux Espagnols avaient trouvé 

refuge à la fin de la guerre civile. 


Dans un premier temps, le retour des enfants se fait sans entraves, et prend vite de l'ampleur. 


En 1945, 20 enfants peuvent rejoindre leurs familles, en 1946, 32 et en 1947, 65 enfants quittent 

l'Union soviétique. 


Comprenant l'importance du phénomène, le Parti Communiste Espagnol décide d'intervenir 

pour enrayer la fuite des enfants car ce rapatriement risquait de compromettre la politique 

ambitieuse de « la Pasionaria » ; celle de convertir ces enfants en de véritables « homo 

sovieticus » avant un éventuel retour dans leur patrie, pour pouvoir bâtir une nouvelle 

Espagne socialiste. 


En 1948, cette courte période d'« ouverture » se termine brutalement ; aucun enfant ne 

gagnera plus l'étranger à partir de cette date. 


Ces enfants deviennent de jeunes adultes et sont incités à parfaire leur éducation. 


Plus de 750 « enfants de la guerre » reçoivent une éducation universitaire. 

Ces jeunes Espagnols entament donc leur vie en Union soviétique, résignés à ne plus pouvoir 

rentrer en Espagne. 

Beaucoup d'entre eux se marient, ont des enfants et commencent des carrières professionnelles.

Avec l'avènement de Khrouchtchev, les destins des enfants espagnols sont profondément 

changés. 


En 1956 quelques « enfants » espagnols réussissent à envoyer une lettre clandestine au 

secrétaire général des Nations unies, Dag Hammarskjöld, dans laquelle ils expliquent que les 

enfants de républicains espagnols venus en 1937 sont retenus contre leur volonté en URSS. 

Les pressions de Dag Hammarskjöld se font de plus en plus pressantes.


Craignant que cette affaire n'apparaisse en plein jour et ne crée une situation embarrassante 

pour l'Union soviétique et pour la politique d'ouverture que le premier secrétaire du PCUS 

tentait d'imposer sur la scène internationale, Khrouchtchev accorde aux « enfants » espagnols 

en 1957, vingt ans après leur arrivée en territoire soviétique, le droit de retourner en Espagne. 


La totalité du contingent peut repartir sauf ceux qui travaillent dans l'industrie lourde ou 

militaire.

Les retrouvailles avec l'Espagne ne sont pas faciles. 

Elles sont plutôt marquées par de grandes désillusions. 


Après avoir passé toute une vie en Union soviétique, ces jeunes Espagnols ont du mal à 

retrouver leurs familles et leur pays. 


Guettés par la police secrète de Franco qui débusque frénétiquement de supposés agents du 

KGB, par une Église catholique omniprésente qui veut imposer à ces sortes d'« hérétiques 

laïques » l'évangile par tous les moyens, ils se heurtent à des problèmes d'adaptation qui ne 

font qu'accentuer le désir de beaucoup de regagner l'URSS. 


Petit à petit un peu moins de la moitié des personnes rapatriées regagnent l'URSS pour s'y 

établir définitivement.

On retrouve donc des adultes revenus de leur plein gré dans la patrie qui les avait accueillis 

avec tant de largesse et d'enthousiasme il y a plus de vingt ans de cela. 


À défaut de rentrer en Espagne et de guider l'Espagne vers le socialisme, comme c'était le 

souhait du PCE, c'est vers l'Amérique latine - continent en pleine ébullition - que les savoirs de 

ces « enfants de la guerre » vont être mis à contribution. 


Grâce à leur profession et à leur savoir le PCUS va trouver dans ces « enfants » un dispositif de 

gens très préparés, latins de surcroît, pour mener une politique de séduction et de 

rapprochement à l'égard de l'Amérique latine.

Avec la consolidation de la révolution cubaine au début des années 1960, une quantité non 

négligeable de Soviétiques se rendent dans l'île caribéenne en tant qu'experts ; plus de deux 

cents « enfants espagnols » partent servir le régime de Fidel Castro. 


La plupart sont des ingénieurs et des agronomes venus prêter main forte sur le terrain ainsi 

que dans les amphithéâtres universitaires de la Havane, pour préparer des futurs 

professionnels.


Des économistes, des traducteurs, des médecins, des ingénieurs, des professeurs en tout genre 

se rendent à la Havane pour participer à la construction du socialisme et surtout pour faciliter 

la compréhension et le rapprochement entre les deux cultures. 

Ainsi ces Espagnols deviennent en quelque sorte le fer de lance de la politique latino-

américaine élaborée au Kremlin.


Beaucoup d'autres « enfants » restés en URSS contribuent également, à un certain degré, au 

rapprochement avec le continent latino-américain. 


Les portes du nouvel Institut de l'Amérique latine de l'Académie des sciences (fondé en 1961) 

leur sont ouvertes et beaucoup vont s'y employer, en tant qu'experts économistes, historiens et 

traducteurs, à resserrer les liens. 


Dans ces années soixante l'intérêt pour le monde hispanique est en pleine croissance et les 

opportunités qui s'ouvrent en Amérique latine font que l'espagnol devient une langue de plus 

en plus enseignée dans les grands instituts. 


Les maisons d'édition ne demeurent pas en reste et emploient un grand nombre de ces enfants. 

Traducteurs, correcteurs, rédacteurs font leur entrée dans des maisons d'édition comme « 

Progress » ou « Mir » ou bien dans les rédactions de revues comme « Temps nouveaux », « La 

gazette littéraire », « Femme soviétique », « Les nouvelles de Moscou » et « Culture et vie », qui 

sont toutes traduites en espagnol dans un élan propagandiste mondial.


Radio Moscou saura également en tirer profit en drainant une quantité considérable de 

candidats à des postes de locuteurs, correcteurs, analystes, traducteurs et d'éditeurs de 

programmes. 

Bien que les émissions en espagnol existent depuis les années trente, celles-ci se sont 

considérablement diversifiées. 


L'Espagne et Cuba ont des émissions qui leur sont spécifiquement consacrées. 

L'Amérique latine bénéficie d'une programmation toute particulière, ce qui demande une 

quantité croissante de professionnels divers (et pas uniquement à la radio). 

Ces jeunes Espagnols, tel un corps d'armée en première ligne, vont satisfaire cette demande et 

même l'honorer avec une certaine fierté.


Le développement des carrières professionnelles des enfants espagnols marque la volonté du 

pouvoir de placer ces jeunes espagnols dans les secteurs où ils vont être les plus utiles pour la 

projection d'une nouvelle politique étrangère soviétique en Amérique latine.

La période qui s'ouvre marque, en effet, une prise de conscience croissante, de la part des 

autorités soviétiques, de l'importance de l'Amérique latine. 


À ce titre, Moscou dispose d'une avant-garde de spécialistes espagnols-soviétiques qui 

s'emploieront à façonner une politique de plus en plus dynamique et ainsi profiter des 

nombreuses « ouvertures » en Amérique latine. 


Le pouvoir soviétique bénéficie d'une conjoncture très favorable tant sur le plan international 

(pénétration propice du sous-continent américain) que national (la majorité des Espagnols 

étaient déjà formés et avaient une expérience conséquente dans leurs divers domaines), chose 

qui lui permettra de tirer de façon favorable son épingle du jeu dans l'échiquier de la guerre 

froide. 


Ces enfants sont venus en URSS pour échapper à une guerre et se retrouvent finalement 

participant à une autre, beaucoup plus subtile, où les armes les plus redoutables ne sont pas 

des armes de destruction, mais les connaissances et les spécialisations mises à profit dans un 

cadre beaucoup plus large, celui de l'élaboration d'une stratégie de suprématie sur le plan 

mondial et plus spécifiquement en Amérique latine. 



(Source: http://baladeenpaysbasque.centerblog.net/4987-les-enfants-de-la-guerre)

Merci ami lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.


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