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vendredi 22 mai 2026

LA FERME LABOURDINE AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (deuxième partie)

 

LA FERME LABOURDINE.


La maison Basque (Etxea) est au coeur de la société. La ferme labourdine regroupe les hommes et les animaux et le matériel agricole.



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FERME LAPHITZEA SARE
BMB N°20 1941



Voici ce que rapporta à ce sujet Pierre Dop dans le Bulletin du Musée Basque N°20 1941 :



"Laphitzea. Type de ferme labourdine.


Type — Vues sur le passé — Description — Disposition intérieure — Domaine rural.



... Cette maison se fait remarquer par ses belles dimensions, la symétrie, la régularité de ses lignes architecturales.



Elle a 19 mètres de largeur sur 25 mètres de longueur, occupant ainsi une superficie de près de 5 ares, soit exactement 475 mètres carrés. Bien qu'importants, ces chiffres ne l'inscrivent pas en tête de liste, si l'on classe les maisons de Sare au point de vue de la surface couverte. Nous en connaissons plusieurs qui la dépassent, comme Garatea : 594 m. c. ; Haristeguia : 511 m. c. ; Berroueta : 480 m. c. Elle s'inscrit cependant en fort bon rang. Une particularité de ses dimensions est la proportion de la largeur par rapport à la longueur, proportion qui atteint les 3/4. Quand on l'aborde par le côté, l'importance de la construction ne frappe pas spécialement. C'est de face qu'elle prend toute sa valeur.



Nous voyons dans Laphitzea le modèle de la maison labourdine dans sa plus grande pureté.



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MAISON LABOURDINE SARE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Comme le type se caractérise surtout par la structure de la façade, nous donnerons de celle-ci une description détaillée.



Tandis que sur trois côtés les murs sont édifiés tout entiers en maçonnerie, la façade est composée de matériaux semblables jusqu'au niveau du 1er étage seulement. Au-dessus, elle est constituée par une armature de pans de bois, avec remplissage de briques.



Pareille construction réclame le renfort de murs de refend dans les exemplaires quelque peu importants. A ce propos, on trouve la plus grande variété. Certains de ces murs s'élèvent jusqu'à la toiture. D'autres s'arrêtent au niveau du 1er étage. Certains soutiennent la maison sur toute sa profondeur, d'autres, et cela le plus souvent, sur une partie seulement. Parfois il y en a deux, parfois un seul. Dans ce dernier cas on en voit beaucoup qui sont édifiés en dehors de l'aplomb du faîte de la toiture, même quand les deux versants de celle-ci sont d'une égale longueur.



A Laphitzea il y a deux murs de refend s'élevant jusqu'à la toiture. Débordant légèrement sur la façade, ils en coupent la blancheur par la belle couleur de leurs pierres polies. Avec le souci de la symétrie qui se manifeste dans la construction, ces deux murs sont élevés de part et d'autre à la même distance du faîte, plus rapprochés cependant de ce dernier que des murs latéraux. De cette façon, la façade se trouve divisée en trois parties, celle du centre d'une largeur un peu supérieure à celle des deux autres, qui sont égales entre elles.



Ces murs de refend se prolongent jusqu'à une distance de 6 mètres du fond, où ils sont reliés entre eux par un autre mur. Leur hauteur ne se maintient pas la même dans cette prolongation. Sur une longueur de 8 mètres ils supportent directement la toiture, ensuite s'abaissent au niveau du 2e étage, continuant leur office par l'intermédiaire de poteaux.



Au rez-de-chaussée ces deux murs constituent l'encadrement d'une ouverture formant abri, de la même hauteur que ce rez-de-chaussée et profonde de 4 m. 75. C'est le lieu dit lorio. Il ne manque dans aucune ferme de Sare. C'est une particularité de ce village, et si on le rencontre ailleurs, c'est surtout dans sa région proche. La commodité a créé cette disposition qui donne tant d'originalité à la construction. On y abrite avec facilité toutes sortes de choses, en particulier, charrettes, instruments aratoires. C'est un lieu de jeux pour les enfants, de menus travaux pour les grandes personnes.



A Laphitzea le lorio s'ouvre de plain-pied sur une grande cour qui précède la maison, et où on loge les hauts tas de fougère destinée à la litière des animaux. Cette cour rectangulaire, aussi large que la façade, a sa clôture pittoresquement constituée par d'énormes pierres plates fichées en terre, usage très répandu dans la région proche de la montagne, bel exemple du rude travail des anciens qui ne reculaient pas devant les difficultés pour faire œuvre durable.



Signalons aussi au rez-de-chaussée, à droite quand on regarde la façade, une belle fenêtre, encadrée de pierres taillées et avec appui en saillie. Son ouverture est divisée par des meneaux en forme de croix. C'est un genre de fenêtres que l'on retrouve dans d'autres belles maisons de Sare, et toujours au rez-de-chaussée. Il y en a une à Leremburua, qui est voisine de Laphitzea. Dans certaines, Ithurbidea, Haristeguia, par exemple, il y en a même deux, une de chaque côté du lorio, quand celui-ci s'ouvre au milieu de la façade. A Laphitzea, la partie gauche est percée d'une vulgaire porte d'étable et de simples fenêtres à montants de bois. Ces ouvertures nous paraissent de création relativement récente. Par les exemples que nous venons de citer, et par le souci de symétrie qui se révèle dans le reste de la construction, nous nous demandons si elles n'ont pas remplacé bien fâcheusement une fenêtre semblable à celle de la partie droite. C'est probable.



La maison possède deux étages. Ils sont marqués chacun par un léger encorbellement sur la façade. Cet encorbellement est marqué aussi sur les quatre murs de soutien. Dans l'ouverture du lorio une forte poutre, reposant sur les murs de refend, porte l'extrémité des solives du premier étage, qui s'appuient sur la maçonnerie dans le reste de la façade. Ces têtes de solives, ressortant extérieurement pour soutenir l'encorbellement, sont moulurées en forme de corbeaux.




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FERME LAPHITZEA SARE
BMB N°20 1941



L'assemblage des pans de bois est des plus simples. Posés verticalement avec un écart variant entre 0,55 et 0,65 cm. d'axe à axe, et longs de toute la hauteur de l'étage, ils s'encastrent à leur base sur une pièce de bois transversale et sont reliés entre eux par un bandeau saillant à la hauteur des fenêtres dont il constitue l'appui au passage. Aux deux étages, ce bandeau est sculpté de dentelures. C'est le seul travail ornemental que nous relevons sur la façade en dehors des abouts de pannes qui soutiennent l'avant-toit. Très simplement elle tire toute sa décoration des pans de bois qui forment sa bâtisse. Non revêtus de peinture, et probablement n'en ayant jamais reçu, ces bois ont acquis du temps une superbe couleur noire d'un ton velouté qui tranche admirablement sur le mur crépi et blanchi à la chaux.



Si nous nous sommes arrêtés à la description de leur assemblage, ce n'est pas qu'il soit particulier à Laphitzea. On le retrouve reproduit dans toutes les fermes du Labourd. Mais il caractérise le type.



Au premier étage les fenêtres sont placées symétriquement, deux dans la partie médiane, une dans chacune des deux autres. En largeur elles occupent deux intervalles de pans de bois plus espacés que dans les parties pleines, et sont divisées en croix par des meneaux. Chacune des quatre parties résultant de cette division est fermée par un panneau de bois orné de clous à large tête. Au deuxième étage ce genre de fenêtres ne se reproduit que dans la partie médiane. Sur les côtés il y a bien une ouverture, mais elle est de moindre dimension, logée dans un seul intervalle de pans de bois et tout près des murs de refend, disposition commandée par l'inclinaison des versants du toit, qui affecte la hauteur de l'étage, en dehors de la partie médiane, à tel point que ces versants viennent aboutir à 0,50 cm. seulement au-dessus du plancher.



Contrairement au mur de la façade, les trois autres n'ont pas reçu de crépissage. Ils gardent intacte la couleur brune de leurs pierres. Leurs fenêtres sont très réduites, aussi bien en nombre qu'en dimension, même du côté du midi, mais surtout à l'ouest où on n'en compte que deux. Une telle parcimonie s'explique. Autrefois, les châssis vitrés manquaient même dans les parties habitées de la maison, et les volets seuls servaient à se défendre contre le froid et la violence des vents. Toutes ces ouvertures, du moins les anciennes, sont largement ébrasées, d'une ébrasure soignée, en pierres taillées.



La couverture de la maison est constituée par des tuiles creuses sur une toiture à deux versants. La charpente qui supporte celle-ci est d'une grande simplicité, de cette même simplicité architecturale qui a présidé aux conceptions de la construction tout entière. Elle est composée de fort belles poutres en chêne — quelques-unes d'une longueur de 12 à 13 mètres — portées par de simples poteaux non étayés.



La toiture s'avance d'environ 1 mètre au-dessus de la façade. Il faut être averti pour se rendre compte que les consoles ornées de sculptures qui soutiennent cet avant-toit ont été, à une certaine époque, mutilées de leurs extrémités, et reconnaître par suite qu'il a perdu sa largeur primitive. Cependant l'aspect général de la façade n'en est pas affecté."





A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

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